Washington Wall Street Watch n°2017-7

Washington Wall Street Watch n°2017-7

Crédit photo : F. Jonkisz

SOMMAIRE:

CONJONCTURE

-En janvier, l’inflation (IPC) s’est établie au-dessus de 2 %.

-La production industrielle se replie légèrement en janvier en raison de l’hiver doux.

POLITIQUES MACROECONOMIQUES

-Janet Yellen, présidente de la Fed, a été auditionnée par le Congrès.

-Le Sénat a confirmé S. Mnuchin au poste de Secrétaire au Trésor et M. Mulvaney au poste de directeur de l’Office of Management and Budget (OMB).

REGULATION FINANCIERE

-L’Administration Trump a introduit une proposition de règle visant à stabiliser les marchés de l’assurance santé.

-L’accord bilatéral entre les Etats-Unis et l’Union Européenne en matière d’assurance a fait l’objet d’une audition au Congrès.

-Les réflexions sur des adaptations de la régulation sur les banques de taille moyenne s’intensifient.

-La CFTC a reporté l’entrée en vigueur de sa règle sur les exigences de collatéral pour les swap dealers.

BREVES

CONJONCTURE

L’inflation IPC (indice des prix à la consommation) continue de progresser et s’établit au-dessus de 2 %. Les prix progressent de 0,6 % en janvier 2017 par rapport à décembre 2016 et l’inflation mensuelle est la plus élevée depuis février 2013. La hausse des prix atteint +2,5 % en glissement annuel (après 2,1 % en décembre), un niveau inédit depuis janvier 2012. L’inflation est alimentée par le rebond des prix de l’énergie et l’augmentation des prix des automobiles. L’inflation CPI sous-jacente s’établit à +0,3 % sur un mois et à 2,3 % en g.a. (après 2,2 % en décembre).

La production industrielle baisse en janvier (-0,3 %). Le chiffre de la production industrielle du mois de décembre a également été revu à la baisse à +0,6% (contre +0,8 % initialement). Ce résultat s’explique par l’hiver très doux aux Etats-Unis, qui a limité la demande de gaz et de fioul.

POLITIQUES MACROECONOMIQUES

Janet Yellen a été auditionnée au Sénat et la Chambre des représentants cette semaine.

Son discours a été plus hawkish (c’est-à-dire favorable à une remontée des taux à court terme) qu’attendu, appelant à poursuivre le resserrement monétaire, tout en rappelant le degré élevé d’incertitude. Elle s’est aussi attachée à défendre la régulation financière.

Si la Fed juge que la politique monétaire reste accommodante, J. Yellen a estimé qu’il serait « imprudent » (unwise) de trop attendre pour poursuivre le resserrement monétaire. Cela entrainerait le risque de devoir remonter les taux de façon précipitée par la suite, avec des effets potentiellement négatifs sur l’économie. Ces déclarations ont contribué à la remontée des anticipations de marché concernant la probabilité d’une hausse des taux dès mars ou mai 2017.

Yellen a indiqué que la réduction du bilan de la Fed sera engagée graduellement quand le comité de politique monétaire sera suffisamment confiant dans la vigueur de l’activité et le niveau des taux d’intérêt. Elle a expliqué que la Fed souhaitait s’orienter vers un bilan composé davantage de bons du Trésor plutôt que de titres hypothécaires.

Les questions sur la régulation financière ont été nombreuses en raison de l’actualité. J. Yellen a défendu le cadre actuel qui permet selon elle au système financier d’être plus résilient – tout en affirmant être en accord avec les « core principles » énoncés par D. Trump dans son décret du 2 février sur la refonte du cadre de régulation financière. J. Yellen s’est dit prête à travailler avec la nouvelle Administration sur cette réflexion. Elle a jugé la liquidité des marchés obligataires suffisante, indiquant qu’il n’y avait pas de preuves que la règle Volcker avait réduit la liquidité. Elle a enfin souligné le rôle central du Bureau de Protection des Consommateurs de Produits Financiers (CFPB), et a salué son action.

Le Sénat a confirmé S. Mnuchin au poste de Secrétaire au Trésor et M. Mulvaney au poste de directeur de l’Office of Management and Budget (OMB).

La confirmation de S. Mnuchin a été votée par le Sénat à 53-47. La majorité républicaine avait notamment dû suspendre temporairement les règles du comité en charge de l’audition de S. Mnuchin dans le courant janvier pour passer outre le boycott des sénateurs démocrates.

Dès sa prise de fonction le lendemain, mercredi 15 février, S. Mnuchin a annoncé qu’il nommait E. Miller, l’ancien Chief Operating Officer de la campagne de D. Trump, au poste de directeur de cabinet (Chief of Staff) du Secrétaire au Trésor.

Mulvaney a été confirmé jeudi 16 février par un vote du Sénat à 51-49 après que la majorité républicaine a mis fin la veille à une tentative de blocage des sénateurs démocrates. Aucun démocrate n’a accordé son soutien au candidat en raison de ses positions en matière de dépenses fédérales. Le nouveau président de l’OMB devrait s’attaquer rapidement aux principaux chantiers ouverts par l’administration Trump, notamment la réforme de la couverture santé et le changement de trajectoire budgétaire.

REGULATION FINANCIERE

Le Department of Health a introduit une proposition de règle visant à stabiliser les marchés d’assurance créés par Obamacare.

Des assureurs continuent à exprimer des inquiétudes sur leur capacité à rester sur les marchés d’assurance liés à la réforme Obamacare. Humana, un des principaux assureurs santé, a annoncé le 14 février qu’il se retirerait complétement du système d’assurance Obamacare à partir de 2018, citant la présence disproportionnée de personnes en mauvaise santé dans ce système (« unbalanced risk pool ») et qui attend des pertes à hauteur de 45 MUSD sur ce marché en 2017, notamment face à des subventions réduites par rapport aux attentes. Cela fait suite à des annonces similaires d’autres assureurs comme Aetna et UnitedHealth Group en 2016, mais c’est la première fois qu’un assureur se retire complétement sur tout le territoire. Le PDG d’Aetna estime que de nombreux assureurs pourraient suivre l’exemple de Humana dans les prochaines semaines.

Dans ce contexte, l’Administration Trump a publié mercredi 15 février une proposition de règle visant à stabiliser les marchés Obamacare à court terme, en attendant l’adoption éventuelle d’une réforme plus générale. Cette règle vise à soulager les assureurs en limitant les risques financiers auxquels ils s’exposent en participant au système Obamacare (possibilité de transférer davantage de coûts vers le consommateur, réduction des périodes d’inscription afin de laisser plus de temps aux assureurs pour évaluer les risques et éviter que certains ne s’assurent qu’une fois malades, etc.). Elle ne prévoit pas, contrairement à ce qui était attendu, de donner la possibilité aux assureurs de différencier le tarif en fonction de l’âge du patient. Enfin, elle ne touche pas au mandat individuel, qui oblige les Américains à s’assurer sous peine de recevoir une amende.

 L’accord bilatéral entre les Etats-Unis et l’Union Européenne en assurance fait l’objet d’une analyse poussée au Congrès

Une première audition a eu lieu le 16 février, permettant de rappeler les positions respectives des différents acteurs impliqués aux Etats-Unis. Des anciens représentants du Trésor américain et de l’industrie ont rappelé les gains importants que pouvait représenter un tel accord pour les assureurs américains, alors que des représentants des Etats fédérés et des assureurs mutualistes ont critiqué ce qui constituait pour eux une intrusion excessive de l’Etat fédéral, voire de l’Union Européenne, dans des affaires locales. L’audition a également mis en avant la volonté du Congrès d’être davantage associé aux négociations et de protéger les prérogatives des Etats fédérés et les spécificités du système américain en matière de régulation des assureurs. Le Dodd-Frank Act prévoit en effet que le Congrès doit être consulté avant la signature finale de l’accord par les autorités américaines, et il est difficile de prévoir aujourd’hui ses intentions ainsi que sa capacité à influencer l’administration sur ce sujet. D’autres auditions pourraient être organisées dans les prochaines semaines.

Les réflexions sur les évolutions possibles du cadre réglementaire des banques de taille moyenne s’intensifient.

Dans une lettre au Congrès, 18 banques régionales demandent une révision complète des règles de capital et de liquidité qui s’appliquent à elles, afin notamment « d’identifier les conséquences et fardeaux imprévus et les régulations excessives limitant la capacité à offrir du crédit ». Les banques demandent également à ce que la taille ne soit plus le seul critère pour déterminer le niveau de régulation qui s’applique. Une déclaration du Président du comité bancaire du Sénat, M. Crapo, va dans ce sens. Il a évoqué vouloir revoir le palier de 50 Mds USD d’actifs fixé par le Dodd Frank Act, au-delà duquel des règles plus contraignantes s’appliquent. Il a affirmé souhaiter le remplacer par des critères plus flexibles et permettant de mieux prendre en compte les spécificités de chaque banque.

La CFTC annonce reporter l’entrée en vigueur effective de sa règle sur les exigences de marge pour les swaps

Les swap dealers auront jusqu’au 1er septembre 2017 (et non plus le 1er mars) pour se mettre en conformité avec une règle de la Commodity Futures Trading Commission (CFTC), visant à établir des exigences de marge de variation pour les swaps qui ne sont pas compensés par une chambre de compensation centrale. La CFTC a cité des difficultés opérationnelles et un manque de préparation par les acteurs concernés pour justifier l’instauration d’une telle période de grâce. Cette règle avait été adoptée dans le cadre de la mise en œuvre du Dodd Frank Act.

BREVES

*A. Puzder, candidat désigné par D. Trump pour le poste de Secrétaire au Travail, a annoncé mercredi 15 février par Twitter qu’il renonçait à sa candidature. Le lendemain, jeudi 16 février, l’équipe de D. Trump a désigné Alexander Acosta, professeur de droit et ancien Attorney General, comme nouveau candidat.

*M.J White, qui a quitté la Securities and Exchange Commission (SEC) en janvier, retourne dans le cabinet d’avocats qu’elle avait quitté pour prendre la tête de la SEC en 2013, Debevoise & Plimpton.

*D. Trump a signé l’abrogation de la règle SEC imposant aux industriels du secteur des industries extractives de déclarer tout paiement versé à un gouvernement étranger en relation avec leurs activités d’extraction et d’exploitation de matières premières.

*Une proposition de loi a été introduite à la Chambre des Représentants visant à abroger la règle du Department of Labor créant des plans de retraite publics au niveau des Etats pour les personnes non employées. Cette règle, récente, pourra être abrogée à la majorité simple au Congrès, en vertu du Congressional Review Act de 1996.

*Les grands assureurs américains ont publié des résultats décevants au 4ème trimestre 2016. Avec 2,1 Mds de pertes nettes, MetLife a connu ses pires pertes depuis 10 ans. Prudential a perdu 1,3 Md USD. Une grande partie de ces pertes viennent des portefeuilles de produits dérivés détenus par les assureurs (3,2 Md USD de pertes pour MetLife sur ce portefeuille) et leurs produits d’annuités (450 M USD de pertes pour Prudential).

*La Cour d’appel fédérale du district de Washington D.C., a annoncé qu’elle acceptait d’étudier l’appel du Bureau de Protection des Consommateurs de Produits Financiers (CFPB). Un jugement en première instance avait établi que la structure actuelle du CFPB, agence indépendante dirigée par un Directeur ne pouvant être démis de ses fonctions par le Président (contrairement aux autres agences indépendantes, dirigées par des Commissions mixtes), n’était pas constitutionnelle – et qu’a minima le Directeur devait pouvoir être renvoyé sans justification par le Président. Cette décision a été perçue comme favorable à l’indépendance du CFPB.

 

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