Washington Wall Street Watch n°2017-8

Washington Wall Street Watch n°2017-8

Crédit photo : F. Jonkisz

SOMMAIRE

CONJONCTURE

-Au 4e trimestre 2016, la dette des ménages américains, en hausse, se rapproche de son pic de 2008.

POLITIQUES MACROECONOMIQUES

-Les minutes de la dernière réunion du comité de politique monétaire suggèrent que la Fed remontera rapidement les taux d’intérêt si l’activité conserve sa dynamique actuelle.

-Le Secrétaire au Trésor, S. Mnuchin, s’est entretenu avec la DG du FMI, C. Lagarde.

-S. Mnuchin a apporté des précisions sur le calendrier et le cadrage de la réforme fiscale.

REGULATION FINANCIERE

-Des élus républicains exigent que la Fed n’adopte aucune nouvelle réglementation à court terme.

-Une décision clé d’un tribunal fédéral défend la mise sous tutelle par l’Etat fédéral des Government Sponsored Enterprises (GSE).

-La SEC a précisé les modalités d’application de ses règles applicables aux robo-advisors.

-S. Mnuchin s’est exprimé sur ses priorités en matière de régulation financière.

BREVES

 

CONJONCTURE

La dette des ménages américains augmente et se rapproche de son pic de 2008.

La dette des ménages a progressé de 1,8 % au quatrième trimestre 2016 tous types de créances confondus, selon un rapport de la Federal Reserve de New York. La hausse est particulièrement marquée pour les créances associées aux cartes de crédit (+4,3 %) et pour les prêts étudiants (+2,4 %). Cette augmentation, la plus forte constatée depuis le quatrième trimestre 2013, s’inscrit dans la volonté des ménages de profiter des taux bas avant que le coût du crédit ne remonte avec les hausses de taux.

Contrairement aux années 2000, la dette n’est pas portée par le crédit immobilier.

Le stock de dette des ménages s’établit à 12 600 Mds USD et se rapproche de son pic de 2008 bien que sa composition ait évolué depuis la crise : la croissance de l’endettement est désormais portée par la dette étudiante et les prêts automobiles plutôt que par le crédit immobilier. Le taux de défaut global est resté stable à 3,3 %, tandis que le taux de défaillance sur les emprunts étudiants progresse et atteint 11,2 %.

 

POLITIQUES MACROECONOMIQUES

Les minutes de sa dernière réunion confirment l’orientation hawkish du comité de politique monétaire.

Plusieurs membres du comité de politique monétaire (FOMC) ont appelé à relever les taux Fed Funds « assez rapidement » (fairly soon) si les données d’emploi et l’inflation évoluent conformément aux attentes. Le FOMC craint que l’inflation ne dépasse trop fortement la cible de 2 % s’il était décidé d’attendre trop avant d’agir. Ces minutes font écho à l’audition récente de Janet Yellen devant le Congrès. Les dirigeants de la Fed s’inquiètent également du risque que les taux bas encouragent excessivement le recours à l’endettement et la prise de risque. Le comité note que la confiance des consommateurs et des entreprises a augmenté depuis l’élection présidentielle. Le comité s’inquiète toutefois des risques associés à une politique budgétaire expansionniste et à une appréciation du dollar. La réduction du bilan de la banque centrale sera discutée lors des prochaines réunions.

Lors d’une intervention au Forecasters Club of New York, Jerome Powell (gouverneur, votant) a déclaré que l’économie américaine est proche des objectifs de la Fed et estime qu’une action dès la réunion de mars est « sur la table ». J.Powell juge que la Fed a fait le bon choix en conservant ses taux d’intérêt durablement faibles mais qu’il n’est pas souhaitable de prendre du retard sur le niveau optimal des taux (« behind the curve »). Il a appelé de ses vœux une relance de l’investissement en infrastructures ainsi que des mesures pour inciter les inactifs américains à revenir sur le marché du travail.

Le Secrétaire au Trésor s’est entretenu avec la Directrice Générale du FMI, notamment sur les politiques de change de ses membres.

Dans un entretien téléphonique le mardi 21 février avec Christine Lagarde, S. Mnuchin a souligné l’importance que le Trésor américain accorde aux conseils de politique économique que le FMI donne à ses membres pour résorber les déséquilibres mondiaux et son souhait que le FMI fournisse des analyses « franches et sincères » (« frank and candid ») sur les politiques de change de ses membres. Si le contenu de l’entretien n’a pas été rendu public, C. Lagarde a toutefois rapporté au cours d’un entretien accordé le lendemain à la radio allemande ARD que S. Mnuchin lui avait témoigné sa volonté de travailler en coopération avec les leaders mondiaux pour la stabilité financière.

Mnuchin a apporté des précisions sur le calendrier de la réforme fiscale.

Dans une interview avec CNBC, le nouveau Secrétaire au Trésor S. Mnuchin a annoncé que l’Administration espérait finaliser la réforme fiscale d’ici août. Interrogé sur l’impact budgétaire de ces réformes et le réalisme des hypothèses, il a indiqué qu’il fallait tenir compte de l’effet favorable sur la croissance et donc sur les recettes des réformes envisagées (effets de bouclage ou dynamic scoring). Il a ainsi indiqué que les hypothèses de croissance de l’Administration seraient supérieures à celles du Congressional Budget Office réalisées à politique constante. Il a ainsi évoqué un objectif de croissance à 3% d’ici fin 2018 grâce à une combinaison de réformes fiscales « significatives » et d’allégements de la régulation.

 

REGULATION FINANCIERE

 Des élus républicains demandent à la Fed de n’adopter aucune nouvelle réglementation financière avant la nomination du prochain Vice-Président en charge de la supervision.

Hensarling, Président du Comité des services financiers de la Chambre des Représentants, a envoyé une lettre co-signée avec 33 autres élus républicains, demandant à la Fed de n’adopter aucune règle en matière de régulation financière, tant que le prochain Vice-Président en charge de la supervision n’est pas nommé et confirmé par le Sénat. Le poste était jusqu’ici occupé de facto par D. Tarullo, qui a annoncé son départ pour avril. Personne n’a encore été désigné par D. Trump pour lui succéder. Certains noms commencent à circuler dans la presse, tels que l’ancien responsable des institutions financières au Trésor David Nason, l’ancien Président de la SEC Paul Atkins ou le Vice-Président de la FDIC Thomas Hoenig. La lettre cite l’intervention de J. Yellen lors de son audition au Congrès le 15 février, lors de laquelle elle s’était engagée à respecter les executive orders signés par le Président en matière de régulation financière (y compris le moratoire sur de nouvelles règles imposé à l’ensemble de l’exécutif à court terme) – à l’exception des travaux sur les stress tests et le Stress Capital Buffer. La lettre des élus s’appuie sur cette exception énoncée par J. Yellen pour justifier une telle démarche. Les élus menacent d’annuler toute nouvelle règle qui serait adoptée par la Fed via un mécanisme législatif qui ne requiert qu’une majorité simple au Sénat, dont disposent les Républicains.

 Les Goverment Sponsored Enterprises (GSE – Fannie Mae et Freddie Mac) vont verser 10 Mds USD de dividendes en mars au Trésor américain.

Les GSE, qui offrent des garanties publiques sur les prêts immobiliers aux Etats-Unis, ont publié leurs résultats annuels, qui font état d’un bénéfice net de 5 Mds USD au dernier trimestre 2016 pour Fannie Mae et de 4,8 Mds USD pour Freddie Mac, ce qui confirme la bonne santé du marché du logement américain. Ces résultats très positifs s’expliquent par l’augmentation des taux d’intérêts et certains mécanismes comptables (la valorisation des dérivés souscrits par les GSE, dont la valeur augmente avec les taux d’intérêts, et des actifs sous-jacents n’étant pas inscrite au même moment et permettant de gonfler le bénéfice à court-terme). Lors de son audition de confirmation au Sénat en janvier 2017, S. Mnuchin avait annoncé vouloir réformer les GSE, et ne pas les maintenir sous tutelle publique en l’état.

 La cour d’appel fédérale du District de Columbia a rendu une décision défavorable aux actionnaires privés des GSEs.

Cette décision empêche les hedge funds actionnaires des GSE de réclamer en justice le remboursement des sommes saisies par le gouvernement américain au titre de leur mise sous tutelle publique. Les hedge funds avaient acheté des parts dans les GSE suite à la crise financière de 2008, alors que l’Etat fédéral continuait de les renflouer pour éviter leur faillite. Le contrat de renflouement (bail-out), modifié en 2012 par l’Etat fédéral et les GSE, oblige ces institutions sous tutelle à reverser chaque semestre la totalité de leurs bénéfices nets au Trésor américain, ce qui correspond, en cumulé, à un total de plus de 266 Md USD depuis lors (à comparer aux 187 Md USD d’injections initiales de l’Etat fédéral). Les actionnaires privés ont attaqué ce mécanisme en justice au motif qu’il empêche les GSE de constituer un capital. L’annonce de la décision de rejet de la cour d’appel a immédiatement entrainé une baisse de 30 % du cours de bourse des GSE.

 La SEC précise les modalités d’application de ses règles applicables aux robo-advisors

Les robo-advisors, i.e. des conseillers en investissements automatisés avec interaction humaine nulle ou limitée, sont globalement soumis aux Etats-Unis à des règles similaires à celles applicables aux conseillers en investissement traditionnels (reporting, conseil, transparence, etc.), sans pour autant disposer d’un cadre spécifique adapté à ces innovations (la plupart des règles sont issues de l’Investment Advisers Act de 1940). La Securities and Exchange Commission (SEC), qui supervise les conseillers en investissement, a publié deux textes officiels, une guidance et un bulletin. Ces textes détaillent les orientations à suivre par les robo-advisors. Elles s’articulent autour de trois grands axes, (i) un contrôle sur le contenu des communications vers les clients sur les services offerts par le robo-advisor, (ii) l’obligation d’obtenir certaines informations de la part du client afin de pouvoir servir au mieux ses intérêts, et (iii) l’adoption et la mise en œuvre de programmes de conformité qui prennent en compte les spécificités du conseil automatisé. M. Piwowar, Président par intérim de la SEC, s’est félicité de ces précisions qui selon lui « aideront les investisseurs à utiliser les opportunités liées aux nouvelles technologies tout en assurant l’équité des marchés et la protection des consommateurs ».

 Mnuchin s’est exprimé sur les priorités de la régulation financière

Dans une interview avec Fox Business, S. Mnuchin a affirmé vouloir s’assurer que la régulation financière n’entrave pas la croissance économique – et vouloir analyser les actions du Bureau de Protection des Consommateurs de Produits Financiers (CFPB), mais également celles des agences de supervisions bancaires (l’Office of the Comptroller of the Currency – OCC, la Fed et la Federal Deposit Insurance Corporation – FDIC). Il a regretté « l’extraordinaire liquidité coincée dans le système et au sein des banques ». Il a également affirmé qu’il serait nécessaire de clarifier la règle Volcker, qu’il a associée à la baisse de la liquidité sur les marchés obligatoires – sans pour autant l’abroger complétement.

 

BREVES

*Le Congrès était en recess cette semaine (pas de séances à Washington, les élus étaient dans leurs circonscriptions).

*D. Trump, dans des remarques officielles avant une réunion dédiée à la préparation du budget, a affirmé que la réforme fiscale était « quasiment finalisée », mais qu’elle ne pouvait « être soumise avant la réforme de la santé » – et que cette dernière, qui « progresse bien également », devrait avancer en mars avec l’introduction d’une proposition par la Maison Blanche « qui impressionnera beaucoup».

*Sean Spicer, le porte-parole de la Maison Blanche, a affirmé que la proposition de budget du Président sera publiée d’ici le 14 mars.

*Le Département du Trésor a annoncé que la prochaine réunion du Financial Stability Oversight Council (FSOC) se tiendra le 2 mars. Cette réunion sera la première dirigée par S. Mnuchin. La réévaluation annuelle des acteurs non bancaires systémiques est prévue à l’ordre du jour (seuls AIG et Prudential sont actuellement désignés), ainsi que des discussions sur les « développements de marché » et sur la préparation du rapport 2017 du FSOC. Un éventuel début des réflexions sur la refonte du cadre de régulation financière, demandées au FSOC par D. Trump par executive order, n’est en revanche pas mentionné à l’agenda.

*Le régulateur des services financiers de l’Etat de New York (NY DFS) a finalisé ses règles imposant des exigences de cyber sécurité à l’ensemble des acteurs financiers de l’Etat. Ses règles prendront effet à partir du 1er mars, avec une période de transition de 2 ans pour les mettre en œuvre.

*Les régulateurs bancaires (Fed, Federal Deposit Insurance Corporation – FDIC et l’Office of the Comptroller of the Currency – OCC notamment) ont annoncé reporter l’entrée en vigueur effective de leur règle sur les exigences de marges pour les swaps dealers. Comme la Commodity Futures Trading Commission (CFTC) la semaine dernière, les régulateurs bancaires prévoient de laisser jusqu’au 1er septembre 2017 (et non plus au 1er mars) pour se mettre en conformité avec la règle.

 

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