Washington Wall Street Watch n°2020-28

Washington Wall Street Watch n°2020-28

Crédit photo : F. Jonkisz

Sommaire

Conjoncture                                                                            

Le nombre de nouvelles inscriptions au chômage stagne à un niveau historiquement élevé

Au moins 5,4 millions de personnes auraient perdu leur assurance santé en raison de la crise

Le Beige Book relate le rebond en cours de l’économie américaine, porté par la consommation

Les ventes au détail ont quasiment retrouvé leur niveau du début d’année

La production industrielle a accéléré sa reprise en juin

Politiques macroéconomiques      

Le Congrès s’apprête à entamer l’examen d’un nouveau plan de relance

Régulation financière                                                                   

Les banques américaines ont publié leurs résultats du deuxième trimestre 2020

La SEC propose d’exempter les petits investisseurs de ses exigences de reporting

Brèves   


                                                                                                                                      

Conjoncture                                                                                           

 

Le nombre de nouvelles inscriptions au chômage stagne à un niveau historiquement élevé

Pour la semaine du 6 au 11 juillet, le département du Travail enregistre 1,3 million de nouvelles demandes d’allocations chômage (initial claims) après 1,39 million la semaine précédente (contre une moyenne hebdomadaire 219 000 en 2019). Ce flux de nouvelles demandes est deux fois supérieur à celui constaté au pic de la récession de 2007-2009. S’y ajoutent 928 000 demandes faites au titre de l’extension de l’assurance chômage par l’État fédéral en faveur des personnes normalement non éligibles (Pandemic Unemployment Assistance – PUA). Le total des demandes est globalement inchangé.

 

Au moins 5,4 millions d’actifs auraient perdu leur assurance santé en raison de la crise

L’organisation à but non lucratif Families USA, investie de longue date et de manière bipartisane dans les débats sur les questions de santé, a publié un rapport évaluant l’augmentation du nombre de personnes sans assurance depuis le début de la crise.

L’assurance santé des personnes de moins de 65 ans est généralement souscrite par les employeurs et constitue un des éléments de la rémunération des salariés. En conséquence, les destructions d’emplois intervenues depuis fin février auraient conduit 5,4 millions de personnes à se retrouver dépourvues d’assurance santé, cette estimation ne tenant pas compte des autres membres du foyer possiblement couverts par cette assurance.

Cette situation entraîne une hausse significative de la part de personnes de moins de 65 ans sans assurance dans de nombreux États. Cette proportion serait même supérieure à 20 % dans huit États (Texas, Floride, Oklahoma, Géorgie, Mississippi, Nevada, Caroline du Nord et Caroline du Sud).

 

Le Beige Book relate le rebond en cours de l’économie américaine, porté par la consommation

Le Beige Book de la Fed, publié le 15 juillet et qui décrit l’évolution de l’activité économique dans les 12 districts des Fed régionales, indique que l’économie américaine est engagée dans une phase de reprise depuis mi-juin grâce à un rebond prononcé de la consommation. Le niveau d’activité reste néanmoins inférieur à la situation antérieure à la période de confinement dans de nombreux secteurs (transports, agriculture, tourisme, etc.). Une grande partie des entreprises disent disposer d’une trésorerie suffisante à court terme grâce aux prêts garantis par l’État fédéral (Paycheck Protection Program) et aux reports de paiements accordés par les créanciers privés.

Cette reprise de l’activité s’est accompagnée de créations nettes d’emplois, malgré des licenciements toujours nombreux. Les entreprises signalent désormais des difficultés à faire revenir leurs salariés licenciés en raison des inquiétudes sur la situation sanitaire, des difficultés à faire garder les enfants et de la générosité des allocations chômage, sensiblement augmentées jusqu’au 25 juillet (cf. infra).

Les pressions sur le prix des intrants et de vente ont globalement peu évolué. Les entreprises disent tout de même faire face à des coûts supplémentaires induits par la nécessité d’adapter leurs établissements à la situation sanitaire mais voient leur capacité à fixer les prix s’amenuiser.

 

La production industrielle a accéléré sa reprise en juin

L’indice de production industrielle a progressé de 5,4 % au mois de juin selon la Fed (après +1,4 % en mai), avec une hausse de 7,2 % de la production manufacturière. L’ensemble des secteurs bénéficient d’une amélioration significative de leur situation grâce à la reprise de l’activité économique. Seul le secteur de l’énergie présente une situation plus contrastée, l’exploration et l’exploitation de sites d’extraction étant encore fortement pénalisées par l’insuffisance de la demande. Fin juin, la production industrielle restait inférieure de 10,8 % à son niveau de février.

Le taux d’utilisation des capacités de production augmente, à 68,6 % (+3,5 points).

 

Les ventes au détail ont quasiment retrouvé leur niveau du début d’année

Les ventes au détail ont progressé de 7,5 % au mois de juin selon le Census Bureau (après +18,2 % en mai). L’ensemble des catégories bénéficient de la dynamique enclenchée par la reprise de l’activité.

Après seulement deux mois consécutifs de progression soutenue et supérieure aux attentes, les ventes au détail ont quasiment retrouvé le rythme mensuel de janvier 2020 (-1 % en valeur). Des disparités subsistent toutefois entre les différentes catégories, la restauration et l’habillement étant par exemple toujours très en-deçà de leur niveau normal.

 


 

Politiques macroéconomiques                                                                                 

 

Le Congrès s’apprête à entamer l’examen d’un nouveau plan de relance

L’évolution de la situation économique et sanitaire ainsi que l’expiration de certaines mesures de soutien mises en place dans le cadre des quatre lois de réponse à la crise conduiront l’administration Trump et le Congrès à entamer des discussions actives à partir du 20 juillet.

La principale incertitude concerne l’évolution du complément d’allocation chômage de 600 $ par semaine, qui expire le 25 juillet. Les Démocrates souhaitent prolonger la mesure afin de maintenir le revenu des chômeurs ; à l’inverse, les parlementaires Républicains souhaitent réduire, aménager voire supprimer cette prime qui n’est selon eux plus justifiée au regard de la reprise de l’activité et qui freinerait les embauches (cf. supra les conclusions du Beige Book) et suggèrent au contraire de mettre en place une prime incitant à la reprise d’emploi.

Le second point d’achoppement porte sur l’aide à apporter aux collectivités infra-fédérales (États, comtés, villes), qui sont confrontées à des difficultés financières induites par la perte de recettes et les coûts engendrés par la crise sanitaire et ses conséquences sociales. Ne pouvant pas s’endetter pour financer leurs dépenses de fonctionnement, ces collectivités ont interrompu certains services publics et licencié ou mis en congé sans solde plus de 7 % de leurs agents. Démocrates et Républicains divergent sur l’ampleur de l’aide à apporter, son éventuel conditionnement à une réouverture des établissements scolaires ou encore la possibilité de discriminer les États qui affichaient une situation financière déjà dégradée avant la crise sanitaire.

Trump et les chefs de file des deux partis se sont par ailleurs prononcés en faveur d’un nouveau transfert monétaire aux ménages, sous forme de crédits d’impôts.

L’administration défend en outre des mesures supplémentaires en faveur des entreprises, à commencer par de nouveaux prêts garantis par l’État fédéral, dont les modalités seraient une nouvelle fois révisées. Sont également envisagées des mesures fiscales et une modification du régime de responsabilité des entreprises en cas de poursuites intentées par des salariés ayant attrapé le  COVID-19 sur leur lieu de travail.

Le contenu final du plan de relance dépendra des montants que le Congrès choisira de mobiliser : l’administration souhaite limiter les dépenses à 1 000 Md USD (4,6 % du PIB) alors que le projet adopté par les Démocrates à la Chambre des Représentants mi-mai atteignait plus de 3 000 Md USD (14 % du PIB).

 


 

Régulation financière

 

Les banques américaines ont publié leurs résultats du deuxième trimestre 2020

Les six plus grandes banques américaines par la taille du bilan (J.P. Morgan Chase, Bank of America, Wells Fargo, Citigroup, Goldman Sachs et Morgan Stanley) ont publié cette semaine leurs résultats du deuxième trimestre 2020.

en Md USD J.P. Morgan Bank of America Wells Fargo
Produit net bancaire 33 22,3 17,8
(+15 %) (- 3,5 %) (-18 %)
Résultat net 4,7 3,5 -2,4
(-51 %) (-52 %) (-138 %)
en Md USD Citi Goldman Sachs Morgan Stanley
Produit net bancaire 19,8 13,3 13,4
(+5,4 %) (-40 %) (+31 %)
Résultat net 1,3 2,4 3,2
(-73 %) (-34 %) (+ 45 %)

Les pourcentages entre parenthèses représentent les variations enregistrées par rapport au T2 2019
Source : états financiers des banques américaines au T2 2020

Pour le second trimestre consécutif, les banques ont comptabilisé de lourdes provisions pour pertes de crédit, liées à la dégradation brutale de l’environnement économique (9,5 Md USD pour Wells Fargo, +58 % par rapport au T1 2020). À l’inverse, la bonne performance de l’activité de trading sur la période a permis à Morgan Stanley d’afficher un résultat net en hausse en glissement annuel.

 

La SEC propose d’exempter les petits investisseurs de ses exigences de reporting

La Securities and Exchange Commission (SEC), le régulateur des marchés boursiers, a publié le 10 juillet une proposition de règle visant à rehausser de 100 M USD à 3,5 Md USD le seuil au-delà duquel les investisseurs institutionnels (« institutional investment managers ») sont tenus de lui communiquer trimestriellement la liste détaillée de leurs positions en actions (« Form 13F »). Il s’agirait de la première révision de ce seuil depuis la mise en place de la règlementation Form 13F, en 1978.

D’après la SEC, ce nouveau seuil reviendrait à supprimer l’obligation de reporting pour 89 % des entités qui y sont actuellement soumises, qui représenteraient 9 % de la valeur totale des actifs faisant actuellement l’objet d’un reporting (environ 2 300 Md USD). La SEC justifie cette révision par le besoin de soulager les petites sociétés de gestion des coûts de conformité liés à la règlementation Form 13F et de se concentrer sur les plus gros investisseurs, conformément à l’esprit initial de cette règlementation. L’agence estime que ce nouveau seuil permettra aux petits investisseurs d’économiser entre 68 et 136 M USD.

Le texte précise que ce nouveau seuil a été calculé pour refléter la croissance des marchés actions américains depuis 1975 (date à laquelle la règlementation Form 13F fut mandatée par le Congrès), dont la taille serait passée entre 1975 et 2018 de 1 100 Md USD à 35 600 Md USD. La règle prévoit par ailleurs que ce seuil sera réévalué, et potentiellement réajusté, tous les cinq ans.

La commissaire démocrate Allison Lee s’est opposée à cette règle, considérant notamment que le texte surestimait l’économie de coûts que permettrait cette révision et contestant la compétence juridique de la SEC pour rehausser ce seuil.

La proposition de règle sera ouverte pour commentaires publics pendant 60 jours.

 


 

Brèves                                                                                                                           

 – L’indice des prix à la consommation a progressé de 0,6 % au mois de juin selon le Bureau of Labor Statistics. Cette hausse est portée par les catégories qui avaient enregistré de fortes baisses au cours des mois précédents, à savoir l’énergie (+5,1 %), les services de transports (+2,1 %) et l’habillement (+1,7 %). L’indice sous-jacent, qui exclut les composantes volatiles que sont l’alimentation et l’énergie, ressort en hausse à +0,2 %. Sur un an, l’inflation s’établit 0,6 % pour l’indice global (+0,3 point) et 1,2 % pour l’indice sous-jacent (rythme inchangé).

 

-Le 13 juillet, la Maison-Blanche a nommé Tyler Goodspeed au poste de président par intérim du Council of Economic Advisers (CEA – instance rattachée au président afin de le conseiller en matière de politique économique). Avant d’intégrer le CEA en 2017, T. Goodspeed était professeur d’histoire économique à l’université Harvard. Il succède à Tomas Philippson.

 

-Le 13 juillet, le président de la Fed de New York, John Williams, a déclaré que la crise actuelle ne remettait pas en question le calendrier prévu pour l’abandon du LIBOR, le taux de référence dont l’utilisation doit cesser le 31 décembre 2021. J. Williams a également indiqué que le SOFR, le taux destiné à remplacer le LIBOR et que la Fed de New York a commencé à publier en mars, s’était montré « résilient » depuis le début de la pandémie.

 

-En marge d’une réunion consacrée à la crise du coronavirus, le Financial Stability Oversight Council (FSOC) – l’organe de coordination des régulateurs financiers, chargé notamment de la désignation des entités systémiques – a annoncé le 14 juillet qu’il allait lancer une évaluation des risques posés par le marché secondaire des prêts hypothécaires. Cette analyse « fondée sur les activités » (activity-based) devrait en particulier évaluer le niveau de risque induit par Fannie et Freddie Mac, les deux entreprises sous tutelle de l’État chargées de la titrisation du marché immobilier américain.

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