Crédit photo : F. Jonkisz

Sommaire

Conjoncture

  • Les créations d’emplois sont plus nombreuses, tout comme les sorties du marché du travail
  • L’inflation continue d’accélérer, rognant les salaires réels

Politiques macroéconomiques

  • La Fed relève un risque inflationniste en hausse mais ne veut pas précipiter l’arrêt des achats d’actifs
  • La Fed veut créer deux facilités de repo permanentes, dont une pour les banques centrales étrangères
  • Le Parti républicain réaffirme ses exigences sur les termes d’un accord sur la fiscalité internationale
  • Un décret présidentiel renforce la lutte contre la concentration de l’économie américaine

Services financiers

  • La Maison-Blanche souhaite renforcer la concurrence du secteur bancaire et financier
  • La SEC sanctionne une transaction en SPAC
  • Les principales banques américaines ont publié leurs résultats du 2ème trimestre 2021

Brèves

 


 

Conjoncture

 

Les créations d’emplois sont plus nombreuses, tout comme les sorties du marché du travail

Le rapport mensuel du Bureau of Labor Statistics sur la situation de l’emploi fait état de 850 000 créations nettes d’emplois au mois de juin, un rythme nettement supérieur à la moyenne des mois précédents. Celles-ci sont concentrées dans les secteurs de l’hôtellerie-restauration, la distribution et le secteur éducatif, en lien avec la réouverture des écoles en août.

Le taux de chômage repart paradoxalement à la hausse, atteignant 5,9 % (+0,1 point) car certains chômeurs ont repris une recherche active d’emploi. Le taux de chômage élargi incluant le sous-emploi attribuable au travail à temps partiel recule à 9,8 % (-0,4 point).

En dépit de cette amélioration, le taux d’activité et le taux d’emploi restent bloqués à respectivement 61,1 % et 58 %, loin de leurs niveaux pré-crise (respectivement -1,2 et – 2,1 points comparé à janvier 2020), notamment parce que les créations d’emplois et la reprise des recherches actives d’emploi sont compensées par un nombre inédit de personnes sortant du marché du travail (942 000 en juin).

 

L’inflation continue d’accélérer, rognant les salaires réels

L’indice des prix à la consommation a progressé de 0,9 % au mois de juin selon le Bureau of Labor Statistics, tandis que la composante sous-jacente ressort en hausse de 0,8 %. Comme les mois précédents, l’inflation est tirée par la forte augmentation du prix des véhicules d’occasion (+10,5 %), qui compte pour plus d’un tiers de la hausse totale. Les prix de l’alimentation et de l’énergie augmentent aussi de façon prononcée (respectivement +0,8 % et +1,5 %).

Sur douze mois glissants, l’inflation atteint 5,4 % (+0,4 point), dont 4,5 % (+0,7 point) d’inflation sous-jacente. Les prix ont progressé de 2,3 % sur le seul 2ème trimestre 2021, soit une variation de 9,6 % en rythme annualisé.

L’inflation soutenue efface la hausse de salaire : alors que les salaires nominaux étaient en hausse de 3,6 % sur un an à l’issue du mois de juin, l’évolution du salaire réel était en fait négative et ressortait à -1,7 %

La hausse des prix se reflète également dans la hausse des prix à la production : en juin, l’indice des prix à la production publié par le BLS est ressorti en hausse de 1 %, dont 0,5 % pour l’inflation sous-jacente. Sur douze mois glissants, les prix à la production sont en hausse 7,3 % (+0,8 point), un rythme inédit depuis novembre 2010.

Indice des prix à la consommation

Source : Bureau of Labor Statistics

 


 

Politiques macroéconomiques  

 

La Fed relève un risque inflationniste en hausse mais ne veut pas précipiter l’arrêt des achats d’actifs

Auditionné au Congrès les 14 et 15 juillet  dans la foulée de la publication des statistiques d’inflation du mois de juin (cf. supra), le président de la Fed, Jerome Powell a admis que la hausse des prix était supérieure à ce que la Fed anticipait en début d’année et que l’inflation devrait rester élevée au cours des prochains mois. J. Powell continue néanmoins d’affirmer que les pressions sur les prix devraient diminuer d’ici la fin d’année, reprenant ainsi les conclusions exprimées dans le procès-verbal (minutes) de la réunion du comité de politique monétaire de la Fed (FOMC) de juin. Les responsables de la Fed relèvent néanmoins qu’il existe un risque haussier en cas de tensions prolongées sur les approvisionnements et redoutent que cette situation ne favorise un désalignement des anticipations d’inflation, actuellement ancrées autour de 2 %.

Powell a rassuré les parlementaires sur la détermination de la Fed à agir pour enrayer un emballement des prix. Le FOMC ne souhaite pas pour autant accélérer le resserrement de la politique monétaire, car il estime que l’économie américaine n’affiche pas encore les «progrès substantiels» attendus pour amorcer l’arrêt des achats d’actifs.

Les signes probants d’amélioration de l’activité lui permettent tout de même d’envisager un arrêt des achats d’actifs un peu plus tôt  (« somewhat earlier ») que prévu. Les minutes font néanmoins apparaître des divergences entre les membres du FOMC sur le calendrier au regard du niveau d’incertitude générale et du poids à donner aux prévisions économiques actuelles.

 

La Fed veut créer deux facilités de repo permanentes, dont une pour les banques centrales étrangères

Les minutes de la dernière réunion FOMC relatent également l’avancée des travaux de la Fed au sujet (i) de la mise en place d’une facilité de repo permanente (standing repo facility), qui permettrait aux banques d’emprunter à tout moment de la liquidité en échange d’un collatéral, et (ii) de la pérennisation de la facilité de repo pour les banques centrales et les institutions monétaires internationales (Foreign and International Monetary Authorities – FIMA – repo facility) créée en mars 2020.

La Fed estime que ces deux mécanismes contribueraient à améliorer le fonctionnement du marché du financement à court terme et du marché des Treasuries. Elle se montre largement satisfaite des propositions présentées par ses services, mais souhaite continuer d’évaluer les deux dispositions et n’annonce aucun calendrier de mise en œuvre à ce stade.

 

Le Parti républicain réaffirme ses exigences sur les termes d’un accord sur la fiscalité internationale

Le 8 juillet, en amont du G20 finances de Venise conclu sur l’annonce d’un accord sur la fiscalité internationale, le sénateur Mike Crapo et le représentant Kevin Brady, chefs de file de l’opposition républicaine dans les commissions chargées des affaires fiscales au Sénat et à la Chambre des représentants, ont exprimé leurs inquiétudes sur les termes des négociations fiscales en cours à l’OCDE dans une lettre envoyée une lettre à la secrétaire au Trésor, Janet Yellen.

Ils y annoncent leur intention de s’opposer à la ratification d’un accord international qui serait défavorable aux entreprises américaines ou qui inclurait un traitement de faveur pour la Chine. Ils demandent en outre à l’administration Biden de se montrer ferme vis-à-vis des autorités qui persévéreraient à mettre en place une taxe sur les services numériques en dépit de l’avancée des négociations, la France et l’Union européenne étant nommément citées. Cette missive fait suite à une première lettre envoyée par le sénateur Crapo mi-mai.

Pour mémoire, en cas de modification des traités internationaux, le Sénat serait chargé de ratifier les nouvelles dispositions par une majorité qualifiée des deux tiers.

 

Un décret présidentiel renforce la lutte contre la concentration de l’économie américaine

Le 9 juillet, Joe Biden a signé un décret présentiel (executive order) portant une série de mesures visant à promouvoir la concurrence sur le marché du travail et dans plusieurs secteurs de l’économie. Le texte demande aux deux agences chargées de la politique de concurrence, le département de la Justice (DoJ) et la Federal Trade Commission (FTC), d’appliquer un contrôle « vigoureux » des concentrations et de procéder à une revue des directives (guidance) encadrant le contrôle des concentrations horizontales et verticales, selon une optique plus large que le seul impact sur le consommateur.

Afin de lever les freins bridant la mobilité des salariés, l’administration Biden demande en outre à la FTC d’interdire le recours « injuste » aux clauses de non concurrence et les restrictions injustifiées rattachées aux licences professionnelles délivrées par les États et de durcir les règles sanctionnant les ententes visant à réduire les salaires.

Le décret porte un vaste ensemble de mesures visant à renforcer le contrôle des concentrations et la transparence des prix dans les secteurs du transport (aérien, maritime, ferroviaire), de l’agriculture et l’agroalimentaire, de la santé et dans le secteur financier (cf. infra). Tous sont pointés en raison de la faible intensité concurrentielle qui contribue à augmenter les prix et brider l’innovation.

 


 

Services financiers

 

La Maison-Blanche souhaite renforcer la concurrence du secteur bancaire et financier

Le décret présidentiel visant à renforcer la concurrence (cf. supra) comporte également plusieurs mesures ciblées sur les services financiers. La Maison-Blanche déplore en effet le mouvement de consolidation du secteur bancaire américain, qui a enregistré la fermeture de 10 000 établissements en 40 ans (une baisse de 70 % sur la période), et ses effets négatifs sur l’accès au crédit et sur les niveaux de frais et de taux d’intérêts pratiqués. Afin de ralentir cette tendance, le décret encourage le département à la Justice (DoJ), responsable de la lutte antitrust, et les régulateurs bancaires à mettre à jour leurs lignes directrices sur le contrôle des concentrations entre banques.

Le décret demande également au Bureau de protection de consommateurs de services financiers (CFPB) de préparer des règles pour assurer la portabilité des données personnelles financières, afin de faciliter la mobilité des consommateurs entre établissements, et de lutter contre les pratiques commerciales abusives des banques.

Enfin, le décret impose au Trésor de préparer un rapport sur les effets concurrentiels de l’entrée de grandes entreprises de l’économie numérique et d’autres acteurs non-bancaires sur le marché des services financiers.

 

La SEC sanctionne une transaction en SPAC

Le 13 juillet, la Securities and Exchange Commission (SEC, l’autorité américaine des marchés boursiers) a annoncé avoir sanctionné la startup Momentus, spécialisée dans le transport spatial, pour avoir publié des informations fausses ou  incomplètes en vue de sa fusion avec une Special Purpose Acquisition Company (SPAC) à des fins d’introduction en bourse. La SEC accuse Momentus d’avoir menti sur la maturité de sa technologie de propulsion, d’avoir délibérément sous-estimé le risque qu’elle ne puisse obtenir la licence requise pour opérer aux États-Unis et d’avoir manqué à ses obligations de due diligence. Sont également visés par cette sanction la SPAC, le sponsor financier et le CEO de la SPAC, et l’ancien PDG de Momentus, pour un montant total de 8 M USD.

La dernière sanction de la SEC à l’encontre d’une opération en SPAC remontait à juin 2019, avant l’entrée en fonction de son actuel président (démocrate), Gary Gensler. Ce dernier a déclaré que le cas de Momentus illustrait « les risques inhérents aux transactions en SPAC ».

 

Les principales banques américaines ont publié leurs résultats du 2ème trimestre 2021

Les six plus grandes banques américaines par la taille de bilan (JP Morgan Chase, Bank of America, Wells Fargo, Citigroup, Goldman Sachs et Morgan Stanley) ont publié cette semaine leurs résultats pour le deuxième trimestre 2021.

                                               Les pourcentages entre parenthèses représentent les variations enregistrées par rapport au T2 2021 Source : états financiers des banques américaines au T2 2021

 

Au cours de ce trimestre, les banques ont de nouveau bénéficié de la très bonne performance des activités de banque d’investissement (revenus en hausse de 25 % pour JPMorgan en glissement annuel, 36 % pour Goldman Sachs), les opérations de haut-de-bilan ayant été favorisées par l’environnement de taux bas et la vigueur de la reprise économique. À l’inverse, les revenus de trading ont connu une forte baisse par rapport au T2 2020 (-31 % chez Morgan Stanley, -14 % chez Bank of America), qui avait été marqué par d’importants mouvements de marché.

 


 

Brèves

 

  • Le Sénat a confirmé (72 voix pour, 27 contre) le 15 juillet la nomination de Nellie Liang au poste de sous-secrétaire au Trésor pour le financement de l’économie (undersecretary of domestic finance. Entre  2010 et 2017, Nellie Liang a dirigé la division de la Fed pour la stabilité financière, avant de rejoindre la Brookings Institution, un think-tank progressiste basé à Washington.
  • La Fed de New York a amorcé le 12 juillet la phase de vente des titres de dette obligataire achetés dans le cadre de sa facilité de rachat de dette sur le marché secondaire (Secondary Market Corporate Credit Facility). Pour mémoire, la cession des parts de fonds indiciels (exchange-traded funds) avait débuté le 7 juin.
  • Le 6 juillet, le FinCEN, organe du Trésor chargé de la lutte contre la criminalité financière, a annoncé la création d’un poste de conseiller pour les actifs numériques (Chief Digital Currency Advisor), qui sera responsable de la stratégie du FinCEN contre l’utilisation d’actifs numériques à des fins illicites.
  • Le 13 juillet, les agences de régulation bancaire (Fed, FDIC, OCC) ont publié une proposition de recommandations (guidance) visant à améliorer la gestion par les banques des risques associés à l’externalisation auprès de tiers, en particulier des fintechs, de certaines activités telles que la gestion de leurs systèmes d’information, de leur comptabilité ou de la notation de crédit. Afin de mieux gérer ces risques, les régulateurs recommandent notamment la mise en place de due diligence dans le choix du prestataire de service, de clarifier la répartition des droits et responsabilités entre les deux parties et d’évaluer la performance de ces tiers.Lors d’une réunion de travail de la Securities and Exchange Commission (SEC) le 7 juillet, Gary Gensler, le président de la SEC, s’est déclaré favorable à une plus grande transparence sur les labels «verts » ou « durables » utilisés par les sociétés de gestion pour certains de leurs fonds.
  • Interrogé par un élu lors de son audition à la Chambre des représentants le 14 juillet (voir supra), Jerome Powell, le président de la Fed, a indiqué que le rapport de la Fed sur les monnaies numériques de banque centrale serait publié au début du mois de septembre 2021.
  • Le 13 juillet, Rostin Behnam, le président de la Commodity Futures Trading Commission (CFTC), le régulateur des marchés de dérivés, a indiqué qu’il avait demandé à l’agence de présenter une proposition de règle en 2022 pour rendre obligatoire la compensation centrale des swaps faisant référence au Secured Overnight Financing Rate (SOFR), un taux de référence ayant vocation à remplacer le LIBOR.
About Admin

Galina Natchev is the Information Research Officer at the Department of Macroeconomics and Finance at the French Embassy in the US since November 2005. In charge of following the news and the daily news brief for the department, Galina is also involved in research projects and in preparing the weekly publication, the Washington Wall Street Watch. She is responsible to gather information and support literature for the writing of reports at the department.
Galina holds a Master’s degree in French Studies from NYU and a Master’s degree in International Business from UNWE, Sofia, Bulgaria.
She is based in New York.

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