Washington Wall Street Watch n°2020-21

Washington Wall Street Watch n°2020-21

Crédit photo : F. Jonkisz

Sommaire          

Conjoncture

Le flux d’inscriptions à l’assurance chômage reste important

-Le Beige Book décrit la dégradation et les frictions à l’œuvre sur le marché du travail

-Le taux de croissance du PIB du 1er trimestre est légèrement révisé à la baisse, à -1,3 %

-L’augmentation du chômage est très hétérogène entre les États

Politiques macroéconomiques                                                                        

La restructuration de la dette de Porto Rico est fragilisée par la crise économique

Régulation financière                                                                                        

L’ARRC propose une nouvelle feuille de route pour la transition du LIBOR vers le SOFR

Brèves   

 


                                                                                                                                                   

Conjoncture                                                                                            

 

Le flux d’inscriptions à l’assurance chômage reste important

Pour la semaine du 18 au 24 mai, le département du Travail annonce avoir recueilli 2,12 millions de nouvelles demandes d’allocations chômage, après 2,38 millions la semaine précédente et contre une moyenne hebdomadaire de 219 000 en 2019.

À ce nombre, fondé sur les systèmes d’assurance chômage gérés par les États fédérés, s’ajoutent 1,2 millions de demandes faites au titre de l’extension de l’assurance chômage par l’État fédéral en faveur des autoentrepreneurs, indépendants et aux personnes normalement non éligibles à l’allocation chômage (Pandemic Unemployment Assistance –PUA) mise en place par le plan de relance (CARES Act).

 

Le Beige Book décrit la dégradation et les frictions à l’œuvre sur le marché du travail

Le Beige Book de la Fed, publié le 27 mai et qui décrit l’évolution de l’activité économique dans les 12 districts des Fed régionales, indique que celle-ci a connu une baisse « brutale » depuis mi-avril en raison de l’épidémie de Covid-19. Les politiques de confinement mises en place pour la juguler ont entraîné une très forte baisse de la consommation, de l’activité et de l’emploi dans de nombreux secteurs.

Malgré leur réouverture amorcée ou attendue, les entreprises se disent pessimistes sur la possibilité d’un retour à la situation qui prévalait avant crise. Elles signalent aussi des difficultés à faire revenir leurs employés sur leur lieu de travail du fait des préoccupations quant à leur sécurité sanitaire, de l’absence de mode de garde pour leurs enfants et parce que certains chômeurs perçoivent un revenu supérieur à leur salaire antérieur grâce à l’allocation chômage hebdomadaire forfaitaire de 600 $ versée par l’État fédéral jusqu’en juillet dans le cadre du plan de relance (CARES Act). Dans ce contexte, les  entreprises sont obligées de continuer à augmenter les salaires pour pouvoir attirer de la main d’œuvre.

À l’exception du secteur de l’agro-alimentaire, confronté à des difficultés de production spécifiques, les pressions sur les prix sont globalement à orientées à la baisse.

 

Le taux de croissance du PIB au 1er trimestre est légèrement révisé à la baisse, à -1,3 %

 Au terme de la nouvelle estimation des comptes nationaux par le Bureau of Economic Analysis, la contraction du PIB au 1er trimestre serait de 1,3 % (-5 % en rythme annualisé), soit une révision de -0,1 point par rapport au résultat publié à la fin du mois d’avril.

Cette révision provient de celle de l’estimation de la variation de stock (-0,4 point, en baisse de 0,3 point) ; en revanche, la consommation a été légèrement revue à la hausse (-1,2 point, en hausse de 0,1 point).

 

L’augmentation du chômage est très hétérogène entre les États

 Le taux de chômage par État pour le mois d’avril, publié le 22 mai par le Bureau of Labor Statistics, fait apparaître des situations très différentes au sein du territoire américain.

Une partie des États présentent une dégradation de l’emploi bien plus marquée que le taux de chômage national de 14,7 %. Parmi eux figurent : (i) les États hébergeant les grandes agglomérations (Californie, New Jersey, État de New York, Illinois, etc.), qui ont été davantage affectés par l’épidémie et ont fait l’objet de mesures sanitaires plus strictes, (ii) ceux dont l’économie est très fortement dépendante du tourisme et des loisirs, le Nevada et Hawaii affichant les taux de chômage les plus élevés (respectivement 28,2 %% et 22,8 %), (iii) une partie des États à dominante industrielle (Indiana, Michigan, Ohio, Louisiane).

À l’inverse, les régions dites des Grandes plaines et des  Montagnes rocheuses, à faible densité de population, enregistrent une hausse bien plus limitée du chômage. L’agglomération Washington, D.C. – Virginie – Maryland affiche également une situation moins défavorable, grâce à la très forte proportion d’emplois qualifiés et/ou de service.

Taux de chômage par État au mois d’avril 2020

Source : carte du Bureau of Labor Statistics

 


 

Politiques macroéconomiques       

 

La restructuration de la dette de Porto Rico est fragilisée par la crise économique

 Le processus de faillite du gouvernement de Porto Rico, amorcé en mai 2017, semblait proche de son dénouement avant la crise. Le comité de supervision chargé de contrôler les finances publiques et de gérer les négociations avec les créanciers (Financial Oversight and Management Board) était parvenu à des accords de restructuration de dette. Pour s’assurer de la soutenabilité des finances publiques, d’importantes économies avaient également été imposées au gouvernement de l’île.

La crise économique vient toutefois mettre en péril la trajectoire financière, déjà très fragile, de Porto Rico. L’ampleur de la récession et l’augmentation à venir du déficit sont néanmoins difficiles à estimer du fait du poids du tourisme et de l’impôt sur les sociétés dans les recettes de l’île ainsi que du niveau incertain de soutien qui pourrait être apporté par l’État fédéral aux collectivités.

Pour s’adapter à cette nouvelle situation, le comité de supervision a indiqué le 27 mai dans sa feuille de route financière qu’il souhaite réévaluer, voire annuler, les engagements pris auprès des créanciers dans le cadre de la procédure de faillite. Le comité suspend ainsi une partie des réductions de  dépenses prévues pour l’exercice budgétaire 2021 (qui débute le 1er juillet). Surtout, il envisage de suspendre le versement des intérêts de la dette obligataire (environ deux tiers de la dette financière du gouvernement) pour l’année fiscale 2021.

 


 

Régulation financière                                                        

 

L’ARRC propose une nouvelle feuille de route pour la transition du LIBOR vers le SOFR

 Le 27 mai, le comité sur les taux de référence alternatifs (Alternative Reference Rates Committee ou ARCC), qui a retenu en 2017 le Secured Overnight Financing Rate (SOFR) pour remplacer le LIBOR aux États-Unis, a publié une série de recommandations (guidance) afin de faciliter cette transition. Pour mémoire, la transition définitive vers le SOFR est prévue le 31 décembre 2021.

Parmi les recommandations formulées, l’ARCC encourage notamment l’inclusion systématique de clauses spécifiant les conséquences d’une cessation du taux de référence (clauses dites de « fallback ») pour les nouveaux contrats utilisant encore le LIBOR comme référence, et préconise un délai minimal de six mois pour la notification du taux alternatif utilisé dans les cas où ce dernier serait choisi unilatéralement par l’une des parties. Pour ces différentes recommandations, le comité propose par ailleurs des dates de mise en œuvre (milestones) adaptées aux différents produits financiers concernés (produits dérivés, crédits, titrisation, etc.).

Pour ces différentes recommandations, le comité propose par ailleurs des dates de mise en œuvre (milestones) adaptées aux différents produits financiers concernés (produits dérivés, crédits, titrisation, etc.).

Le comité invite enfin les acteurs de marché à considérer qu’en l’absence d’une annonce officielle de la Financial Conduct Authority (FCA), le régulateur financier du Royaume-Uni, la date de cessation du LIBOR prévue le 31 décembre 2021 reste valable.

 


 

Brèves                                                             

 

– Le 28 mai, la Chambre des Représentants a adopté un projet de loi bipartisan qui prévoit l’assouplissement des conditions permettant l’effacement des prêts garantis par l’État fédéral dans le cadre du CARES Act (Paycheck Protection Program). Les entreprises devraient désormais utiliser les fonds sur une période de 24 semaines et en consacrer au moins 60 % au paiement des salaires (contre 8 semaines et 75 % précédemment). Le Sénat a prévu d’examiner prochainement sa propre version du texte.

 

-Le 22 mai, un juge de la cour fédérale de New York a statué que les prêts syndiqués à effet de levier (leverage loans) ne peuvent pas être considérés comme des actifs financiers (securities) et ne sont donc pas soumis à la législation en cette matière. Cette décision s’appuie notamment sur un arrêt de la Cour suprême datant de 1990 (Reves v. Ernst & Young) relatif aux prêts syndiqués.

 

-Lors d’une intervention le 27 mai, Jay Clayton, le président de la Securities and Exchange Commission (SEC), le régulateur des marchés boursiers, a déclaré que les notations « ESG », qui attribuent une note générale à la performance environnementale, sociale et de gouvernance d’une entreprise, lui semblaient être une métrique trop vaste et imprécise (« over-inclusive and imprecise ») pour l’analyse d’une opportunité d’investissement.

 

-Le 28 mai, la Commodity Futures Trading Commission (CFTC), le régulateur des marchés dérivés, a adopté le report au 1er septembre 2021 du dernier cycle (« phase 5 ») d’entrée en application des exigences de marges initiales sur les produits dérivés non compensés centralement. Les portefeuilles de swaps concernés, ceux dont la valeur notionnelle agrégée moyenne est comprise entre 8 et 50 Md USD, devaient théoriquement se conformer aux exigences de marge à partir du 1er septembre 2020. Heath Tarbert, le président de la CFTC, a justifié cette exemption par les conditions de marchés exceptionnelles et le faible risque systémique induit par ces portefeuilles, qui ne représenteraient que 8 % des swaps totaux.

 

-Le 27 mai, huit sénateurs démocrates menés par Sherrod Brown, le chef de file démocrate au sein de la commission bancaire du Sénat, ont écrit aux dirigeants du Consumer Financial Protection Bureau (CFPB) et de la Federal Housing Finance Agency (FHFA) pour leur demander des précisions sur le programme d’échange de données lancé par les deux agences au mois d’avril pour mieux superviser le marché des prêts hypothécaires (« Borrower Protection Program »). Les sénateurs demandent notamment des informations supplémentaires sur la façon dont ces données seront utilisées par les agences et sur leur intention ou non d’élargir cette initiative aux prêts non garantis par les entreprises parapubliques (government-sponsored entreprises ou GSE) Fannie Mae et Freddie Mac, supervisées par la FHFA.

 

– Le 26 mai, le New York Stock Exchange (NYSE) a rouvert sa salle de marché, deux mois après sa fermeture le 23 mars.

 

 

 

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