Washington Wall Street Watch n°2019-31

Washington Wall Street Watch n°2019-31

Crédit photo : F. Jonkisz

Sommaire

Conjoncture

-L’environnement économique a peu évolué au cours des dernières semaines, selon le Beige Book

-L’indice PMI manufacturier signale une contraction de l’activité

Politiques macroéconomiques                                                 

-La Fed expose ses divisions sur l’évolution de la politique monétaire

-Un ancien responsable de la Fed invite la banque centrale à faire obstacle à une réélection de D. Trump

-Donald Trump évoque l’hypothèse d’une baisse d’impôts pour soutenir l’activité, avant de se dédire

-Le Congressional Budget Office revoit à la hausse ses prévisions de déficit pour les prochaines années

Régulation financière

-La FDIC et l’OCC adoptent la proposition d’allègement de la règle Volcker

-La SEC adopte deux textes de recommandation relatifs aux agences en conseil de vote (proxy advisors)

-La Fed veut se doter d’un système de règlement électronique en temps réel d’ici 2024

 Brèves                                                                                                                       

 


 

Conjoncture                                                                                 

 

L’environnement économique a peu évolué au cours des dernières semaines, selon le Beige Book

Le nouveau Beige Book de la Fed, publié le 4 septembre et qui décrit l’évolution de l’activité économique dans les 12 districts des Fed régionales, indique que l’économie américaine a continué de croître à un rythme faible ou modéré entre juillet et mi-août. Malgré des perspectives positives, les tensions commerciales avec la Chine continuent de peser sur l’activité.

L’emploi progresse à un rythme modeste et plusieurs secteurs déplorent toujours de difficultés de recrutement, ce qui favorise la progression des salaires, en particulier pour les personnes peu qualifiées et/ou sans expérience.

Les prix ont augmenté à un rythme modéré, en lien notamment avec une hausse des prix des intrants. Certaines entreprises industrielles estiment ne pas pouvoir répercuter la hausse des coûts sur leurs prix. L’impact de la hausse des droits de douane pourrait donc être mesuré ces prochains mois.

 

L’indice PMI manufacturier signale une contraction de l’activité

L’indice des directeurs d’achats du secteur manufacturier (PMI), publié par l’Institute of Supply Management, a reculé par le cinquième mois consécutif en août pour atteindre 49,1 % (-2,1 point), franchissant ainsi le seuil de 50 % qui marque une contraction de l’activité. La quasi-totalité des composantes sont en recul et les items relatifs à la demande (commandes à l’export, nouvelles commandes) connaissent la baisse la plus marquée. Les éléments qualitatifs appuient le sentiment d’un ralentissement l’activité, expliqué pour partie par l’effet des tensions commerciales entre les États-Unis et la Chine.

 


 

Politiques macroéconomiques                                                

 

La Fed expose ses divisions sur l’évolution de la politique monétaire

Le procès-verbal de la réunion de juillet fait apparaître des appréciations très différentes au sein du comité de politique monétaire (FOMC) quant à la décision de baisser les taux d’intérêt. Une minorité de membres soutenaient une baisse de taux de 50 points de base (au lieu de 25 points), s’inquiétant de la faiblesse de l’inflation, tandis que plusieurs membres souhaitaient laisser les taux d’intérêt inchangés compte tenu de la croissance toujours soutenue des créations d’emplois.

Ces divisions ont persisté au cours des dernières semaines, plusieurs présidents de Fed régionales (E. George, P. Harker, E. Rosengren, R. Kaplan) estimant que la situation économique ne justifie pas à ce stade de nouvelle baisse de taux.

À l’inverse, les principaux membres du FOMC ont réaffirmé que la Fed restait prête à répondre à une nouvelle dégradation de la situation, sans pour autant se prononcer fermement en faveur d’une nouvelle baisse de taux. Au cours du symposium annuel de la Fed à Jackson Hole, Jerome Powell a souligné les difficultés posées par l’émergence d’un environnement commercial incertain, d’autant que la Fed ne dispose pas de précédent sur lequel s’appuyer. Le vice-président Richard Clarida a souligné la dégradation de la situation économique depuis juillet tandis que John Williams, le président de la Fed de New York, a insisté sur le niveau élevé d’incertitude qui affecte l’économie.

 

Un ancien responsable de la Fed invite la banque centrale à faire obstacle à une réélection de D. Trump

Dans une tribune publiée par Bloomberg le 27 août, Bill Dudley, l’ancien président de la Fed de New York entre 2009 et 2018, explique que la Fed ne doit pas chercher à atténuer les effets économiques négatifs induits par la politique commerciale de l’administration Trump.

Par contraste avec les débats sur le sujet qui animent actuellement la Fed (cf. supra), B. Dudley avance un argument d’ordre avant tout politique : une politique monétaire trop accommodante masquerait les effets économiques néfastes des choix de la Maison-Blanche et pourrait même encourager cette dernière à mener une politique commerciale encore plus agressive.

Selon B. Dudley, si la Fed s’abstenait d’intervenir pour compenser le coût de cette politique commerciale, elle marquerait plus fermement son indépendance vis-à-vis du pouvoir politique. Il conclut sa tribune en exhortant la Fed à ne pas prendre de décisions qui favoriseraient la réélection de D. Trump, car ce scénario serait contraire aux intérêts économiques de long terme des États-Unis.

Cette prise de position publique a été très commentée et critiquée par plusieurs économistes, par d’anciens banquiers centraux et par de nombreux parlementaires républicains, certains demandant l’ouverture d’une enquête parlementaire sur l’indépendance de la Fed. En réaction à ces critiques, B. Dudley a publié un second texte dans lequel il explique ne pas vouloir interférer avec le débat politique.

 

Donald Trump évoque l’hypothèse d’une baisse d’impôts pour soutenir l’activité, avant de se dédire

Dans une déclaration à la presse le 20 août, le président a indiqué que la Maison-Blanche réfléchissait à des baisses d’impôts, mentionnant deux mesures : une réduction temporaire des cotisations sociales salariales (payroll tax) et une modification de la fiscalité des actifs financiers visant à déduire l’inflation dans l’évaluation des plus-values mobilières.

La première mesure, qui vise à stimuler la consommation des ménages, avait déjà été mise en œuvre en 2011 et 2012 (baisse du taux de cotisation de 2 points). Elle nécessite l’aval du Congrès, sous forme d’une loi classique ou d’une procédure accélérée dite de réconciliation. Une évaluation menée par l’université de Pennsylvanie montre qu’une baisse temporaire des cotisations sociales stimulerait l’activité à hauteur de 0,3 point de PIB.

Une réévaluation du coût des actifs financiers intégrant l’inflation lors de la période de détention réduirait la plus-value taxable et allègerait donc la fiscalité des investisseurs. Ce projet, déjà envisagé par l’administration en 2018, est fortement critiqué car il aurait un effet économique limité et bénéficierait essentiellement aux ménages les plus aisés. En outre, sur le plan politique, D. Trump estime qu’il peut la mettre en œuvre sans l’aval du Congrès au moyen d’un simple décret (executive order), une hypothèse régulièrement contestée par les constitutionnalistes et qui avait écartée par l’administration Bush en 1992. Une initiative en ce sens serait donc susceptible de faire l’objet d’un recours en abus de pouvoir.

Cette politique budgétaire expansionniste aurait pour objectif de soutenir l’activité face au risque de ralentissement économique. D. Trump a néanmoins indiqué depuis que l’économie américaine n’avait pas besoin d’un plan de relance.

 

Le Congressional Budget Office revoit à la hausse ses prévisions de déficit budgétaire pour les prochaines années

L’augmentation des dépenses discrétionnaires décidée par le Congrès pour les années fiscales 2020 et 2021 devrait creuser, toutes choses égales par ailleurs, le déficit budgétaire à hauteur de 0,5 puis de 0,7 point de PIB, selon une évaluation du Congressional Budget Office, l’organe non partisan rattaché au Congrès et chargé d’évaluer l’effet budgétaire des lois.

Sur la base d’une réévaluation (i) de l’évolution de la situation économique, (ii) de l’augmentation de droits de douane sur les produits importés de Chine, (iii) de la baisse des taux d’intérêt, qui réduit la charge de la dette, et (iv) d’autres changements législatifs mineurs, le déficit budgétaire s’établirait à 4,5 % du PIB en 2019 (+0,3 point), 4,6 % en 2020 (+0,6 point) puis 4,5 % en 2021 (+0,3 point).

 


Régulation financière

 

La FDIC et l’OCC adoptent la proposition d’allègement de la règle Volcker

Le 20 août, la Federal Deposit Insurance Corporation (FDIC) et l’Office of the Comptroller of the Currency (OCC), deux régulateurs bancaires fédéraux, ont adopté une proposition visant à alléger certaines dispositions de la règle Volcker. Pour mémoire, cette règle interdit aux banques dont les dépôts sont garantis par la FDIC de mener des activités spéculatives pour leur compte propre.

La proposition vise notamment à étendre le régime d’exemption à la règle, dans un sens favorable aux banques. En particulier : (i) les banques seraient désormais présumées en conformité avec la règle Volcker pour tout investissement détenu pendant plus de 60 jours ; (ii) les régulateurs ont pris en compte les inquiétudes des participants de marché en restreignant l’utilisation obligatoire de certaines normes comptables dans le calcul des actifs liés à la règle Volcker.

La proposition doit encore être adoptée par la Réserve fédérale, la Securities and Exchange Commission (SEC) et la Commodity Futures Trading Commission (CFTC) pour entrer vigueur au 1er janvier 2021.

 

La SEC adopte deux textes de recommandation relatifs aux agences en conseil de vote (proxy advisors)

Le 21 août, la SEC a publié deux textes de recommandation (guidances) concernant les activités des agences en conseil de vote (proxy advisors). Ces agences analysent les projets de résolution des sociétés cotées et formulent des recommandations de votes pour leurs clients qui sont des investisseurs institutionnels (gestionnaires d’actifs, fonds de pension, etc.).

Le premier document s’adresse aux investisseurs institutionnels, en particulier ceux ayant recours aux services de proxy advisors, et vise à renforcer l’obligation fiduciaire qu’ils ont envers leurs clients. La SEC explique ainsi que les investisseurs institutionnels doivent s’assurer de la capacité des proxy advisors qu’ils utilisent à émettre des recommandations étayées, par un examen préalable de leurs méthodes de travail et de leurs potentiels conflits d’intérêts.

 Le second texte de recommandation clarifie l’application aux proxy advisors de certaines règles relatives à la lutte contre la fraude et contre les conflits d’intérêt.

 

La Fed veut se doter d’un système de règlement électronique en temps réel d’ici 2024

Le 5 août, la Fed a annoncé le lancement, d’ici 2024, d’un nouveau service de règlement interbancaire en temps réel, dénommé « FedNow », destiné à remplacer l’infrastructure en place depuis les années 1970 (l’Automated Clearing House, ACH).

Selon la Fed, ce service permettra aux États-Unis de rattraper leur retard sur plusieurs grandes économies en matière de paiement instantané. L’accès à FedNow, dont les spécificités techniques n’ont pas encore été dévoilées, sera payant.

Il est à noter que, fin 2017, The Clearing House (TCH), un consortium de 24 grandes banques américaines et internationales, a initié l’expérimentation de sa propre infrastructure de paiement en temps réel, dénommée RTP (« real-time payments »), qui doit devenir accessible à toutes les banques américaines d’ici 2020.

La gouverneure Lael Brainard a justifié le projet de la Fed en exprimant des doutes sur la capacité du système RTP à répondre aux besoins de tous les acteurs de la place financière. En revanche, le vice-président Randal Quarles s’est singularisé en votant contre le projet FedNow, au motif que la Fed n’avait pas démontré l’incapacité du secteur privé à fournir ce type de service.

 


 

Brèves

 

-Le 5 septembre, lors d’une conférence à Francfort, Randal Quarles, le vice-président de la Fed chargé de la supervision, a déclaré que la Fed simplifierait sa proposition initiale de « coussin de fonds propres de sécurité » (stress capital buffer – SCB) publiée en avril 2018 et qui porte sur les tests de résistance (stress tests) des grandes banques américaines. Les révisions porteraient sur les suppressions du « coussin de levier de sécurité » (stress leverage buffer – SLB) et de l’exigence de préfinancement des plans de distribution des dividendes.

 

-Le 5 septembre, la FDIC a publié les résultats consolidés pour le deuxième trimestre 2019 des 5 303 institutions dont elle assure la supervision. Leur résultat net agrégé s’est élevé à 62,6 Md USD, soit une hausse de 4,1 % par rapport au premier trimestre 2019. Cette croissance s’explique principalement par une hausse des revenus d’intérêts (interest income) de 3,7 %. La croissance des résultats des plus petites banques (community banks) a également été élevée (+8,1 % par rapport au T2 2018).

 

-Le 8 août, la SEC a publié une proposition de règle visant à mettre à jour et simplifier certaines exigences de transparence relatives à la publication régulière d’informations des entreprises cotées. La proposition est soumise à commentaire public pendant 60 jours.

 

-Le 4 septembre, la SEC et la CFTC ont infligé leur première amende, d’un montant de 20 MUSD, à une chambre de compensation d’importance systémique, Options Clearing Corporation. Les régulateurs ont lui reproché de ne pas avoir mis en œuvre des procédures d’évaluation des risques adéquates pendant plusieurs années.

 

-Le 3 septembre, une juge fédérale a rejeté, pour la seconde fois, la plainte de la Conference of State Bank Supervisors (CSBS), une organisation qui réunit les superviseurs bancaires des États fédérés, dans le cadre d’un différend l’opposant à l’OCC et portant sur le fait que l’agence fédérale puisse accorder des licences bancaires nationales à des fintechs.

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