Washington Wall Street Watch n°2020-23

Washington Wall Street Watch n°2020-23

Crédit photo : F. Jonkisz

Sommaire
Conjoncture                                                                            
         Le taux de chômage a baissé en mai, mais la dynamique du marché du travail est difficile à analyser
         Le nombre de nouvelles inscriptions à l’assurance chômage reflue mais reste historiquement élevé
         L’économie américaine est officiellement entrée en récession au mois de février
         L’inflation a poursuivi son recul en mai
Politiques macroéconomiques                                                                       
         La Fed a fixé le rythme de ses achats d’actifs et se montre pessimiste sur la dynamique de reprise
         La Fed assouplit de nouveau les modalités de son Main Street Lending Program
Brèves     

                                                                                                                       

Conjoncture               

               

Le taux de chômage a baissé en mai, mais la dynamique du marché du travail est difficile à analyser

Le rapport mensuel sur la situation de l’emploi, publié le 5 juin par le Bureau of Labor Statistics (BLS), indique que 2,51 millions de personnes ont trouvé un emploi au mois de  mai, après 22,1 millions de destructions d’emplois en mars et en avril. Les secteurs qui avaient été les plus touchés par l’arrêt de l’activité, à savoir l’hôtellerie-restauration-tourisme, la construction, la vente au détail et la santé, représentent près de 80 % des créations d’emplois privés. À l’inverse, le secteur public a détruit 585 000 emplois en mai, les difficultés financières des collectivités infra-fédérales (États fédérés, comtés, villes) les obligeant à licencier leurs agents ou à les mettre en congés sans solde.
Le taux de  chômage recule ainsi à 13,3 % (-1,4 point) et à 21,2 % dans sa définition élargie intégrant le temps partiel subi (-1,6 point). Comme en mars et en avril, le  BLS signale que de nombreuses personnes se sont mal enregistrées (absents de leur lieu de travail au lieu de chômeurs temporaires) et que le taux de chômage pourrait être supérieur de 3 points au niveau indiqué. Cet écart est également en baisse (4,6 points en avril) et les différentes mesures du taux de chômage témoignent, en tout état de cause, d’une amélioration du marché du travail.
Cette amélioration, qui a pris de court les analystes (7,73 millions de pertes d’emplois supplémentaires étaient attendues pour le mois de mai), est expliquée par la reprise progressive de l’activité dans de nombreux États et l’obligation pour les petites entreprises de réembaucher leurs salariés si elles souhaitent obtenir un effacement de leur prêt garanti par l’État fédéral (Paycheck Protection Program). Dans le même temps, l’augmentation du nombre de personnes licenciées de manière définitive montre que les entreprises continuent de ressentir l’effet de la crise. En outre, le nombre des créations nettes d’emplois masque un flux brut de destructions d’emplois qui reste historiquement élevé (9,1 millions).
Le BLS rappelle que ces statistiques doivent être analysées avec précaution en raison de difficultés méthodologiques (taux de réponse sensiblement plus faible qu’en temps normal, difficulté à collecter les données, etc.) liées à la situation sanitaire exceptionnelle.
               

Le nombre de nouvelles inscriptions à l’assurance chômage reflue mais reste historiquement élevé

Pour la semaine du 1er au 6 juin, le département du Travail annonce avoir recueilli 1,54 million de nouvelles demandes d’allocations chômage, après 1,9 million la semaine précédente et contre une moyenne hebdomadaire de 219 000 en 2019.
En plus de l’assurance chômage traditionnelle, gérée par les États fédérés, s’ajoutent 623 000 demandes faites au titre de l’extension de l’assurance chômage par l’État fédéral en faveur des personnes normalement non éligibles à l’allocation chômage (Pandemic Unemployment Assistance – PUA) mise en place par le plan de relance.
               

L’économie américaine est officiellement entrée en récession au mois de février

Le National Bureau of Economic Research (NBER), l’un des principaux acteurs de la recherche en sciences économiques aux États-Unis et qui se charge de dater les cycles économiques, a annoncé le  8 juin que l’économie américaine était formellement entrée en récession au mois de février 2020. Contrairement aux précédentes fins de cycle, le NBER estime être en mesure de déterminer cela sans attendre de constater plusieurs trimestres de repli de l’activité, indiquant que l’ampleur du choc sur l’activité ainsi que son caractère national suffisent à qualifier cette récession.
Cette récession met un terme à un cycle de croissance historiquement long, de juin 2009 à février 2020, avec toutefois un taux de croissance relativement faible (en moyenne 2,2 % par an contre 3,5 % par an entre 1991 et 2001).
               

L’inflation a poursuivi son recul en mai

L’indice des prix à la consommation a reculé de 0,1 % au mois de mai, selon le Bureau of Labor Statistics. L’indice sous-jacent, qui exclut les composantes volatiles telles que l’alimentation et l’énergie, baisse également de 0,1 %. L’inflation continue d’être tirée vers le bas par la baisse des prix de l’énergie (-1,8 %), de l’habillement (-2,3 %) et des transports (-2,3 %).
Sur douze mois glissants, l’inflation ressort à 0,1 %, tandis que l’inflation sous-jacente s’établit à 1,2 % (- 0,2 point dans les deux cas).
               

 

Politiques macroéconomiques                                                                                 

 

La Fed a fixé le rythme de ses achats d’actifs et se montre pessimiste sur la dynamique de reprise

La réunion du comité de politique monétaire de la Fed des 9 et 10 juin s’est conclue sur un maintien de la fourchette-cible des taux d’intérêt à [0 %-0,25 %]. Dans un communiqué quasiment inchangé, la Fed rappelle les effets économiques négatifs, majeurs et durables provoqués par la crise sanitaire (baisse de l’activité économique, forte hausse du chômage, recul de l’inflation), mais se réjouit de l’amélioration des conditions financières.
Dans ses nouvelles projections macroéconomiques, la Fed anticipe une contraction du PIB de 6,5 % en 2020, suivie d’un rebond de 5 % en 2021 et d’une croissance de 3,5 % en 2022 ; le taux de chômage est attendu à 9,3 % en fin d’année 2020 et baisserait peu à peu jusqu’à atteindre 5,5 % fin 2022. L’inflation est estimée est à 0,8 % en 2020, 1,6 % en 2021 et 1,7 % en  2022 (respectivement 1 %, 1,5 % et 1,7 % pour l’inflation sous-jacente). Après la réunion, Donald Trump a critiqué ces projections.
À moyen terme, la Fed considère que la reprise sera entravée par l’incertitude liée à la pandémie et la difficulté pour les ménages et les entreprises à s’adapter à ce nouvel environnement sanitaire. Dans ce contexte, la Fed a indiqué qu’elle n’envisageait pas de hausse des taux d’intérêt directeurs avant au moins 2022 et de nouveau signalé être prête à renforcer son soutien l’économie américaine si nécessaire.
Dans le cadre de son programme d’achats d’actifs (quantitative easing), la Fed va acheter chaque mois au minimum 80 Md USD d’obligations d’État américaines et 40 Md USD de prêts immobiliers titrisés (mortgage-backed securities). Du reste, le président de la Fed, Jerome Powell, a confirmé que la Fed travaille à faire évoluer sa communication (forward guidance) et sa politique d’achats d’actifs, mais souhaite disposer de plus de visibilité sur l’évolution de la situation économique avant cela.
               

La Fed assouplit de nouveau les modalités de son Main Street Lending Program

La Fed a annoncé le 8 juin une modification des modalités de son programme de prêts directs aux entreprises (Main Street Lending Program – MSLP). Pour mémoire, ce dispositif comprend trois volets : des nouveaux prêts aux entreprises (New Loans), aux conditions particulières pour les plus endettées (Priority Loans), et des compléments de prêts octroyés avant la crise (Expanded Loans).
Le montant minimal des nouveaux prêts est abaissé de 500 000 $ à 250 000 $ et le montant maximal des opérations est augmenté pour les trois tranches du programme (25 MUSD pour les nouveaux, 300 MUSD pour les extensions de prêts). La durée des prêts est portée de quatre à cinq ans et le remboursement du capital ne débutera qu’au bout de deux ans, contre douze mois auparavant. L’échéancier de remboursement des prêts est en outre uniformisé pour les trois tranches. Enfin, la Fed a revu le partage des risques pour les prêts aux entreprises les plus endettées (Priority Loans) : comme pour les autres types d’opérations, les banques conserveront 5 % du prêt, contre 15 % précédemment.
Ces ajustements interviennent après de premières modifications opérées le 30 avril et visent à répondre aux critiques formulées par les parlementaires, les observateurs et les analystes du secteur bancaire, qui s’inquiètent que le MSLP n’atteigne pas son public. La Fed indique que les prêts pourront bientôt être octroyés par les banques et dit travailler sur un programme de prêts aux associations à but non lucratif (non profit organizations).
               

 

Brèves                                                            

 

Ø La Fed de Kansas City a annoncé le 11 juin que l’édition 2020 de son symposium annuel de politique monétaire, qui a traditionnel­lement lieu à Jackson Hole (Wyoming) et réunit les responsables de politique monétaire des économies avancées, se tiendra les 27 et 28 août en format virtuel. Les interventions seront diffusées en direct sur Internet.
 
Ø La Maison-Blanche a annoncé le 2 juin la nomination d’Hester Peirce pour un second mandat de commissaire auprès de la Securities and Exchange Commission (SEC). Sous réserve qu’elle soit confirmée par le Sénat, cette nomination prolongera les fonctions de H. Peirce, l’une des trois commissaires républicains du régulateur des marchés boursiers, jusqu’au 5 juin 2025.
 
Ø Le 8 juin, le Nasdaq a indiqué qu’il souhaitait rigidifier ses règles de cotation pour les sociétés opérant principalement dans des juridictions tierces restreignant l’accès aux informations financières pour les régulateurs américains (« restrictive markets »). La plateforme propose d’une part de renforcer ses conditions d’introduction en bourse, en imposant notamment à ces sociétés d’assurer la vente d’au moins 25 % des parts à des investisseurs américains (firm commitment offering), et d’autre part d’exiger la présence à la direction de ces sociétés d’une personne familière avec le droit financier américain. Ces deux propositions, qui ciblent implicitement la Chine, peuvent théoriquement être bloquées par la SEC.
 
Ø Dans une décision rendue le 5 juin, la cour d’appel du district de Columbia a estimé que la commercialisation, par le Nasdaq et le New York Stock Exchange (NYSE), des données de marché approfondies (« depth-of-book market data fees ») ne contrevenait pas au principe d’équité (fairness) sur les marchés boursiers. Ce jugement contredit une décision administrative de la SEC datant de 2018, dans laquelle l’agence reprochait aux deux plateformes boursières de n’avoir su démontrer que les commissions facturées aux opérateurs de marché pour l’accès à ces données, qui permettent notamment d’évaluer la liquidité d’une valeur grâce à des informations en temps réel sur les carnets d’ordres (books), n’était pas discriminante. En l’état, la cour d’appel juge que le caractère discriminatoire de ces services n’est pas avéré, le montant des commissions étant le même pour tous les opérateurs.
 
Ø Le 4 juin, l’Office of the Comptroller (OCC), qui régule les banques nationales (national banks), a ouvert une période de consultation publique au sujet de la transformation digitale du secteur bancaire américain. L’agence sollicite en particulier des commentaires sur la clarté et la flexibilité de son cadre actuel en matière d’innovation, ainsi que sur le développement des technologies blockchain et de l’intelligence artificielle à travers les activités bancaires.
 
Ø Le 11 juin, Heath Tarbert, le président de la Commodity Futures Trading Commission (CFTC), le régulateur des marchés dérivés, s’est félicité des propositions de la Commission européenne d’actes délégués pour le règlement EMIR 2.2, publiées le même jour, qui conduiront, si elles sont adoptées, les autorités européennes à ne pas considérer les chambres de compensation centrale (CCP) américaines comme « systémiques ». Dans sa déclaration, H. Tarbert s’est notamment réjoui de l’effort de collaboration entre les autorités européennes et américaines.

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