Washington Wall Street Watch n°2017-9

Washington Wall Street Watch n°2017-9

Crédit photo : F. Jonkisz

Sommaire :

Conjoncture

  • La seconde estimation du PIB du 4e trimestre 2016 confirme la fin d’année décevante de l’économie américaine.
  • L’inflation PCE de janvier s’approche fortement de l’objectif de la Fed.
  • D’après le dernier Beige Book de la Fed, l’activité économique continue de croître à un rythme jugé modeste et le marché du travail reste dynamique.

Politiques macroéconomiques

  • Trump s’est exprimé pour la première fois devant le Congrès réuni en session plénière dans un discours de politique générale.
  • Plusieurs officiels de la Fed se sont exprimés en faveur d’une hausse de taux à la prochaine réunion du comité de politique monétaire.

Régulation financière

  • Le comité de stabilité financière FSOC s’est réuni pour la première fois sous la Présidence Trump.
  • Un projet de la DTCC illustre le potentiel de la technologie Blockchain pour le secteur financier.
  • Les profits des banques américaines ont progressé sur l’année 2016, portés notamment par la progression du volume de prêts.

Brèves

 

 

Conjoncture

 La seconde estimation du PIB du 4e trimestre 2016 confirme la fin d’année décevante de l’économie américaine

La seconde estimation délivrée par le Bureau of Economic Analysis (BEA) fait état d’une croissance de 1,9 % au T4 2016 en rythme annualisé (soit 0,5 % en rythme trimestriel). La consommation a été revue à la hausse (+3 % contre +2 % initialement en rythme annuel) mais le solde du commerce extérieur a pénalisé la croissance à hauteur de 1,7 point. La croissance de l’année 2016 se situe à 1,6 % (après 2,6 % en 2015), le plus mauvais résultat depuis 2011.

L’inflation PCE de janvier confirme la convergence vers l’objectif de la Fed.

L’indice des prix des dépenses personnelles de consommation (inflation PCE), utilisé de préférence par la Federal Reserve pour la conduite de la politique monétaire, a progressé de +0,4 % en janvier (après +0,2 % en décembre) et affiche une hausse de 1,9 % en glissement annuel. La composante sous-jacente de l’inflation PCE est en hausse de +0,3 % sur un mois et de +1,7 % sur un an, comme au mois de décembre. Publiée après l’inflation CPI, cette donnée confirme que l’inflation converge vers l’objectif de 2 % de la Fed.

 Le dernier Beige Book de la Fed montre une activité économique en croissance modeste et un marché du travail toujours dynamique.

La Federal Reserve a publié son Beige Book basé sur les données d’activité du début d’année 2017 en vue du prochain comité de politique monétaire qui aura lieu les 14 et 15 mars 2017. Le rapport signale une croissance modérée de l’activité dans l’ensemble des secteurs d’activité. Les entreprises sont confiantes dans les perspectives à court terme bien que l’optimisme soit moindre qu’en janvier.

Le marché du travail donne des signes de tensions croissantes. Plusieurs districts signalent une pénurie de demandeurs d’emplois qui conduit les entreprises à convertir les contrats à temps partiel en contrats à temps plein. Les salaires continuent d’augmenter à un rythme modéré et la pénurie de candidats pour des emplois qualifiés soutient les hausses de salaires. Les tensions sur les prix n’ont pas significativement évolué depuis le rapport de janvier. Les coûts de production ont légèrement augmenté et les entreprises s’attendent à un accroissement des pressions inflationnistes.

Politiques macroéconomiques

 Trump s’est exprimé pour la première fois devant le Congrès réuni en session plénière.

Comme chaque nouveau Président, D. Trump a prononcé un grand discours de politique générale devant les deux chambres législatives juste après son investiture. Le discours a été favorablement reçu par le public (cf. enquêtes d’opinion) et par les marchés (le Dow a gagné 300 points et le Nasdaq 0,9% mercredi).

Trump s’est concentré sur la présentation de ses intentions générales sur les principales réformes à mener sans rentrer dans les détails des mesures et sans modifier significativement sa ligne, même lorsque ses priorités diffèrent de celles du leadership républicain au Congrès (commerce, immigration).

Sur certains sujets néanmoins, ses intentions s’accordent largement avec les objectifs des Républicains – il a notamment précisé les grandes lignes d’une réforme d’Obamacare. Les précisions apportées (notamment garantir la liberté de choix pour les assurés, laisser davantage de flexibilité aux Etats fédérés, ou mieux réguler les coûts, des médicaments) ont été perçues par les différents courants de la majorité républicaine comme un soutien implicite à leurs propositions respectives.

De même, en matière de politique fiscale, il a réaffirmé sa volonté de réduire fortement la fiscalité des entreprises, en ligne avec les attentes de la majorité républicaine. Ses propos ont également été interprétés comme penchant en faveur d’un mécanisme fiscal d’ajustement aux frontières pour les entreprises, sans qu’il ait cité explicitement le projet de réforme mis en avant par les républicains de la Chambre des représentants.

Enfin, il a ravivé le sujet de la relance des investissements dans les infrastructures et précisé pour la première fois que le financement serait partagé entre le public et le privé.

 

Plusieurs officiels de la Fed se sont exprimés pour une hausse de taux à la prochaine réunion du comité de politique monétaire.

Lors d’une intervention à Harvard, Lael Brainard (gouverneur, votant) estime que l’amélioration de l’activité permet d’envisager une hausse prochaine des taux d’intérêt de la Fed. Cette déclaration est importante car L. Brainard est considérée comme l’un des membres les plus dovish (favorable à une politique monétaire accommodante) du comité de politique monétaire. Elle se joint aux autres membres du comité qui militent depuis quelques semaines pour une hausse des taux lors de la réunion de mars. L. Brainard a également déclaré que le bilan de la Fed devait être mobilisé comme second outil de politique monétaire.

Lors d’une interview accordée à CNN, William Dudley (Fed de New York, votant) a déclaré qu’un resserrement de la politique monétaire devenait une « nécessité beaucoup plus impérieuse » au vu des dernières évolutions conjoncturelles.

John Williams (San Francisco, non-votant) juge qu’une hausse de taux devra faire l’objet « de sérieuses considérations » lors de la réunion de mars. Si J. Williams n’est pas membre votant cette année, il est un membre très influent du comité.

Ces déclarations ont conduit à ce que les anticipations des marchés s’orientent désormais très majoritairement sur une hausse des taux de 25 pb dès la réunion de mars du comité de politique monétaire.

 

 

Régulation financière

 

Le FSOC s’est réuni pour la première fois depuis les élections, dans un contexte chargé sur les enjeux liés aux institutions systémiques

Le Comité des services financiers de la Chambre des Représentants a publié le 28 février un rapport qui conclut que le processus de désignation d’acteurs systémiques non bancaires par le Financial Stability Oversight Council (FSOC) est « incohérent et arbitraire ». Selon le rapport (rédigé par un comité à majorité républicaine), l’analyse du FSOC ne s’appuie pas sur des règles et critères clairs, et le conseil ne suit pas le peu de règles qui existent. De telles désignations arbitraires, selon le rapport, mettent en danger la stabilité du système financier et le contribuable américain. J. Hensarling, Président du Comité, s’est appuyé sur ce rapport pour réaffirmer le bien-fondé des réformes prévues dans sa proposition de loi (Choice Act), qui prévoit notamment de retirer au FSOC son autorité de désignation d’institutions systémiques.

Le rapport est sorti peu avant la première réunion du FSOC dirigée par S. Mnuchin le 2 mars, avec à l’ordre du jour la reconsidération annuelle de la désignation d’un acteur non bancaire systémique. Alors que le résultat de la contestation en appel de MetLife sur sa désignation comme systémique pourrait arriver prochainement, seuls AIG et Prudential restent à ce jour désignés comme assureurs systémiques.

 

Un projet de la DTCC confirme le potentiel de la technologie Blockchain pour le secteur financier.

La Depository Trust and Clearing Corporation (DTCC), qui joue le rôle de chambre de compensation et de dépositaire central, a annoncé avoir achevé avec succès une série de tests portant sur l’utilisation de la technologie Blockchain en matière de compensation et de règlement des rachats de titres. La DTCC a annoncé qu’elle déciderait d’ici juin si elle décide de déployer cette technologie à plus grande échelle.

Ce projet rejoint un rapport publié en février par la Financial Industry Regulatory Authority (FINRA) – organisme d’auto-régulation dans le domaine des marchés financiers – qui étudie l’impact de la Blockchain en matière de régulation financière. Le rapport présente différents usages potentiels de la technologie Blockchain et leurs avantages en termes de coûts opérationnels, notamment l’utilisation de registres dématérialisés pour stocker les données liées aux transactions La FINRA reste cependant prudente et rappelle que la mise en œuvre de cette technologie devra nécessiter d’adapter en conséquence le cadre réglementaire financier.

 

Les profits des banques américaines ont progressé en 2016, portés notamment par la progression du volume de prêts.

La Federal Deposit Insurance Corporation (FDIC) a publié le 28 février la synthèse des résultats des établissements qui bénéficient de sa garantie des dépôts. Le trimestre a été jugé « largement positif, en dépit de la poursuite des défis auxquels l’industrie est confrontée » par son Président, Martin Gruenberg. Les 5913 établissements de crédit (commercial banks et savings institutions) couverts par la FDIC ont publié un résultat net cumulé de 43,7 Mds USD sur le dernier trimestre 2016, soit une hausse de 7,7 %  par rapport au dernier trimestre 2015. Cette hausse s’explique notamment par une progression de 8,4 Mds USD (+7,6 %) des revenus d’intérêt nets (net interest income). Sur l’année 2016, le résultat net combiné a atteint 171 Mds USD, soit une progression de 4,9 % (29 Mds USD) par rapport à l’année 2015, en dépit d’une progression de 10 Mds USD des provisions pour pertes. Au cours de la période, le volume de prêts a augmenté de 466 Mds USD, soit 5,3 %. Le nombre de banques en difficulté a continué de décroître au 4e trimestre 2016, pour atteindre 123 établissements (contre 132 à la fin du 3e trimestre).

La fédération des banques américaines The ClearingHouse (TCH) a publié récemment une analyse indiquant que la croissance du volume de prêts avait été concentrée sur certains secteurs qui n’étaient pas les plus dépendants des prêts bancaires, tels que les prêts aux grandes entreprises, les cartes de crédit pour les emprunteurs les plus solvables, les prêts automobiles et les prêts pour l’immobilier commercial. Selon TCH, certaines catégories de prêts, telles que les prêts aux petites entreprises ou les crédits immobiliers résidentiels, ont crû lentement voire se sont contractés.

 

 

Brèves

*Le Department of Labor (DoL) a annoncé reporter l’entrée en vigueur de sa règle sur la distribution des produits de retraite (qui obligeait les conseillers à mettre les intérêts de leurs clients en priorité) du 10 avril au 9 juin. Cette initative du DoL met en pratique l’executive order signé par D. Trump le 3 février dernier et pourrait constituer une première étape avant la révision ou l’abrogation de cette règle.

*Le comité des services financiers de la Chambre des Représentants a annoncé la tenue le 9 mars d’une première audition sur le programme fédéral qui subventionne les primes d’assurance sur les risques d’inondation (National Flood Insurance Program), dont l’autorisation budgétaire prendra fin en septembre. De nombreux élus, démocrates et républicains, souhaitent profiter des débats autour du budget du programme pour réfléchir à sa structure et son fonctionnement (notamment pour évaluer la possibilité de transférer en partie la prise en charge vers le secteur privé).

*Le directeur du National Economic Council, G. Cohn, a annoncé lundi 27 février les noms de 13 nouveaux conseillers de D. Trump à des postes économiques qui concernent notamment le commerce international, les politiques d’infrastructures, les politiques fiscale et les politiques financières.

 

 

COMMENTS

WORDPRESS: 0
DISQUS: 1