Washington Wall Street Watch n°2021-09

Washington Wall Street Watch n°2021-09

Crédit photo : F. Jonkisz

Sommaire           

Conjoncture                               

  • Le Beige Book ne décrit que des tensions mineures sur les salaires et les prix

Politiques macroéconomiques                                                        

  • Le Congrès s’apprête à adopter un plan de soutien de 1 900 Md USD, mais où ne figurera pas de hausse du salaire minimum fédéral

Services financiers                                  

  • Les régulateurs financiers ont exposé leurs priorités d’action pour 2021 aux banques internationales
  • Gary Gensler (pour la SEC) et Rohit Chopra (pour le CFPB) ont été auditionnés par le Sénat
  • La Fed de San Francisco publie une étude sur la résistance des petites banques américaines à une dégradation de la conjoncture

Brèves

 


 

Conjoncture

 

Le Beige Book ne décrit que des tensions mineures sur les salaires et les prix

Le Beige Book de la Fed, publié le 3 mars et qui décrit l’évolution de l’activité économique dans les 12 districts des Fed régionales, relate une croissance « modeste » de l’activité entre le début d’année et le milieu du mois de février. Les entreprises se montrent optimistes quant à une reprise de l’activité au cours de l’année grâce à la vaccination de la population américaine.

Les faibles gains agrégés enregistrés sur le marché du travail sur cette période masquent des disparités sectorielles et  géographiques importantes, certaines entreprises déplorant un manque de main d’œuvre. Les difficultés de garde ou de scolarisation des enfants ainsi que la générosité de l’allocation chômage sont généralement avancés pour expliquer ces frictions. Cette situation n’a que peu d’effet sur les salaires, dont la progression reste limitée.

Les pressions sur les prix sont également modestes, à l’exception de tensions spécifiques à certaines matières premières, liées à la perturbation des chaînes de production. Les entreprises n’anticipent que des hausses de prix modestes pour les prochains mois.

 


 

Politiques macroéconomiques

 

Après le vote de la Chambre des Représentants, le Congrès s’apprête à adopter un plan de soutien de 1 900 Md USD

Le 27 février, la Chambre des Représentants a adopté la proposition de loi comportant les différentes mesures constitutives du plan de relance de 1 900 Md USD.

Le texte a ensuite été transmis au Sénat, qui a déjà prévu deux amendements : le premier supprime les dispositions sur le salaire minimum, jugées irrecevables au regard des règles de la procédure de réconciliation budgétaire (cf. infra), tandis que le second restreint le versement de l’aide de 1 400 $ aux personnes ayant un revenu inférieur à 80 000 $ par an ou 160 000 pour un couple marié (contre 99 000 $ et 198 000 $ dans la première version et dans les précédents plans de soutien).

Le Sénat devrait adopter le texte au cours du week-end des 6 et 7 mars, au terme d’un débat marathon (vote-a-rama). La Chambre des Représentants devra à nouveau se prononcer sur le texte amendé avant que celui-ci ne soit transmis à la Maison-Blanche pour être promulgué.

 

L’augmentation du salaire minimum ne pourra pas figurer dans le plan de soutien

Le 25 février, le parliamentarian du Sénat, organe chargé d’interpréter le règlement intérieur des chambres, a statué que les dispositions du plan de soutien portant augmentation du salaire minimum fédéral sont incompatibles avec les règles de la procédure de réconciliation budgétaire, utilisée pour adopter la loi de finances rectificative de façon accélérée et avec une majorité simple au Sénat. En effet, cette procédure n’admet que des dispositions affectant directement les recettes ou les dépenses publiques (Byrd rule) alors que les effets budgétaires de la hausse du salaire minimum, bien que significatifs (coût estimé à 77 Md USD sur une période de 10 ans par le Congressional Budget Office), ne considérés que comme « accessoires ».

En conséquence, si elle figure dans le texte adopté en première lecture à la Chambre des Représentants, cette mesure ne pourra être retenue dans la version du Sénat. Des dispositifs alternatifs ont été explorés mais ont été jugés trop complexes à mettre en œuvre ou ne recueillent pas le soutien de l’ensemble du groupe majoritaire.

 


 

Services financiers

 

Les régulateurs financiers ont exposé leurs priorités d’action pour 2021 aux banques internationales

Les principaux régulateurs financiers américains se sont exprimés sur leurs priorités à l’occasion de la conférence annuelle de l’Institute of International Bankers (IIB), organisme qui représente les intérêts des banques non américaines aux États-Unis.

Lael Brainard, gouverneure de la Fed, a présenté sa vision des premiers enseignements de la crise actuelle en matière de stabilité financière. Après être revenue sur le choc de mars 2020 sur les marchés de court terme, elle a défendu certaines pistes de réforme des fonds monétaires proposées par le rapport du groupe de travail présidentiel publié en décembre sur ce sujet. Elle a aussi plaidé en faveur d’une meilleure prise en compte des risques de liquidité associés (i) aux fonds ouverts (open-end funds) investis dans des actifs peu liquides et (ii) à l’activité des chambres de compensation, dont l’augmentation des exigences de marge a pu avoir un effet procyclique lors du choc de mars 2020. Elle a enfin souligné la nécessité d’améliorer le fonctionnement du marché des Treasuries.

À l’occasion d’une table ronde, les directeurs juridiques des trois agences de supervision bancaire (la Fed, l’Office of the Comptroller of the Currency – OCC – et la Federal Deposit Insurance Corporation – FDIC)  ont confirmé la publication en 2021 des règles finalisant la transposition des normes prudentielles de « Bâle 3 », en rappelant l’engagement à ne pas augmenter de manière substantielle les exigences de fonds propres au niveau agrégé. La Fed a en outre indiqué qu’elle n’excluait pas d’imposer des exigences de liquidité aux succursales de banques étrangères exerçant aux États-Unis et n’ayant pas constitué de filiale locale, conformément à un projet de régulation envisagé en 2018, mais suspendu depuis.

La Fed a également confirmé qu’elle réfléchissait à une éventuelle prolongation de la règle du 1er avril 2020 qui exclut les Treasuries et les réserves placées auprès de la banque centrale du dénominateur du ratio de levier supplémentaire (supplementary leverage ratio – SLR). Les banques américaines se mobilisent depuis plusieurs semaines pour prolonger cette exemption au-delà de la date du 31 mars 2021 initialement prévue. Deux sénateurs démocrates, Sherrod Brown, président de la commission des affaires bancaires du Sénat, et Elizabeth Warren, ont déjà manifesté leur opposition à ce prolongement.

Les trois régulateurs ont enfin évoqué leurs travaux relatifs (i) à une meilleure prise en compte des risques climatiques pour les établissements bancaires, (ii) au renforcement de la contribution des banques à l’inclusion financière et (iii) à la clarification du régime juridique des fintech opérant dans le secteur bancaire.

 

Gary Gensler (pour la SEC) et Rohit Chopra (pour le CFPB) ont été auditionnés par le Sénat

Le 2 mars, la commission des affaires bancaires du Sénat a auditionné Gary Gensler et Rohit Chopra, proposés par Joe Biden à la tête de la Securities and Exchange Commission (SEC, le régulateur des marchés boursiers) et du Bureau de protection des consommateurs des services financiers (CFPB).

Les sénateurs républicains et démocrates n’ont pas exprimé d’objections majeures quant au choix de Gary Gensler, dont le bilan à la présidence de la Commodity Futures Trading Commission (CFTC, le régulateur des marchés de dérivés), de 2009 à 2014, a été salué à plusieurs reprises. Patrick Toomey, le chef de file républicain de la commission, a toutefois mis en garde Gary Gensler contre l’application d’un « agenda progressiste [liberal] sur le climat et les inégalités ethniques ». Gary Gensler s’est engagé à travailler en profondeur sur les autres sujets de régulation financière soulevés par les élus (récentes perturbations sur l’action GameStop, activisme actionnarial, actifs numériques, etc.) et, en réponse à une question, a minimisé l’impact que pourrait avoir sur les marchés américains l’instauration d’une taxe sur les transactions financières, selon la façon dont elle serait calibrée.

Rohit Chopra a quant à lui essuyé des critiques générales adressées par les sénateurs républicains à l’égard du CFPB (manque de transparence de l’agence, dépassement de ses prérogatives, etc.). Il a insisté sur sa volonté de rétablir la capacité de sanctions du CFPB, amoindrie sous Donald Trump, et manifesté un intérêt prononcé pour la protection des détenteurs de prêts hypothécaires et de prêts étudiants.

 

La Fed de San Francisco publie une étude sur la résistance des petites banques américaines à une dégradation de la conjoncture

La Fed de San Francisco a publié le 1er mars les résultats d’une étude mesurant l’impact d’un test de résistance (stress-test) sur les 5 000 banques américaines disposant de moins de 10 Md USD d’actifs (« community banks »), qui représentent environ 15 % des actifs agrégés des banques américaines. Cette étude a appliqué à chacune de ces community banks des taux de perte par classe d’actifs issus des stress-tests réalisés par la Fed à la fin de l’exercice 2020 pour les 33 plus grandes banques. Elle mesure ainsi la sensibilité des petites banques à une dégradation sévère de la conjoncture (chômage atteignant 12 %, baisse du PIB, baisse des prix de l’immobilier de l’ordre de 30 % et des marchés actions de l’ordre de 50 %) sans tenir compte de la qualité intrinsèque de leurs actifs.

Selon cette méthode, les community banks enregistreraient une perte totale de 160 Md USD, soit une dépréciation équivalente à 7 % de leurs actifs. L’essentiel de ces pertes proviendraient des prêts liés à l’immobilier commercial (55 % des pertes) et aux entreprises (22 %), soulignant leur forte exposition à ces classes d’actifs. Environ 900 banques verraient leurs fonds propres passer au-dessous au minimum réglementaire, 324 d’entre elles connaîtraient une sous-capitalisation majeure et 24 seraient en situation d’insolvabilité. Par comparaison, environ 300 community banks avaient fait faillite durant la crise de 2008-2010. Les auteurs soulignent par ailleurs que les banques les plus vulnérables se situent dans des métropoles exposées à une forte concurrence, tandis que les établissements localisés en zone rurale feraient preuve d’une plus grande résilience.

 


 

Brèves                   

                                                              

  • Pour la semaine du 22 au 27 février, le département du Travail a enregistré 745 000 nouvelles demandes d’allocations chômage (initial claims), contre une moyenne hebdomadaire de 219 000 en 2019. S’y ajoutent 436 000 demandes faites au titre de l’extension de l’assurance chômage par l’État fédéral aux personnes qui n’y sont normalement pas éligibles (Pandemic Unemployment Assistance). Au total, les demandes ont augmenté de 1,5 % par rapport à la semaine précédente.

 

  • En février, l’indice des directeurs d’achats (PMI) pour le secteur manufacturier publié par l’Institute for Supply Management progresse à 60,8 % (+2,1 points) et atteint son niveau le plus élevé depuis septembre 2018. À l’inverse, l’indice des services est en repli marqué, à 55,3 % (‑3,4 points), en raison du ralentissement de l’activité induit par le climat rigoureux sur l’ensemble du pays au cours du mois. De façon notable, les composantes reflétant l’évolution anticipée du prix des intrants atteignent des niveaux très élevés dans les deux indices (respectivement 86 % et 71,8 %), de nombreuses entreprises signalant des difficultés d’approvisionnement.

 

  • Le 2 mars, le Sénat a confirmé à la quasi-unanimité (95-4) la nomination de Cecilia Rouse à la tête du Council of Economic Advisers (organe de la Maison-Blanche chargé de conseiller le président en matière de politique économique).

 

  • Le 2 mars, la Maison-Blanche a retiré la nomination de Neera Tanden au poste de directrice de l’Office of Management and Budget (équivalent du ministère du budget et de la fonction publique). De nombreux sénateurs, républicains et démocrates, s’opposaient à sa nomination.

 

  • La plateforme de courtage en ligne Robinhood a déclaré à la SEC faire l’objet de 49 plaintes (dont 46 actions collectives) relatives à sa décision, le 28 janvier, de suspendre temporairement les ordres d’achat sur l’action GameStop. Robinhood rejette les divers griefs des plaignants (violation de contrat, négligence, traitement inéquitable, etc.) et impute ces restrictions à la forte volatilité de l’action GameStop et à la hausse des exigences de marge des chambres de compensation qui en a découlé. L’entreprise précise que des enquêtes indépendantes de la SEC, de la Financial Industry Regulatory Authority (FINRA) et de plusieurs autorités au niveau infra-fédéral ont également été ouvertes.

 

  • La SEC a annoncé le 4 mars la création d’une task force chargée du contrôle des bonnes pratiques en matière d’enjeux environnementaux, sociaux et de gouvernance (ESG). Ce groupe analysera en particulier les stratégies des fonds dits « ESG »  et la qualité des informations non-financières publiées actuellement par les entreprises cotées.

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