Washington Wall Street Watch n°2021-17

Washington Wall Street Watch n°2021-17

Crédit photo : F. Jonkisz

Sommaire

Conjoncture

  • Le taux de croissance du PIB ressort à +1,6 % au 1er trimestre 2021
  • Le recensement décennal fait apparaître une progression faible mais disparate de la population

Politiques macroéconomiques

  • La Fed laisse sa politique monétaire inchangée et relativise l’intensité des pressions inflationnistes
  • Joe Biden présente le second volet de son plan de relance : l’American Families Plan

Services financiers                         

  • Jerome Powell relativise les risques pesant sur la stabilité financière
  • Joe Biden souhaite réformer la fiscalité des fonds de private equity

Brèves : salaire minimum, actifs numériques, SEC

 


 

Conjoncture

 

Le taux de croissance du PIB ressort à +1,6 % au 1er trimestre 2021

Le produit intérieur brut américain a progressé de 1,6 % au 1er trimestre 2021 selon la première estimation du Bureau of Economic Analysis, soit un taux de  croissance de 6,4 % en rythme annualisé.

La croissance est avant tout portée par la consommation des ménages (contribution de 1,7 point), sous l’effet du relâchement des mesures d’endiguement et de la forte hausse du revenu disponible (+12,7 %) liée  aux mesures de soutien budgétaire. La croissance bénéfice en outre du dynamisme de la demande publique (0,3 point) et de l’investissement des entreprises (0,3 point). Cette poussée de la demande intérieure se reflète toutefois par une contribution négative des stocks (-0,7 point) et des échanges commerciaux extérieurs (-0,2 point).

Au terme du 1er trimestre, l’acquis de croissance pour 2021 s’élevait à 3,9 % (après un taux de croissance de -3,5 %) et le PIB se situait 0,9 % en-deçà de son niveau du 4ème trimestre 2019.

 

Le recensement décennal fait apparaître une progression faible mais disparate de la population

Le recensement décennal mené en 2020 par le Census Bureau conclut à une augmentation de la population américaine de 7,4 % au cours de la décennie 2010, pour une population totale de 331,5 millions de personnes. Cette progression est la plus faible enregistrée avec la décennie 1940 (+7,3 %) ; ce ralentissement est attribué au recul du taux de fécondité, au vieillissement démographique et à la baisse de l’immigration.

Cette moyenne masque d’importantes disparités régionales et un basculement de la dynamique démographique vers (i) le sud des États-Unis, notamment au Texas, en Floride, en Géorgie et en Caroline du sud, et (ii) l’ouest du territoire, avec les États de l’Utah, de l’Idaho, de l’État de Washington, de l’Oregon et de l’Arizona. Ces États affichent tous avec des progressions supérieures à 10 %.

                                                                               Source : Washington Post

Les évolutions décrites dans le recensement décennal ont aussi des répercussions politiques, car cet exercice sert à recalculer le nombre de sièges accordés à chaque État à la Chambre des Représentants, lui-même utilisé pour attribuer le nombre de grands électeurs lors de l’élection présidentielle. La Californie et les grands États du nord (New York, Pennsylvanie, Ohio, Michigan, Illinois) vont chacun perdre un siège et un grand électeur au profit des États les plus dynamiques sur le plan démographique, en particulier le Texas qui obtient deux sièges et grands électeurs de plus.

 


 

Politiques macroéconomiques

 

La Fed laisse sa politique monétaire inchangée et relativise l’intensité des pressions inflationnistes

La réunion du Comité de politique monétaire de la Fed (FOMC) des 27 et 28 avril 2021 s’est conclue sur un maintien de la fourchette-cible des taux fed funds à [0 %-0,25 %] et du rythme des achats d’actifs (quantitative easing) à 120 Md USD par mois.

Le FOMC note une amélioration continue de l’activité et de l’emploi, en particulier dans les secteurs les plus affectés par la crise sanitaire, grâce a la campagne de vaccination et au soutien de la politique budgétaire. La Fed fait évoluer favorablement son appréciation des risques et se montre nettement moins inquiète des effets négatifs potentiels de la crise sanitaire. Pour autant, en l’absence de progrès substantiels en direction de ses objectifs d’inflation et d’emploi, la Fed estime qu’il est nécessaire de maintenir une politique monétaire accommodante.

En réponse aux questions des journalistes, Jerome Powell s’est attaché à relativiser l’ampleur de la hausse récente de l’inflation, en rappelant le poids des facteurs transitoires (décaissement de l’épargne, rebond des prix de l’énergie, effets statistiques). Une inflation durablement installée autour de 2 % requiert selon lui que l’économie américaine retrouve une situation proche du plein emploi, qui est loin d’être atteinte au regard du niveau toujours élevé du chômage. Il a réaffirmé que la Fed tolérerait une inflation temporairement plus élevée afin de compenser les périodes d’inflation plus faible. Pour autant, la Fed reste vigilante à des signes d’emballement des prix et se tient prête, le cas échéant, à mobiliser ses différents instruments de politique monétaire pour l’enrayer.

 

Joe Biden présente le second volet de son plan de relance : l’American Families Plan

Au cours de son allocution devant le Congrès, Joe Biden a présenté les grands axes de la seconde partie de son plan de relance. Après l’American Jobs Plan, l’American Families Plan prévoit 1 800 Md USD de nouvelles dépenses sociales sur dix ans (soit en moyenne 0,6 % du PIB par an), financées par des hausses d’impôts.

Le premier volet du plan, qui représenterait le tiers des crédits, consiste à pérenniser la hausse de trois crédits d’impôts en faveur des classes moyennes et inférieures (Child tax credit, earned income tax credit et child and dependent care tax credit) actée pour l’année fiscale 2021 par l’American Rescue Plan (plan de soutien de 1 900 Md adopté mars 2021).

De la même façon, la Maison-Blanche souhaite proroger le renforcement de l’aide à la prise en charge des primes annuelles d’assurance santé (Premium tax credit – 200 Md USD). L’État fédéral instaurerait aussi un congé « familial » indemnisé de douze semaines utilisable au titre de la maternité, qui n’e ou de la prise en charge des proches dépendants (225 Md USD), ce type de congé n’existant pas au niveau fédéral.

Enfn, l’American Families Plan inclut une série d’investissements dans l’éducation avec (i) la gratuité de l’école maternelle (enfants de 3 et 4 ans), qui ne dépend pas du système public d’enseignement (200 Md USD), (ii) la prise en charge intégrale des frais d’inscription dans les filières courtes techniques d’enseignement supérieur (community college – 109 Md), et (iii) une augmentation des bourses et des aides versées aux étudiants issus de familles pauvres (193 Md USD).

Ces mesures seraient financées par une série de hausses d’impôts sur les contribuables les plus aisés, à savoir (i) le relèvement du taux marginal de la tranche supérieur de l’impôt sur le revenu de 37 % à 39,6 % (à partir 523 000 USD de revenu annuel pour une personne seule), (ii) l’augmentation du taux d’impôt sur les plus-values mobilières de long terme de 20 % à 39,6 % pour les ménages gagnant plus de 1 MUSD de revenu annuel, cette mesure s’accompagnant de la suppression de niches fiscales, (iii) la généralisation d’une surtaxe de 3,8 % sur les revenus d’investissement des ménages gagnant plus de 400 000 USD par an, (iv) une réforme des gains de la fiscalité des fonds de private equity (cf. infra) et (v) la pérennisation du plafonnement, pour les entreprises individuelles, des pertes opérationnelles déductibles de l’impôt sur le revenu payé au titre des revenus d’investissement ou des revenus exceptionnels.

 


 

Services financiers

 

Jerome Powell relativise les risques pesant sur la stabilité financière

Interrogé lors de sa conférence de presse du 28 avril (cf. supra) sur les facteurs d’instabilité financière identifiés par la Fed, Jerome Powell a indiqué que les risques liés au financement de court terme des institutions financières, à leur niveau de levier et à l’endettement des ménages étaient très faibles. J.  Powell a également estimé que les niveaux élevés de valorisation des actifs reflétaient davantage « l’effervescence » (« froth ») liée à l’amélioration des perspectives économiques qu’à un déséquilibre provoqué par la politique monétaire accommodante de la Fed.

Au cours de son intervention, le président de la Fed a toutefois réaffirmé la nécessité de renforcer et sécuriser la structure des marchés monétaires, en coordination avec la Securities and Exchange Commission (SEC), le régulateur des marchés boursiers, et de celle du marché des Treasuries, qui fait l’objet de travaux approfondis en lien avec le département du Trésor.

J. Powell a par ailleurs rappelé que la Fed poursuivait ses travaux d’analyse des enjeux technologiques et politiques liés à la mise en place d’une monnaie numérique de banque centrale (CBDC), et a déclaré ne pas être inquiet par l’hypothèse qu’une CBDC développée par un autre pays vienne remettre en question le statut de monnaie de réserve internationale du dollar.

 

Joe Biden souhaite réformer la fiscalité des fonds de private equity

Dans le cadre de l’American Families Plan (cf. supra), Joe Biden a invité le Congrès à réformer le régime fiscal du carried interest, terme désignant l’intéressement financier que perçoivent les associés d’un fonds de private equity sur la plus-value liée à une participation en portefeuille. Cet intéressement constitue, en plus des frais de gestion, l’un des deux modes de rémunération de l’activité de private equity.

Dans son plan, J. Biden préconise de taxer le carried interest au titre de revenus du travail, dont les tranches supérieures atteignent 37 %, et non plus comme des revenus du capital, taxés à 20 %.

 


 

Brèves

  • Pour la semaine du 19 au 24 avril, le département du Travail a enregistré 553000 nouvelles demandes d’allocations chômage (initial claims), contre une moyenne hebdomadaire de 219 000 en 2019. S’y ajoutent 122 000 demandes faites au titre de l’extension de l’assurance chômage par l’État fédéral aux personnes qui n’y sont normalement pas éligibles (Pandemic Unemployment Assistance). Au total, les demandes ont baissé de 3,4 % par rapport à la semaine précédente.
  • La Maison-Blanche a publié le 27 avril un décret présidentiel (executive order) augmentant le salaire horaire minimum pour les salariés d’entreprises engagés dans un contrat avec l’État fédéral à 15 USD, contre 10,95 USD actuellement. D’après la Maison-Blanche, ce nouveau taux, qui entrera progressivement en vigueur à partir du 30 janvier 2022, bénéficiera à des «centaines de milliers » de travailleurs aux États-Unis.
  • Le 28 avril, Alex Oh a démissionné de son poste de directrice des sanctions (enforcement) de la SEC, qu’elle occupait depuis le 22 avril. Melissa Hodgman assurera à nouveau la direction par intérim de cette division avant la nomination d’un nouveau directeur.
  • La plateforme Paxos, spécialisée dans les actifs numériques et partenaire du service de paiement en ligne PayPal, a obtenu le 23 avril un agrément provisoire auprès de l’Office of the Comptroller of the Currency (OCC) lui permettant d’intervenir en qualité de national trust. En obtenant cet agrément, Paxos, qui n’était jusque-là supervisée que par le Département des services financiers de l’État de New York, pourra proposer sur l’ensemble du territoire américain les services de conservation des actifs, de paiement et de négociation des actifs. Paxos ne bénéficiera pas du statut de national bank et ne sera pas éligible à la garantie fédérale des dépôts.

Le 27 avril, le Bureau de protection des consommateurs de produits financiers (CFPB) a repoussé 1er juillet 2021 au 1er octobre 2022 l’entrée en vigueur d’une règle relative aux conditions d’octroi de certains prêts hypothécaires. La règle en question modifiera les critères demandés aux prêteurs pour déterminer leur capacité maximale de remboursement, en remplaçant notamment le ratio de couverture de la dette (debt-to-income) par une limite de prix universelle, calculée en fonction du taux le moins cher du marché (prime rate). Le CFPB justifie ce report par la nécessité de préserver l’accès au crédit dans le contexte de pandémie.

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