Crédit photo : F. Jonkisz

Sommaire

Conjoncture

-La production industrielle recule sous l’effet des tensions dans les chaînes d’approvisionnement et de l’ouragan Ida

-Le Beige Book souligne les tensions dans les approvisionnements et sur le marché du travail

Politiques macroéconomiques

-Les discussions sur le budget 2022 avancent au Congrès

-Les membres de la Fed prévoient un tapering imminent et s’inquiètent du niveau élevé d’inflation

-Les contrôles fiscaux des contribuables les plus aisés seront renforcés via un partage d’information avec les banques

Services financiers

-Les régulateurs financiers exposent leur stratégie face aux risques financiers liés au climat

-La SEC publie son rapport d’analyse sur l’affaire GameStop

-La CFTC sanctionne le stablecoin Tether pour des manquements dans la gestion de ses réserves

-ProShares lance le premier ETF indexé sur le Bitcoin aux États-Unis

Brèves

 


 

Conjoncture

La production industrielle recule sous l’effet des tensions dans les chaînes d’approvisionnement et de l’ouragan Ida

Selon la publication de la Fed, la production industrielle a reculé de -1,3 % sur le mois de septembre (contre -0,1 % en août) dont -0,6 point attribuable à l’impact de l’ouragan Ida qui a fortement pénalisé l’activité minière (-2,3 % en septembre). Ce recul s’explique principalement par la baisse de la production des biens de consommation et des matériaux.

En septembre, le taux d’utilisation des capacités de production s’est établi à 75,2 % (-1 point par rapport au mois d’août), soit 4,4 points en deçà de sa moyenne de longue période 1972-2020.

Toutefois, sur l’ensemble du troisième trimestre, la production industrielle a crû de +4,3 % en taux annualisé, soit 5 trimestres consécutifs d’une croissance supérieure à +4 %.

 

Le Beige Book souligne les tensions dans les approvisionnements et sur le marché du travail

Le Beige Book de la Fed, publié le 20 octobre et qui décrit l’évolution de l’activité économique dans les 12 districts des Fed régionales, constate un ralentissement de l’activité sous l’effet des goulots d’étranglement dans les chaînes d’approvisionnement, de la pénurie de main-d’œuvre et des incertitudes liées à la progression de l’épidémie de Covid-19.

Le rapport souligne que la faible offre de travail constitue un frein à l’amélioration du marché du travail et contraint  les entreprises à réduire les heures de travail ou la production, notamment dans les secteurs manufacturiers, du commerce de détail et de l’hôtellerie. La garde d’enfants et l’obligation vaccinale pour se rendre sur les lieux de travail sont aussi avancées comme des facteurs inhibant le retour des travailleurs.

Plusieurs Fed régionales signalent que les entreprises ont rehaussé les salaires d’entrée afin d’attirer de nouveaux travailleurs et offert en parallèle des heures de travail plus flexibles.

Selon la Fed, le niveau élevé d’inflation est entretenu par la hausse des coûts d’intrants et les perturbations dans les chaînes d’approvisionnement. Une grande majorité d’entreprises indiquent répercuter la hausse des coûts sur les prix de vente dans un contexte de demande soutenue.

 


 

Politiques macroéconomiques        

Les discussions sur le budget 2022 avancent au Congrès

La commission des appropriations du Sénat, présidée par Patrick Leahy (D-Vermont), a publié neuf propositions de lois d’appropriation dans le cadre du budget de l’année fiscale 2022. Dans ce budget, la dépense non-militaire est révisée à la hausse de 13 % contre 5 % pour la dépense militaire.  Ce taux de révision est conforme au texte adopté (316-113) de façon bipartisane à la Chambre des représentants. Toutefois, les sénateurs républicains rejettent cette proposition et exigent une hausse plus importante de dépense militaire.

Sous-commissions Budget 2021 Budget 2022 Chambre Budget 2022 Sénat
Agriculture 23,9 26,5 25,8
Commerce-Justice-Science 71,5 81 79,6
Défense 626,2 705,9 725,8
Énergie et ressources naturelles 49,6 53 53,6
Services financiers 24,6 28,5 29
Sécurité intérieure 50,7 52,8 52,9
Intérieure et environnement 36,8 43 44,6
Travail – santé – éducation 182,9 237 220,8
Législation 5,3 5,9 5,9
Construction militaire et anciens combattants 102,6 124,5 124,4
Affaires étrangères 47,9 62 60,5
Transport 75,9 84 82,9
Total hors défense 671,7 798,2 780
Total y.c. défense 1297,9 1504,1 1505,8

Source : Commissions des appropriations de la Chambre des représentants et du Sénat.  

Note : Les montants indiqués sont en Md USD.

Le mois dernier, à l’issue d’un accord bipartisan, la commission des appropriations du Sénat avait déjà publié trois propositions de lois (énergie et ressources naturelles ; construction militaire et anciens combattants ; agriculture et développement rural).

Le budget fédéral est constitué de 12 lois d’appropriation qui doivent être votées au début de l’exercice budgétaire, soit le 1er octobre. À défaut de budget voté, un budget provisoire (continuing resolution) voté le 30 septembre permet de maintenir le fonctionnement de l’administration jusqu’au 3 décembre.

 

Les membres de la Fed prévoient un tapering imminent et s’inquiètent du niveau élevé d’inflation

Les membres de la Fed sont favorables à l’arrêt progressif des achats d’actifs par la Fed dès le mois de novembre (actuellement, 120 Md USD d’achat par mois). Ils ont tous désigné la progression du variant et les tensions sur les chaînes d’approvisionnement comme frein à la reprise de l’activité. Michelle Bowman, gouverneure de la Fed, a cité d’autres facteurs de risque inflationniste, à savoir (i) la hausse des salaires signalée par les entreprises pour attirer et garder les travailleurs et (ii) la hausse des prix de l’immobilier.

Sur l’inflation, l’analyse diverge entre les membres et le personnel de la Fed : selon le procès-verbal du FOMC, les économistes de la Fed réaffirment le caractère « transitoire » de l’inflation avec un retour à moins de 2 % dès 2022 alors que les membres du FOMC ont indiqué une inflation à 2,2 % en 2022 dans leur projection.

Dans un discours du 19 octobre, Randal Quarles, gouverneur de la Fed, s’est montré inquiet vis-à-vis de la pression inflationniste croissante tout en affirmant son caractère transitoire malgré sa généralisation à divers postes de dépense. De plus, le plan de relance budgétaire actuellement en discussion au Congrès pourrait alimenter l’inflation en soutenant davantage la demande. En cas de persistance de l’inflation à des niveaux élevés, R. Quarles a indiqué que la Fed pourrait remonter les taux plus rapidement, idée soutenue par Christophe Waller, gouverneur de la Fed. En effet, ce dernier a indiqué qu’en cas de surchauffe ou de divergence trop importante entre les anticipations et la cible de la Fed (unanchoring), une remontée de taux pourrait avoir lieu plus d’une fois en 2022.

 

Les contrôles fiscaux des contribuables les plus aisés seront renforcés via un partage d’information avec les banques

Le 19 octobre 2021, le Treasury a salué l’avancée des parlementaires démocrates sur une mesure législative permettant un partage d’informations avec l’administration fiscale sur les montants agrégés des flux entrants et sortants des comptes courants des contribuables, sans le détail des opérations.

Proposée par l’administration Biden, cette mesure vise à renforcer les contrôles fiscaux des contribuables qui ont un revenu imposable faible mais des flux de trésorerie importants, soit supérieurs à 10 000 USD par an. Selon le Treasury, l’ampleur de l’évasion fiscale du 1 % des contribuables les plus aisés est estimée à 160 Md USD par an.

L’association bancaire américaine (American Bankers Association) a exprimé son désaccord vis-à-vis de cette mesure qui irait, selon elle, « trop loin » dans l’atteinte à la vie privée et générerait de lourdes charges administratives.

 


 

Services financiers              

Les régulateurs financiers exposent leur stratégie face aux risques financiers liés au climat

Le Financial Stability Oversight Council (FSOC), instance de coordination des principaux régulateurs financiers américains (dont la Fed, l’OCC, la FDIC, la SEC et la CFTC) a adopté le 21 octobre un rapport attendu sur les risques posés par le changement climatique pour le système financier, à la quasi-unanimité de ses membres, Jelena McWilliams, présidente républicaine de la FDIC, s’étant abstenue.

Le rapport reconnaît le changement climatique comme une menace croissante, pouvant potentiellement devenir systémique, pour la stabilité financière. Il prévoit la mise en place d’un Climate-related Financial Risk Committee (CFRC) afin d’assurer la coordination des membres du FSOC sur les travaux envisagés. En appui du CFRC, le rapport prévoit la constitution d’un comité consultatif d’experts.

Dans ses recommandations, le FSOC identifie quatre axes de travail pour ses membres : (i) le renforcement des moyens alloués et de la transparence de leurs travaux et données  ; (ii) la conduite de revues régulières des risques financiers climatiques et des méthodologies et données disponibles, par chaque régulateur dans son champ d’action, ainsi que le développement de standards communs ; (iii) le renforcement des exigences de communication climatiques (climate-related disclosure) pour les acteurs économiques placés sous leur supervision, en déclinant cette obligation de manière différenciée pour les sociétés cotées et pour les différents types d’institutions financières (banques, sociétés d’assurance, gestionnaires d’actifs, etc.) ; (iv) l’évaluation des risques liés au climat pour le système financier, au moyen d’analyses de scénarios et l’intégration de ces analyses dans les dispositifs de supervision des différents régulateurs. Sur l’ensemble de ces sujets, le rapport préconise la collaboration des régulateurs avec leurs homologues internationaux.

L’adoption de ce rapport intervient après la publication par la Maison-Blanche le 15 octobre d’un rapport portant sur les risques financiers posés par le changement climatique et les actions visant à accroître la résilience de l’économie américaine.

 

La SEC publie son rapport d’analyse sur l’affaire GameStop

La Securities and Exchange Commission (SEC – le régulateur des marchés boursiers), a publié le 18 octobre un staff report  (non endossé par le collège des commissaires) portant sur l’épisode de forte hausse de la volatilité enregistrée par certains titres en janvier 2021 (« affaire GameStop »). Les commissaires républicains Hester Pierce et Elad Roisman ont salué la qualité du rapport mais ont reproché à celui‑ci d’orienter la réflexion vers des axes de travail déjà annoncés par l’agence, sans rapport direct avec l’épisode Gamestop.

Le rapport livre d’abord une présentation de la structure des marchés actions aux États-Unis et souligne les risques liés au caractère ludique des investissements mis en avant par les plateformes de courtage, le manque de transparence dans l’exécution des ordres ainsi que les risques de conflit d’intérêts liés au paiement pour flux d’ordres (payment for order flow).

Dans son analyse des évènements de janvier 2021, la SEC examine en particulier le rôle joué par les vendeurs à découvert du titre et les chambres de compensation. Elle conclut que la couverture subie des positions de vente à découvert (short squeeze) ne semble avoir joué qu’un rôle mineur dans la dynamique d’augmentation du cours. En outre, le rapport confirme que les restrictions de négociation mises en place par les courtiers en janvier 2021 sur certains titres volatils étaient justifiées par leur exposition croissante aux appels de marge exigées par les chambres de compensation.

Le rapport identifie quatre axes de travail  pour la SEC : les interruptions de marché liées aux appels de marge et à la procédure de règlement-livraison ; les pratiques des courtiers en ligne et le paiement pour flux d’ordres ; la transparence des échanges réalisés hors des bourses ; l’impact de la vente à découvert sur les marchés cotés.

 

La CFTC sanctionne le stablecoin Tether pour des manquements dans la gestion de ses réserves

La Commodity Futures Trading Commission (CFTC), régulateur des marchés de dérivés, a annoncé le 15 octobre que Tether Holdings, qui gère le stablecoin Tether, serait contraint de régler une amende de 41 M USD.

La sanction porte sur des manquements dans la gestion des réserves de Tether entre 2016 et 2019. Contrairement aux communications de Tether Holdings, qui prétendait que le stablecoin était intégralement couvert par des réserves en monnaies réelles, la CFTC révèle que les réserves en monnaies réelles ne couvraient que 27,6 % des unités de Tether en circulation sur la période. Une partie des réserves étaient investies en crypto-actifs. La CFTC reproche aussi à Tether Holdings d’avoir confié la gestion de ses réserves à des entités non réglementées et de ne pas avoir exercé d’audit sur ces prestations. Tether présente une capitalisation d’environ 70 Md USD à mi-octobre 2021, ce qui en fait le plus important stablecoin au monde.

 

ProShares lance le premier ETF indexé sur le Bitcoin aux États-Unis

Le gestionnaire de fonds indiciels cotés (Exchange Traded Fund – ETF) ProShares a annoncé le 18 octobre le lancement du premier ETF indexé sur la valeur du Bitcoin aux États-Unis.

L’ETF ProShares Bitcoin Strategy (BITO) cherche à répliquer la performance du Bitcoin en souscrivant des contrats à terme (futures) liés au Bitcoin. Le titre, coté sur la bourse NYSE Arca, a enregistré un volume d’environ 1 Md USD lors de sa première séance. Le cours du Bitcoin a fortement progressé ces dernières semaines, passant de 41 000 USD à fin septembre à plus de 66 000 USD le 20 octobre.

Gary Gensler, président de la SEC, a indiqué que l’autorisation donnée à cet ETF était liée à l’utilisation de contrats à terme négociés depuis plusieurs années sous la supervision de la CFTC. Selon la presse, d’autres projets d’ETF indexés sur des crypto-actifs pourraient être lancés au cours des prochains mois.


 

Brèves          

-Le 19 octobre, cinq sénateurs démocrates dont Elizabeth Warren (D-Massachusetts) et Sherrod Brown (D-Ohio), président de la commission des affaires bancaires, ont adressé une lettre à l’attention de Mark Zuckerberg, PDG de Facebook. Citant les risques pour la stabilité financière et les consommateurs, les élus demandent à Facebook de suspendre son projet de portefeuille digital Novi, et de renoncer au projet de monnaie digitale Diem. Ce même jour, Facebook a annoncé le lancement de son programme pilote pour Novi (limité à ce stade au stablecoin USDP) aux États-Unis et au Guatemala, et a réitéré son soutien au projet Diem.

 

-La Fed a annoncé le 21 octobre la mise en place, dans les mois à venir, de restrictions aux investissements réalisés à titre personnel par ses dirigeants et son personnel de haut niveau. Ceux-ci auront interdiction d’acheter des actions individuelles ou de réaliser des opérations sur les marchés de dérivés. Cette annonce fait suite à une enquête interne initiée en réponse à plusieurs révélations concernant des opérations réalisées par des responsables de l’institution.

 

-Le département du Trésor a publié le 15 octobre un guide de conformité à l’égard des régimes de sanction destiné au secteur des crypto-actifs. Le document vise à informer les entreprises liées aux crypto-actifs de leurs responsabilités en matière d’application des régimes de sanction et de lutte contre la criminalité, en particulier dans le cadre des demandes de rançons en ligne (ransomware).

 

-Les trois régulateurs bancaires – la Fed, l’Office of the Comptroller of the Currency (OCC) et la Federal Deposit Insurance Corporation (FDIC) – ont publié le 20 octobre un communiqué relatif à la cessation prochaine de la cotation du LIBOR. Le communiqué précise que l’interdiction de conclure de nouveaux contrats indexés sur le LIBOR après le 31 décembre 2021 s’applique également à la prolongation de contrats existants. L’interdiction ne s’applique pas, en revanche, aux tirages de facilités de crédit accordées avant le 31 décembre 2021.

 

-Le Bureau fédéral de protection des consommateurs de services financiers (CFPB) a annoncé le 21 octobre avoir lancé des investigations sur les pratiques de grandes entreprises du numérique opérant sur le marché des paiements aux États-Unis. Les sociétés Amazon, Apple, Facebook, Google, PayPal et Square, ainsi que plusieurs entreprises chinoises dont Alipay et WeChat Pay, devront communiquer au régulateur des informations sur leurs services, sur leurs plans d’affaires, ainsi que sur la gestion des données de leurs clients et sur leurs pratiques concurrentielles.

About Admin

Galina Natchev is the Information Research Officer at the Department of Macroeconomics and Finance at the French Embassy in the US since November 2005. In charge of following the news and the daily news brief for the department, Galina is also involved in research projects and in preparing the weekly publication, the Washington Wall Street Watch. She is responsible to gather information and support literature for the writing of reports at the department.
Galina holds a Master’s degree in French Studies from NYU and a Master’s degree in International Business from UNWE, Sofia, Bulgaria.
She is based in New York.

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