Crédit photo : F. Jonkisz

Sommaire

Conjoncture

-Les créations d’emplois ralentissent mais le taux de chômage continue de reculer

-L’inflation progresse mais le prix de l’énergie recule

-Les tensions sur le marché du travail et les chaînes d’approvisionnement pèsent encore sur la reprise

Politiques macroéconomiques

-Les responsables de la Fed s’engagent à lutter contre l’inflation

Services financiers

-L’OCC appelle à réguler les stablecoins, dans un contexte où les initiatives privées se multiplient

-Les Sénateurs interrogent Jerome Powell et Lael Brainard sur les risques climatiques et les crypto-actifs

-Au Sénat, Sandra Thompson souligne les actions de la FHFA pour les ménages à faibles revenus

Brèves

 


 

Conjoncture

 

Les créations d’emplois ralentissent mais le taux de chômage continue de reculer

Le rapport mensuel du Bureau of Labor Statistics (BLS) sur la situation de l’emploi fait état de  199 000 créations nettes d’emplois au mois de décembre, un niveau en-deçà des attentes du marché (422 000) et de la moyenne des créations depuis le début d’année 2021 (537 000). Néanmoins, celles des mois d’octobre et de novembre ont été révisées à la hausse de 102 000 et de 39 000 respectivement, soit 648 000 et 249 000 créations nettes.

Les emplois créés sont concentrés dans les services, notamment ceux aux entreprises (professional and business services), les loisirs et le tourisme, l’industrie et la construction.

Le taux de chômage a reculé de 0,3 point et s’est établi à  3,9 %, soit seulement 0,4 point plus haut que le niveau d’avant-crise, en février 2020 (3,5 %). Le taux d’emploi a augmenté de 0,2 point, à 59,5 %, et le taux d’activité est resté stable à 61,8 %. Ils sont respectivement 1,5 point et 1,7 point inférieurs aux niveaux d’avant-crise. Le salaire horaire moyen a quant à lui augmenté de 4,7 % en décembre en glissement annuel.

 

L’inflation progresse mais le prix de l’énergie recule

L’indice des prix à la consommation (IPC) a progressé de 0,5 %o au mois de décembre selon le BLS, contre 0,8 % en novembre. La composante sous-jacente (hors alimentation et énergie) s’est établie à 0,6 % en évolution mensuelle. Le prix de l’alimentation continue d’évoluer à un rythme élevé (+0,5 % en novembre) mais celui de l’énergie a reculé de 0,4 % après une longue série de hausses successives (+6,1 % en novembre  et +4,8 % en octobre).

Les prix ont accéléré par rapport au mois précédent pour les véhicules d’occasion (+3,5 %) et l’habillement (+1,7 %), mais ont décéléré ou reculé pour les autres postes comme le transport et le logement.

Sur douze mois glissants, l’inflation s’est établie à 7,0 % (+0,2 point par rapport au mois d’octobre) et sa composante sous-jacente à 5,5 % (+0,6 point). Sur cette période, le prix de l’énergie a augmenté de 29,3 % et celui de l’alimentation de 5,5 %.

 

Les tensions sur le marché du travail et les chaînes d’approvisionnement pèsent encore sur la reprise

Le Beige Book publié le 12 janvier, qui décrit l’évolution de l’activité économique dans les 12 districts des Fed régionales, indique que l’activité a progressé modérément en raison des perturbations dans les chaînes d’approvisionnement et de la pénurie de main d’œuvre. Par ailleurs, la progression du variant Omicron a pesé sur les secteurs des loisirs, du tourisme, de la restauration et de l’hôtellerie. Néanmoins, certaines Fed régionales ont indiqué une stabilisation des goulots d’étranglement au niveau des transports.

Les Fed régionales ont signalé que la demande de travail demeurait forte face à une carence de main d’œuvre et que ces difficultés de recrutement conduisaient à un cadre de travail plus flexible et  des hausses de salaires importantes, notamment pour les travailleurs à bas salaires.

Malgré un ralentissement signalé par certaines Fed régionales, le niveau d’inflation demeure élevé et les tensions sur les chaînes d’approvisionnement provoquent la hausse des prix des intrants, qui, à son tour, alimente les pressions inflationnistes.

 


Politiques macroéconomiques

 

Les responsables de la Fed s’engagent à lutter contre l’inflation

Jerome Powell, président de la Fed, dont le mandat a été reconduit pour 4 ans, et Lael Brainard, gouverneure de la Fed, nommée au poste de vice-présidente de la Fed par la Maison‑Blanche en novembre, ont respectivement été auditionnés par la commission bancaire du Sénat les 11 et 13 janvier. Conjointement, les deux hauts responsables de la Fed ont affirmé à plusieurs reprises leur engagement à agir pour maîtriser l’inflation, considérée comme un risque majeur, tout en soutenant la reprise de l’activité et du marché du travail.

Ils ont mis en exergue l’amélioration effective du marché du travail au cours des derniers mois et indiqué qu’avec l’action de la Fed et l’apaisement des tensions sur les chaînes d’approvisionnement, l’inflation devrait fléchir au 2nd semestre 2022. Interrogé sur la dynamique des salaires, J. Powell a indiqué que les gains récents permettaient de compenser en partie la hausse des prix et que le risque d’une boucle prix‑salaire était faible.

Concernant la politique monétaire, ils ont indiqué que les achats d’actifs (quantitative easing) devraient prendre fin en mars et que la hausse des taux directeurs (fed funds)serait discutée lors de la prochaine réunion du FOMC, qui se tiendra les 25 et 26 janvier. Ils ont par ailleurs signalé que la réduction du bilan de la Fed, qui atteint désormais un niveau proche de 9 000 Md USD, pourrait commencer vers la fin 2022. Les sénateurs démocrates leur ont néanmoins demandé de maintenir le soutien monétaire, rappelant que le taux d’activité était encore 1,5 point en-deçà de son niveau pré-crise et le nombre d’emplois de 3,5 millions.

L’audition de J. Powell semble avoir rassuré les marchés : après avoir dépassé 1,8 %, le rendement des Treasuries à 10 ans est redescendu à 1,75 % et les indices boursiers, notamment le Nasdaq, ont rebondi.


Services financiers

 

L’OCC appelle à réguler les stablecoins, dans un contexte où les initiatives privées se multiplient

Dans un discours prononcé le 13 janvier, Michael Hsu, directeur par intérim de l’Office of the Comptroller of the Currency (OCC), le régulateur des national banks, a appelé à mettre en place une régulation des stablecoins, crypto-actifs visant à conserver une valeur stable par rapport à un actif de référence. Il a mis en garde contre le risque de perte de confiance dans la valeur des stablecoins et a réaffirmé les recommandations du Financial Stability Oversight Council (FSOC), notamment celle de réserver leur émission aux banques. Il a aussi annoncé l’ouverture d’une coopération avec la Financial Conduct Authority (FCA) britannique sur le sujet. Cette déclaration intervient alors que plusieurs institutions viennent d’annoncer des projets de stablecoins.

Le consortium USD Forward (USDF), formé par plusieurs banques américaines, a annoncé le 12 janvier son intention de créer un stablecoin émis uniquement par des banques couvertes par la garantie des dépôts. Ce stablecoin serait interopérable pour les clients des banques membres de ce consortium, qui compte des banques de taille modeste mais vise à intégrer d’autres établissements.

PayPal (400 millions de comptes) a par ailleurs annoncé qu’il envisageait le lancement d’un stablecoin, sans donner davantage de précisions.

 

Les Sénateurs interrogent Jerome Powell et Lael Brainard sur les crypto-actifs et sur les risques climatiques

Lors de leurs auditions au Sénat (cf. supra), J. Powell et L. Brainard ont été interrogés sur des sujets de régulation financière, en particulier sur les crypto-actifs, les monnaies numériques de banque centrale (MNBC) et les risques financiers liés au climat.

J. Powell a annoncé que la Fed publierait dans quelques semaines un rapport sur l’opportunité de lancer une MNBC aux États-Unis. Il a précisé que même dans l’hypothèse du lancement d’une MNBC, des stablecoins privés pourraient être proposés dès lors qu’ils seraient correctement régulés. Il a indiqué être ouvert aux demandes des sociétés de paiement en crypto-actifs souhaitant bénéficier d’un accès direct au système de paiement de la Fed.

L. Brainard a été interrogée sur le rôle de la Fed en matière de supervision des risques climatiques. Elle a rappelé qu’elle n’était pas favorable à l’instauration de tests de résistance (« stress-tests ») climatiques, mais qu’elle soutenait la mise en place « d’analyses de scénarios » visant à s’assurer que les grandes banques mettent en place des dispositifs de gestion de leurs risques liés au climat. Interrogée sur l’opportunité d’un « dollar numérique », elle a indiqué que la Fed poursuivrait ses analyses afin de lancer une MNBC si le Congrès prenait cette décision, en tenant compte de la rivalité de la Chine et du respect des données personnelles.

 

Au Sénat, Sandra Thompson souligne les actions de la FHFA pour les ménages à faibles revenus

Le Sénat auditionnait le 13 janvier Sandra Thompson, présidente par intérim de la Federal Housing Finance Agency, superviseur des agences de titrisation des emprunts immobiliers, Freddie Mac et Fannie Mae, et nommée par Joe Biden pour confirmation à ce poste.

S. Thompson a mis en exergue les difficultés d’accès au logement dont souffrent les ménages à faibles revenus et les minorités. Elle est revenue sur les initiatives de la FHFA visant à diminuer les exigences à l’emprunt pour les personnes ayant eu des difficultés à créer un historique de crédit (credit score) et lisser les frais d’emprunts entre les ménages de revenus différents et selon s’ils sont primo-accédants ou non.

S. Thompson a souligné que le programme de recapitalisation de Fannie Mae et Freddie Mac se poursuit, sans prendre position sur l’éventuelle sortie des deux sociétés de la tutelle (conservatorship) de l’État. Elle juge que leur situation financière actuelle ne leur permettrait pas de faire face à une éventuelle  crise majeure sur le marché immobilier et souhaite donc poursuivre les opérations de transferts d’une partie des risques de crédit (credit risk transfer) des deux sociétés vers des acteurs privés.

 


 

Brèves

 

  • Richard Clarida, vice-président de la Fed, a annoncé le 10 janvier sa démission de l’institution, effective le 14 janvier, soit deux semaines avant l’expiration de son mandat. Cette démission fait suite à une publication le 6 janvier par le New York Times concernant des transactions financières réalisées à titre personnel début 2020 dans le contexte d’instabilité provoquée par la crise sanitaire sur les marchés financiers.

 

  • Le 10 janvier, la fondation As You Sow  et l’université de San Diego ont publié les résultats d’une étude portant sur la stratégie et les prospectus d’un échantillon de 94 fonds d’investissements se présentant comme fonds « ESG » c’est-à-dire tenant compte de critères environnementaux, sociaux et de gouvernance. 60 de ces fonds ne respectaient pas ces critères de manière satisfaisante selon les auteurs, qui concluent à la difficulté d’interpréter les prospectus pour détecter les fonds coupables de greenwashing  et adressent des recommandations pour améliorer la crédibilité des prospectus des fonds ESG.

 

  • Le Government Accountability Office  (GAO – équivalent américain de la Cour des comptes, rattaché au Congrès) a rendu public le 12 janvier un rapport portant sur les risques liés aux guichets automatiques de crypto-monnaies (Crypto ATMs), pouvant être utilisés par des réseaux criminels de trafics et de blanchiment d’argent. Il propose des évolutions de leur régulation, suggérant notamment que l’administration fiscale (IRS) et l’agence du Trésor chargée de la lutte contre la criminalité financière (FinCEN) soient mieux informés de leur localisation.

 

  • Bank of America, deuxième plus grande banque américaine par la taille de bilan, a annoncé le 11 janvier une réduction majeure de ses frais de découvert en plusieurs étapes à partir de février 2022. L’initiative a été saluée par des parlementaires démocrates.

 

  • Le 12 janvier, le représentant Tom Emmer (R ‑ Minnesota) a déposé une proposition de loi visant à interdire à la Fed de proposer à l’avenir une monnaie numérique de banque centrale aux particuliers, afin de prévenir une éventuelle infraction à la confidentialité des informations financières personnelles.

 

  • Le 12 janvier, la Risk Management Association, association nord-américaine des professionnels de la gestion des risques dans les services financiers, a annoncé la mise en place d’une coopération de 17 groupes bancaires canadiens et américains visant à émettre des standards sur la prise en compte des risques climatiques pour l’industrie.

 

  • Un groupe bipartisan de parlementaires, issus des commissions chargées de l’agriculture au Sénat et à la Chambre, a écrit le 12 janvier au président de Commodity Futures Trading Commission (CFTC), le régulateur des marchés de dérivés, pour inviter la CFTC à jouer un rôle plus important dans la régulation des crypto-actifs. Cette demande intervient alors que les compétences respectives en matière de crypto-actifs de la CFTC et de la Securities and Exchange Commission (SEC), le régulateur des marchés boursiers, font l’objet de débats récurrents.
About Admin

Galina Natchev is the Information Research Officer at the Department of Macroeconomics and Finance at the French Embassy in the US since November 2005. In charge of following the news and the daily news brief for the department, Galina is also involved in research projects and in preparing the weekly publication, the Washington Wall Street Watch. She is responsible to gather information and support literature for the writing of reports at the department.
Galina holds a Master’s degree in French Studies from NYU and a Master’s degree in International Business from UNWE, Sofia, Bulgaria.
She is based in New York.

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