Washington Wall Street Watch n°2021-23

Washington Wall Street Watch n°2021-23

Crédit photo : F. Jonkisz

Sommaire

Conjoncture

  • Le rétablissement du marché du travail s’est poursuivi à un rythme modéré en mai
  • L’inflation atteint son plus haut niveau depuis 2008

Politiques macroéconomiques

  • Les responsables politiques réagissent à l’accord du G7 sur la fiscalité internationale
  • Le Sénat adopte une proposition de loi débloquant 250Md USD d’investissements publics pour répondre à la concurrence de la Chine

Services financiers

  • Les sénateurs s’interrogent sur la nécessité de créer une crypto-monnaie de banque centrale
  • Un commissaire de la CFTC s’inquiète de la décentralisation des services financiers (« DeFi »)

Brèves


 

Conjoncture

 

Le rétablissement du marché du travail s’est poursuivi à un rythme modéré en mai

Le rapport mensuel du Bureau of Labor Statistics (BLS) sur la situation de l’emploi indique que 559 000 emplois nets ont été créés aux États-Unis au mois de mai. Quoique très supérieur au rythme qui prévalait avant la crise sanitaire, le nombre de créations d’emplois ressort en-deçà des attentes des analystes et, plus généralement, des prévisions formulées en début d’année 2021. Les secteurs les plus affectés par les mesures de distanciation sociale (hôtellerie-restauration, santé) sont de nouveaux les principaux pourvoyeurs d’emplois.

La résorption progressive du chômage se poursuit : le taux de chômage recule à 5,8 % (-0,3 point) et à 10,2 % (-0,2 point) dans sa définition intégrant les salariés à temps partiel subi. Le taux d’emploi atteint 58 % (+0,1 point) mais reste inférieur de 2,1 points à son niveau pré-crise.

Par ailleurs, l’enquête JOLTS du BLS pour le mois d’avril, publiée le 8 juin, témoigne d’une demande de travail soutenue des entreprises : le nombre d’offres d’emploi est plus d’un tiers supérieur au niveau atteint en janvier 2020, tandis que le taux de démission atteint un niveau historiquement élevé de 3,1 %.

                                                              Nombre de chômeurs par offre d’emploi

                                                                  Source : Bureau of Labor Statistics

 

L’inflation atteint son plus haut niveau depuis 2008

L’indice des prix à la consommation a progressé de 0,6 % en mai (après 0,8 % au mois d’avril). Comme le mois précédent, l’inflation est avant tout tirée par le dynamisme de l’inflation sous-jacente (+0,7 %, après +0,9 %), lié une nouvelle fois à la forte hausse du prix des véhicules d’occasion (+7,3 %, après +10 %), cette composante contribuant à elle seule à près d’un tiers de l’inflation totale et à la moitié de l’inflation sous-jacente en mai. L’augmentation du prix des billets d’avion (+7 % sur le mois, après +10,2), de l’habillement (+1,6 %) et des véhicules neufs (+1,2 %) contribuent aussi à l’inflation.

L’inflation sur douze mois glissants ressort à 5 % (+0,7 point) et atteint son plus haut niveau depuis août 2008, tandis que l’inflation sous-jacente atteint 3,8 % (+0,8 point). Ces variations restent pour partie biaisées par la baisse importante mais momentanée des prix intervenue au cours du printemps 2020 (effet de base).

 


 

Politiques macroéconomiques

 

Les responsables politiques réagissent à l’accord du G7 sur la fiscalité internationale

A l’issue de la réunion des ministres des finances du G7, les 4 et 5 juin, la secrétaire au Trésor, Janet Yellen, a présenté l’accord sur la création d’un impôt minimum mondial sur les sociétés comme une « avancée sans précédent pour mettre un terme […] à la course au moins-disant fiscal en matière de fiscalité des entreprises ». Elle a confirmé que les grandes entreprises du secteur technologique, telles qu’Amazon et Facebook, seraient concernées par ce futur impôt.

Au Congrès, les présidents démocrates des commissions chargées des affaires fiscales de chaque Chambre ont partagé l’enthousiasme de J. Yellen. À l’inverse, l’opposition républicaine a jugé l’accord « prématuré » et souhaite avoir des garanties sur l’extinction effective des taxes nationales sur les services numériques avant de se prononcer. Certains parlementaires ont même été plus véhéments, fustigeant un accord qu’ils jugent défavorable à la compétitivité fiscale des entreprises américaines.

La position du Congrès pourrait être déterminante dans la mise en œuvre de l’accord, notamment s’il devait conduire à réviser un traité international. Le cas échéant, le nouvel accord devrait être ratifié par les deux tiers du Sénat.

 

Le Sénat adopte une proposition de loi débloquant 250 Md USD d’investisse­ments publics pour répondre à la concurrence de la Chine

Le 8 juin, le Sénat a adopté le U.S. Innovation and Competition Act (USICA). Cette proposition de loi prévoit environ 250 Md USD d’investisse­ments sur dix ans pour renforcer les capacités de production américaines dans des domaines jugés stratégiques, en réponse à la concurrence chinoise. Elle doit désormais être examinée à la Chambre des représentants.

Le texte prévoit une hausse de 120 Md USD sur cinq ans du financement public de la recherche fondamentale, allouée notamment à (i) la National Science Foundation (agence publique finançant la recherche– 52 Md USD), qui serait aussi dotée d’un service dédié aux domaines stratégiques (intelligence artificielle, quantique), (ii) au centre de recherche du département de la Défense (DARPA – 17,5 Md USD), et (iii) au département de l’énergie (10 Md USD).

En outre, 52 Md USD seraient consacrés sur cinq ans à des investissements dans la recherche, la conception et la production des semi-conducteurs.

Enfin, l’encours maximal de prêts de l’agence de financement du développement (International Development Finance Corporation – IDFC) serait relevé de 60 à 100 Md USD afin d’appuyer les investissements à l’étranger destinés à sécuriser les chaînes d’approvisionnement et les infrastructures.

 


 

Services financiers

 

Les sénateurs s’interrogent sur l’opportunité de créer une crypto-monnaie de banque centrale

Le 9 juin, le sous-comité chargé de la politique économique au sein de la commission aux affaires bancaires du Sénat a tenu une audition consacrée aux enjeux liés à la création d’une crypto-monnaie de banque centrale (CBDC), en présence de plusieurs chercheurs et spécialistes des actifs numériques.

Lors de leurs interventions, plusieurs sénateurs démocrates (tels que Sherrod Brown, président de la commission, et Elizabeth Warren) ont énuméré les avantages que pourrait procurer un dollar numérique en matière d’inclusion financière, d’amélioration des services de paiement et de protection contre les risques liés à l’émergence de monnaies privées.

Plusieurs points de vigilance ont néanmoins été soulignés par les élus, en particulier quant à la protection des données personnelles des utilisateurs et à l’impact écologique potentiel des crypto-actifs. Le sénateur Pat Toomey, chef de file de la minorité républicaine au sein de la commission, a quant à lui récusé l’idée même d’une CBDC américaine, estimant que celle-ci viendrait concurrencer l’activité de dépôt des banques privées et jugeant limité le risque qu’une CBDC chinoise ne remette en question le rôle de monnaie de réserve du dollar.

 

Un commissaire de la CFTC s’inquiète de la décentralisation des services financiers (« DeFi »)

Dans une allocution prononcée le 8 juin, Dan Berkovitz, commissaire (démocrate) de la Commodity Futures Trading Commission (CFTC), le régulateur américain des marchés de dérivés, s’est exprimé sur le développement des services financiers décentralisés  (« DeFi »), qui s’appuient sur l’utilisation de la blockchain et des contrats intelligents pour contourner les intermédiaires traditionnels tels que les banques, les plateformes boursières et les courtiers.

Dan Berkovitz a insisté sur le rôle primordial des intermédiaires financiers dans la lutte contre le risque de fraude, de blanchiment d’argent et de contrepartie. Il a ensuite estimé que la décentralisation des marchés de dérivés entrait en conflit avec le droit financier américain, qui prévoit que les contrats à terme doivent être négociés sur des marchés enregistrés auprès de la CFTC.

 


 

Brèves                             

 

  • Le 4 juin, la Securities and Exchange Commission (SEC), le régulateur des marchés boursiers, a annoncé la révocation de William Duhnke, président depuis 2020 du Public Company Accounting Oversight Board (PCAOB), l’organisme américain de supervision des activités d’audit. La SEC a également annoncé l’ouverture d’une procédure de nomination pour les autres sièges d’administrateurs du PCAOB. Duane DesParte assurera l’intérim à la tête de l’agence. Le 26 mai, les sénateurs démocrates Elizabeth Warren et Bernie Sanders avaient demandé à la SEC de limoger l’ensemble de la direction du PCAOB, estimant que ses membres avaient affaibli l’agence et «érodé son indépendance vis-à-vis des intérêts privés ».

 

  • Le Département de la justice a annoncé le 7 juin avoir saisi 63,7 Bitcoins, d’une valeur de marchéde 2,3 M USD, qui avaient été extorqués par un groupe de pirates informatiques ayant utilisé le 7 mai un rançongiciel (ransomware) à l’encontre de l’oléoduc Colonial Pipeline. Cette saisie a été rendue possible par l’identification sur la blockchain d’une transaction correspondant au montant dérobé et par l’obtention par le Federal Bureau of Investigation (FBI) de la clé privée donnant accès au butin.

 

  • Dans une intervention le 7 juin, Gary Gensler, le président de la SEC, s’est déclaré favorable à un renforcement des règles de lutte contre les délits d’initiés applicables aux dirigeants d’entreprises. Gary Gensler estime que le dispositif des «plans 10b5-1 », qui impose à un dirigeant de déclarer à l’avance ses intentions d’opérations sur titres afin d’empêcher l’exploitation d’informations privilégiées, aurait en l’état actuel quatre défauts : (i) ces plans ne prévoient pas de période de carence entre l’annonce d’un plan et son exécution, (ii) ils peuvent être annulés, potentiellement en réaction à l’apparition d’une information privilégiée, (iii) ils ne sont pas obligatoirement rendus publics, (iii) il n’existe pas de limite dans le nombre de plans déclarés.

 

  • Auditionné par la commission des finances du Sénat, Charles Rettig, commissaire de l’Internal Revenue Service (IRS), l’administration fiscale américaine,a préconisé devant les parlementaires un renforcement des prérogatives légales de l’IRS pour lui permettre de collecter davantage d’informations sur les détenteurs de crypto-actifs.

 

  • Par voie de décret, Joe Biden a élargi le 3 juin la liste des entreprises chinoises proscrites aux investisseurs américains en raison de leurs liens avec l’appareil militaire chinois. Cette liste, dont le périmètre est étendu à plusieurs entreprises actives dans les technologies de «surveillance », prolonge un premier décret signé par Donald Trump en novembre 2020. Le décret interdit aux personnes physiques et morales américaines, à compter du 2 août 2021, d’acheter des titres financiers émis par les 59 entreprises concernées.

 

  • Le 8 juin, la CFTC a annoncé le lancement de« SOFR First », une initiative visant à faciliter la transition des participants des marchés de dérivés vers le taux de référence Secured Overnight Financing Rate (SOFR). Dans le cadre de cette initiative, la CFTC recommande aux broker-dealers de remplacer le LIBOR par le SOFR dans l’ensemble des transactions en swaps linéaires effectuées sur les marchés interdealers à partir du 26 juillet 2021.

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