Washington Wall Street Watch n°2021-02

Washington Wall Street Watch n°2021-02

Crédit photo : F. Jonkisz

Sommaire           

Conjoncture                               

  • L’emploi a fléchi en décembre en raison de la recrudescence de l’épidémie
  • Le Beige Book témoigne de dynamiques de reprise hétérogènes entre les différents secteurs

Politiques macroéconomiques

  • Les sénateurs Démocrates présentent leur feuille de route budgétaire et fiscale pour l’année à venir
  • Optimiste sur la sortie de crise, une partie de la Fed songe à une diminution du soutien à l’économie

régulation financière

  • L’OCC interdit aux banques de limiter leurs financements aux secteurs controversés
  • Le Trésor repousse officiellement la privatisation de Fannie Mae et Freddie Mac

Brèves

 


 

Conjoncture

 

L’emploi a fléchi en décembre en raison de la recrudescence de l’épidémie

Le rapport mensuel du Bureau of Labor Statistics sur la situation de l’emploi fait état de 140 000 destructions nettes d’emplois au mois de décembre 2020. Celles-ci sont notablement concentrées dans l’hôtellerie-restauration (-397 000 emplois), les activités de loisirs (-103 000) et, pour le secteur public, les agents employés par les collectivités infra-fédérales (États, comtés, communes). À l’inverse, de nombreux métiers liés à la distribution enregistrent de fortes créations d’emplois.

Le taux de chômage se maintient à 6,7 % et recule 11,7 % (-0,3 point) dans sa définition intégrant le temps partiel contraint.

Le taux d’activité reste stable à 61,5 %, tout comme le taux d’emploi qui plafonne à 57,4 % depuis le mois d’octobre. Le nombre et la proportion de personnes au chômage de manière permanente diminue pour la première fois depuis le début de la crise, à 2,1 % (‑0,2 point).

 

Le Beige Book témoigne de dynamiques de reprise hétérogènes entre les différents secteurs

Le Beige Book de la Fed, publié le 13 janvier et qui décrit l’évolution de l’activité économique dans les 12 districts des Fed régionales, dépeint une progression « modeste » de l’activité au cours du dernier mois de l’année 2020. L’évolution de l’épidémie continue d’affecter fortement l’activité et produit des dynamiques régionales et sectorielles différentes en fonction de la prévalence du virus.

La reprise de l’épidémie est venue fragiliser voire renverser la reprise de l’emploi. Là encore, les dynamiques sectorielles restent très disparates : le secteur de l’hôtellerie-restauration-tourisme a été particulièrement sinistré par cette nouvelle vague, tandis que les secteurs les plus dynamiques (industrie, construction, transport) font face à d’importantes difficultés de recrutement.

Si la hausse des prix reste modeste, les entreprises peu affectées par la crise indiquent être en mesure de pouvoir aisément augmenter leurs prix et signalent leur intention de le faire au cours des mois à venir.

 


 

Politiques macroéconomiques

 

Les sénateurs démocrates présentent leur feuille de route budgétaire et fiscale pour l’année à venir

 Les victoires remportées aux deux élections sénatoriales de Géorgie offrent aux Démocrates la majorité à la chambre haute, donnant ainsi davantage de marges de manœuvre à la future administration Biden en matière budgétaire.

Dans un entretien accordé à Politico, le sénateur Bernie Sanders a esquissé l’agenda pour l’année à venir de la commission du budget, dont il s’apprête à prendre la tête. Comme Joe Biden, il érige la mise en œuvre rapide d’un nouveau plan de soutien en priorité absolue et souligne la nécessité de soutenir les ménages à bas revenus et/ou directement exposés à la crise. Par la suite, les Démocrates envisagent se consacrer à un plan d’infrastructures, qu’ils jugent propice à un accord bipartisan, et à une réforme du système d’assurance santé, dont les grands axes ne font toutefois pas consensus au sein de leur parti.

Le sénateur Ron Wyden, qui dirigera la commission des finances (chargée des affaires fiscales), a quant à lui indiqué que la nouvelle majorité présenterait « rapidement » un projet de réforme fiscale incluant des hausses d’impôts pour les contribuables les plus aisés et les entreprises, une évolution de la fiscalité des plus-values mobilières et des incitations à la relocalisation d’entreprises aux États-Unis. Il n’a toutefois pas indiqué si ce projet reprendrait directement les propositions de campagne de Joe Biden.

Pour mener à bien ces réformes, la nouvelle majorité souhaite recourir à la procédure spéciale dite de réconciliation (budget reconciliation), qui permet d’entériner une proposition de loi au Sénat avec l’accord d’une majorité simple, ouvrant ainsi la voie à des réformes moins consensuelles. Cette procédure est néanmoins soumise à des contraintes strictes, qui pourraient notamment conduire les parlementaires à revoir à la baisse l’ampleur des mesures ouvrant de nouvelles dépenses.

 

Optimiste sur la sortie de crise, une partie de la Fed songe à une diminution du soutien à l’économie

 La majorité des responsables de la Fed ont fait part, au cours de leurs récentes interventions publiques, de leur optimisme sur l’évolution de la situation économique en 2021 et 2022 car la vaccination progressive de la population américaine et un soutien budgétaire à venir encore plus important (cf. supra) devraient permettre une normalisation rapide de l’activité.

Cette configuration favoriserait, selon certains des présidents de Fed régionales (P. Harker, R. Bostic, C. Evans, R. Kaplan), une amélioration de la situation du marché du travail et une accélération de l’inflation qui seraient non seulement plus rapides que précédemment attendu, mais aussi suffisantes pour autoriser une réduction du soutien de la politique monétaire à l’activité. R. Kaplan et R. Bostic sont même allés jusqu’à évoquer la possibilité d’entamer une réduction progressive des achats d’actifs (actuellement de 120 Md USD par mois) dès la fin d’année 2021 ou le débat d’année 2022.

Ces déclarations n’ont pas trouvé d’écho au sein du Conseil des gouverneurs. Lael Brainard a ainsi rejeté cette vision et souligné que la situation économique était « très éloignée » (« far away ») des attendus définis dans la stratégie de la Fed, ajoutant qu’il serait prématuré d’estimer le délai nécessaire à une normalisation de la situation économique et sanitaire. La gouverneure estime que le soutien apporté par la politique d’achats restera nécessaire pour « un long moment » (« quite some time »). Le vice-président de la Fed, Richard Clarida a lui indiqué qu’aucune hausse des taux n’interviendrait tant que l’inflation ne serait pas supérieure à 2 % pour une durée d’au moins un an. Enfin, le président de la Fed, Jerome Powell, a souhaité mettre fin à ce débat en signalant que « ce n’est pas le moment » d’envisager une baisse du soutien à l’activité.

 


 

Régulation financière                                                      

 

L’OCC interdit aux banques de limiter leurs financements aux secteurs controversés

 L’Office of the Comptroller of the Currency (OCC), le régulateur des national banks, a publié le 14 janvier la version définitive d’une règle limitant la capacité des banques à refuser leurs services à certaines industries.

Cette règle impose aux banques détenant plus de 100 Md USD d’actifs de fonder leurs décisions, en particulier en matière d’octroi de crédit, sur une appréciation individuelle des risques uniquement, et non sur des considérations liées par exemple à la préservation de l’environnement. Ces banques ne pourront donc pas exclure de leurs financements les industries polluantes ou controversées (compagnies pétrolières, fabricants d’armes, etc.).

La règle finale est globalement conforme à la règle initiale, proposée le 20 novembre dernier, et a été critiquée à la fois par le camp démocrate et par le Bank Policy Institute, qui représente le secteur bancaire. Elle entrera en vigueur le 1er avril 2021.

 

Le Trésor repousse officiellement la privatisation de Fannie Mae et Freddie Mac

Le Département du Trésor a annoncé le 14 janvier qu’il prorogeait la convention d’achat d’actions (Preferred Stock Purchase Agreement ou PSPA) le liant à Fannie Mae et Freddie Mac, les deux entreprises parapubliques spécialisées dans la titrisation du marché immobilier américain. Le Trésor continuera ainsi de percevoir la majorité des bénéfices de Fannie Mae et Freddie Mac, repoussant de fait la privatisation de ces deux entreprises placées sous tutelle publique en 2008.

Ce nouvel accord prévoit en outre que les deux entreprises pourront dorénavant retenir à leur bilan une plus grande part de leur résultat net cumulé, et précise certaines conditions préalables à la fin de la tutelle publique (notamment un niveau de fonds propres durs – CET 1 – à hauteur de 3 % de leurs actifs).

 


 

Brèves   

                                                                               

  • Pour la semaine du 4 au 9 janvier, le département du Travail a enregistré 1,15 million de nouvelles demandes d’allocations chômage (initial claims), contre une moyenne hebdomadaire de 219 000 en 2019. S’y ajoutent 285 000 demandes faites au titre de l’extension de l’assurance chômage par l’État fédéral en faveur des personnes qui n’y sont normalement pas éligibles (Pandemic Unemployment Assistance). Au total, les demandes d’allocations sont en hausse de 32 % par rapport à la semaine précédente.
  • La commission des finances du Sénat a annoncé que l’audition de confirmation de Janet Yellen, nommée au poste de secrétaire au Trésor, se tiendrait le 19 janvier. Cette audition constitue la première étape du processus de confirmation, qui requiert ensuite un vote favorable de la commission puis un vote de confirmation en session plénière.
  • L’OCC a délivré le 13 janvier un agrément bancaire à Anchorage, une entreprise américaine spécialisée dans les services fiduciaires en crypto-actifs (conservation et transactions) et membre de l’association Diem (ex-Libra). En vertu de son nouveau statut de national bank, Anchorage pourra exercer sur l’ensemble du territoire des États-Unis et devra se conformer aux exigences prudentielles et à la supervision de l’OCC. Cet agrément est subordonné à des exigences préalables, telles que l’adhésion d’Anchorage au système de la Fed.
  • Brian Brooks, directeur par intérim de l’OCC, a annoncé sa démission à compter du 14 janvier 2021. L’intérim à la tête de l’agence sera assuré par Blake Paulson, son actuel directeur des opérations, jusqu’à ce que Joe Biden nomme le nouveau directeur de l’agence.

 

  • Le 5 janvier, l’Internal Revenue Service (IRS) a publié une règle relative au traitement fiscal des intérêts perçus par les gérants de fonds d’investissement (carried interests). Cette règle a vocation à corriger un vide juridique issu de la réforme fiscale de 2017 (Tax Cuts and Jobs Act) qui permettait aux gérants de hedge funds de bénéficier du taux réduit de 20 % sur des investissements d’une durée inférieure à 3 ans.
  • L’entreprise Visa et la fintech Plaid ont indiqué le 12 janvier qu’elles mettaient un terme à leur projet de fusion, annoncé en janvier 2020. Les deux sociétés américaines ont précisé que cette décision faisait suite à la procédure d’enquête sur les conséquences d’une telle fusion sur la concurrence (antitrust) ouverte par le Département de la Justice en novembre 2020 en raison de la position monopolistique de Visa sur le marché des paiements en ligne.
  • Le 11 janvier, Intercontinental Exchange (ICE) a annoncé l’introduction en bourse de Bakkt, sa plateforme en ligne spécialisée dans les services de trading et de paiement en crypto-actifs. Cette introduction en bourse, qui fera intervenir une société d’acquisition ad hoc (Special Purpose Acquisition Company ou SPAC), devrait dégager pour Bakkt une valeur d’entreprise d’environ 2,1 Md USD.
  • Lael Brainard a prononcé le 12 janvier un discours relatif à l’usage de l’intelligence artificielle (IA) par les banques. Rappelant le recours croissant à l’IA dans de nombreuses activités bancaires (détection des fraudes, octroi des crédits, etc.), elle a plaidé pour davantage de transparence des modèles, notamment pour s’assurer de l’absence de biais discriminatoire. Elle a en outre annoncé que la Fed et les autres régulateurs bancaires envisageaient une consultation publique sur le sujet.

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