Washington Wall Street Watch n°2019-32

Washington Wall Street Watch n°2019-32

Crédit photo : F. Jonkisz

Sommaire

Conjoncture

-Les créations d’emplois ont marqué le pas en août, mais les salaires ont connu une hausse soutenue

-L’inflation sous-jacente a retrouvé en août une vigueur inédite depuis septembre 2008

-Le taux de pauvreté a reculé pour la quatrième année consécutive en 2018

-Des chercheurs de la Fed évaluent l’effet des tensions commerciales sur l’économie américaine

Politiques macroéconomiques                                                 

-Le Congrès devrait adopter un budget temporaire, le temps d’achever l’examen du budget pour 2020

-Les marchés anticipent une baisse des taux d’intérêt lors de la réunion de la Fed des 17 et 18 septembre

Régulation financière

-La Fed propose de nouvelles exigences prudentielles pour les banques ayant une activité d’assureur

-Le Treasury a présenté sa proposition de réforme du financement du marché immobilier

-La SEC veut accélérer le déploiement du système de collecte des informations boursières (CAT) 

Brèves                                                                                                                        

 


Conjoncture                                                                                 

 

Les créations d’emplois ont marqué le pas en août, mais les salaires ont connu une hausse soutenue

Le rapport sur la situation de l’emploi publié le 6 septembre par le Bureau of Labor Statistics fait état de 130 000 créations d’emplois nettes en août aux États-Unis (après +159 000 en juillet). L’appréciation de la dynamique de l’emploi nécessite toutefois de tenir compte des 34 000 emplois temporaires créés pour la réalisation du recensement décennal.

Le taux de chômage est stable, à 3,7 %, mais rebondit à 7,2 % (+0,2 point) dans sa définition élargie qui intègre le temps partiel subi. Dans le même temps, le taux d’activité progresse à 63,2 % (+0,2 point) et à 82,6 % pour les personnes âgées de 25 à 54 ans.

Les salaires ont augmenté de 0,4 % en août, la plus forte hausse depuis décembre 2018, et progressent de 3,2 % sur douze mois glissants (-0,1 point).

 

L’inflation sous-jacente a retrouvé en août une vigueur inédite depuis septembre 2008

Selon les données publiées le 12 septembre par le Bureau of Labor Statistics, l’indice des prix à la consommation a progressé de 0,1 % en août mais a été pénalisé par la baisse des prix de l’énergie (-4,4 %). L’indice sous-jacent, qui exclut les éléments volatils que sont la nourriture et l’énergie, est lui en hausse de 0,3 %.

Sur un an, l’inflation globale décélère légèrement, à 1,7 % (- 0,1 point). La composante sous-jacente progresse à 2,4 % (+0,2 point) et atteint son plus haut niveau depuis septembre 2008. Cette dynamique est cependant largement liée à la hausse des prix des services médicaux (+4,3 %), qui est davantage affectée par des facteurs spécifiques au marché de la santé que par l’évolution de l’activité.

 

Le taux de pauvreté a reculé pour la quatrième année consécutive en 2018

Le rapport annuel du Census Bureau sur la situation économique des ménages, publié le 10 septembre, indique que le revenu médian s’élevait à 63 179 USD en 2018, en progression annuelle de 0,9 % et porté par la progression du salaire médian (+ 3,4 %).

Le taux de pauvreté a reculé pour la quatrième année consécutive, à 11,8 % (-0,5 point), au plus bas depuis 2001. Cette baisse est encore plus marquée dans les communautés afro-américaine (-0,9 point) et latino-américaine (-0,8 point), grâce à un net recul du taux de chômage.

Les inégalités auraient légèrement diminué au regard de l’évolution des coefficients de Gini (0,486, -0.003 point) et de Theil (0,436, -0,005 point).

Le rapport sur l’assurance-santé des Américains, publié le même jour, montre quant à lui que la part de personnes sans assurance a progressé à 8,5 % (+0,6 point), après plusieurs années de baisse liée à la mise en place de la réforme Obamacare en 2008.

 

Des chercheurs de la Fed évaluent l’effet des tensions commerciales sur l’économie américaine

Dans une étude publiée le 4 septembre, cinq chercheurs de la Fed présentent un indice mesurant l’incertitude liée à la politique commerciale à partir d’articles de presse et de la communication institutionnelle des entreprises. Ils montrent ainsi que l’incertitude des agents économiques a atteint deux acmés : lors de la hausse des droits de douanes américains à l’encontre de la Chine, décidée début 2018, puis lors de l’escalade des tensions commerciales bilatérales au 2ème trimestre 2019.

Les chercheurs  montrent que ces deux épisodes affecteraient la croissance américaine à hauteur de 1 %, mais que leurs effets pourraient se dissiper dès le début d’année 2020. Une évaluation réalisée au niveau des entreprises suggère en outre qu’une hausse de 10 % de l’incertitude mesurée réduirait la croissance de l’investissement de 1,8 point de PIB entre le 1er trimestre 2018 et le 2ème trimestre 2019.

 


 

Politiques macroéconomiques                                                

 

L’adoption d’un budget temporaire se profile au Congrès, qui doit achever l’examen du budget pour 2020

L’accord budgétaire bipartisan conclu en août, qui actait notamment le relèvement des plafonds de dépenses discrétionnaires pour 2020 et 2021, a permis au Congrès de désamorcer un risque de blocage en vue de l’examen du budget pour 2020. Cependant, les parlementaires doivent adopter de nouvelles lois de finances conformes aux nouvelles trajectoires de dépenses avant le 1er octobre, qui marque le début de la nouvelle année fiscale.

Le Congrès ne dispose toutefois que de 13 jours de session législative en septembre, un délai jugé insuffisant pour adopter de nouveaux textes budgétaires. Par conséquent, les Démocrates, qui contrôlent la Chambre des Représentants, et les Républicains, qui dirigent le Sénat, ont annoncé leur soutien à un budget temporaire (continuing resolution), qui permettra d’assurer le financement du gouvernement fédéral sur la base des enveloppes allouées lors de la dernière année fiscale.

La continuing resolution, qui devrait être examinée au cours de la semaine du 16 septembre, s’étendrait jusqu’à la fête de Thanksgiving (21 novembre) voire jusqu’aux fêtes de fin d’année.

 

Les marchés anticipent une baisse des taux d’intérêt lors de la réunion de la Fed des 17 et 18 septembre

La réunion du comité de politique monétaire de la Federal Reserve (FOMC) des 17 et 18 septembre devrait aboutir à une nouvelle baisse de la fourchette cible des taux fed funds, la portant à [1,75 %-2 %]. Les marchés accordent en effet à cette hypothèse une probabilité supérieure à 90 % (selon les contrats futures fed funds à 30 jours).

Un nouvel assouplissement de la politique monétaire est vu comme nécessaire pour atténuer les effets sur l’activité du ralentissement de l’économie mondiale et des tensions commerciales entre les États-Unis et la Chine. Cette appréciation, majoritaire mais non consensuelle au sein du FOMC, a été de nouveau défendue par le président de la banque centrale, Jerome Powell, dans une intervention à Zurich le 6 septembre.

 


 

Régulation financière

 

La Fed propose de nouvelles exigences prudentielles pour les banques ayant une activité d’assureur

Le 6 septembre, la Fed a publié une proposition de règle portant sur les exigences de fonds propres des huit établissements de crédit placés sous sa supervision ayant une activité significative dans le secteur de l’assurance (insurance depository institution holding companies).

La proposition viserait à instaurer un cadre réglementaire d’équivalence (Building Block Approach, BBA) agrégeant les exigences de fonds propres des activités bancaire et assurantielle au sein de ces établissements. Les établissements concernés auraient ainsi une seule et même exigence en fonds propres à respecter pour l’ensemble de leurs activités de crédit et d’assurance. En parallèle, la Fed a publié un document (white paper) de comparaison et de conversion des exigences s’appliquant aux activités bancaire et assurantielle.

Par ailleurs, la proposition comporte un coussin de fonds propres supplémentaire (fixé à 2,5 %) qui limiterait la distribution de capitaux et de bonus si les fonds propres de l’établissement de crédit sont insuffisants en regard de l’ensemble de ses risques agrégés. La Fed a toutefois souligné qu’aucune banque n’aurait aujourd’hui à déclencher ce coussin. La proposition est soumise à commentaire public pendant 60 jours.

 

Le Treasury a présenté sa proposition de réforme du financement du marché immobilier

Le 5 septembre, le Treasury a présenté sa proposition de réforme du financement du marché immobilier. Le document formule une série de recommandations pour mettre fin à la mise sous tutelle publique (conservatorship) des deux principales entreprises chargées de la titrisation immobilière (government sponsored enterprises, GSE), Fannie Mae et Freddie Mac. Ce plan fait suite au mémorandum publié par la Maison Blanche en mars 2019, portant réforme du financement du marché immobilier et appelant à introduire davantage de concurrence sur le marché.

Ce plan  (i) propose de mettre fin au versement des dividendes des deux GSE au Treasury ; (ii) appelle à une recapitalisation de ces dernières, tout en maintenant la garantie financière apportée par l’État fédéral aux prêts à taux fixe d’une maturité de 30 ans et (iii) encourage le Congrès à faciliter l’entrée d’acteurs privés sur le marché secondaire des crédits immobiliers dans le but d’accroître la concurrence.

Le 10 septembre, la commission bancaire du Sénat a auditionné le secrétaire au Trésor, Steven Mnuchin, le directeur de la Federal Housing Finance Agency (FHFA), Mark Calabria, et le secrétaire au Logement, Ben Carson. Chacun a souligné la nécessité de recapitaliser Freddie Mac et Fannie Mae, compte tenu de leur importance systémique.

 

La SEC veut accélérer le déploiement du système de collecte des informations boursières (CAT)

Le 9 septembre, la Securities and Exchange Commission (SEC) a publié une proposition d’amendement de son projet de collecte des données financières, le Consolidated Audit Trail (CAT).

Pour mémoire, le projet CAT, dont la mise en œuvre a été confiée aux organismes d’autorégulation (self-regulatory organizations, SRO), permettrait au régulateur américain des marchés boursiers de disposer d’informations consolidées sur l’ensemble des cotations et des flux d’échanges d’actifs financiers, sur la base des données fournies par les participants de marché.

L’amendement de la SEC exigerait notamment de chaque SRO participante qu’elle produise un plan de mise en œuvre de CAT et un rapport trimestriel sur son état d’avancement. Ces plans devront ensuite être validés par l’ensemble des organismes d’autorégulation participants.

La proposition est soumise à commentaire public pendant 45 jours.

 


Brèves

 

-Le 9 septembre, S. Mnuchin, le secrétaire au Trésor, a confirmé à la presse que l’administration étudiait l’hypothèse de nouvelles baisses d’impôts pour les ménages en 2020. S. Munchin réfute cependant l’idée d’un plan de relance, estimant que les États-Unis sont aujourd’hui le « phare » du monde (the bright spot of the world) grâce à une économie dynamique.

 

-Au cours d’une intervention télévisée sur CNBC le 12 septembre, S. Mnuchin a indiqué que le Treasury réfléchissait à la possibilité d’émettre de la dette d’une maturité de 50 ans (contre 30 ans au maximum actuellement). Il a précisé que ces émissions pourraient avoir lieu dès 2020.

 

-Le 9 septembre, sept États démocrates ont saisi la Cour fédérale du southern district de New York afin d’invalider la Regulation Best Interest, une règle adoptée par la SEC en juin 2019 selon laquelle les courtiers doivent agir dans le meilleur intérêt de leurs clients lorsqu’ils leur recommandent un produit financier. Les plaignants considèrent que cette règle ne protège pas les investisseurs car elle permet aux courtiers de conserver leur modèle actuel de tarification.

 

-Le 9 septembre, lors d’une intervention à New York, le président de la SEC, Jay Clayton, a estimé que les homologues de la SEC dans le monde appliquaient les dispositifs de lutte contre la corruption d’agents publics avec moins de rigueur que les États-Unis. Cela pouvait, selon lui, désavantager les entreprises américaines.

 

-Le 5 septembre, le Financial Accounting Standards Board (FASB) a publié un texte de recommandation visant à accompagner les banques dans leur transition vers un indice de référence alternatif au LIBOR, en allégeant le coût administratif et comptable de cette transition.

 

-Le 10 septembre, l’agence de presse Bloomberg a relayé une lettre adressée le 20 août par Paul Volcker, un ancien président de la Fed, à Jerome Powell, dans laquelle il s’alarme des propositions d’allègement de la règle Volcker, laquelle interdit aux banques les investissements spéculatifs sur compte propre. Selon Paul Volcker, qui avait contribué à la conception de la règle éponyme, ces allègements affaibliraient excessivement le dispositif en vigueur.

 

-Le 10 septembre, le bureau de protection des consommateurs de services financiers (Consumer Financial Protection Bureau, CFPB) a adopté trois règles visant à réduire les barrières à l’innovation des entreprises de services financiers, selon une logique dite de « sandbox »).

 

-Dans une lettre publiée le 9 septembre, vingt-huit groupes de protection des consommateurs ont appelé les régulateurs bancaires à unir leurs efforts pour réformer le Community Reinvestment Act (CRA). Adoptée en 1977 pour lutter contre les discriminations territoriales et ethniques en matière d’accès au crédit, le CRA oblige les institutions financières américaines à investir dans les territoires défavorisés des États-Unis.

COMMENTS

WORDPRESS: 0
DISQUS: 0