Washington Wall Street Watch n°2021-04

Washington Wall Street Watch n°2021-04

Crédit photo : F. Jonkisz

Sommaire       

Conjoncture                               

  • Le produit intérieur brut s’est contracté de  3,5 % en 2020

Politiques macroéconomiques                                                        

  • La Fed réaffirme vouloir conserver une politique monétaire accommodante pour les prochains mois
  • Joe Biden signe une série de décrets renforçant la lutte contre la crise économique et sanitaire

Régulation financière

  • Le Congrès annonce la tenue d’auditions prochaines sur la situation des marchés actions

Brèves


 

Conjoncture

 

Le produit intérieur brut s’est contracté de – 3,5 % en 2020

Le PIB a progressé de 1 % au 4ème trimestre 2020 (après +7,5 % au trimestre précédent) selon la première estimation des comptes nationaux publiée par le Bureau of Economic Analysis.

Par contraste avec le 3ème trimestre, la croissance a principalement été portée par l’investissement privé (contribution de 0,8 point), grâce aux opérations d’équipement des entreprises (0,3 point) et aux achats immobiliers des ménages (0,3 point) favorisés par une politique monétaire accommodante. La consommation des ménages a contribué favorablement à la croissance (0,3 point), mais dans une bien moindre mesure qu’au trimestre précédent, en raison du retour à des mesures d’endiguement de l’épidémie plus strictes. Surtout, la composition du panier de consommation des ménages a fortement évolué avec la crise sanitaire, au profit des achats de biens (+7 % par rapport au niveau du 4ème trimestre 2019) et au détriment des services (-6,8 %).

Ainsi, le taux de croissance du PIB s’établit à -3,5 % en moyenne sur l’ensemble de l’année 2020 et ‑2,5 % entre les 4ème trimestres de 2020 et 2021, soit la plus forte contraction de l’activité depuis la Seconde guerre mondiale.

 


 

Politiques macroéconomiques

 

La Fed réaffirme vouloir conserver une politique monétaire accommodante pour les prochains mois

 La réunion du Comité de politique monétaire de la Fed (FOMC) des 26 et 27 janvier 2021 s’est conclue sur un maintien de la fourchette-cible des taux fed funds à [0 %-0,25 %].

Le FOMC note un tassement de la reprise lié à la dégradation de la situation sanitaire, avec des effets négatifs sur l’emploi. Dans le même temps, la Fed évoque aussi des perspectives économiques plus favorables du fait (i) d’une économie plus résiliente que prévu aux effets de la crise sanitaire, (ii) de l’impulsion de la politique budgétaire, et surtout (iii) des bénéfices de la campagne de vaccination. Compte tenu du rebond attendu, la Fed conserve sa politique inchangée mais rappelle se tenir prête à accentuer son soutien à l’économie si nécessaire.

Jerome Powell a en outre réaffirmé l’engagement de la Fed à conserver une politique monétaire accommodante tant que l’économie ne retrouverait pas une trajectoire compatible avec ses objectifs d’inflation tels que présentés dans sa stratégie adoptée en 2020. Il estime que cette situation ne devrait pas se présenter dans un avenir proche et a souligné que la Fed ne se satisferait pas d’une poussée temporaire des prix qui découlerait de facteurs exogènes (effets statistiques, décaissement rapide de l’épargne forcée, coûts des équipements sanitaires répercutés sur les prix de vente). Dans ce contexte, il juge « prématuré » de discuter d’une réduction du rythme des achats d’actifs.

Par ailleurs, le président de la Fed a défendu la politique monétaire actuelle face aux critiques relayées par les journalistes quant à ses risques potentiels sur la stabilité financière, insistant sur la nécessité de maintenir un soutien important à l’économie compte tenu de l’ampleur du choc lié à la crise sanitaire et de la situation toujours dégradée de l’emploi. Il a aussi rappelé que la Fed ne considérait pas la politique monétaire comme l’instrument pertinent pour contenir les déséquilibres financiers mais qu’elle privilégiait le recours à des outils macroprudentiels. Du reste, J. Powell a relativisé le niveau de risque à l’échelle du secteur financier, qu’il juge « modéré ».

 

Joe Biden signe une série de décrets renforçant la lutte contre la crise économique et sanitaire

 Un premier décret présidentiel du 22 janvier (executive order) enjoint aux agences fédérales d’utiliser toutes les marges de manœuvre disponibles pour accroître les aides financières en faveur des ménages. Cette décision va notamment conduire l’Internal Revenue Service (chargé de la collecte des impôts fédéraux) à rechercher près 8 millions de bénéficiaires potentiels des deux aides monétaires directes adoptées par le Congrès depuis mars 2020. Les ministères devront également étudier les modifications réglementaires susceptibles d’ouvrir l’accès aux prestations d’urgence à davantage bénéficiaires.

Le second décret du même jour exige des agences publiques qu’elles fassent appel, autant que possible, à des biens produits aux États-Unis dans le cadre des commandes publiques.

Enfin, un troisième  executive order du 28 janvier ouvre une période de souscription exceptionnelle aux plans d’assurance santé individuels subventionnés pour les particuliers, afin de protéger davantage de personnes n’étant pas couvertes par leur employeur.

 


 

Régulation financière      

                                                 

Le Congrès annonce la tenue d’auditions prochaines sur la situation des marchés actions

 Le démocrate Sherrod Brown, futur président de la commission des affaires bancaires du Sénat, et Maxine Waters, présidente démocrate de la commission des services financiers de la Chambre des représentants, ont annoncé le 28 janvier l’organisation prochaine d’auditions sur la situation des marchés actions.

La semaine a été marquée par une forte hausse de la volatilité de certains titres : des valeurs qui faisaient l’objet de ventes à découvert de la part de hedge funds depuis plusieurs semaines, en particulier GameStop, un distributeur de jeux vidéo, et AMC Entertainment, un réseau de salles de cinéma, ont enregistré de fortes hausses (respectivement +135 % et +301 % le 27 janvier, +350 % pour GameStop sur la semaine), portées par la souscription massive d’actions et d’options d’achats (call) par des particuliers opérant sur des plateformes de négociation en ligne telles que Robinhood et TD Ameritrade et échangeant leurs recommandations sur le canal WallStreetBets du réseau social Reddit (plus de 3 millions d’utilisateurs). Plusieurs hedge funds ont en conséquence de ces mouvements annoncé avoir clôturé leurs positions vendeuses après avoir enregistré de fortes pertes, Melvin Capital ayant même dû être recapitalisé à hauteur de 2,75 Md USD.

L’indice Vix de volatilité du S&P 500 a progressé de +14 points le 27 janvier (à 37,21) et le volume d’options d’achats sur les marchés actions a atteint un niveau inédit au cours des 30 dernières années (plus de 40 millions de contrats).

Le 28 janvier, l’annonce de restrictions de négociation sur certaines plateformes boursières a suscité la colère des investisseurs individuels et a été condamnée par plusieurs responsables politiques démocrates et républicains. La Maison-Blanche, le Treasury et la SEC (Securities and Exchange Commission – l’autorité américaine des marchés financiers) ont indiqué suivre la situation de près.

 


 

Brèves                

                                                                  

  • Pour la semaine du 18 au 23 janvier, le département du Travail a enregistré 874 000 nouvelles demandes d’allocations chômage (initial claims), contre une moyenne hebdomadaire de 219 000 en 2019. S’y ajoutent 427 000 demandes faites au titre de l’extension de l’assurance chômage par l’État fédéral en faveur des personnes qui n’y sont normalement pas éligibles (Pandemic Unemployment Assistance). Au total, les demandes d’allocations sont en baisse de 8,5 % par rapport à la semaine précédente.
  • Le 25 janvier, le Sénat a confirmé la nomination de Janet Yellen au poste de secrétaire au Trésor à une très large majorité (84-15).
  • Le 27 janvier, la présidente par intérim de la SEC, Allison Lee, s’est félicitée de l’annonce par la Commission européenne d’un accord d’équivalence reconnaissant le régime de la SEC applicable aux chambres de compensation de securities-based swaps. Cet accord permettra aux chambres de compensation enregistrées auprès de la SEC de s’enregistrer également auprès de l’European Securities and Markets Authority (ESMA).
  • La commission des affaires bancaires du Sénat a auditionné Cecilia Rouse en vue de la confirmer au poste de présidente du Council of Economic Advisers (instance de la Maison-Blanche chargée de conseiller le président en matière de politique économique). C. Rouse a notamment défendu les orientations du plan de soutien présenté par Joe Biden et affirmé la nécessité d’aider les familles les plus vulnérables.
  • Dans sa lettre annuelle aux dirigeants de grandes entreprises, publiée le 26 janvier, Larry Fink, le PDG de la société de gestion d’actifs BlackRock, a invité les entreprises dans lesquelles BlackRock investit à intensifier leur contribution à la transition énergétique. Notant que la réallocation des capitaux vers des activités durables était en train de s’accélérer (les investissements vers des fonds « responsables » ont connu au cours des onze premiers mois de 2020 une hausse de 96 % par rapport à 2019), Larry Fink demande aux entreprises de présenter leurs plans pour aligner leur modèles économiques avec un objectif de neutralité carbone en 2050.
  • Le 25 janvier, la Fed de New York a annoncé que Kevin Stiroh quitterait ses fonctions de responsable de la supervision le 1e février pour diriger le nouveau comité de la Fed dédié à la supervision des enjeux climatiques (Supervision Climate Committee).
  • Le 28 janvier, l’Office of the Comptroller of the Currency (OCC), le régulateur des national banks, a annoncé qu’il avait suspendu la publication de sa règle controversée du 14 janvier visant à interdire aux banques de réduire leurs financements à des secteurs  controversés (compagnies pétrolières, fabricants d’armes, etc.). La suspension de cette règle permettra au prochain directeur de l’OCC, qui devrait être nommé par Joe Biden dans les prochains jours, de la réévaluer et éventuellement d’annuler son entrée en vigueur.
  • Dans un rapport consacré aux actifs numériques (digital assets) publié le 26 janvier, la Chambre de commerce des États-Unis a critiqué la SEC pour ne pas avoir défini, selon elle, un cadre réglementaire suffisamment propice à l’innovation. Le rapport invite les régulateurs financiers à publier des règles claires préalablement à toutes mesures de contrôle et de sanction et considère que les activités liées aux monnaies numériques devraient relever de la supervision de la Commodity Futures Trading Commission (CFTC), le régulateur des marchés de dérivés, et non de celle de la SEC. Le rapport recommande également d’améliorer les systèmes de paiement, d’accélérer les travaux de recherche sur une éventuelle monnaie numérique de la Fed et de mettre en place une task force rattachée à la Maison-Blanche sur le développement des actifs numériques.

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