Washington Wall Street Watch n°2021-03

Washington Wall Street Watch n°2021-03

Crédit photo : F. Jonkisz

Sommaire           

Conjoncture                               

  • La production industrielle a accéléré son rebond en fin d’année 2020

Politiques macroéconomiques

  • Joe Biden présente son projet de plan de soutien à l’économie
  • Joe Biden prolonge par décret deux mesures limitant les effets de la crise économique sur les ménages
  • Le Sénat a auditionné Janet Yellen en vue de la confirmer au poste de secrétaire au Trésor

Régulation financière

  • Janet Yellen s’est aussi exprimée sur la régulation financière lors de son audition
  • Joe Biden nomme Gary Gensler à la présidence de la SEC et Rohit Chopra à la tête du CFPB
  • Les banques américaines ont publié leurs résultats pour le T4 2020

Brèves

 


 

Conjoncture

 

La production industrielle a accéléré son rebond en fin d’année 2020

L’indice de production industrielle a progressé de 1,6 % au mois de décembre 2020 selon la Fed (après +0,5 % en novembre, résultat révisé à la hausse de 0,1 point). Contrairement aux mois précédents, la progression de la production industrielle n’est pas portée par le secteur des biens durables mais par ceux de l’énergie, de la production de matériaux ainsi que celui des biens non durables.

Par rapport au mois de décembre 2019, la production industrielle est en baisse de 3,6 %. Elle s’est notablement redressée par rapport au point bas de -16,8 % atteint au début de la crise sanitaire.

 


 

Politiques macroéconomiques 

                                                        

Joe Biden présente son projet de plan de soutien à l’économie

Présenté le 14 janvier, ce nouveau plan de soutien à l’économie américaine atteindrait un montant total de 1 900 Md USD (environ 9 % du PIB). Il a vocation à compléter et étendre le précédent plan adopté par le Congrès en décembre.

Ce plan a pour premier objectif de soutenir les ménages, grâce à (i) une nouvelle aide directe de 1 400 $ aux contribuables des classes moyennes et inférieures (après 1 200 $ en mars 2020 et 600 $ en décembre 2020), (ii) la prolongation des mesures de renforcement de l’assurance chômage en place depuis le printemps 2020, (iii) un renforcement du régime de chômage partiel, quasi-inutilisé actuellement, (iv) une augmentation des principaux crédits d’impôts en faveur des ménages les plus vulnérables.

Le second volet rehausserait les protections contractuelles des travailleurs américains par une extension du congé maladie de deux semaines mis en place au début de la crise sanitaire et par un durcissement des règles de protection sanitaire des salariés travaillant sur site. Le texte imposerait aussi aux entreprises de verser une prime de risque (hazard pay) aux salariés définis comme essentiels, avec un effet rétroactif pour l’année 2020.

Des mesures sont également prévues afin d’améliorer la prise en charge de la crise sanitaire, d’abord par un effort financier de 160 Md USD (déploiement des tests, dépenses sanitaires des collectivités, campagne de vaccination) mais aussi à travers une prise en charge améliorée de l’assurance santé des personnes vulnérables.

Un effort important serait enfin consacré aux collectivités infra-fédérales, avec (i) une dotation financière de 350 Md USD pour les aider à équilibrer leurs budgets et éviter des réductions de dépenses et (ii) une enveloppe de 170 Md USD pour organiser la reprise ou la continuité de l’activité scolaire.

 

Joe Biden prolonge par décret deux mesures limitant les effets de la crise économique sur les ménages

 Immédiatement après sa prise de fonction, le 20 janvier, le nouveau président a signé deux décrets présidentiels (executive order) prolongeant des mesures en place afin d’aider les ménages fragilisés par la crise économique en cours.

Le premier executive order prolonge la suspension du remboursement des prêts étudiants jusqu’au 30 septembre 2021 ainsi que la capitalisation des intérêts sur la période. La mesure s’applique uniquement aux prêts émis ou garantis par l’État fédéral (92 % de l’encours).

Le second décret instruit au ministère chargé de la santé et aux Centers for Disease Control de maintenir jusqu’au 31 mars l’interdiction des expulsions de locataires et de propriétaires en difficulté financière.

 

Le Sénat a auditionné Janet Yellen en vue de la confirmer au poste de secrétaire au Trésor

 Dans le cadre la procédure de confirmation de sa nomination au poste de Secrétaire au Trésor, Janet Yellen a été auditionnée le 19 janvier par les commissions des finances (chargée des affaires fiscales) et des affaires bancaires du Sénat.

Dans son propos liminaire, Janet Yellen a appelé le Congrès à mettre en œuvre un soutien budgétaire de grande envergure (« to act big ») afin de surmonter le plus rapidement possible la crise sanitaire et d’aider les ménages les plus vulnérables. Elle a notamment été amenée à défendre les orientations du plan présenté par Joe Biden (cf. supra).

L’ex-présidente de la Fed soutient que les bénéfices d’un nouveau plan de soutien surpassent son coût budgétaire immédiat, notamment parce qu’il serait de nature à éviter une sortie de crise lente. Si elle partage le constat d’une trajectoire insoutenable de la dette publique fédérale à long terme, J. Yellen souligne que le poids du service de la dette (1,6 % du PIB sur l’exercice budgétaire 2020) est contenu et devrait le rester grâce à des taux d’intérêt structurellement faibles. Elle estime par conséquent que le contexte, outre le fait qu’il n’y serait pas adapté, ne nécessite pas un rééquilibrage à court terme des finances publiques.

Sur la fiscalité, J. Yellen appelé le Congrès à revenir sur les mesures de la réforme fiscale mise en œuvre en 2017 sous l’impulsion de l’administration Trump en faveur des ménages les plus aisés et des grandes entreprises. Elle a toutefois indiqué que l’administration Biden n’envisageait pas de ramener le taux d’impôt sur les sociétés à son niveau antérieur et que des hausses d’impôts n’interviendraient pas avant la fin de la crise en cours. Elle a aussi dit partager l’objectif  des négociations en cours à l’OCDE afin de définir une fiscalité minimale des entreprises.

Invitée à s’exprimer sur la politique de change, J. Yellen a enfin réaffirmé que l’administration Biden ne souhaitait pas favoriser une dépréciation du dollar en vue d’obtenir un avantage compétitif et défendu une politique de change laissant libre cours aux forces du marché. Elle juge « inacceptable » que des pays usent de cette stratégie, laissant entendre que le Treasury pourrait agir en cas d’abus avéré.

 


 

Régulation financière                                                      

 

Janet Yellen s’est aussi exprimée sur la régulation financière lors son audition

Lors de cette même audition au Sénat, Janet Yellen a été interrogée sur plusieurs dossiers de régulation financière.

Elle a d’abord qualifié de « particulièrement préoccupante » l’utilisation de crypto-monnaies à des fins illicites, par exemple pour le financement du terrorisme ou le blanchiment d’argent, et souhaité que le Trésor dispose de méthodes à la hauteur pour lutter contre ces pratiques.

L’ancienne présidente de la Fed s’est par ailleurs déclarée défavorable à la désignation par le Financial Stability Oversight Council (FSOC, placé sous l’égide du Trésor) de sociétés de gestion d’actifs comme institutions systémiques, soumises à une  supervision renforcée. Janet Yellen a indiqué privilégier dans ce domaine une approche par les activités (activities-based approach) et mentionné deux exemples d’activités à surveiller : les hedge funds à haut niveau de levier et les fonds ouverts à parts rachetables composés d’actifs peu liquides, citant les tensions observées au mois de mars dernier sur certains fonds monétaires.

Enfin, Janet Yellen s’est félicitée de la résistance des grandes banques américaines à la crise du COVID-19, qu’elle impute au renforcement du cadre prudentiel au cours des dernières années.

 

Joe Biden nomme Gary Gensler à la présidence de la SEC et Rohit Chopra à la tête du CFPB

Le 18 janvier, l’équipe de transition de Joe Biden a annoncé la nomination de Gary Gensler comme futur président de la Securities and Exchange Commission (SEC), le régulateur des marchés boursiers. Gary Gensler a présidé la Commodity Futures Exchange Commission (CFTC, le régulateur des marchés de dérivés) de 2009 à 2014, période au cours de laquelle il fut responsable de la mise en œuvre du Dodd-Frank Act et de la réforme de la supervision des produits dérivés à la suite de la crise de 2008-2010. Gary Gensler est actuellement professeur au Massachusetts Institute of Technology et travaille notamment sur les applications de la blockchain dans le secteur financier et les crypto-monnaies.

Biden a également nommé Rohit Chopra au poste de directeur du Bureau de protection des consommateurs de produits financiers (CFPB). Actuellement commissaire de la Federal Trade Commission (FTC), Rohit Chopra contribua entre 2010 et 2015 à la création du CFPB puis fut responsable, au sein de l’agence, du suivi du marché des prêts étudiants.

Pour être entérinées, ces deux nominations devront être confirmées par le Sénat. Dans l’attente d’un vote,  l’intérim à la tête du CFPB sera assuré par Dave Uejio et celui de la SEC par la commissaire démocrate Allison Lee, qui a déclaré que les enjeux climatiques seraient sa priorité à ce poste. Au sein de la Commodity Futures Trading Commission (CFTC, le régulateur des marchés de dérivés), dont le futur président n’a pas encore été nommé par Joe Biden, l’intérim sera assuré par le commissaire démocrate Rostin Behnam.

 

Les banques américaines ont publié leurs résultats pour le T4 2020

 Les six plus grandes banques américaines par la taille de bilan (JP Morgan Chase, Bank of America, Wells Fargo, Citigroup, Goldman Sachs et Morgan Stanley) ont publié cette semaine leurs résultats pour le quatrième trimestre 2020.

Globalement supérieurs aux prévisions des analystes, ces résultats sont marqués par les bonnes performances des activités de trading et de banque d’investissement (2,6 Md USD pour Morgan Stanley, +27 % en glissement annuel). Une appréciation plus favorable des perspectives de l’économie américaine par ces banques les a en outre conduites à réduire leurs provisions pour pertes de crédit (JP Morgan a ainsi repris au T4 2020 2,9 Md USD sur ses provisions).

 


 

Brèves           

                                                                       

  • Pour la semaine du 11 au 16 janvier, le département du Travail a enregistré 961 000 nouvelles demandes d’allocations chômage (initial claims), contre une moyenne hebdomadaire de 219 000 en 2019. S’y ajoutent 424 000 demandes faites au titre de l’extension de l’assurance chômage par l’État fédéral en faveur des personnes qui n’y sont normalement pas éligibles (Pandemic Unemployment Assistance). Au total, les demandes d’allocations sont en baisse de 3,5 % par rapport à la semaine précédente.
  • La Fed a publié le 19 janvier une règle définitive relative aux plans de conservation des fonds propres (capital planning) des banques. Cette règle adapte les exigences de capital planning aux catégories d’établissements établies en octobre 2019 en application de la loi EGRRCP (« Crapo Bill »). Les banques relevant de la catégorie IV (les plus petites et les moins risquées parmi celles supervisées par la Fed, détenant entre 100 et 200 Md USD d’actifs agrégés) seront notamment exonérées de certains stress tests imposés aux banques de plus grande taille. Les obligations de reporting sont également variables selon la catégorie. À la différence de la règle initiale proposée en octobre 2020, la version finale étend les exigences de capital planning aux holdings des caisses d’épargne (savings and loan holding companies). La règle entrera en vigueur 60 jours après sa publication au registre fédéral.
  • La Federal Housing Finance Agency (FHFA), l’autorité de supervision des entreprises parapubliques Fannie Mae et Freddie Mac et du réseau des Federal Home Loan Banks, a ouvert le 19 janvier une consultation publique sur l’impact du changement climatique sur le marché immobilier américain. Les 26 questions soumises par la FHFA ont vocation à mieux identifier et évaluer les risques climatiques et à améliorer son action de supervision sur ces enjeux, potentiellement à travers  l’instauration de tests de résistance climatiques (stress tests). La période de consultation est ouverte jusqu’au 19 avril.
  • La Federal Deposit Insurance  Corporation (FDIC), régulateur des state banks, l’Office of the Comptroller of the Currency (OCC), régulateur des national banks, la National Credit Union Administration (NCUA), régulateur des banques coopératives et le CFPB ont publié le 21 janvier une règle définitive clarifiant la valeur juridique de leurs orientations de supervision (supervisory guidance), codifiant un engagement pris en 2018. La règle rappelle que ces orientations n’ont pas force de loi et s’engagent à ne critiquer un établissement qu’en cas de violation d’une loi ou d’une règle ou de manquement nuisible aux consommateurs ou à la stabilité de l’établissement.

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