Washington Wall Street Watch n°2021-07

Washington Wall Street Watch n°2021-07

Crédit photo : F. Jonkisz

Sommaire      

Conjoncture                                

  • L’activité industrielle est en voie de normalisation

Politiques macroéconomiques                                                         

  • La Fed affiche un optimisme prudent mais s’inquiète de risques accrus pour la stabilité financière
  • La Maison-Blanche et le Congrès s’opposent sur un possible effacement partiel des dettes étudiantes

Services financiers

  • La Chambre des représentants a tenu une audition sur les mouvements en bourse de l’action GameStop
  • Une gouverneure de la Fed prône une plus grande transparence des banques sur le climat
  • La Fed a publié les scénarios de ses prochains stress tests

Brèves

                


                

Conjoncture

                

L’activité industrielle est en voie de normalisation

L’indice de production industrielle a progressé de 0,9 % au mois de janvier selon la Fed. L’activité a évolué favorablement dans la quasi-totalité des secteurs. Grâce à cette nouvelle progression, la production industrielle n’est plus en baisse que de 1,8 % par rapport au mois de janvier 2020.

Le taux d’utilisation des capacités de production a également augmenté pour atteindre 75,6 % (+0,6 point) et a quasiment retrouvé son niveau du début d’année 2020 (-0,1 point).

                


                

Politiques macroéconomiques

                

La Fed affiche un optimisme prudent mais s’inquiète de risques accrus pour la stabilité financière

 Le procès-verbal (minutes) de la réunion du comité de politique monétaire de la Fed (FOMC) des 26 et 27 janvier 2020 reflète l’optimisme prudent de ses membres sur l’évolution de l’activité au cours des prochains mois. Malgré les nouvelles mesures sanitaires et le tassement de l’activité provoqués par la résurgence de l’épidémie, les responsables de la Fed considèrent que les décisions récentes et à venir de politique budgétaire ainsi que la vaccination de la population américaine devraient tirer la consommation des ménages et l’activité.

Ces éléments favorables ne doivent pas, selon eux, éclipser la situation toujours dégradée de l’emploi : le taux de chômage est biaisé à la baisse par des sorties nombreuses du marché du travail et est loin de correspondre à la définition de l’emploi maximum présentée dans sa nouvelle stratégie de politique monétaire. Le FOMC marque aussi sa prudence dans l’interprétation de la dynamique des prix et signale une nouvelle fois qu’une hausse momentanée des prix provoquée par des facteurs exogènes (effets statistiques, problèmes de chaînes d’approvisionnement, etc.) doit être distinguée d’une inflation entretenue découlant d’une amélioration de l’activité.

Dans ce contexte, la Fed considère qu’une politique accommodante reste nécessaire et que les données économiques actuelles sont loin de constituer l’amélioration « substantielle » attendue pour engager une normalisation de la politique monétaire. En outre, le FOMC a réaffirmé la nécessité de signaler toute inflexion de cette nature en amont afin d’éviter un resserrement abrupt des conditions financières.

Par ailleurs, les services et les responsables de la Fed s’inquiètent de risques accrus sur la stabilité financière, désormais qualifiés de « notables » (contre « modérés » auparavant). Ils identifient en particulier : (i) les niveaux de valorisation élevés des marchés actions et de la dette d’entreprises ; (ii) l’endettement important des entreprises et des ménages ; (iii) les risques entourant l’immobilier commercial (bureaux, hôtels, commerces), très affecté par la crise sanitaire. Tous notent la solidité du secteur bancaire, illustrée par un niveau de fonds propres élevé et les bons résultats des tests de résistance (stress tests), mais pointent d’autres fragilités structurelles du système financier américain, liées au fonctionnement des fonds monétaires et à celui du marché des Treasuries.

                

La Maison-Blanche et le Congrès s’opposent sur un possible effacement partiel des dettes étudiantes

 Certains parlementaires du Parti démocrate ont appelé Joe Biden à prendre des mesures réglementaires permettant un effacement partiel de la dette étudiante, qu’il avait défendu lors de sa campagne présidentielle. À cet effet, plusieurs d’entre eux ont déposé un projet de résolution à la Chambre des représentants et au Sénat soutenant un effacement de 50 000 $ de l’ensemble des prêts étudiants émis ou garantis par l’État fédéral (environ 92 % de l’encours de prêts).

Début février, la Maison-Blanche avait indiqué étudier la faisabilité juridique de la mesure, sans se prononcer sur le fond. Le 16 février, Joe Biden a réaffirmé son engagement à effacer une partie des dettes étudiantes mais a rejeté le montant avancé par les chefs de file démocrates au Congrès, déclarant préférer se limiter à un effacement de 10 000 $ par personne.

Cette réponse a suscité des critiques d’une partie des parlementaires et certains d’entre eux explorent désormais la possibilité d’une initiative législative. Joe Biden s’est déclaré ouvert à une telle loi à la condition que celle-ci ne prévoie qu’un effacement de dette d’un montant limité.

                


                

Services financiers

                

La Chambre des représentants a tenu une audition sur les mouvements en bourse de l’action GameStop

Le 18 février, la commission des services financiers de la Chambre des représentants a tenu une première audition sur les mouvements de marché observés ces dernières semaines sur l’action de l’entreprise GameStop.

Au cœur des échanges, Vladimir Tenev, le directeur de la plateforme de négociation en ligne Robinhood, laquelle a été massivement utilisée par les investisseurs particuliers lors de cet épisode, a d’abord insisté sur le fait que la décision de Robinhood de suspendre provisoirement le 28 janvier les ordres d’achat sur l’action GameStop avait été strictement motivée par la hausse exceptionnelle des exigences de collatéral sur ces transactions et non par la volonté de protéger certains hedge funds ayant vendu des actions à découvert. Il a également contesté la dimension ludique (« gamification »), voire addictive, que pourrait revêtir l’application Robinhood pour les investisseurs particuliers et nié le risque de conflits d’intérêts lié au « payment for order flow », une pratique consistant pour les courtiers comme Robinhood à transmettre à des entités tierces (market makers) l’exécution des ordres de leurs clients en échange d’une rétro-commission.

Les directeurs de Citadel Securities (Ken Griffin), l’un de ces market makers exécutant des ordres pour Robinhood, et de Melvin Capital (Gabriel Plotkin), un hedge fund ayant essuyé de lourdes pertes en janvier en raison de ses positions courtes sur le titre GameStop, ont confirmé qu’ils n’avaient exercé aucune influence dans la décision de Robinhood de restreindre certaines transactions.

Auditionnés également, le co-fondateur du réseau social Reddit (Steve Huffman) ainsi que Keith Gill, un utilisateur de son forum WallStreetBets ayant publié des messages vantant l’action GameStop et ayant enregistré des profits significatifs lors de cette séquence, ont quant à eux insisté sur le rôle important des réseaux sociaux pour contrebalancer la sophistication des fonds d’investissement et réfuté toute manipulation délibérée du cours de GameStop.

Deux autres auditions à la Chambre des représentants doivent avoir lieu sur le sujet au cours des prochaines semaines.

                

Une gouverneure de la Fed prône une plus grande transparence des banques sur le climat

Dans un discours prononcé le 18 février, Lael Brainard, gouverneure (démocrate) de la Fed, s’est exprimée sur les conséquences du changement climatique pour le secteur financier.

Elle y a insisté sur la complexité des risques financiers liés au climat (risques physiques, risques de transition) et sur la nécessité d’une plus grande transparence des institutions financières autour des enjeux climatiques. À cette fin, Lael Brainard a souligné l’utilité des recommandations de la Task-force on climate-related financial disclosures (TCFD), déjà appliquées de façon volontaire par certaines institutions financières, et préconisé la mise en place d’une obligation de transparence formelle et standardisée.

Lael Brainard s’est également déclarée favorable à l’utilisation par la Fed de nouveaux outils de supervision adaptés aux enjeux climatiques, citant en particulier l’analyse de scénarios, qui mesurerait l’exposition des banques à ces enjeux selon différentes trajectoires climatiques.

Par ailleurs, plusieurs organisations de place américaines (SIFMA, ISDA, Bank Policy Institute, American Bankers Institute, etc.) ont publié le 18 février un document recommandant d’accélérer la transformation du secteur financier américain face aux enjeux climatiques. Pour cela, ce groupe propose dix grands principes pouvant guider cette transition, tels que la mise en place de mécanismes de prix du carbone, l’harmonisation des méthodes de publication d’informations non-financières et une plus grande coopération des États-Unis avec ses partenaires internationaux sur ce sujet.

                

La Fed a publié les scénarios de ses prochains stress tests

La Fed a présenté le 12 février les scénarios sur lesquels s’appuieront ses prochains tests de résistance (stress tests). Ces tests évalueront au cours des prochains mois la résilience des plus grandes banques opérant aux États-Unis face à deux scénarios d’évolution des fondamentaux économiques au cours de la période 2021-2024.

Le scénario le plus défavorable (severely adverse scenario) sera caractérisé par un chômage atteignant 10,75 % au troisième trimestre 2022, une chute de 4 % du PIB entre le T4 2020 et le T3 2022 et une inflation de l’ordre de 1 % en début de période. Les conditions de marché y seront elles aussi particulièrement dégradées : les niveaux de prix des marchés actions enregistreront une baisse de 55 %, l’indice de volatilité VIX atteindra un pic à 70, les prix de l’immobilier diminueront de 23,5 % (immobilier résidentiel) et 40 % (immobilier commercial), les niveaux de spreads s’accroîtront significativement sur les marchés obligataires, tandis que plusieurs pays connaîtront une récession marquée (zone euro, Royaume-Uni, Japon) et que le dollar s’appréciera face à l’euro et à la livre sterling.

Le second scénario (baseline scenario) reposera quant à lui sur l’hypothèse d’une reprise continue de l’économie américaine (avec une croissance de 4 à 2,25 % au cours de la période) et mondiale, et une évolution plus contrastée des niveaux de prix sur les marchés financiers.

                


                

Brèves        

                                                                         

  • Pour la semaine du 8 au 13 février, le département du Travail a enregistré 862 000 nouvelles demandes d’allocations chômage (initial claims), contre une moyenne hebdomadaire de 219 000 en 2019. S’y ajoutent 516 000 demandes faites au titre de l’extension de l’assurance chômage par l’État fédéral aux personnes qui n’y sont normalement pas éligibles (Pandemic Unemployment Assistance). Au total, les demandes ont augmenté de 13,9 % par rapport à la semaine précédente.
  • Le 16 février, la Maison-Blanche a annoncé la prorogation jusqu’au 30 juin 2021 du moratoire sur le remboursement des prêts immobiliers, qui arrivait à expiration au mois de mars.
  • Le 17 février, l’S. Chamber of Commerce, qui défend les intérêts des entreprises, et un groupe de 300 associations ont publié une lettre ouverte appelant le Congrès à adopter d’ici l’été un plan d’infrastructures permettant de rénover les ouvrages existants, lutter contre le changement climatique et réduire la fracture numérique.
  • Lors d’une allocution le 16 février, la gouverneure de la Fed Michelle Bowman s’est déclarée favorable à une révision du cadre de la Fed pour l’analyse des projets de fusion de petites banques (community banks), afin de mieux refléter la concurrence que rencontrent ces établissement face aux entreprises du secteur technologique et aux entreprises non bancaires.

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