Washington Wall Street Watch n°2021-22

Washington Wall Street Watch n°2021-22

Crédit photo : F. Jonkisz

Sommaire

Conjoncture

-La Fed affiche un dissensus interne sur la situation du marché du travail

Politiques macroéconomiques

-L’administration Biden détaille ses projets budgétaires et fiscaux

-La Fed va vendre les titres achetés dans le cadre de la Secondary Market Corporate Credit Facility

Services financiers

-La SEC suspend une règle encadrant les activités des proxy advisors

Brèves

 


 

Conjoncture

 

La Fed affiche un dissensus interne sur la situation du marché du travail

Différents responsables et services de la Fed affichent des appréciations divergentes sur l’évolution du marché du travail. Si tous soulignent l’importance d’approfondir l’analyse au-delà du seul taux de chômage, leurs conclusions sont opposées.

Robert Kaplan, président de la Fed de Dallas, a co-signé un article défendant la thèse de tensions prononcées sur le marché du travail, soulignant notamment le nombre très élevé d’offres d’emplois non pourvues par chômeurs (une fois exclues ceux temporairement au chômage) et la progression rapide des salaires au cours des derniers mois. Il estime en outre qu’une partie des chômeurs ne souhaitent pas immédiatement retrouver un emploi, parce qu’ils souhaitent changer de profession ou profitent de la valorisation élevée des marchés actions pour liquider leurs droits à la retraite. Cette position est partagée par James Bullard, président de la Fed de Saint-Louis.

Un billet publié par la Fed de San Francisco relativise l’intensité de ces pressions et met en avant (i) un taux d’activité et un taux d’emploi toujours très inférieurs à la situation pré-crise, (ii) une part élevée de chômeurs licenciés de manière définitive et (iii) un taux de chômage très élevé pour les populations les plus fragiles et/ou en marge du marché du travail. Les chercheurs soutiennent en outre que le rebond rapide de l’emploi industriel ne peut être comparé à la dynamique des services compte tenu de l’impact asymétrique de la crise sur les deux secteurs. Enfin, ils montrent que les embauches bénéficient davantage à des personnes déjà en emploi qu’à des chômeurs.

Le Beige Book, qui décrit l’évolution de l’activité économique dans les 12 districts des Fed régionales sur la base des informations relayées par les interlocuteurs de la Fed, indique que les difficultés de recrutement rencontrées par les entreprises freinent la reprise de l’activité. Si elles tentent d’attirer des salariés grâce à des primes et des hausses de salaire, les entreprises s’attendent à ce que la pénurie de main d’œuvre se prolonge encore plusieurs mois.


 

Politiques macroéconomiques

 

L’administration Biden détaille ses projets budgétaires et fiscaux

Le 28 mai, la Maison-Blanche a présenté la version intégrale de sa proposition de budget pour l’exercice 2022, après l’ébauche publiée le 9 avril. L’administration Biden y apporte notamment de nouvelles précisions sur le contenu et le coût de l’American Jobs Plan, tel que présenté par Joe Biden fin mars,  et de l’American Families Plan.

Les deux plans engageraient 4 367 Md USD de nouvelles dépenses sur dix ans pour des recettes évaluées à 3 569 Md USD (respectivement (1,5 % du PIB et 1,3 % du PIB par an). Le coût net des deux textes pour les finances publiques s’élèverait à 799 Md USD sur la décennie 2022-2031, soit un impact moyen sur le solde budgétaire d’environ 0,3 % du PIB par an.

Pour la partie fiscale, le Treasury indique que le relèvement du taux marginal de l’impôt sur le revenu de 37 % à 39,6 % s’accompagnerait d’un abaissement du seuil de la tranche, qui passerait de 523 000 USD à 452 700 USD pour une personne seule. En outre, l’augmentation prévue de l’impôt sur les plus-values mobilières serait rétroactive et prendrait effet en avril 2021, afin de couper court à des transactions visant à limiter l’impact de la mesure.

Le document précise aussi les modalités de la réforme de l’impôt anti-érosion : le prélèvement actuel de 10 % (dit « BEAT ») sur les opérations financières d’une entreprise, américaine ou non, avec des entités étrangères au-delà de 3 % de la totalité de ses opérations financières serait remplacé par une suspension des crédits d’impôts et abattements pour les grandes entreprises (plus de 500 M USD de chiffre d’affaires) qui réalisent des transactions avec des entités situées dans des pays « à faible fiscalité ». Seraient considérés comme tels les pays ayant un taux d’impôt sur les sociétés inférieur à un taux d’impôt minimum défini à l’issue des négociations à l’OCDE ou, en l’absence d’accord, à un taux d’impôt minimum appliqué aux entreprises multinationales américaines (prévu à 21 % dans le projet de la Maison-Blanche).

 

La Fed va vendre les titres achetés dans le cadre de la Secondary Market Corporate Credit Facility

Le 2 juin, la Fed a annoncé qu’elle vendrait à partir du 7 juin les obligations achetées au début de la crise sanitaire dans le cadre de son programme d’urgence d’achat de dette d’entreprises sur le marché secondaire (Secondary Market Corporate Credit Facility ou SMCCF). Pour mémoire, cette facilité, utilisée pour la dernière fois le 31 décembre 2020, est distincte du programme d’achat d’actifs régulier de la Fed (quantitative easing) et est soumise à un contrôle plus étroit du Treasury et du Congrès.

Le portefeuille de titres constitué au travers de la SMCCF s’élève à de 13,8 Md USD, principalement sous forme de fonds indiciels (exchange-traded fund – ETF). Elle estime que les conditions de financement des entreprises sont désormais suffisamment favorables pour graduellement revendre son portefeuille sans heurt.

 


Services financiers

 

La SEC suspend une règle encadrant les activités des agences de conseil en

Le 1er juin, la Securities and Exchange Commission (SEC), le régulateur des marchés boursiers, a suspendu l’application d’une règle issue de la précédente administration relative au cadre d’intervention des agences de conseil en vote (ou « proxy advisors »), telles que Glass Lewis et ISS, qui formulent des recommandations de vote à l’intention des actionnaires d’entreprises cotées.

Finalisée en juillet 2020, cette règle exigeait entre autres des proxy advisors qu’ils communiquent leurs recommandations de vote aux entreprises concernées au plus tard en même temps qu’à leurs clients et qu’ils déclarent tout conflit d’intérêt pouvant survenir lors d’une recommandation. La SEC précise qu’elle ne sanctionnera pas les violations de cette règle et qu’elle mènera des travaux complémentaires afin de définir un cadre adéquat à ces pratiques.

La mise en place de cette règle avait fait l’objet d’une intense campagne de lobbying de la part de plusieurs entreprises cotées, qui déploraient l’influence disproportionnée des proxy advisors dans leur stratégie, ainsi que d’organisations d’investisseurs, qui à l’inverse défendaient l’utilité de ces agences dans le cadre de leur politique actionnariale.


 

Brèves

 

–  Le 28 mai, la SEC a annoncé l’ouverture d’une procédure en justice à l’encontre de cinq personnes qui se seraient livrées, entre janvier 2017 et janvier 2018, à la promotion des actifs numériques de la plateforme BitConnect, non enregistrés auprès de la SEC. Caractéristique d’une pyramide de Ponzi, la plateforme BitConnect était parvenue à lever 2 Md USD auprès d’investisseurs de détail jusqu’à sa fermeture en janvier 2018.

–  Le 1er juin, la Fed a publié une proposition de règle mettant en place les dispositions techniques nécessaires au déploiement de son système de paiement instantané FedNow, dont l’inauguration est prévue en 2023. Semblable aux dispositions de son système de paiement Fedwire, la règle clarifie notamment l’obligation pour les banques participant au réseau de mettre les fonds à la disposition immédiate de leurs bénéficiaires.

–  Dans un jugement rendu le 3 juin, la cour d’appel fédérale pour le deuxième circuit a estimé que l’Office of the Comptroller Currency  (OCC), le régulateur des national banks, était autorisé à octroyer des agréments  à des fintechs ne recevant pas de dépôts. Cette décision renverse un jugement de première instance datant de 2019, qui avait été prononcé à la suite d’une plainte du Département des services financiers de l’État de New York (NYDFS).

–  Au cours de la semaine du 31 mai, l’action de l’entreprise de divertissement AMC a connu une hausse de 133 % de sa valeur en bourse. Ce fort mouvement haussier s’explique par une campagne d’achats d’investisseurs individuels déterminés à contrer les positions de vente à découvert de hedge funds ayant anticipé une baisse du cours de l’action AMC. Pour mémoire, plusieurs actions, dont AMC et GameStop, avaient déjà fait l’objet d’un « short squeeze » au mois de janvier.  L’envolée du cours s’est interrompue au cours de la séance du 3 juin après qu’AMC a annoncé l’émission de 11 M d’actions et prévenu les investisseurs des risques auxquels ils s’exposaient en achetant ses titres.

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