Washington Wall Street Watch n°2020-30

Washington Wall Street Watch n°2020-30

Crédit photo : F. Jonkisz

Sommaire 
Conjoncture                                                                            
         Le PIB a reculé de 9,5 % au 2ème trimestre, la plus forte baisse depuis 1946
         Le nombre de nouvelles inscriptions au chômage reste élevé mais est difficile à interpréter
Politiques macroéconomiques      
         La Fed n’a pas modifié sa politique monétaire mais signale une incertitude particulièrement élevée
         La Fed prolonge ses programmes de soutien au financement de l’économie et à la liquidité en dollar
         L’administration Trump et les parlementaires Républicains présentent un projet de plan de relance
         Le Congrès pourrait prolonger les mesures de soutien expirantes, le temps d’adopter un plan de relance
Brèves         
 

                                                                                                                                                                   

Conjoncture                                                                                           

 

Le PIB a reculé de 9,5 % au 2ème trimestre, la plus forte baisse depuis 1946

Selon la première estimation publiée par le Bureau of Economic Analysis, le PIB s’est contracté de 9,5 % au 2ème trimestre (-32,9 % en rythme annualisé) et accentue son recul entamé au 1er trimestre (-1,2 %).
Cette baisse s’explique principalement par l’affaissement de la demande intérieure dans le contexte de l’épidémie de COVID-19. La chute de la consommation des ménages et l’investissement privé ont fortement pesé sur l’activité (contribution respectives de -6,9 points et -1,7 points).
La consommation publique a légèrement soutenu la croissance (contribution de +0,1 point) mais l’action de l’État fédéral (+0,3 point) a été en partie contrariée par les restrictions budgétaires mises en œuvre par les collectivités infra-fédérales (-0,1 point) du fait de la contrainte d’équilibre budgétaire à laquelle elles sont soumises.
Cette baisse est le plus importante enregistrée depuis la fin de la Seconde guerre mondiale et n’est dépassée que lors de la Grande Dépression (1er et 3ème trimestres 1932) et des récessions occasionnées par la sortie des conflits mondiaux (1er trimestre 1921 et 1er trimestre 1946). Elle est toutefois légèrement moins importante que celle anticipée par les analystes (-10,2 %).
 

Le nombre de nouvelles inscriptions au chômage reste élevé mais est difficile à interpréter

Pour la semaine du 20 au 25 juillet, le département du Travail enregistre 1,43 million de nouvelles demandes d’allocations chômage (initial claims) après 1,42 million la semaine précédente (contre une moyenne hebdomadaire 219 000 en 2019). S’y ajoutent 839 000 demandes faites au titre de l’extension de l’assurance chômage par l’État fédéral en faveur des personnes normalement non éligibles (Pandemic Unemployment Assistance – PUA). Le total des demandes est en baisse (-4 % par rapport à la semaine précédente).
Comme la semaine précédente, ponctuée par une hausse des inscriptions au chômage, ce rapport hebdomadaire voit son interprétation altérée par du bruit statistique et des problèmes méthodologiques (divergence marquée entre les séries corrigées et non corrigées des variations saisonnières, comptage décalé dans certains États, etc.). L’augmentation du nombre de personnes bénéficiant d’une allocation chômage (insured rate) de 11,1 % à 11,6 % suggère que le marché du travail continue de se dégrader. 
 

Politiques macroéconomiques                                                                                 

 

La Fed n’a pas modifié sa politique monétaire mais signale une incertitude particulièrement élevée
La réunion du Comité de politique monétaire de la Fed (FOMC) des 28 et 29 juillet 2020 s’est conclue sur un maintien de la fourchette-cible des taux fed funds à [0 %-0,25 %].
Le FOMC note une amélioration de la situation économique au cours des derniers mois mais rappelle que l’activité est « très en-deçà » de son niveau du début d’année et que le taux de chômage reste historiquement élevé. Le président de la Fed, Jerome Powell, a  indiqué que la reprise était entrée dans une « nouvelle phase » depuis que l’épidémie s’est accélérée fin juin, conduisant à une stagnation de la consommation et un net ralentissement des créations d’emplois. Dans ce contexte sanitaire dégradé, le FOMC souligne dans son communiqué la difficulté à anticiper l’évolution de l’économie américaine pour les mois à venir (« The path of the economy will depend significantly on the course of the virus »).
J. Powell a réaffirmé l’engagement de la Fed à soutenir l’économie aussi longtemps que nécessaire mais n’a pas donné d’indications sur une possible évolution de la politique monétaire dans les mois à venir, estimant le dispositif de politique monétaire « approprié » au regard de l’ampleur et l’efficacité des mesures déjà engagées.
À l’inverse, le président de la Fed a appelé avec insistance le Congrès à un nouveau stimulus budgétaire pour soutenir l’activité et accompagner la reprise. Il a notamment souligné le rôle déterminant joué par les mesures mises en place au printemps (renforcement des allocations chômage, aide directe aux ménages) dans la vigueur de la reprise.

 

La Fed prolonge ses programmes de soutien au financement de l’économie et à la liquidité en dollar

La Fed a annoncé le 28 juillet la prolongation pour trois mois supplémentaires de la durée de vie de ses mécanismes de soutien au système financier et au financement de l’économie. Pour mémoire, ces dispositifs sont autorisés de manière temporaire au titre par le Federal Reserve Act (section 13(3)) en cas des circonstances « exceptionnelles et pressantes ».
Cette mesure concerne les programmes d’achats de dette d’entreprise sur les marchés primaire et secondaire (Corporate Credit Facilities), de prêt aux entreprises de taille intermédiaire (Main Street Lending Program), d’achat de créances titrisées non immobilières (Term Asset-Backed Securities Loan Facility) ainsi que les multiples mécanismes visant à faciliter le financement de l’économie par les banques (Primary Dealer Credit Facility,  Money Market Mutual Fund Liquidity FacilityPaycheck Protection Program Liquidity Facility). Initialement prévus pour s’éteindre le 30 septembre, leur activité se poursuivra jusqu’au 31 décembre 2020. Le programme de soutien à l’émission de dette des collectivités infra-fédérales (Municipal Liquidity Facility) est également prolongé de trois mois, jusqu’au 31 mars 2021.
Enfin, au terme de la réunion de politique monétaire (cf. supra), la Fed a annoncé la prolongation jusqu’au 31 mars 2020 des lignes de swap en dollar et de sa facilité de repo avec les banques centrales étrangères.
Bien que relativement peu utilisés par les banques et les entreprises, la Fed souhaite laisser ces outils disponibles en cas de nouveau stress financier. Elle y mettra un terme lorsque la situation sera stabilisée.
 

L’administration Trump et les parlementaires Républicains présentent leur projet de plan de relance

Mitch McConnell, chef de file de la majorité Républicaine au Sénat, a présenté le 27 juillet le contenu d’un plan de relance d’un montant de 1 000 Md USD (environ 4,6 % du PIB) et préparé en collaboration avec l’administration Trump.
En remplacement de la prime de 600 $ par semaine versée en sus de l’allocation chômage de base, les Républicains proposent un nouveau dispositif évolutif qui consisterait à verser aux chômeurs une prime réduite à 200 $ par semaine pendant deux mois supplémentaires puis de les indemniser à hauteur de 70 % de leur salaire de référence, dans la limite de 500 $ par semaine. L’État fédéral prendrait alors en charge la différence entre l’allocation de base, définie au niveau de chaque État, et la nouvelle indemnité. En réduisant le taux de remplacement de l’allocation chômage, actuellement supérieur à 100 % dans une majorité d’États, l’administration Trump et les parlementaires Républicains souhaitent encourager la reprise d’emploi.
Le texte prévoit un nouveau transfert direct aux ménages des classes moyenne et inférieure selon des modalités très proches de celles utilisées précédemment en avril : son montant serait 1200 $ par adulte et 500 $ par enfant et diminuerait au-delà d’un revenu annuel 75 000 $ en 2019, jusqu’à devenir nul au-delà de 99 000 $ (respectivement 150 000 $ et 198 000 $ pour un couple marié). Les personnes dépendantes d’un foyer seraient cette fois éligibles à une aide de 500 $.
Des nouveaux prêts garantis seraient alloués aux entreprises dans le cadre de deux programmes. Le premier volet ajouterait au Paycheck Protection Program, en place en mars 2020, une tranche de 190 Md USD qui serait réservée aux entreprises de moins de 300 salariés. En outre, un nouveau programme doté de 100 Md USD de crédits serait consacré aux entreprises saisonnières ou de communautés défavorisées pour des prêts de 20 ans à un taux d’intérêt de 1 %. Dans les deux cas, les entreprises devraient constater une baisse supérieure à 50 % de leur chiffre d’affaires par rapport à l’exercice 2019 pour être éligibles.
L’administration fédérale se verrait allouer 306 Md USD (1,4 % du PIB) de crédits supplémentaires. Les agences chargées de la santé et de l’éducation recevraient plus des deux tiers des fonds afin de (i) soutenir le système de santé ; (ii) contribuer à la prise en charge de l’épidémie et la recherche d’un vaccin ; et (iii) d’aider les collectivités infra-fédérales (États, comtés, municipalités) à reprendre l’activité scolaire proche de la normale. 
Le projet comporte aussi plusieurs crédits d’impôts : (i) le dispositif prenant en charge une partie du salaire dans les entreprises les plus affectées (Employee Retention Tax Credit) serait renforcé ; (ii) le coût des repas professionnels deviendrait intégralement déductibles des impôts (50 % du prix actuellement) afin de soutenir le secteur de la restauration ; (iii) les entreprises pourraient aussi déduire 50 % des dépenses engagées pour adapter les lieux de travail à la situation sanitaire.
Enfin, le projet comporte des dispositions protégeant les entreprises, les écoles et les organisations à but non lucratif contre d’éventuelles poursuites intentées par des salariés qui auraient attrapé le COVID-19 sur leur lieu de travail, à la condition que l’entreprise ait fait des « efforts raisonnables » pour les protéger.
Contrairement à ce qui avait été évoqué par les responsables Républicains, aucune baisse des cotisations sociales ou aide financière globale en faveur des collectivités ne figure dans le projet.
 

Le Congrès pourrait prolonger les mesures de soutien expirantes, le temps d’adopter un plan de relance

En raison du retard pris dans les travaux sur le nouveau plan de relance, le Congrès ne pourra pas adopter une nouvelle loi de finances rectificative avant la fin du mois de juillet, qui marque l’expiration du complément d’assurance chômage de 600 $ et du moratoire sur les expulsions.
Afin de maintenir un soutien de l’État fédéral, l’administration Trump et une partie des parlementaires Républicains soutiennent un projet d’extension temporaire des mesures existantes, sans en préciser la durée. Le texte aurait alors un effet rétroactif.
 

 
Brèves           

 

Ø  La Federal Deposit Insurance Corporation et la Securities and Exchange Commission ont adopté le 24 juillet une règle finale précisant le cadre de liquidation ordonnée des broker-dealers considérés comme systémiques et régulés par la FDIC au titre du Dodd-Frank Act de 2010. Cette version définitive est très proche du projet initial, publié en 2016.
Older Post

COMMENTS

WORDPRESS: 0
DISQUS: 0