Washington Wall Street Watch n°2020-37

Washington Wall Street Watch n°2020-37

Crédit photo : F. Jonkisz

Sommaire        

Conjoncture

La résorption du chômage s’est poursuivie en septembre, mais cette dynamique semble s’essouffler

Politiques macroéconomiques

Les négociations sur un nouveau plan de soutien se poursuivent dans un climat tendu

La Fed se montre préoccupée des risques susceptibles de freiner la reprise

Régulation financière

La SEC simplifie le cadre règlementaire des fonds de fonds et des conseils en levées de fonds

La CFTC réduit les exigences de reporting des fonds d’investissement en matières premières et produits dérivés

Brèves

 


 

Conjoncture

 

La résorption du chômage s’est poursuivie en septembre, mais la dynamique semble s’essouffler

 Le rapport mensuel sur la situation de l’emploi du Bureau of Labor Statistics indique que 661 000 nouveaux emplois ont été créés en septembre aux États-Unis. Ce rythme, quoique sans commune mesure avec les ordres de grandeurs d’avant la crise sanitaire (+145 000 emplois par mois en moyenne en 2019), est nettement plus faible que celui des mois précédents (1,8 puis 1,5 million en juillet et août). Les secteurs de l’hôtellerie-restauration, de la santé et de la distribution en représentent plus des trois quarts, alors que le secteur public continue de licencier de nombreux agents (-216 000), en particulier dans l’éducation.

Le taux de chômage continue de refluer et s’établit à 7,9 % (-0,5 point) et à 12,8 % (-1,4 point) dans sa définition élargie, tenant compte du temps partiel subi. Cette amélioration est toutefois relative car elle résulte autant du retour en emploi de chômeurs temporaires que d’une rechute du taux d’activité (‑0,3 point, à 61,4 %). Le taux d’emploi est quasiment inchangé, à 56,6 % (+0,1 point), attestant de progrès limités.

Six mois après le déclenchement de la crise sanitaire, les inégalités se sédimentent sur le marché du travail, au détriment (i) des femmes, qui ont été davantage affectées par la crise et qui retrouvent plus lentement une activité, (ii) des personnes sans diplôme universitaire, dont le taux de chômage est très nettement plus élevé que celui des diplômés du supérieur (10,6 % contre 4,8 %), et (iii) des minorités noire et hispanique, qui sont surreprésentées dans les secteurs les plus affectées par la crise.

 


 

Politiques macroéconomiques

 

Les négociations sur un nouveau plan de soutien se poursuivent dans un climat tendu

 Après plusieurs semaines de démarches purement formelles, l’administration Trump, représentée par le secrétaire au Trésor Steven Mnuchin, et les chefs de file du Congrès ont repris des négociations actives à la fin du mois de septembre en vue d’adopter un nouveau plan de soutien à l’économie. Cette accélération inattendue a notamment été provoquée par l’annonce de nombreux plans de licenciement au cours des dernières semaines, au premier chef dans le secteur aérien qui a vu s’éteindre des aides allouées au printemps.

Les parlementaires démocrates, qui contrôlent la Chambre des Représentants et sont représentés par la Speaker Nancy Pelosi, exigent un stimulus budgétaire d’au minimum 2 200 Md USD (environ 10,5 % du PIB), qu’ils présentent comme la moyenne entre leur position initiale et celle de la Maison-Blanche. Ils ont d’ailleurs donné corps à cette proposition en adoptant un nouveau texte le 1er octobre. À l’inverse, l’administration Trump ne souhaite pas que le coût s’élève à plus de 1 600 Md USD. À ce désaccord sur le montant s’ajoute celui sur l’inclusion d’une aide financière aux collectivités infra-fédérales, défendue par l’opposition parlementaire, et d’une protection juridique pour les entreprises pour la période de crise sanitaire, exigée des Républicains.

Les négociations, tendues, ont été altérées par la versatilité de D. Trump qui a, en l’espace de quelques heures, unilatéralement coupé court aux discussions avant de se soutenir ouvertement l’appel de la Fed (cfinfra) à un plan de de soutien massif puis de demander une aide financière ciblée.

Les différentes parties tentent toujours de trouver un compromis qui permettrait notamment d’aider le secteur aérien. Les Démocrates se montrent toutefois fermés à toute aide partielle et qui n’intégrerait pas de soutien aux collectivités.

Les discussions évoluent très rapidement et cette séquence pourrait connaître de nouvelles péripéties. L’adoption d’un plan de relance sera de plus en plus difficile à mesure qu’approcheront les élections du 3 novembre, les parlementaires étant focalisés sur leur propre campagne et, au Sénat, sur la procédure de confirmation d’une nouvelle juge à la Cour suprême.

 

La Fed se montre préoccupée des risques susceptibles de freiner la reprise

Le procès-verbal (minutes) de la réunion du comité de politique monétaire de la Fed (FOMC) des 15 et 16 septembre témoigne de l’importance accordée par les responsables de la Fed à l’évolution de la politique budgétaire. Ils estiment en effet qu’un nouveau plan de soutien est indispensable pour accompagner la reprise et soulignent qu’une action tardive ou minimale du Congrès pourrait peser sur la reprise de l’activité. Le président de la Fed, Jerome Powell, a d’ailleurs réaffirmé cette position lors d’une intervention publique le 6 octobre, disant redouter le scénario « tragique » d’une reprise lente avec des dommages importants sur le marché du travail.

Le FOMC s’inquiète aussi de la hausse des faillites des petites entreprises et dans le secteur de l’immobilier commercial, auxquels les banques de taille petite et moyenne seraient vulnérables. Il indique surveiller le durcissement des conditions de crédit, qu’il juge incohérent avec le niveau de liquidité et la flexibilité réglementaire dont disposent les banques.

Dans ce contexte, la Fed considère toujours que sa politique monétaire est appropriée mais se dit prête à la faire évoluer si elle constate que des facteurs contraires sont susceptibles de freiner le retour à une situation économique correspondant avec ses objectifs d’emploi et d’inflation. Elle entend aussi réévaluer les paramètres de son programme d’achats d’actifs (Treasuries et créances immobilières titrisées) au cours des prochaines réunions.

 


 

Régulation financière                                                      

 

La SEC simplifie le cadre règlementaire des fonds de fonds et des conseils en levées de fonds

 Le 7 octobre, la Securities and Exchange Commission (SEC), le régulateur des marchés boursiers, a entériné une règle clarifiant le régime règlementaire applicable aux fonds d’investissement investissant principalement dans d’autres fods (« fonds de fonds »).

La règle adoptée permettra aux fonds de fonds de dépasser les plafonds d’emprise prévus par l’Investment Adviser Act (qui limite notamment à 3 % des parts la participation d’un fonds dans un autre fonds) sans devoir obtenir pour cela une autorisation préalable auprès de la SEC. Cette exemption sera toutefois assujettie à plusieurs conditions, en particulier : les fonds acquéreurs ne pourront prendre le contrôle du fonds cible, leurs droits de vote sur la cible seront restreints pour limiter leur influence et certaines structures d’investissement complexes seront prohibées.

D’après la SEC, les fonds de fonds se sont fortement développés aux États-Unis depuis la crise de 2008-2010 et ont atteint en 2019 un encours total de 2 540 Md USD (contre 469 Md USD en 2008).

Le même jour, la SEC a proposé une autre règle visant à exempter les sociétés de conseil en levées de fonds (« finders »), qui proposent à des petites entreprises souhaitant ouvrir leur capital de les mettre en relation avec des investisseurs potentiels, de l’obligation de s’enregistrer comme courtiers auprès de la SEC et des exigences afférant à ce statut.

La SEC justifie cette révision par son souhait de faciliter les levées de fonds pour les sociétés ayant un accès limité aux circuits de financement habituels. Les deux commissaires démocrates de la SEC se sont opposées à cette proposition, Caroline Crenshaw ayant en particulier rappelé que les marchés non cotés étaient plus opaques et faisaient l’objet de fraudes plus fréquentes que les marchés cotés.

 

La CFTC réduit les exigences de reporting des fonds d’investissement en matières premières et produits dérivés

 Le 6 octobre, la Commodity Futures Trading Commission (CFTC), le régulateur des marchés dérivés, a finalisé plusieurs amendements allégeant les règles de reporting des opérateurs de commodity pools (commodity pool operators ou CPO), fonds d’investissement spécialisés dans les produits dérivés et les matières premières (tels que certains hegde funds).

La règle adoptée abroge l’essentiel des exigences de reporting applicables aux CPO (section 2 et 3 du formulaire CPO-PQR), qui avaient été instaurées par le Dodd-Frank Act afin d’accroître la quantité de données à disposition du régulateur sur ces investissements présentant un risque financier élevé. Les éléments de reporting supprimés portent notamment sur la stratégie d’investissement du fonds, la nature de ses créanciers, son risque de contrepartie et les mécanismes de trading et de compensation utilisés par l’opérateur. La CFTC maintient en revanche l’exigence de transparence relative à la composition détaillée du portefeuille  (schedule of investments), en précisant toutefois qu’elle en réévaluera l’utilité au cours des deux prochaines années, à la demande de plusieurs commentaires.

Ces amendements ont été adoptés à l’unanimité des cinq commissaires de la CFTC. Le président de la CFTC, Heath Tarbert, a indiqué que les informations demandées dans le cadre de ce formulaire étaient très peu exploitées par le régulateur.

 


 

Brèves                                                                                 

 

Ø  Pour la semaine du 28 septembre au 3 octobre, le département du Travail a enregistré 837 000 nouvelles demandes d’allocations chômage (initial claims), contre une moyenne hebdomadaire de 219 000 en 2019. S’y ajoutent 464 000 demandes faites au titre de l’extension de l’assurance chômage par l’État fédéral en faveur des personnes qui n’y sont normalement pas éligibles (Pandemic Unemployment Assistance). Au total, les demandes d’allocations sont en baisse de 4 % par rapport à la semaine précédente. Comme  le précédent, ce rapport hebdomadaire doit être analysé avec précaution, car les statistiques de l’État de Californie sont temporairement affectées par un problème de collecte.

Ø  Le 30 septembre, la Fed a publié une proposition de règle relative aux plans de conservation des fonds propres (capital planning) des banques, pour les adapter aux catégories d’établissements établies en octobre 2019 en application de la loi loi EGRRCP (« Crapo Bill ») de mai 2018. En cohérence avec ce « calibrage » (tailoring) des exigences de fonds propres, celles relatives au capital planning seraient décroissantes : les banques relevant de la catégorie IV (les plus petites et moins risquées de celles supervisées par la Fed, détenant entre 100 et 250 Md USD d’actifs agrégés) seraient par exemple exonérées de certains scénarios de stress imposés aux banques de plus grande taille. Les obligations de reporting seraient renforcées pour les banques relevant des catégories I à III et allégées pour la catégorie IV. Enfin, la Fed soumet à consultation plusieurs questions, relatives notamment au traitement des dividendes dans le cadre du capital planning, compte tenu des pratiques hétérogènes constatées pour les filiales américaines de banques étrangères. La période de consultation s’étend jusqu’au 20 novembre.

Ø  La SEC a publié le 5 octobre un rapport consacré aux six principaux marchés américains du crédit (marché de la dette à court terme, des obligations d’entreprise, des emprunts à effet de levier, des obligations municipales et des dettes immobilières commerciale et résidentielle). Ce rapport, qui note que le volume agrégé de crédit a atteint aux États-Unis 54 000 Md USD à la fin de l’année 2019, souligne l’interdépendance des acteurs intervenant sur ces marchés (banques, émetteurs, investisseurs) et détaille les répercussions de la crise du COVID-19 sur la situation de ces marchés.

Ø  La proposition récente de la SEC de réduire les obligations de transparence des portefeuilles suscite de nombreuses contestations, y compris de la part de gestionnaires d’actifs. La SEC a proposé en juillet dernier d’alléger les obligations d’information applicables aux fonds, notamment en relevant à 3,5 Md USD, au lieu de 100 M USD aujourd’hui, le seuil de détention à partir duquel les fonds sont tenus de publier trimestriellement le détail de leur portefeuille. La Managed Funds Association (MFA), association de hedge funds, a ainsi demandé à la SEC de reconsidérer ce seuil, en soulignant que cette nouvelle règle priverait les investisseurs d’informations importantes pour leur gestion du risque (telles que le volume d’échanges d’un titre sur le marché). La proposition de la SEC s’est également heurtée à l’opposition de nombreux acteurs de la place (sociétés cotées, fonds de gestion collective, bourses, etc.) ainsi que de Maxine Waters, la présidente démocrate de la Commission des services financiers de la Chambre des représentants.

Ø  Le 30 septembre, le gouverneur de Californie, Gavin Newsom, a promulgué une loi obligeant les entreprises cotées basées en Californie à avoir au sein de leur comité de direction une ou plusieurs personnes issues d’une minorité (ethnique ou d’orientation sexuelle). Le quota est fixé à une, deux et trois personnes issues d’une minorité pour les comités de direction composés de respectivement quatre (ou moins), cinq à neuf et plus de neuf membres. Cette mesure entrera en application en 2022. Elle complète une législation, votée en 2018, qui rendra obligatoire à partir de l’an prochain la présence de femmes à la direction des entreprises californiennes.

Ø  Le 6 octobre, la CFTC a annoncé avoir infligé au cours de l’année fiscale écoulée, close le 30 septembre, un nombre record de 113 sanctions pour des pratiques frauduleuses sur les marchés de matières premières et de produits dérivés. Le régulateur a précisé que 29 sanctions avaient été prononcées pour des fraudes liées à la crise du COVID-19 et a rappelé que l’amende de 920 M USD à l’encontre de JP Morgan la semaine dernière était la sanction la plus élevée jamais infligée par l’agence. La CFTC a par ailleurs annoncé le départ de son directeur des contentieux et sanctions (Division of Enforcement), James McDonald, le 8 octobre, qui sera remplacé par son actuel adjoint, Vincent McGonagle.

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