Washington Wall Street Watch n°2020-31

Washington Wall Street Watch n°2020-31

Crédit photo : F. Jonkisz

Sommaire       
Conjoncture                                                                             
         L’emploi s’est amélioré en juin et le nombre de nouvelles inscriptions au chômage diminue peu à peu
Politiques macroéconomiques          
         Les négociations sur un nouveau plan de relance s’enlisent
         D. Trump prend une série de mesures unilatérales pour maintenir un soutien public en l’absence d’accord au Congrès sur un nouveau plan de relance
         Les Démocrates souhaitent assigner à la Fed un objectif de lutte contre les inégalités ethniques
régulation financière
         L’exécutif envisage de radier les sociétés chinoises de la cotation aux États-Unis
Brèves

                                                                                                                                                      

Conjoncture                                                                                  

 

L’emploi s’est amélioré en juin et le nombre de nouvelles inscriptions au chômage diminue peu à peu

 
Le rapport du Bureau of Labor Statistics (BLS) sur la situation de l’emploi fait état de 1,76 million de créations nettes d’emplois aux États-Unis au mois de juillet 2020. Comme les mois précédents, les secteurs les plus affectés par la première phase de la crise (hôtellerie-restauration-tourisme, distribution et santé) concentrent l’essentiel des gains. Le rythme des créations d’emplois, quoique légèrement supérieur aux attentes, est inférieur à celui des mois précédents (7,5 millions d’emplois cumulés en mai et juin), en raison notamment du ralentissement de l’activité engendré par la reprise de l’épidémie de COVID-19 aux États-Unis.
 
Le taux de  chômage recule pour le troisième mois consécutif, à 10,2 % (-0,2 point, -4,5 points par rapport au mois d’avril). Le BLS signale que le taux de chômage pourrait être plus élevé d’1 point en raison des erreurs de classification de la part de certains chômeurs, cet intervalle d’incertitude étant similaire à celui du mois de juillet. Le taux de chômage élargi, tenant compte du temps partiel subi, baisse également, 16,5 % (-1,5 point).
 
Le taux d’emploi poursuit son rebond, à 55,1 % (+0,5 point). Près de 40 % des pertes occasionnées par la crise ont ainsi été effacées grâce aux créations d’emplois intervenues depuis le mois de mai.
 
Par ailleurs, pour les semaines du 27 juillet au 1er août et du 3 au 8 août, le département du Travail a enregistré un total de 1,85 million puis 1,45 million de nouvelles demandes d’allocations chômage (initial claims) tous programmes confondus (contre une moyenne hebdomadaire 219 000 en 2019).  Le total des demandes est en baisse significative (-21 % et  -37 % par rapport à la semaine du 20 juillet).

 


Politiques macroéconomiques                                                

 

Les négociations sur un nouveau plan de relance s’enlisent

 L’administration Trump et les principaux responsables du Congrès ne sont pas parvenus à s’entendre sur les modalités d’un nouveau plan de relance avant le début des vacances parlementaires le 8 août.
 
Les discussions achoppent sur de nombreux points et l’ensemble des parties affichent des divergences substantielles sur l’ampleur du stimulus budgétaire, sur le montant du complément hebdomadaire d’allocation chômage et sur l’inclusion d’une aide financière pour les collectivités infra-fédérales.
 
Faute d’accord, plusieurs mesures de soutien budgétaires mises en place par les différents textes de réponse à la crise (en particulier le CARES Act, adopté le 27 mars 2020) ont expiré. Cette situation a conduit la Maison-Blanche à utiliser la voie exécutive pour prolonger certaines mesures (cf. infra). Dans l’incapacité de trouver une voie médiane, les chefs de file des Démocrates et les représentants de l’administration envisagent désormais de reporter leurs discussions au mois de septembre.
 

D. Trump prend une série de mesures unilatérales pour maintenir un soutien public en l’absence d’accord au Congrès sur un nouveau plan de relance

 Le 8 août, Donald Trump a publié quatre actes exécutifs visant à prolonger certaines mesures de soutien ayant expiré en l’absence fin juillet, les discussions au Congrès sur un nouveau de plan de relance n’ayant pas abouti (cf. supra).
 
La première directive (presidential memorandum) maintient un complément hebdomadaire d’allocation chômage de 400 $ (contre 600 $ jusque fin juillet). Cette prime serait financée à 75 % par l’État fédéral, à partir des fonds inutilités par l’agence chargée des catastrophes naturelles (Federal Emergency Management Agency), et le reste pris en charge par les États fédérés, qui pourraient bénéficier à cet effet de crédits budgétaires mobilisés en leur faveur par les différents textes de réponse à la crise. Les personnes qui perçoivent une allocation hebdomadaire de base de moins de 100 $ seraient exclues du périmètre de la mesure, ce qui affecterait notamment des travailleurs indépendants et d’anciens salariés à temps partiel.
 
La mise en œuvre de cette décision se heurte néanmoins à de multiples difficultés : (i) les différentes agences fédérales doivent encore préciser les modalités d’application de la directive ; (ii) de nombreux États ne disposent pas de la capacité technique de mettre en place ce versement à brève échéance ; (iii) les gouverneurs, toutes étiquettes politiques confondues, se disent d’autant plus réticents à engager cet effort que les discussions toujours en cours au Congrès pourraient déboucher sur une mouture encore différente de ce dispositif ; (iv) les États fédérés souffrent de problèmes financiers importants et pourraient ne pas réussir à financer cette allocation, même avec les fonds supplémentaires à leur disposition.
 
La deuxième directive présidentielle reporte au 1er janvier 2021 l’acquittement de la part salariale des cotisations sociales pour les personnes gagnant moins de 104 000 $ par an. Cette mesure porte sur 6,2 points de la cotisation de 12,4 % finançant le régime public de retraites (Social Security) et 1,45 point du prélèvement de 2,9 % en faveur de Medicare. Les employeurs peuvent quant à eux déjà reporter le paiement de leurs cotisations jusqu’au 31 décembre 2022. Cette baisse d’impôt vise à stimuler la consommation, mais son efficacité pourrait être amoindrie si les entreprises, notamment les plus petites, n’étaient pas en mesure d’y donner pour des raisons opérationnelles ou de trésorerie. Par ailleurs, D. Trump s’est en outre engagé à annuler ces impôts s’il était réélu, ce qui nécessiterait une loi du Congrès.
 
La Maison-Blanche prolonge également du 30 septembre 2020 au 1er janvier 2021 le moratoire sur le remboursement des prêts étudiants garantis par l’État fédéral, soit une grande majorité des prêts. Cette mesure est toutefois moins protectrice que le CARES Act : près de 10 % des prêts garantis par l’État fédéral ne sont pas concernés par cette mesure.
 
Enfin, un décret présidentiel (executive order) instruit les agences fédérales de prendre les mesures nécessaires pour empêcher les expulsions de locataires, par exemple en décidant de moratoires locaux sur les expulsions avec le concours des agences sanitaires ou en aidant les ménages à faire face à leurs obligations financières. La portée de cet acte est nettement plus limitée que le moratoire de quatre mois sur les expulsions instauré en mars 2020 et se trouve de surcroît restreinte aux biens immobiliers concernés par un prêt garanti par l’État fédéral, soit environ 20 % du parc locatif.
 
Ces mesures sont motivées par la déclaration d’urgence nationale encadrant la gestion de l’épidémie de COVID-19 par les autorités publiques américaines. Leur validité juridique est remise en cause par de nombreux observateurs et les parlementaires Démocrates. Ces contestations pourraient déboucher sur des actions judiciaires.
 

Les parlementaires Démocrates souhaitent assigner à la Fed un objectif de lutte contre les inégalités ethniques

 Un groupe de parlementaires Démocates, porté par la sénatrice Elizabeth Warren et la représentante Maxine Waters, a déposé une proposition de loi amendant le Federal Reserve Act pour y insérer un objectif de lutte contre les inégalités d’emploi, de  salaires, de patrimoine et d’accès au crédit entre les différents groupes ethniques.
 
Cette loi n’a aucune chance d’être adoptée, puisque la majorité Républicaine au Sénat et la Maison-Blanche s’y opposent, mais témoigne de l’émergence d’un débat de fond sur le rôle de la Fed dans la lutte contre les inégalités. Elle se rapproche également d’un projet porté par Joe Biden dans le cadre de l’élection présidentielle de 2020.

 


Régulation financière                  

 

L’exécutif envisage de radier les sociétés chinoises de la cotation aux États-Unis

 Dans un document rendu public le 6 août, un groupe de travail présidentiel, composé du secrétaire au Trésor Steve Mnuchin ainsi que des présidents des principales agences de régulation financière (Fed,  SEC et CFTC), préconise de radier de la cotation sur les bourses américaines les sociétés étrangères dont les audits ne sont pas ouverts à l’inspection du Public Companies Accounting Oversight Board (PCAOB), l’organisme américain de supervision des activités d’audit.
 
Ce rapport, qui cible prioritairement la Chine mais mentionne également la France et la Belgique (avec lesquelles le PCAOB précise toutefois que des accords bilatéraux sont en cours de finalisation), recommande la radiation à partir du 1er janvier 2022 des sociétés domiciliées dans les juridictions non-coopératives incriminées, ainsi que l’interdiction, avec effet immédiat, de nouvelles introductions en bourse pour les sociétés issues de ces juridictions. Les sociétés concernées souhaitant continuer à vendre leurs titres aux États-Unis auront néanmoins la possibilité de mandater un nouvel auditeur (« co-audit) », enregistré aux États-Unis et dont les travaux seront accessibles au PCAOB.
 
Le groupe de travail recommande également d’imposer aux fonds commercialisés aux États-Unis de communiquer sur les risques liés aux investissements dans des sociétés situées dans une juridiction non-coopérative et encourage des due diligences supplémentaires pour les fonds indiciels cotés (exchange-traded funds – ETF) investissant dans ces valeurs.
 
Jay Clayton, le président de la SEC – le régulateur des marchés boursiers et le superviseur du PCAOB – a demandé à l’agence de préparer des propositions de règles pour mettre en œuvre ces recommandations.
 
Cette initiative de l’exécutif fait écho à une proposition de loi (Holding Foreign Companies Accountable Act) présentant un objectif similaire, adoptée au Sénat le 20 mai dernier.

 


Brèves                           

 

Ø  La Fed a publié le 10 août les exigences de fonds propres applicables aux plus grandes banques opérant aux États-Unis (celles détenant plus de 100 Md USD d’actifs). Pour la première année, ces exigences mettent en œuvre le stress capital buffer (SCB), un ratio élaboré à partir des tests de résistance annuels menés par la Fed. Ils entreront en vigueur le 1er octobre 2020.
 
Ø  Le 6 août, la Fed a présenté les premières caractéristiques détaillées de son projet « FedNow » d’infrastructure de règlement interbancaire en temps réel, annoncé en août 2019. Ce système de paiement, qui doit voir le jour à l’horizon 2023-2024, comportera entre autres un mécanisme de transfert de liquidité (« liquidity management tool ») accessible à l’ensemble des établissements bancaires américains, ainsi que des outils de gestion du risque de fraude pour les établissements participant au réseau. La gouverneure de la Fed Lael Brainard s’est félicitée de l’avancement du projet FedNow qui, selon elle, promet de catalyser l’innovation sur le marché des systèmes de paiement américains.
 
Ø  Le 11 août, la Fed a réduit de 50 points de base la prime de taux d’intérêt appliquée en excès du taux de swap indexé sur les taux au jour le jour (overnight indexed swap) dans le cadre de son programme d’aide à l’émission de dette des collectivités infra-fédérales (Municipal Liquidity Facility). Cette décision s’applique à l’ensemble des tranches de notation, chacune faisant l’objet d’un niveau de prime spécifique.
 
Ø  Le 12 août, Fannie Mae et Freddie Mac, les deux entreprises parapubliques (government-sponsored enteprises – GSE) chargées de la titrisation du marché immobilier, ont annoncé la mise en place d’une commission supplémentaire de 50 points de base sur les refinancements de prêts immobiliers. Appliquée à partir du 1er septembre, cette nouvelle commission devra permettre aux GSE de se prémunir contre la dégradation des conditions de marché. La Mortgage Bankers Association, la principale organisation d’opérateurs du marché immobilier, a déploré cette décision, évaluant à 1 400 USD le coût total de cette commission pour l’emprunteur moyen.
 
Ø  Le 5 août, la SEC a proposé une règle visant à simplifier la documentation des fonds d’investissement (fonds communs de placement et ETF). Le texte propose de réduire le contenu des documents annuels de reporting transmis aux investisseurs, en laissant les informations non essentielles (telles que le calendrier des investissements) accessibles en ligne, et encourage l’utilisation d’éléments visuels (graphiques, tableaux) pour en faciliter la lecture. La règle mettrait également un terme à l’envoi de mises à jour du prospectus du fonds aux investisseurs.
 
Ø  Le 28 juillet, l’administration fiscale américaine (Internal Revenue Service –IRS) a annoncé une révision de la taxation de l’intéressement (carried interests) des gérants de fonds de private equity. Cette règle prévoit en particulier que seuls les investissements de plus de 3 ans pourront donner lieu à l’application du taux d’imposition fédéral réduit, à 20 %.
 
Ø  Le 3 août, le département du Trésor a révisé à la hausse son programme d’émission pour le second semestre 2020. L’État fédéral pourrait emprunter 270 Md USD supplémentaires au 3ème trimestre 2020 en raison de la hausse des dépenses occasionnée par un nouveau plan de relance. Ce programme d’émission repose sur l’hypothèse d’un plan de relance d’un montant de 1000 Md USD. Par ailleurs, le Trésor continue d’étudier l’opportunité de lancer de nouvelles obligations indexées sur le SOFR (le taux interbancaire au jour le jour devant remplacer le Libor à partir de 2022), projet qui reçoit un accueil favorable des spécialistes en valeur du Trésor.
 
Ø  Le 4 août, l’État du Missouri a approuvé par référendum un amendement constitutionnel étendant Medicaid (l’assurance santé publique en faveur des personnes les plus modestes) à l’ensemble des adultes percevant un revenu pouvant aller jusqu’à 138 % du seuil fédéral de pauvreté, alors que le programme était auparavant réservé aux familles dont le revenu était inférieur à 21 % dudit seuil. Le Missouri devient le 40ème État à adopter cette extension, qui découle de l’Affordable Care Act de 2010 (« Obamacare »).
 
Ø  Le FMI a publié le 10 août son rapport annuel sur l’économie américaine. Cette édition est accompagnée d’un rapport sur la stabilité financière, produit tous les cinq ans.
 
Ø  Le 31 juillet, l’agence de notation Fitch a révisé de stables à négatives les perspectives associées à la note de l’État fédéral américain, actuellement de AAA. Cette révision signale un risque accru de dégradation de la note de crédit. Les États-Unis sont notés AA+ par les deux autres principales agences de notation, Standard & Poor’s et Moody’s.
 
Ø  Le 6 août, le  Sénat a confirmé la reconduction de Hester Peirce (Républicaine) et la nomination  Caroline Crenshaw (Démocrate) comme commissaires de la SEC.

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