Washington Wall Street Watch n°2021-08

Washington Wall Street Watch n°2021-08

Crédit photo : F. Jonkisz

Sommaire       

Conjoncture                               

  • La crise sanitaire génère une forte hausse des prix de l’immobilier résidentiel

Politiques macroéconomiques                                                        

  • Au Congrès, J. Powell réaffirme la nécessité de conserver une politique monétaire accommodante

Services financiers

  • J. Powell a également exprimé sa position sur plusieurs sujets de régulation financière
  • La SEC va mettre à jour ses recommandations en matière de transparence climatique
  • Les banques américaines poursuivent l’amélioration de leurs résultats au 4ème trimestre 2020

Brèves

 


 

Conjoncture

 

La crise sanitaire génère une forte hausse des prix de l’immobilier résidentiel 

Au 4ème trimestre 2020, les prix immobiliers évoluaient 9,4 % au-dessus de leur niveau de la fin d’année 2019 selon l’indice Case-Shiller, qui décrit leur évolution dans les vingt principales agglomérations américaines.

Cette hausse des prix s’explique par (i) la baisse des taux d’intérêt des emprunts immobiliers, sur fond d’assouplissement de la politique monétaire de la Fed, (ii) l’augmentation de l’épargne agrégée du fait des restrictions d’activité liée à la crise sanitaire et (iii) la volonté d’une partie des ménages de quitter l’habitat collectif des centres-villes au profit des banlieues pavillonnaires. Cette dynamique profite d’ailleurs en premier lieu à des agglomérations moins denses que les principaux centres urbains, telles que Phoenix, Seattle ou San Diego.

Cette demande soutenue de logements a aussi pour conséquence de faire baisser le taux de vacance, au plus bas depuis 1978.

                                                                 Source : Federal Reserve

 


 

Politiques macroéconomiques

 

Au Congrès, J. Powell réaffirme la nécessité de conserver une politique monétaire accommodante

Lors de son audition semestrielle devant les deux chambres du Congrès, Jerome Powell a longuement évoqué la situation toujours dégradée du marché du travail, matérialisée par (i) un taux de chômage proche de 10 % une fois prises en compte les erreurs de classification et les sorties du marché du travail, (ii) le fort impact de la crise sur certaines catégories de la population active (minorités ethniques, femmes, personnes peu ou pas qualifiées) et, surtout, (ii) un taux d’emploi très inférieur à son niveau d’avant la crise sanitaire, insistant sur l’importance de cet indicateur.

Le président de la Fed a minoré le risque inflationniste posé par le plan de soutien en cours d’examen au Congrès : s’il estime que le soutien budgétaire et une reprise de l’activité pourraient contribuer à une inflation momentanément plus élevée, les facteurs désinflationnistes structurels au niveau mondial, le niveau élevé de sous-emploi et l’ancrage des anticipations d’inflation limitent le risque d’un emballement des prix.

Sur la base de ces éléments, et comme il l’avait déjà dit à plusieurs reprises au cours des dernières semaines, J. Powell estime que l’économie américaine est encore très loin d’atteindre les objectifs d’emploi et d’inflation (« the job is not done ») et il ne s’attend à aucune amélioration significative à court terme. Dans ce contexte, la Fed entend prolonger sa politique monétaire accommodante. Toute inflexion de la politique monétaire, qu’elle concerne les achats d’actifs où le taux d’intérêt, sera en outre signalé au préalable.

Il est à noter que les orientations défendues par J. Powell ont été relayés par Richard Clarida, vice-président de la Fed, et Lael Brainard, gouverneure, lors de deux interventions publiques le 24 février.

 


 

Services financiers

 

Powell a également exprimé sa position sur plusieurs sujets de régulation financière

Si son audition (cf. supra) était théoriquement consacrée aux questions de politique monétaire, le président de la Fed a aussi dû répondre à de nombreuses questions ayant trait à l’actualité de régulation financière.

Les élus républicains lui ont ainsi demandé si la Fed entendait prolonger l’exclusion des réserves détenues auprès de la banque centrale et des Treasuries du calcul du ratio de levier supplémentaire (supplementary leverage ratio), mise en place au début de la crise sanitaire et prévue pour expirer le 31 mars. Malgré leurs appels à proroger cet allègement temporaire, J. Powell s’est limité à rappeler qu’une décision devait être prochainement annoncée.

Les parlementaires ont en outre exprimé un intérêt manifeste pour les travaux de la Fed sur les monnaies numériques de banque centrale. Tout en les assurant du caractère prioritaire du projet pour la Fed, J. Powell a insisté sur la nécessité d’opérer avec prudence et relativisé la nécessité pour les États-Unis d’être en pointe sur le sujet, en raison du statut de monnaie de réserve internationale du dollar. Il a annoncé l’ouverture d’une consultation publique à ce sujet au cours de l’année 2021. Sans donner d’indications sur les orientations des travaux de la banque centrale, il a aussi suggéré que le Congrès pourrait avoir besoin d’adopter une loi ad hoc pour autoriser la circulation de ce nouveau numéraire.

Par ailleurs, interrogé sur les fragilités du marché des Treasuries, le président de la Fed s’est prononcé en faveur d’une compensation généralisée des transactions et a indiqué que la Fed travaille à des propositions en ce sens.

 

La SEC va mettre à jour ses recommandations en matière de transparence climatique

Le 24 février, Allison Lee, la présidente par intérim de la Securities and Exchange Commission (SEC, l’autorité de régulation des marchés boursiers), a annoncé que la SEC allait passer en revue des recommandations non-contraignantes (interpretative guidance) de 2010 relatives à la publication, par les entreprises cotées, d’informations sur leur exposition aux risques liés au changement climatique.

La SEC y évaluera l’application des principes formulés dans cette guidance, qui demandait aux entreprises cotées d’inclure à leur documentation financière des informations relatives notamment aux conséquences potentielles des phénomènes climatiques (catastrophes naturelles, etc.) sur leurs activités, à l’impact de lois et règlementations climatiques ou aux effets d’une baisse de la demande pour certains produits et activités polluants. La SEC utilisera les conclusions de cette étude pour travailler à la mise à jour de ces recommandations.

 

Les banques américaines poursuivent l’amélioration de leurs résultats au 4ème  trimestre 2020

La Federal Deposit Insurance Corporation (FDIC), l’organisme chargé notamment de la garantie des dépôts bancaires, a publié le 23 février les résultats agrégés des banques pour le 4ème trimestre 2020. Le résultat net agrégé atteint 60 Md USD au T4 2020, soit une augmentation de 9 Md USD (+17 %) par rapport au trimestre précédent et de 5 Md USD (+9 %) par rapport au T4 2019.

Cette amélioration tient essentiellement à la baisse des provisions pour pertes de crédit au T4 2020. Le taux moyen de marge nette d’intérêt est quant à lui resté stable par rapport au point bas historique du T3 2020 (2,68 %). Pour préserver leurs revenus, les banques tendent à allonger la maturité de leurs actifs : ceux dont la maturité résiduelle est supérieure à 5 ans représentent ainsi une proportion croissante des bilans (28,4 % au T4 2020). La qualité des actifs est par ailleurs relativement stable : l’encours des prêts en instance de remboursement depuis plus de 90 jours a augmenté d’environ 1 Md USD (+0,7 %) au T4 2020 et représente 1,18 % des actifs agrégés, contre 1,17 % au T3 2020.

Sur l’ensemble de l’exercice 2020, le résultat net agrégé des banques atteint 147,9 Md USD, soit un recul de 36 % par rapport à l’exercice 2019,  principalement lié aux provisions constituées durant les deux premiers trimestres de 2020. La rentabilité moyenne des fonds propres (return on equity ou ROE) s’établit à 6,9 % en 2020, contre 11,4 % en 2019.

Jelena McWilliams, présidente de la FDIC, a souligné que ces résultats démontraient la résilience des banques face à la crise actuelle.

 


 

Brèves          

                                                                       

  • Pour la semaine du 15 au 20 février, le département du Travail a enregistré 710 000 nouvelles demandes d’allocations chômage (initial claims), contre une moyenne hebdomadaire de 219 000 en 2019. S’y ajoutent 451 000 demandes faites au titre de l’extension de l’assurance chômage par l’État fédéral aux personnes qui n’y sont normalement pas éligibles (Pandemic Unemployment Assistance). Au total, les demandes ont baissé de 14,2 % par rapport à la semaine précédente.
  • Les auditions au Sénat de Gary Gensler et de Rohit Chopra, nommés respectivement à la tête de la Securities and Exchange Commission (SEC) et du Bureau pour la protection des consommateurs de services financiers (CFPB), auront lieu le 2 mars.
  • Interrogée par le New York Times le 22 février, la secrétaire au Trésor, Janet Yellen, a manifesté son intérêt pour la création par la Fed d’une monnaie numérique, qui pourrait selon elle améliorer la qualité et la rapidité des systèmes de paiement, tout en rappelant les risques qui y seraient associés (pour les réserves des banques en cas de retraits massifs ou pour le financement du terrorisme et le blanchiment d’argent). Elle a par ailleurs trouvé « encourageant » que la Fed envisage de conduire des tests sur la résistance des banques américaines aux conséquences du changement climatique. J. Yellen a déclaré que le Trésor pourrait être en mesure de contribuer à ces travaux et a précisé que ces tests devraient selon elle n’avoir qu’une valeur informative et ne pas conditionner les exigences de fonds propres des banques (contrairement aux stress tests habituels).
  • Le 24 février, la Depository Trust & Clearing Corporation (DTCC) a publié un livre blanc proposant de réduire les délais de règlement-livraison pratiqués sur les marchés actions américains de deux jours (T+2) à un jour (T+1) d’ici à 2023. Ce document relève en revanche l’existence de barrières à un règlement le même jour voire en temps réel (difficultés à prédire les besoins de financement intra-journaliers, perte des avantages du netting des transactions, risques liés au contournement des chambres de compensation, etc.).
  • S’exprimant le 22 février sur les récentes perturbations des marchés actions américains (liées notamment à l’action GameStop), Hester Peirce, commissaire républicaine de la SEC, a prôné une attitude plus conciliante des régulateurs à l’égard des innovations technologiques dans le secteur financier, qui favorisent selon elle le bon fonctionnement des marchés boursiers et la participation de nouveaux acteurs. Elle a toutefois préconisé une analyse complète des avantages et inconvénients que présentent les pratiques de payment for order flow (qui consiste pour une entreprise de tenue de marché à payer un courtier pour se voir confier l’exécution des ordres de ses clients) et la possibilité de mettre en place un règlement en temps réel des transactions financières. Le 18 février, la SEC a par ailleurs suspendu la négociation de trois titres (Marathon, Sylios, Affinity Beverage) ayant fait l’objet d’un intérêt soudain de la part d’investisseurs réunis sur les réseaux sociaux sans que cela ne soit justifié par une actualité quelconque.
  • Le 23 février, le comité de supervision des finances publiques de Porto Rico, chargé d’organiser la procédure de faillite du gouvernement de l’île, a annoncé un nouvel accord de restructuration portant sur 18,8 Md USD de dette. Il modifie les termes de l’accord initial trouvé juste avant la crise sanitaire, en février 2020. La valeur de cette dette serait réduite à 14,4 Md USD, dont 7 Md USD correspondaient à un versement en espèces, permettant ainsi de réduire le service de la dette à moyen et long termes. Une fois entériné par la justice, cet accord devrait permettre de conclure la procédure de faillite.

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