Washington Wall Street Watch n°2020-25

Washington Wall Street Watch n°2020-25

Sommaire      

Conjoncture                                                                            

– Le nombre de nouvelles inscriptions au chômage est quasiment inchangé

Politiques macroéconomiques       

Les responsables de la Fed affichent leur pessimisme quant à l’évolution de la situation économique

Régulation financière

La Fed publie le résultat des tests de résistance des banques

Les régulateurs adoptent la nouvelle révision de la règle Volcker

Brèves   

 


                                                                                                                                       

Conjoncture

    

Le nombre de nouvelles inscriptions au chômage est quasiment inchangé

Pour la semaine du 15 au 20 juin, le département du Travail a recueilli 1,48 million de nouvelles demandes d’allocations chômage, après 1,54 million la semaine précédente (contre une moyenne hebdomadaire de 219 000 en 2019), ainsi que  721 000 demandes faites au titre de l’extension de l’assurance chômage par l’État fédéral en faveur des personnes normalement non éligibles (Pandemic Unemployment Assistance – PUA). Le total est en légère baisse par rapport à la semaine précédente.

 


        

Politiques macroéconomiques                              

 

Les responsables de la Fed affichent leur pessimisme quant à l’évolution de la situation économique

Plusieurs membres du comité de politique monétaire ont exprimé leur pessimisme quant à l’évolution de l’activité au second semestre 2020 et au cours de l’année 2021. Les présidents des Fed régionales de Boston, Minneapolis, Saint Louis, Chicago et Atlanta ont mis en garde contre les conséquences d’une seconde vague ou de résurgences localisées mais intermittentes de l’épidémie sur la confiance des entreprises et des ménages. Plusieurs d’entre eux ont également déploré les licenciements provoqués par les difficultés financières des collectivités infra-fédérales (États, comtés, communes). Dans ce contexte, ils ont rappelé l’engagement de la Fed à soutenir l’économie et appelé le Congrès à renforcer la politique budgétaire contracyclique.
Robert Kaplan et Charles Evans (Fed de Dallas et de Chicago) redoutent les effets durables liés à la forte hausse du chômage, car la crise détruit des emplois peu qualifiés que les entreprises pourraient souhaiter automatiser. Eric Rosengren (Fed de Boston) a explicitement appelé le Congrès à prolonger les mesures de soutien aux chômeurs en place depuis le début de la pandémie (congé maladie indemnisé, complément forfaitaire d’assurance chômage, extension de la durée d’indemnisation du chômage, etc.).
Par ailleurs, le président de la Fed de Boston, la Fed régionale supervisant le Main Street Lending Program, a dit constater un niveau de demande « raisonnable » de la part des entreprises pour les prêts de la Fed. Il estime qu’un premier bilan de la mise en œuvre du programme pourra être effectué au cours du mois de juillet et a rappelé que les modalités des prêts pouvaient être ajustées si la Fed identifiait des difficultés ou si l’évolution de la situation économique l’exigeait.

        

Régulation financière

 

La Fed publie le résultat des tests de résistance des banques

Le 25 juin, la Fed a publié les résultats des tests de résistance (stress tests) des principaux groupes bancaires aux États-Unis. Ces tests, menés depuis 2009 dans le cadre du Comprehensive Capital Analysis and Review (CCAR), visent à simuler les conséquences d’une dégradation de la situation économique et financière sur le bilan des banques. Les différents scénarios sur lesquels ces tests s’appuient ont été élaborés en février dernier, avant l’irruption de la crise du coronavirus.
Dans le scénario identifié alors comme le plus défavorable, caractérisé notamment par un taux de chômage de 10 % aux États-Unis (soit inférieur à ceux constatés en avril et mai), la Fed estime que les 34 banques soumises aux tests cette année subiraient une perte cumulée de 552 Md USD. Leur ratio agrégé de fonds propres « durs » (CET 1) baisserait jusqu’à 9,9 % (contre 12,0 % au quatrième trimestre 2019).
En complément de ces stress tests, la Fed a par ailleurs publié les conclusions d’une analyse de sensibilité des banques aux différents scénarios de reprise de l’économie après la crise (reprise « en U, V, ou W »). Selon ces scénarios, qui verraient le chômage atteindre entre 15,6 et 19,5 %, les pertes agrégées des banques atteindraient 560 à 700 Md USD, tandis que leur ratio agrégé de CET 1 chuterait entre 9,5 % et 7,7 %. Les résultats de cette analyse n’ont été publiés que de façon agrégée et non banque par banque.
Face à la perspective d’une dégradation brutale de leurs ratios de fonds propres, la Fed a annoncé simultanément certaines restrictions dans la distribution de capital par les banques soumises au CCAR. La Fed interdira ainsi tout rachat d’actions au troisième trimestre 2020, limitera pour chaque banque le versement de dividendes et leur demandera de réévaluer leur plan de distribution de capital à moyen terme (longer-term capital plan).
Randal Quarles, le vide-président de la Fed chargé de la supervision, a estimé que l’analyse de sensibilité prouvait que les banques américaines resteraient « bien capitalisées » même dans le scénario économique le plus défavorable. La gouverneure démocrate Lael Brainard s’est quant à elle opposée à la décision d’autoriser certaines distributions de capital.
    

Les régulateurs adoptent la nouvelle révision de la règle Volcker

Le 25 juin, les agences fédérales de régulation bancaire et financière (SEC, CFTC, Fed, FDIC et OCC) ont adopté leur seconde révision de la règle Volcker, après celle adoptée en novembre 2019. Pour mémoire, cette règle interdit depuis 2013 aux banques qui bénéficient de la garantie fédérale des dépôts les activités spéculatives pour compte propre (« proprietary trading ») et la détention ou le sponsoring de parts de fonds privés (« covered funds ») comme les hedge funds et les fonds de private equity.
 
Conformément à leur proposition du 30 janvier dernier, la règle finale assouplit les restrictions à l’investissement des banques dans les covered funds. Plus spécifiquement, trois modifications sont apportées à la règle Volcker : (i) les banques sont autorisées à investir ou à promouvoir les investissements dans des fonds de capital-risque (venture capital funds, VC) et certains autres véhicules d’investissement « de long terme » ; (ii) les banques sont également autorisées à investir dans les covered funds qui présentent un risque faible (sont notamment visées les opérations de compensation et de règlement-livraison de transactions financières) ; et (iii) les fonds gérés et distribués hors des États-Unis (« foreign funds ») sont formellement exemptés de la règle.
Au sein de la Securities and Exchange Commission, la commissaire démocrate Allison Lee s’est opposée à la finalisation de cette révision dans le contexte d’incertitude actuel.

 


    

Brèves                                                             

 

-Dans ses nouvelles projections économiques mondiales, le Fonds monétaire international anticipe un taux de croissance de -8 % aux États-Unis en 2020 (-1,9 point par rapport à son estimation précédente), suivi d’une reprise de 4,8 % en 2021 (+0,3 point).

 

-Tomas Philipson, président par intérim du Council of Economic Advisors (organe de la Maison-Blanche chargé de conseiller le président en matière de politique économique), a annoncé qu’il quittera l’administration à la fin du mois de juin 2020.

 

-Dans un courrier daté du 19 juin, Elizabeth Warren et Sherrod Brown, deux sénateurs démocrates membres de la commission bancaire du Sénat, ont critiqué la décision des régulateurs bancaires d’alléger le ratio de levier supplémentaire (SLR), prise le 15 mai dernier en réponse à la crise. Les sénateurs reprochent à la Fed, à la Federal Deposit Insurance Corporation (FDIC) et à l’Office of the Comptroller of the Currency (OCC) de ne pas avoir exclu de l’exemption au SLR les actifs (Treasuries et réserves auprès de la Fed) détenus avant la crise, de ne pas avoir formellement interdit les distributions de capital aux banques appliquant cet assouplissement et d’avoir affaibli, par cet allègement des règles de fonds propres, la stabilité de l’ensemble du système financier.

 

-Dans un document (« Risk Alert ») publié le 23 juin, la Securities and Exchange Commission (SEC) alerte les investisseurs contre trois types de risques qu’elle a constatés en lien avec des investissements dans les fonds privés (private equity et hedge funds) : (i) les situations de conflits d’intérêts, qui ne sont pas toujours explicitées, (ii) les commissions excessives qui peuvent être facturées, ainsi que (iii) des manquements de certains de ces fonds au code d’éthique qui leur est applicable.

 

-Le 22 juin, la SEC et le département de la Justice (DoJ) ont annoncé la signature d’un protocole d’accord (memorandum of understanding) visant à favoriser leur coopération sur les sujets liés à la concurrence sur les marchés boursiers à travers, entre autres, des échanges d’informations et des rencontres régulières entre les responsables des deux agences fédérales.

 

-Le 23 juin, le département du Travail a publié une proposition de règle visant à limiter l’investissement des plans d’épargne-retraite dans des fonds comportant des objectifs extra-financiers (critères ESG : environnementaux, sociaux et de gouvernance). Cette proposition imposerait aux fonds de pension régulés par le département au titre de la loi ERISA (Employee Retirement Income Security Act) de renoncer à la prise en compte de toute considération non financière qui pourrait altérer leur rendement. Cette proposition de règle est soumise à une période de commentaires publics de 30 jours.

 

-Le 22 juin, le New York Stock Exchange (NYSE) a déposé une règle auprès de la SEC pour permettre les introductions en bourse de sociétés sous la forme d’une cotation directe (direct listing). Cette règle, qui amende une première proposition de décembre dernier rejetée par la SEC, spécifie les conditions applicables à ce mode alternatif d’introduction en bourse en proposant notamment un seuil de valeur minimale des titres de 100 M USD lors de l’introduction.

 

-Le département des services financiers de l’État de New York (NY DFS) a proposé le 24 juin un assouplissement de sa règlementation des crypto-monnaies. Ce nouveau cadre permettrait à des sociétés ne disposant pas encore de la « BitLicense », créée par le DFS en 2015, d’obtenir une licence conditionnelle les autorisant à mener des opérations en crypto-monnaies dans l’État de New York en coopérant avec une entité déjà détentrice d’une BitLicense. La proposition est soumise à commentaires publics jusqu’au 10 août prochain.

 

-Le 25 juin, la Fed, l’OCC, la FDIC, la Farm Credit Administration et la Federal Housing Finance Agency ont adopté une règle amendant les exigences de marges adossées à des produits dérivés non compensés (uncleared swap margin rule). Le texte exempte de la constitution de marges initiales les échanges de produits dérivés qui ont lieu entre filiales d’un même établissement financier (inter-affiliate transaction).

 

-Dans un jugement rendu le 22 juin, la Cour suprême a reconnu le droit de la Securities and Exchange Commission (SEC) d’obtenir par voie pénale le reversement (« disgorgement ») de sommes acquises de façon frauduleuse. Prononcé à 8 juges contre 1, ce jugement retient que ces procédures sont conformes au mandat de la SEC (« equitable relief »), mais limite le montant des sommes récupérées aux profits directement issus de la fraude et prévoit que les sommes soient restituées aux victimes.

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