Crédit photo : F. Jonkisz

Sommaire

Conjoncture

-Les salaires évoluent à un rythme historiquement élevé

-L’inflation poursuit sa hausse, portée par les prix de l’énergie et des services

Politiques macroéconomiques

-La Fed annonce l’arrêt progressif de son programme d’achats d’actifs dès novembre

-La Chambre des représentants publie une version révisée du projet de loi relatif au programme Build Back Better

Services financiers

-Les régulateurs financiers souhaitent réguler les émetteurs de stablecoins comme des banques

-Le Congrès envisage de légiférer pour faciliter la transition LIBOR

-Les groupes de capital investissement publient des résultats en forte hausse

Brèves

 


 

Conjoncture

 

Les salaires évoluent à un rythme historiquement élevé

Selon la publication du Bureau of Economic Analysis (BEA), les salaires ont augmenté de 1,5 % au 3ème trimestre, soit +4,2 % sur douze mois glissants. Ceux du secteur privé ont progressé de 4,6 % sur douze mois glissants, contre 2,4 % pour le secteur public.

Cette hausse a été principalement portée par les secteurs de services (+6,1 % en glissement annuel). En septembre, les salaires ont accéléré dans l’ensemble des professions à l’exception de la construction.

Dans le secteur public, il convient de noter que l’accélération des salaires a été en partie rattrapée par la décélération des cotisations sociales employeurs, autre composante du coût du travail, alors que ces deux composantes ont progressé conjointement dans le secteur privé.

 

L’inflation poursuit sa hausse, portée par les prix de l’énergie et des services

Selon le BEA, l’inflation des dépenses de consommation (Personal Consumption Expenditure, PCE) a progressé de 0,3 % en septembre et de 4,4 % sur douze mois glissants, un rythme annuel qui n’avait plus été vu depuis janvier 1991. Sa composante sous-jacente a augmenté de 0,2 % en septembre et de 3,6 % sur douze mois glissants. L’indice PCE évolue de concert avec l’indice des prix à la consommation (IPC), qui a repris sa progression en septembre après avoir marqué le pas durant l’été.

L’écart s’est creusé entre l’inflation et sa composante sous-jacente du fait de la dynamique des prix de l’énergie (+24,9 % en glissement annuel) et de l’alimentation (+4,1 %).

Par ailleurs, l’inflation des services s’est établie à 6,4 % contre celle des biens à 5,9 %.

 


 

Politiques macroéconomiques    

La Fed annonce l’arrêt progressif de son programme d’achats d’actifs dès novembre

La réunion du comité de politique monétaire de la Fed (FOMC) des 2 et 3 novembre s’est conclue sur le maintien de la fourchette-cible des taux fed funds à [0 %-0,25 %] et la réduction (tapering) du rythme des achats d’actifs de 15 Md USD par mois, dont 10 Md USD de Treasuries et 5 Md USD de créances immobilières titrisées (mortgage-backed securities – MBS). Depuis juin 2020, les achats mensuels s’élevaient à 120 Md USD de titres par mois, dont 80 Md USD de Treasuries et 40 Md USD de MBS. Le président de la Fed, Jerome Powell, a indiqué que, compte tenu des incertitudes, la Fed se réservait la possibilité d’ajuster ce rythme en cas de changement des perspectives économiques.

La Fed constate une amélioration continue de l’activité économique, en dépit d’un ralentissement lié au variant Delta au cours de l’été. Sur le marché du travail, le recul du chômage à 4,8 % en septembre marque une amélioration notable, mais dissimulerait l’ampleur du sous-emploi, observé à travers les faibles taux de participation et d’emploi. La garde d’enfants et les inquiétudes liées à la situation sanitaire sont avancées comme facteurs inhibant le retour des travailleurs.

La Fed reconnaît par ailleurs que l’inflation est plus élevée et ce pour plus longtemps qu’initialement anticipé, en raison notamment de déséquilibres entre l’offre et la demande. Dans le communiqué du FOMC, le caractère transitoire de l’inflation est davantage nuancé que précédemment. J. Powell prévoit un reflux de l’inflation une fois les perturbations dans les chaînes d’approvisionnement dissipées, soit dans le courant de 2022.

Enfin, J. Powell a insisté lors de sa conférence de presse sur le fait que le choix de commencer le tapering était indépendant d’une éventuelle hausse de taux. Les membres du FOMC considèrent en effet que l’objectif d’emploi maximal n’est pas encore atteint et qu’il est prématuré d’envisager les hausses des taux.

 

La Chambre des représentants publie une version révisée du projet de loi relatif au programme Build Back Better

La commission des règlements de la Chambre des représentants a publié le 3 novembre une version révisée du projet de loi relatif au paquet social, fiscal et environnemental du programme de relance Build Back Better de l’administration Biden. Le texte reprend en grande partie les mesures du cadre annoncé le 28 octobre par la Maison-Blanche. Néanmoins, il comprend aussi de nouvelles mesures : (i) l’octroi à l’assurance santé pour les personnes âgées (Medicare) de la possibilité de négocier le prix de certains médicaments (nombre de 10 jusqu’en 2025 et 20 en 2028) directement avec les entreprises pharmaceutiques ; (ii) le relèvement du plafond de déduction des impôts locaux (states and local taxes – SALT) aux taxes fédérales de 10 000 USD à 72 500 USD ; et (iii) des congés parentaux rémunérés de 4 semaines (contre 12 semaines initialement prévues et aucune dans le cadre du 28 octobre).

Toutefois, le camp démocrate reste divisé. Le sénateur Joe Manchin (Virginie Occidentale) a ainsi déclaré lors de sa conférence de presse du 1er novembre qu’il ne pouvait voter le projet en l’état et qu’il souhaitait avoir une évaluation budgétaire plus détaillée des mesures. Quant aux progressistes, dont le sénateur Bernie Sanders (Vermont), ils refusent le relèvement du plafond SALT, considérant celui-ci comme une mesure trop favorable aux ménages les plus aisés.

 


 

Services financiers

 

Les régulateurs financiers souhaitent réguler les émetteurs de stablecoins comme des banques

Le groupe de travail présidentiel sur les marchés financiers (Presidential Working Group – PWG), qui regroupe les principaux régulateurs financiers (Treasury, Fed, SEC, etc.), a publié le 1er novembre un rapport sur les risques liés aux stablecoins (actifs numériques dont la valeur est censée être stable par rapport à des actifs de référence, généralement une monnaie conventionnelle).

Le rapport considère que le développement rapide des stablecoins peut entraîner des risques systémiques et recommande au Congrès de définir par la loi un cadre de supervision et d’exigences prudentielles. Parmi les principales recommandations, le PWG propose de réserver l’émission de stablecoins aux seuls établissements de crédit bénéficiant d’une garantie des dépôts. Le rapport préconise également de mettre en place des règles de maîtrise des risques concernant la gestion des réserves et de soumettre les principaux intermédiaires (wallet providers, etc.) à une supervision fédérale. Relevant les risques concurrentiels, le rapport recommande également d’encadrer les relations de ces intermédiaires avec les commerçants.

Le rapport a été salué par Sherrod Brown (D-Ohio), président de la commission des affaires bancaires du Sénat. À l’inverse, le sénateur Pat Toomey (R- Pennsylvanie) a mis en garde contre les effets dommageables d’une telle régulation pour l’innovation dans le secteur.

 

Le Congrès envisage de légiférer pour faciliter la transition LIBOR

La commission des affaires bancaires du Sénat a tenu le 2 novembre une audition relative à la transition des contrats indexés sur le LIBOR USD. Pour mémoire, les taux LIBOR USD cesseront d’être calculés à compter du 30 juin 2023. 223 000 Md USD de contrats en cours (produits dérivés, prêts aux entreprises et aux ménages) sont indexés sur le LIBOR USD, dont environ 16 000 Md USD seront toujours actifs après le 30 juin 2023 et ne prévoient aucune clause de remplacement par un taux alternatif.

Si certains États (New York, Alabama) ont déjà adopté des législations permettant de modifier les contrats en cours, le Congrès envisage désormais d’agir au niveau fédéral. La commission des services financiers de la Chambre des représentants a déjà approuvé une proposition de loi qui permettrait de remplacer la référence au LIBOR USD par une référence au Secured Overnight Financing Rate (SOFR), le taux de remplacement préconisé par les régulateurs, sauf si les parties choisissent un autre taux.

Les parties prenantes auditionnées au Sénat, qui représentaient à la fois les intérêts du secteur financier et des consommateurs, ont souligné de manière unanime la nécessité d’agir par la loi pour éviter une multiplication des procès. La proposition de loi examinée prévoit à cet égard une clause de « safe harbour » protégeant les prêteurs contre les recours qui pourraient être introduits par des emprunteurs s’estimant lésés par le remplacement du LIBOR par le SOFR.

 

Les groupes de capital investissement publient des résultats en forte hausse

Les quatre plus grands groupes de capital investissement par la taille du bilan (Blackstone, Apollo, KKR, Carlyle) ont publié leurs résultats pour le 3ème trimestre 2021. Leurs chiffres d’affaires et leurs résultats nets s’inscrivent en forte hausse par rapport au 3ème trimestre 2020.

 

Md USD Chiffre d’affaires Résultat net
Blackstone 6,2 (+105%) 1,4 (+76%)
Apollo 1,1 (+6%) 0,3 (-5%)
KKR 4,5 (+126%) 1,2 (+9 %)
Carlyle 1,6 (+58%) 0,5 (+80%)

Source : Refinitiv. Variations par rapport au T3 2020

Cette progression provient d’abord de l’augmentation des commissions, portée par la hausse des actifs sous gestion (+96% pour KKR grâce notamment à la gestion des actifs de Global Atlantic, +25% et +19% respectivement pour Blackstone et Carlyle). Les résultats du trimestre sont également tirés par d’importantes plus-values réalisées sur des cessions d’actifs.

 


 

Brèves

 

-Le 29 octobre, la Securities and Exchange Commission (SEC), le régulateur des marchés boursiers, a rejeté une proposition des bourses (NYSE, Nasdaq, CME, etc.) visant à modifier la réglementation applicable aux bases de données des ordres de bourse (Consolidated Audit Trail). Les bourses demandaient qu’une disposition limite expressément leur responsabilité en cas de fuite de données. Plusieurs représentants du secteur financier (banques, courtiers, etc.), qui s’étaient mobilisés contre cette proposition, ont salué le refus de la SEC.

 

-Le 3 novembre, Michael Hsu, directeur par intérim de l’Office of the Comptroller of the Currency (OCC), le régulateur des national banks, a indiqué qu’il envisageait de renforcer la régulation des fintech et des sociétés de crypto-actifs afin d’aligner celle-ci sur les règles applicables aux banques. L’agence devrait publier prochainement ses lignes directrices concernant les demandes d’agrément des sociétés non bancaires.

 

-Hsu a également annoncé, le 3 novembre, que l’OCC devrait publier d’ici la fin de l’année 2021 de nouvelles règles concernant la prise en compte des risques financiers climatiques par les établissements bancaires placés sous sa supervision.

 

-Le 3 novembre, la SEC a publié une note d’interprétation des règles relatives à la présentation de résolutions d’actionnaires dans les assemblées générales des sociétés. En rupture avec la position de la SEC exprimée en 2017, sous l’administration Trump, la SEC souhaite désormais restreindre les conditions dans lesquelles une société peut décider de ne pas soumettre au vote une résolution portée par des actionnaires, notamment lorsque celle-ci concerne des enjeux sociaux ou climatiques. Les deux commissaires républicains de la SEC, Hester Pierce et Elad Roisman, ont exprimé leur désaccord avec cette position.

 

-Google et le Chicago Mercantile Exchange (CME) ont annoncé le 4 novembre la conclusion d’un partenariat visant à confier à Google Cloud la gestion du stockage et des traitements de données (cloud) de CME, tout en déployant sur ces dernières les outils d’analyse de données de Google. Google a également annoncé une prise de participation à hauteur de 1 Md USD au capital de CME.

 

-Le Sénat a approuvé (78-21) le 3 novembre la nomination, annoncée par la Maison-Blanche le 11 mars, de Ben Harris au poste de secrétaire adjoint délégué à la politique économique au Treasury, où il sera chargé d’élaborer les politiques publiques en réponse aux problématiques économiques et financières.

 

-Le 3 novembre, le Treasury a annoncé qu’il réduirait le montant de ses adjudications de bons du Trésor dès le mois de novembre. Selon le communiqué, il s’agit d’une mesure de normalisation car la taille des adjudications avait fortement augmenté durant la crise sanitaire en raison des mesures de soutien budgétaire. Le déficit fédéral a été multiplié par trois, passant de l’ordre de 1000 Md USD en 2019 à environ 3 000 Md USD en 2020 et 2021. Par ailleurs, le Treasury a indiqué que cette mesure lui donnerait plus de marge de manœuvre s’il devait à nouveau soutenir l’économie.

About Admin

Galina Natchev is the Information Research Officer at the Department of Macroeconomics and Finance at the French Embassy in the US since November 2005. In charge of following the news and the daily news brief for the department, Galina is also involved in research projects and in preparing the weekly publication, the Washington Wall Street Watch. She is responsible to gather information and support literature for the writing of reports at the department.
Galina holds a Master’s degree in French Studies from NYU and a Master’s degree in International Business from UNWE, Sofia, Bulgaria.
She is based in New York.

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