Washington Wall Street Watch n°2020-16

Washington Wall Street Watch n°2020-16

Crédit photo : F. Jonkisz

Sommaire

Conjoncture                                                                            
         Plus 26 millions de personnes se sont inscrites au chômage depuis mi-mars
         Les prix du pétrole ont brièvement atteint une valeur très nettement négative, avant de remonter
Politiques macroéconomiques                                                                       
         Le Congrès adopte un nouveau stimulus budgétaire, centré sur les prêts aux petites entreprises
         Les collectivités territoriales pressent le Congrès pour obtenir une aide financière, sans succès
         Le programme de soutien aux collectivités territoriales de la Fed est critiqué
Régulation financière                                                                                       
         La FHFA vient en aide aux opérateurs du marché immobilier
         La SEC propose un nouveau cadre pour la valorisation des fonds d’investissement
Brèves  
                       

                                                                                                                                                           

Conjoncture                                                                                           

 

Plus de 26 millions de personnes se sont inscrites au chômage depuis mi-mars

Pour la semaine du 13 au 18 avril, le département du Travail annonce avoir recueilli 4,43 millions de nouvelles demandes d’allocations chômage, après 5,24 millions la semaine précédente et contre une moyenne hebdomadaire de 219 000 en 2019.
En quatre semaines, près de 26,4 millions de personnes ont ainsi fait valoir leurs droits aux allocations chômage, soit 17,4 % de la population active qui occupait un emploi à la fin du mois de février. Cette proportion atteint plus d’un tiers dans le Kentucky, le Michigan ou encore le Rhode Island, même si les différences entre États doivent être analysées avec précaution compte tenu de l’efficacité hétérogène de leurs systèmes d’assurance chômage.
Les statistiques détaillées, publiées avec trois semaines de décalage, montrent que le dispositif de chômage partiel (work sharing arrangements) est très peu exploité : le 4 avril, il ne comptait que pour 0,33 % des demandes d’indemnisation.
                       

Les prix du pétrole ont brièvement atteint une valeur très nettement négative, avant de remonter

La séance du 20 avril a été marquée par un mouvement à la baisse de grande ampleur pour le prix du baril de WTI (West Texas Intermediate – référence du marché américain), qui a atteint -37 $ (-303 %). La spirale baissière s’explique par des mouvements contraints sur le marché dérivé, où les investisseurs ne souhaitant pas prendre en charge le règlement physique des transactions vendent leurs contrats avant le règlement pour se positionner sur le contrat suivant (opération dite de rolling).
Cependant, alors que le future du mois de mai devait être réglé le 21 avril, les investisseurs ont éprouvé des difficultés à se sortir de cette position. En effet, les acheteurs se sont détournés du marché en raison (i) de la très forte baisse de la consommation de pétrole aux États-Unis ; (ii) de la saturation imminente des capacités de stockage américaines ; et (iii) de la possibilité limitée de substituer au WTI d’autres types de pétrole brut. L’absence de demande et la volonté des investisseurs de ne pas s’encombrer de stocks physiques a déclenché une spirale négative qui a conduit les prix du WTI à devenir négatifs.
Une fois cette étape dépassée, les prix du pétrole ont rapidement retrouvé des valeurs positives, dans un environnement toujours empreint de volatilité.
                       

                       


                       

Politiques macroéconomiques                 

 

Le Congrès adopte un nouveau stimulus budgétaire, centré sur les prêts aux petites entreprises

Le Congrès a adopté le 24 avril une loi de finances rectificative actant un nouveau soutien budgétaire d’un montant total de 484 Md USD (2,2 % du PIB). Ce texte vise principalement à renforcer des mesures mises en place par le plan de relance promulgué le 27 mars 2020 (CARES Act).
Le programme de prêts aux petites entreprises (Paycheck Protection Program – PPP) est abondé à hauteur de 310 Md USD pour pallier l’épuisement des fonds initialement prévus. Les modalités des prêts sont inchangées, malgré les critiques qui ont pu émerger sur le dispositif, le Congrès ayant toutefois fléché 60 Md USD vers les établissements de crédit dont le total des actifs est inférieur à 50 Md USD. De nombreux observateurs considèrent que cette enveloppe reste largement insuffisante au regard de la demande et s’attendent à ce que les fonds soient rapidement utilisés.
Le Congrès a également abondé de 60 Md USD le programme de prêts aux petites entreprises affectées par un sinistre (Economic Injury Disaster Loans). L’épidémie de Covid-19 avait été ajoutée début mars à la liste des sinistres ouvrant droit à une indemnisation et le budget du programme avait été porté à 10 Md USD par le CARES Act. Là encore, cette opération vise à poursuivre les prêts.
Une enveloppe de 75 Md USD est en outre consacrée au dédommagement des hôpitaux pour les pertes engendrées par l’épidémie de Covid-19. Enfin, le Congrès a engagé 25 Md USD en faveur du département de la Santé afin de renforcer les campagnes de tests de dépistage au Covid-19 au niveau national. Sur ce total, environ 11 Md USD sont destinés aux collectivités territoriales en fonction de leur part dans le nombre total de cas.
En revanche, ce texte ne comprend aucune mesure de soutien budgétaire aux collectivités territoriales, malgré les demandes des États fédérés et les tentatives des parlementaires Démocrates.
                       

Les collectivités territoriales pressent le Congrès pour obtenir une aide financière, sans succès

Les collectivités infra-fédérales, au premier chef les États fédérés, constatent une dégradation rapide de leur situation financière en raison d’une baisse comprise entre 15 % et 20 % de leurs recettes et de la hausse des coûts de santé dont ils ont en partie la charge (notamment Medicaid). Les États estiment leur besoin de financement à environ 500 Md USD (2,3 % du PIB) sur la période 2020-2022, en plus du déficit estimé à 250 Md USD pour les communes.
Parce qu’ils sont soumis à une contrainte d’équilibre budgétaire, cette situation pourrait conduire les États à arrêter certains services publics et licencier des agents publics. Pour éviter cette situation, les collectivités demandent au Congrès de leur apporter une aide financière afin d’absorber les coûts sanitaires et sociaux engendrés par la crise et assurer la continuité des services publics locaux (éducation, police, transport, etc.). Le 14 avril, le Congrès de l’Illinois avait également formulé une demande d’aide financière formelle au Congrès.
Cette demande se heurte pour l’instant au refus du Congrès (cf. supra). Après l’adoption du nouveau texte budgétaire, Mitch McConnell, le chef de file la majorité Républicaine au Sénat, s’est de nouveau opposé à cette solution, invitant les États à engager une procédure de faillite plutôt que de demander l’aide de l’État fédéral. Il a motivé sa position en soulignant la forte hausse de la dette publique engendrée par la crise et le risque que ferait peser un soutien aux collectivités sur la situation financière des États-Unis.
                       

Le programme de soutien aux collectivités territoriales de la Fed est critiqué

De nombreux observateurs pointent ce qu’ils estiment être des défauts de conception de la Municipal Liquidity Facility, le programme annoncé par la Fed le 9 avril pour venir en aide aux collectivités territoriales qui éprouvent des difficultés à se financer sur les marchés.
La première critique porte sur le seuil de population pour être éligible au programme, réservé aux États, aux villes de plus de deux millions d’habitants et aux comtés de plus d’un million d’habitants. Chuck Schumer, le chef de file des Démocrates au Sénat, ainsi que Maxine Waters et Mike Crapo, les présidents de la commission chargée des affaires bancaires respectivement à la Chambre des Représentants et au Sénat, s’inquiètent de ce que la majorité des collectivités sont écartées de l’accès à ce programme.
La Fed a pourtant prévu la possibilité que les États fédérés puissent emprunter au nom des collectivités de niveau inférieur, mais de nombreux exécutifs locaux affirment ne pas disposer de l’infrastructure nécessaire pour conduire ces opérations, qui se heurtent de surcroît à des contraintes politiques et juridiques.
Enfin, pour une partie des États fédérés, la possibilité même de recourir à la facilité de la Fed est rendue incertaine par des dispositions de nature constitutionnelle qui limitent très fortement la durée des dettes émises (IllinoisMichigan, État de Washington, etc.) ou plafonnent leur montant à un bas niveau (AlabamaNouveau Mexique, etc.). Aussi, la Government Finance Officers Association, qui réunit les départements du Trésor des États fédérés, a également demandé à la  Fed de réviser les modalités de son programme.
La Fed ne s’est pas exprimée sur le sujet depuis l’annonce du programme le 9 avril, mais elle avait signalé qu’elle resterait flexible et pourrait adapter les modalités du programme si besoin.

                       


                       

Régulation financière                                       

                        

La FHFA vient en aide aux opérateurs du marché immobilier

La Federal Housing Finance Agency (FHFA), le régulateur de Fannie Mae et Freddie Mac, les entreprises parapubliques (government-sponsored entreprises – GSE) chargées de la titrisation du marché immobilier, a annoncé cette semaine trois mesures destinées à soutenir la liquidité de ce marché, mis sous tension par les reports de paiements sur les prêts hypothécaires.
La FHFA est d’abord intervenue pour soulager les entreprises spécialisées dans l’administration des prêts immobiliers (mortgage servicers), qui restent contractuellement tenues de poursuivre le paiement des investisseurs finaux en crédits hypothécaires titrisés alors même que leurs ressources financières sont affaiblies par l’aménagement des échéanciers de remboursement. Afin de limiter cet écart de financement, le régulateur a annoncé un plafonnement à quatre mensualités de l’avance de paiement que ces entreprises devront assurer.
Deuxièmement, la FHFA a indiqué qu’elle autorisait Fannie Mae et Freddie Mac à procéder à la titrisation de prêts hypothécaires dont le service est temporairement interrompu, ce que leurs statuts interdisent en temps normal.
Enfin, les banques du Federal Home Loan Bank System, un réseau de onze banques régionales également supervisé par la FHFA et offrant des financements aux établissements proposant des crédits hypothécaires, pourront dorénavant accepter les prêts du Paycheck Protection Program (cf. supra) en collatéral de crédits (advances) octroyés à ces établissements.
                       

La SEC propose un nouveau cadre pour la valorisation des fonds d’investissement

Le 21 avril, la Securities and Exchange Commission (SEC), le régulateur des marchés boursiers, a annoncé l’adoption d’une proposition de règle mettant en place un nouveau cadre pour l’établissement de la valeur liquidative des fonds d’investissement.
La règle en question cible plus spécifiquement la méthode de la « juste valeur » (fair value) utilisée lorsque la cotation de certains titres composant un fonds n’est pas disponible.
D’une part, elle impose aux administrateurs d’un fonds de respecter certaines règles de transparence, telles que la présentation de la méthodologie de valorisation et l’identification des risques pouvant en altérer la justesse (par exemple la présence dans le fonds d’actions de jeunes entreprises non cotées, dont la valeur est plus subjective que d’autres titres).
D’autre part, la règle précise les conditions de recours à des sociétés de conseil en investissement pour la détermination de la juste valeur. Reconnaissant que cette externalisation induit un risque de conflit d’intérêts, les commissions perçues par ces sociétés étant indexées sur la performance du fonds, la règle demande aux administrateurs de fonds de superviser l’intervention des conseils en investissement en examinant, entre autres, leur niveau d’indépendance et les ressources utilisées.
La période de consultation publique sur cette proposition de règle est ouverte jusqu’au 21 juillet 2020.

                       


                       

Brèves                                         

 

Ø  Les 28 et 29 avril se tiendra une réunion du comité de politique monétaire de la Fed (FOMC) en format ordinaire.
 
Ø  Le 23 avril, la Fed a annoncé qu’elle publierait chaque mois la liste des contreparties et les modalités financières des opérations menées dans le cadre des différents programmes annoncées au titre du plan de relance (CARES Act) et/ou de ses prérogatives en circonstances exceptionnelles (section 13(3) du Federal Reserve Act). Cette décision fait suite à un débat public sur la pertinence de renforcer la transparence des opérations.
 
Ø  L’édition 2020 de l’enquête d’opinion menée par l’institut Gallup sur la confiance accordée aux principaux responsables de la politique économique montre une nouvelle hausse de la confiance accordée au président de la Fed, qui atteint désormais 58 % (+ 8 points), au plus haut depuis 2004. Si ce gain s’explique en partie par l’exposition dont a bénéficié la Fed récemment, l’enquête ayant été menée début avril, cette hausse amplifie un rebond graduel amorcé en 2014. La confiance accordée à Jerome Powell reste plus affirmée chez les électeurs Républicains (69 %) que chez les électeurs Démocrates et indépendants (respectivement 54 % et 52 %).
 
Ø  Les 16 et 20 avril, les plateformes boursières Nasdaq et New York Stock Exchange (NYSE) ont sollicité auprès de la SEC l’autorisation de suspendre, jusqu’au 30 juin, les conditions de cotation (listing requirements) prévoyant l’exclusion des sociétés dont la valeur de l’action est inférieure à 1 USD pendant plus de 30 jours ou celles dont la valorisation totale passe en dessous d’un certain seuil. La SEC a indiqué que ces propositions de règle feront l’objet d’une période de commentaires publics.
 
Ø  Le 20 avril, la SEC a annoncé le report de la mise en place du système de collecte des informations boursières (Consolidated Audit Trail – CAT), qui a pour objectif de permettre au régulateur de disposer d’informations consolidées sur l’ensemble des cotations et des flux financiers. Les premiers reportings seront désormais attendus le 22 juin 2020 pour les données sur les opérations en actions et le 21 juillet 2020 pour les opérations en options. Dans un communiqué en date du 22 avril, la Securities Industry and Financial Markets Association (SIFMA), une des principales organisations professionnelles dédiées aux marchés financiers américains, a une nouvelle fois exprimé ses craintes sur le risque d’intrusion informatique dans ces bases de données et demandé à ce que les brokers ne soient pas tenus responsables le cas échéant.
 
Ø  Le 21 avril, le Financial Accounting Standards Board (FASB) a annoncé qu’il accorderait aux organisations à but non lucratif et à certaines entreprises non cotées un délai supplémentaire d’un an pour se conformer aux nouvelles règles sur la comptabilisation des contrats de location (lease obligations) et de certains instruments financiers.
 
Ø  Le 21 avril, la société d’investissement Morningstar a annoncé l’acquisition de l’agence de notation extra-financière néerlandaise Sustainalytics. Avec cette opération, financée en cash et faisant ressortir une valeur d’entreprise de  170 MUSD, Morningstar portera à 100 % sa participation dans Sustainalytics, dont elle détient d’ores et déjà 40 % du capital.
 

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