Washington Wall Street Watch n°2021-14

Washington Wall Street Watch n°2021-14

Crédit photo : F. Jonkisz

Sommaire

Conjoncture                               

  • Un après le début de la crise sanitaire, le marché du travail américain panse lentement ses blessures

Politiques macroéconomiques                                                        

  • La Fed se prépare à un ajustement technique de ses taux directeurs
  • L’administration Biden précise les hausses d’impôts servant à financer son plan de relance
  • Un changement des règles du Sénat ouvre la voie à une adoption accélérée de l’American Jobs Plan

Services financiers                                  

  • Plusieurs groupes financiers annoncent le lancement de transactions sur blockchain

Brèves     

 


                     

Conjoncture

 

Un après le début de la crise sanitaire, le marché du travail américain panse lentement ses blessures

Le rapport mensuel sur la situation de l’emploi, publié par le Bureau of Labor Statistics, indique que l’économie américaine a créé 916 000 emplois nets au mois de mars. Le nombre de créations d’emplois au mois de février a aussi été nettement révisé à la hausse (468 000, soit +88 000 emplois). Les secteurs les plus affectés par la crise sanitaire, à savoir l’hôtellerie-restauration, le tourisme, la santé et les services aux entreprises, sont la principale source de créations d’emplois.

Le taux de chômage recule à 6 % (-0,2 point) et à 10,7 % dans sa définition intégrant le travail à temps partiel contraint. Cette amélioration ne concerne toutefois que les salariés temporairement au chômage et ne bénéficie pas aux personnes définitivement licenciées. Le taux d’activité progresse légèrement mais reste, à 61,5 % (+0,1 point), nettement inférieur à son niveau d’avant-crise (-1,9 point par rapport à janvier 2020).

Le taux d’emploi progresse également, pour atteindre 57,8 %. Celui des femmes a plus fortement rebondi ces derniers mois, permettant ainsi de combler l’écart formé au début de la crise sanitaire avec celui des hommes. Un an après le début de la crise sanitaire, plus des deux tiers des emplois détruits à l’occasion de la crise ont ainsi été recrées.

 


 

Politiques macroéconomiques

 

La Fed se prépare à un ajustement technique de ses taux directeurs

Le procès-verbal (minutes) de la réunion du comité de politique monétaire de la Fed (FOMC) des 16 et 17 mars montre l’optimisme de la Fed quant à une sortie rapide de la crise grâce aux bénéfices de la campagne de vaccination et au décaissement de l’épargne contrainte accumulée par les ménages. Pour autant, le FOMC ne se satisfait pas de l’état actuel du marché du travail et estime que le retour à une situation compatible avec ses objectifs « va probablement prendre du temps ».

Si elle voit dans le redressement des taux d’intérêt de long terme et des anticipations d’inflation un signe de confiance dans la reprise, la Fed n’envisage pas de faire évoluer à court terme les paramètres de son programme d’achats d’actifs. Elle reste néanmoins ouverte à cette possibilité si elle devait constater une hausse « soutenue » (« persistent ») des taux d’intérêt ou de nouvelles tensions sur le marché des Treasuries, à l’instar de celles observées en février 2021 (surcroît de volatilité, baisse de la liquidité, de la profondeur).

Par ailleurs, la Fed exprime sa vigilance face à l’évolution du marché monétaire, où les taux d’intérêt sont extrêmement proches de 0 %, seuil qui correspond au bas de la fourchette-cible des taux fed funds ([0 %-0,25 %]). Ce glissement, attribué à l’augmentation soutenue et continue des réserves et à la réduction des émissions nettes de dette du Treasury au 1er trimestre 2021, inquiète les membres du FOMC qui y voient un risque pour la crédibilité de la politique monétaire. Pour éviter que ces taux ne s’écartent de la fourchette-cible, le FOMC se dit prêt à ajuster le corridor des taux directeurs, en particulier le taux d’intérêt de la facilité de repo inversée (actuellement de 0,1 %), dont le tirage quotidien maximal a d’ailleurs été augmenté de 30 Md USD à 80 Md USD à l’issue de la réunion. La Fed signale qu’un tel ajustement pourrait intervenir aussi bien à l’issue qu’en dehors d’une réunion de politique monétaire.

 

L’administration Biden précise les hausses d’impôts servant à financer son plan de relance

Après avoir présenté le 31 mars les grandes orientations de son plan de relance de 2250 Md USD, l’administration Biden a précisé les mesures fiscales destinées à le financer, avec un rendement estimé à 2 500 Md USD sur quinze ans. En plus de la hausse de l’impôt sur les sociétés, de 21 % à 28 %, trois mesures font l’objet de précisions.

Tout d’abord, le Treasury indique que l’impôt plancher de 15 % sur le bénéfice comptable (book income) des entreprises ne concernerait que celles dont le chiffre d’affaires est supérieur à 2 Md USD et qu’il serait calculé à partir des documents financiers communiqués à la Securities and Exchange Commission (le régulateur des marchés boursiers) plutôt que sur les liasses fiscales.

Pour les entreprises multinationales américaines, l’impôt minimum sur les bénéfices (global intangible low-taxed income tax – « taxe GILTI ») serait augmenté de 10,5 % à 21 %, tandis que les principaux abattements seraient supprimés. Son calcul s’effectuerait en outre par pays et non plus au niveau mondial. L’administration Biden veut ainsi s’assurer que les entreprises ne s’engagent pas dans des pratiques d’optimisation consistant à déplacer les bénéfices réalisés aux États-Unis dans des pays où la fiscalité est faible. En outre, les entreprises ne pourraient plus obtenir de crédit d’impôt en contrepartie de l’acquittement de l’impôt local sur les sociétés si le pays concerné n’a pas mis en place d’impôt minimal sur les bénéfices.

Enfin, pour l’ensemble des entreprises multinationales installées aux États-Unis, l’administration Biden défend une réforme de la taxe visant à lutter contre l’érosion des bases fiscales et les pratiques d’inversion (base erosion and anti-abuse tax), de sorte à discriminer fortement les flux intra-groupe avec les pays à fiscalité avantageuse.

Si les parlementaires républicains rejettent ces hausses d’impôts en bloc, les élus démocrates ont aussi exprimé des nuances sur leur ampleur. La commission des finances du Sénat (chargée des affaires fiscales) a proposé son propre projet de réforme qui reprend les orientations de la Maison-Blanche mais atténue la portée de certaines hausses d’impôts. Enfin, plusieurs élus des deux chambres souhaitent ajouter d’autres mesures au texte, qui concerneraient autant les ménages que les entreprises. L’examen du texte au Congrès pourrait donc conduire à revoir le contenu des hausses d’impôts.

 

Un changement des règles du Sénat ouvre la voie à une adoption accélérée de l’American Jobs Plan

À la suite d’une requête de la majorité démocrate, le parliamentarian (organe chargé d’interpréter les règles au sein de chaque chambre) du Sénat  a autorisé les sénateurs à réviser la résolution budgétaire. Cet acte du Congrès a pour fonction de définir les grandes masses de l’exercice budgétaire et, surtout, active la procédure de réconciliation budgétaire qui permet de contourner la nécessité de recueillir une majorité qualifiée de 60 voix pour procéder au vote d’un texte budgétaire au Sénat.

Cette décision permet aux sénateurs de recourir à cette procédure à plusieurs reprises au cours d’un exercice budgétaire, alors qu’elle était jusqu’alors limitée à un seul usage par an. En l’espèce, les sénateurs démocrates auront la possibilité de s’appuyer sur ce véhicule législatif pour entériner l’American Jobs Plan sans le concours de l’opposition républicaine.

Cette souplesse, quoiqu’importante, n’offre toutefois pas de garantie sur l’adoption effective du texte. La majorité devra en effet dégager du temps législatif suffisant pour pouvoir traverser certaines étapes de la procédure qui nécessitent de bloquer les autres travaux  parlementaires. Surtout, plusieurs sénateurs, au premier rang desquels le président de la commission des infrastructures, Joe Manchin, ont exprimé leur réticence à s’engager dans une procédure partisane, ce qui met en péril la capacité du groupe démocrate (50 sénateurs) à adopter le texte.

En tout état de cause, cette décision du parliamentarian crée un précédent majeur qui pourrait être utilisé par les futures majorités pour faire un usage plus fréquent de la procédure de réconciliation budgétaire, affaiblissant ainsi la procédure d’obstruction parlementaire (filibuster).

 


 

Services financiers                                  

 

Plusieurs groupes financiers annoncent le lancement de transactions sur blockchain

La société Paxos Trust Compagny, spécialisée dans les services financiers opérés par blockchain, a annoncé le 6 avril la réalisation de règlements-livraisons d’actions cotées aux États-Unis en passant par une blockchain. Réalisées à titre expérimental dans le cadre d’une autorisation provisoire de la Securities and Exchange Commission (SEC), le régulateur des marchés boursiers, ces transactions ont été conclues entre Credit Suisse et le courtier américain Instinet, filiale de la banque Nomura. Les parties prenantes ont souligné la rapidité de ce procédé (règlement-livraison le jour même) par rapport au protocole de droit commun (J+2).

Deux grandes entreprises de paiement ont par ailleurs annoncé le lancement d’opérations liées aux actifs numériques. Le système de paiement Visa a indiqué le 29 mars être en mesure d’effectuer des virements en USD Coin, une monnaie numérique indexée sur le dollar, en utilisant la blockchain Ethereum. Cette possibilité est ouverte dans le cadre d’un partenariat tripartite conclu par Visa avec Anchorage, national bank spécialisée dans la conservation d’actifs numériques, et Crypto.com, plateforme de transactions en actifs numériques. Le fournisseur de services de paiement PayPal a quant à lui annoncé le 30 mars le lancement du service Checkout With Crypto qui permet aux consommateurs américains d’effectuer des paiements à partir de placements en monnaies numériques conservés sur leur compte PayPal, ce dernier effectuant la conversion vers une monnaie fiat.

Enfin, selon une interview rapportée par CNBC, Goldman Sachs a indiqué être prochainement en mesure de proposer à ses clients une offre complète de placements en actifs numériques, soit par la détention directe de ces actifs, soit en investissant dans des produits dérivés ou dans des véhicules d’investissement indexés sur des actifs numériques. La banque américaine State Street et la fintech britannique Pure Digital ont quant à elles annoncé le 8 avril la conclusion d’un partenariat visant à proposer des services de négociation d’actifs numériques à partir du milieu de l’année 2021.

 


 

Brèves                                                                                 

  • Pour la semaine du 29 mars au 3 avril, le département du Travail a enregistré 744 000 nouvelles demandes d’allocations chômage (initial claims), contre une moyenne hebdomadaire de 219 000 en 2019. S’y ajoutent 152 000 demandes faites au titre de l’extension de l’assurance chômage par l’État fédéral aux personnes qui n’y sont normalement pas éligibles (Pandemic Unemployment Assistance). Au total, les demandes ont baissé de 10 % par rapport à la semaine précédente.
  • La SEC a rouvert le 5 avril 2021 une consultation publique visant à confirmer l’équivalence de la réglementation française des security-based swap dealers (SBSD) avec la réglementation américaine. Pour mémoire, cette équivalence permettrait aux SBSD français de s’enregistrer auprès de la SEC sans devoir prouver qu’ils respectent toutes les exigences américaines. Cette consultation renouvelle pour 25 jours une première consultation ouverte le 22 décembre sur ce sujet.. Par ailleurs, la SEC a également soumis à consultation la candidature du Royaume-Uni qui souhaite bénéficier de la même équivalence pour les SBSD britanniques.
  • Le Bureau de protection des consommateurs de services financiers (CFPB) a publié le 5 avril une proposition de règle relative au recouvrement des créances de prêts hypothécaires. Cette proposition vise à limiter les risques d’exclusion de leur résidence principale des ménages bénéficiant d’un moratoire en application des mesures prises en réponse à la crise. La règle imposerait provisoirement aux sociétés de recouvrement de prévoir des alternatives à la saisie du bien et leur permettrait de proposer une modification de l’échéancier de remboursement. La consultation est ouverte jusqu’au 10 mai 2021.
  • Le Financial Crimes Enforcement Network (FinCEN), l’organe du Trésor chargé de la lutte contre la criminalité financière, a annoncé le 2 avril le départ de son directeur Kenneth Blanco. La direction par intérim sera assurée par Michael Mosier, ancien directeur adjoint du FinCEN et actuel conseiller du secrétaire adjoint au Trésor Wally Adeyemo, jusqu’à ce qu’un nouveau directeur de plein exercice soit nommé par la secrétaire au Trésor Janet Yellen.
  • Dans une lettre adressée à la secrétaire au Trésor Janet Yellen, les parlementaires républicains Patrick McHenry et Blaine Luetkemeyer, membres de la commission des services financiers de la Chambre des représentants, ont appelé le FinCEN à ne pas alourdir les contraintes de transparence applicables aux PME dans le cadre de la mise en place du registre des bénéficiaires effectifs. Cet appel intervient une semaine après la publication par le Treasury de la proposition de règle mettant en place ce registre.
  • Le Bank Policy Institute (BPI), qui représente les intérêts des banques, a publié le 7 avril un rapport soulignant les risques liés à la création d’une monnaie digitale de banque centrale (CBDC) pour l’économie américaine. Tout en reconnaissant le potentiel d’une CBDC pour améliorer l’inclusion financière et l’efficacité des systèmes de paiement, le rapport met en exergue les risques de contraction des dépôts bancaires et de réduction de la capacité de financement de l’économie des banques. Il insiste également sur la difficulté de trouver un bon équilibre entre la protection des données personnelles et la lutte contre les activités financières illicites.
  • Sherrod Brown, président de la commission des affaires bancaires du Sénat, a adressé le 7 avril  des courriers à quatre banques concernées par les difficultés du family office Archegos (Credit Suisse, Nomura, Goldman Sachs et Morgan Stanley). Ces lettres enjoignent les banques de fournir d’ici le 22 avril des informations quant à leurs relations d’affaires avec Archegos, aux différentes contreparties impliquées dans les ces relations (notamment les brokers-dealers), au déroulement des appels de marges et des ventes des titres intervenus ces dernières semaines et aux mesures que les banques envisagent de prendre pour l’avenir de leurs relations avec les family offices.

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