Washington Wall Street Watch n°2020-24

Washington Wall Street Watch n°2020-24

Crédit photo : F. Jonkisz

Sommaire
Conjoncture                                                                            
         Le nombre de nouvelles inscriptions se maintient à un niveau proche de ceux des semaines précédentes
         Les ventes au détail ont rebondi très au-delà des attentes au mois de mai
         La production industrielle enregistre une hausse limitée en mai
Politiques macroéconomiques                                                                       
         Au Congrès, Jerome Powell a de nouveau appelé à un appui supplémentaire de la politique budgétaire
         La Fed fait évoluer le mode opératoire de ses achats de dette d’entreprises sur le marché secondaire
         La Fed annonce les modalités de son programme de prêt aux organisations à but non lucratif
Régulation financière
         La FDIC publie son rapport sur l’activité bancaire au premier trimestre 2020
         La FHFA demande au Congrès un renforcement de son autorité de supervision
Brèves 

                                                                                                                                        

Conjoncture                                                  

 

Le nombre de nouvelles inscriptions se maintient à un niveau proche de celui des semaines précédentes

Pour la semaine du 8 au 13 juin, le département du Travail a recueilli 1,51 million de nouvelles demandes d’allocations chômage, après 1,54 million la semaine précédente (contre une moyenne hebdomadaire de 219 000 en 2019), ainsi que  761 000 demandes faites au titre de l’extension de l’assurance chômage par l’État fédéral en faveur des personnes normalement non éligibles (Pandemic Unemployment Assistance – PUA). Le total est globalement inchangé par rapport à la semaine précédente.
Fin mai, les 29,1 millions de personnes percevant une allocation chômage se répartissaient entre (i) 18,6 millions de personnes (64 % des bénéficiaires) indemnisées dans le  cadre du régime d’assurance chômage classique des États fédérés ; (ii) 1,1 million de chômeurs (3,7 %) indemnisés grâce à la prolongation de 13 semaines de la durée d’indemnisation dans chaque État, prise en charge par l’État fédéral ; (iii) 9,3 millions de personnes (31,8 %) rattachées à l’extension temporaire de l’assurance chômage (PUA, cf. supra) ; (iv) 227 000 personnes (0,8 %) inscrites dans un dispositif de chômage partiel (workshare program).
             
Les ventes au détail ont rebondi très au-delà des attentes au mois de mai
Les ventes au détail ont progressé de 17,7 % en mai, selon les données préliminaires du département du Commerce, après avoir lourdement baissé en avril (‑14,7 %, résultat révisé favorablement de 1,7 point). Ce regain de consommation a bénéficié en premier lieu aux secteurs qui avaient été les plus affectés les mois précédents, à savoir l’habillement (+188 %), l’ameublement (+89,7 %), les biens de loisirs (+88,2 %), l’électronique (50,5 %), l’automobile (+44,1 %) et la restauration (29,1 %).
Ce rebond, très supérieur aux attentes (les analystes anticipaient une hausse de 7,5 %) permet d’effacer une partie de la baisse constatée depuis le début de l’épidémie aux États-Unis. Les ventes au détail restent néanmoins inférieures de 7,9 % à leur niveau de février, certains secteurs (restauration, habillement) subissant un recul sensiblement plus important.
             
La production industrielle enregistre une hausse limitée en mai
L’indice de production industrielle a progressé de 1,4 % au mois de mai selon la Fed.
Cette reprise est d’une ampleur limitée au regard de la baisse cumulée de l’activité de 16,4 % en mars et avril. De plus, si elle soutenue dans les secteurs sinistrés au cours des mois précédents, en particulier l’automobile, la hausse de l’activité est plus faible dans les autres secteurs.

 


             

Politiques macroéconomiques                                                                                 

 

Au Congrès, Jerome Powell a de nouveau appelé à un appui supplémentaire de la politique budgétaire

Le président de la Fed, Jerome Powell, était auditionné les 16 et 17 juin par le Sénat puis la Chambre des Représentants dans le cadre du rapport semestriel de la Fed au Congrès relatif à la conduite de la politique monétaire.
Le président de la Fed a noté avec satisfaction la relative amélioration de l’activité économique, qu’il attribue aux effets des mesures de soutien mises en place en réponse à la crise. Il a néanmoins souligné le niveau historiquement élevé du taux de chômage, rappelant que les pertes d’emplois frappent d’abord les minorités et les personnes peu qualifiées, et le risque « aigu » (« acute ») de faillite pour les petites et moyennes entreprises. Dans ce contexte, J. Powell a réaffirmé la détermination de la Fed à utiliser tous les outils possibles pour soutenir l’activité et a  exhorté le Congrès à compléter cette action par un soutien budgétaire accru, qu’il juge indispensable pour éviter une récession prolongée aux effets négatifs durables.
Invité à préciser les motifs qui conduisent la Fed à poursuivre ses achats d’actifs à un rythme soutenu, notamment sur le marché des obligations d’entreprises (cf. infra), J. Powell a évoqué la nécessité de pérenniser les améliorations du fonctionnement des marchés de capitaux observées depuis mi-avril et indiqué que l’action des différents programmes de soutien pourrait être modulée, voire arrêtée, en fonction de l’évolution des conditions financières. Par ailleurs, il a indiqué que les achats d’obligations d’État et de prêts immobiliers titrisés (mortgage-backed securities) devraient se poursuivre pendant plusieurs années et que la Fed pourrait choisir, à terme, de plafonner le niveau de son bilan comme elle l’avait à partir de 2015.
Il est à noter que les parlementaires, toutes sensibilités politiques confondues, ont salué de manière répétée l’action de la Fed depuis le début de la crise.
             

La Fed fait évoluer le mode opératoire de ses achats de dette d’entreprises sur le marché secondaire

La Fed a révisé le 16 juin son programme d’achat d’obligations d’entreprises sur le marché secondaire (Secondary Market Corporate Credit Facility – SMCF), doté d’une enveloppe de 250 Md USD (1,2 % du PIB américain).
Les opérations menées depuis le démarrage du programme portaient sur des fonds indiciels (exchange-traded funds) d’obligations d’entreprises ou sur titres d’entreprises qui avaient demandé une intervention de la Fed. Les achats porteront désormais sur l’ensemble des obligations éligibles et d’une maturité résiduelle inférieure à 5 ans, avec une distribution reflétant un indice « représentatif de l’ensemble du marché » (Broad Market Index) construit par la Fed, dans la limite de 10 % de la dette de chaque émetteur.
Ce changement procède d’une évolution majeure car le programme permet désormais un soutien direct aux conditions financières, alors qu’il s’inscrivait précédemment dans une logique de prêt en dernier ressort.
             

La Fed annonce les modalités de son programme de prêt aux organisations à but non lucratif

La Fed a présenté, le 15 juin, les modalités de son programme de prêts aux organisations à but non lucratif (associations, groupes cultuels, banques mutualistes, groupes de charité, syndicats, hôpitaux publics, etc.). Ce dispositif est conçu comme une déclinaison du Main Street Lending Program (MSLP), qui a démarré le même jour. Aucune date de mise en œuvre n’est indiquée, la Fed souhaitant au préalable recueillir les commentaires des acteurs concernés.
Son accès sera réservé aux organisations établies depuis au moins janvier 2015, employant entre 50 et 15 000 salariés, dotées d’au maximum 3 Md USD, avec un chiffre d’affaires d’au maximum 5 Md USD en 2019, dont au plus  30 % proviennent de dons, et à la condition que leur EBITDA représente au minimum 5 % de ce chiffre d’affaires.
Comme pour le reste du MSLP, deux tranches sont prévues : la première permettra d’octroyer de nouveaux prêts (Nonprofit New Loans) et la seconde servira à compléter des prêts accordés avant la crise (Nonprofit Expanded Loans). Dans les deux cas, le montant, la durée, le taux d’intérêt et l’échéancier du prêt correspondront exactement aux modalités appliquées aux entreprises dans le cadre du MSLP.

 


             

Régulation financière

 

La FDIC publie son rapport sur l’activité bancaire au premier trimestre 2020

Le 16 juin, la Federal Deposit Insurance Corporation (FDIC) a publié son rapport sur la performance au premier trimestre 2020 des 5 116 banques commerciales dont elle assure la supervision.
La FDIC y fait état d’un résultat net cumulé en fort repli, à 18,5 Md USD (- 69,9 % en glissement annuel), conséquence de la dégradation de l’environnement économique et de la forte hausse des provisions pour pertes passées par les banques (+279,9 %, à 52,7 Md USD). Elle constate également la baisse de la marge de taux d’intérêt moyenne de ces banques, à 3,13 % (‑29 points de base), l’expansion de leur bilan, leurs actifs totaux ayant atteint 1 600 Md USD (+8,6 % par rapport au T4 2019) en raison de l’augmentation des dépôts bancaires et d’une forte activité de crédit, ainsi que des paiements de dividendes dépassant largement les profits réalisés sur la période (+0,2 %, à 32,7 Md USD). 
Jelena McWilliams, la présidente de la FDIC, a estimé que la crise du coronavirus avait démontré que le secteur bancaire était un atout (« source of strength ») pour l’économie américaine. Elle a également souligné que la qualité des actifs bancaires était globalement stable et que le nombre d’établissements en situation problématique (problem banks) était resté à un niveau bas (+3, à 54).
             

La FHFA demande au Congrès un renforcement de son autorité de supervision

Le 15 juin, la Federal Housing Finance Agency (FHFA), le régulateur de Fannie Mae et Freddie Mac, les deux entreprises parapubliques (government-sponsored entreprises, GSE) chargées de la titrisation du marché immobilier américain, a publié son rapport annuel au Congrès.
L’agence rapporte des résultats nets sur l’exercice 2019 en baisse pour les deux GSE, à 22,4 Md USD au total (contre 25,2 Md USD en 2018), et une hausse de leur activité de rachat de crédits (1 049 Md USD sur le segment des logements individuels, contre 754 Md USD en 2018).
La FHFA rappelle également les différentes mesures récemment adoptées pour préparer la fin de la tutelle publique de Fannie Mae et Freddie Mac, en particulier la recapitalisation des deux GSE (à travers la baisse des profits distribués au Treasury) et la proposition d’un nouveau cadre prudentiel.
Enfin, la FHFA alerte le Congrès sur le besoin d’une réforme en profondeur (« comprehensive ») du marché immobilier, jugeant que ce dernier représente toujours « un risque pour les contribuables et la stabilité du système financier ». À cette fin, l’agence invite le Congrès à lui conférer une autorité renforcée, proche de celle des régulateurs bancaires, et sollicite en particulier l’attribution de trois nouvelles compétences : (i) l’octroi d’agréments (chartering authority) à des entreprises concurrentes des GSE afin de « mettre un terme au duopole du marché de la titrisation », (ii) la supervision des entreprises spécialisées dans l’administration des prêts immobiliers (mortgage servicers) et (iii) la possibilité de déduire les impôts différés (deferred tax assets, DTA) du calcul des fonds propres règlementaires des GSE.
Le même jour, Fannie Mae et Freddie Mac ont par ailleurs annoncé les recrutements respectifs de Morgan Stanley et JPMorgan comme conseillers financiers dans la perspective de leur sortie de la tutelle publique et de la levée de capitaux privés que celle-ci implique.
             

 

Brèves                                                            

 

Ø  Un groupe réunissant plus de 100 économistes, dont les anciens présidents de la Fed Ben Bernanke (2006-2014) et Janet Yellen (2014-2018), ont publié le 16 juin une lettre ouverte exhortant le Congrès à adopter un stimulus budgétaire « multidimensionnel » (« multi­faceted ») afin d’éviter une récession prolongée.
                                                                                             
Ø  Le 18 juin, la Maison-Blanche a annoncé la nomination de la démocrate Caroline Crenshaw au poste de commissaire de la Securities and Exchanges Commission (SEC), pour remplacer Robert Jackson, dont le mandat est arrivé à son terme en février dernier. Cette nomination doit désormais être confirmée par le Sénat.
 
Ø  Le 17 juin, la Federal Housing Finance Agency (FHFA) a annoncé l’extension du moratoire sur les prêts immobiliers titrisés par les entreprises parapubliques Fannie Mae et Freddie Mac. La période de grâce, dont la fin était théoriquement prévue à la fin du mois de juin, est prolongée jusqu’au 30 août.
 
Ø  Le 16 juin, la cour d’appel fédérale du District de Columbia a considéré qu’un projet d’expérience relative aux conflits d’intérêts sur les marchés financiers (« transaction fee pilot ») présenté en 2018 par la Securities and Exchange Commission (SEC) dépassait les compétences de l’agence. Cette étude prévoyait de constituer deux groupes de valeurs cotées soumis chacun à des règles différentes de facturation des transactions, afin d’évaluer l’impact sur l’activité des brokers des politiques tarifaires dites de « maker-taker » utilisées par les plateformes boursières.
 
Ø  Le 16 juin, la SEC a annoncé qu’elle autorisait jusqu’au 31 décembre 2020 les conseillers financiers auprès des collectivités infra-fédérales (municipal advisors) à proposer aux banques de souscrire aux obligations émises par ces collectivités sans avoir besoin de s’enregistrer en tant que brokers. Cette règle vise à encourager les placements privés sur ce marché dans un contexte financier dégradé.
 
Ø  Le 15 juin, la Fed a annoncé qu’elle allait reprendre le rythme habituel de son activité de supervision des banques. Les procédures d’examen étaient suspendues depuis le 24 mars.
 
Ø  Le 11 juin, les représentants démocrates Gregory Meeks et Maxine Waters – qui est la présidente démocrate de la commission des services financiers de la Chambre – ont déposé une résolution conjointe visant à bloquer la révision de la réglementation afférente au Community Reinvestment Act (CRA), une loi de 1977 imposant aux banques d’investir dans les territoires défavorisés, adoptée en mai par l’Office of the Comptroller of the Currency (OCC). Les deux élus craignent notamment que cette nouvelle règle n’accroisse les discriminations dans l’accès au crédit. Lors d’une audition à la Chambre le 17 juin, Jerome Powell, le président de la Fed, a par ailleurs indiqué que la Fed publierait prochainement sa version de la révision, sur des bases proches de celles préconisées en janvier par sa gouverneure Lael Brainard.

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