Washington Wall Street Watch n°2017-6

Washington Wall Street Watch n°2017-6

SOMMAIRE :

CONJONCTURE

–           Le rapport sur l’emploi de janvier continue de souligner la bonne dynamique du marché du travail

POLITIQUES MACROECONOMIQUES

–           Divergence de points de vue sur le calendrier de resserrement des taux au sein du FOMC

–           Plusieurs déclarations récentes de D. Trump et des leaders républicains du Congrès donnent des indications sur le calendrier des mesures économiques

REGULATION FINANCIERE

–           D. Trump a signé un executive order (décret présidentiel) en matière de régulation financière

–           D. Trump a signé un memorandum visant à retarder l’entrée en vigueur et à réévaluer la règle qui impose un devoir fiduciaire aux conseillers en investissement dans les plans de retraite

–           La Réserve fédérale a publié les scénarios qui seront utilisés dans le cadre des stress tests 2017

–           Deux mesures issues du Dodd Frank Act et qui imposaient des contraintes de reporting pour les industries extractives visées par les Républicains – une a été annulée et l’autre est en passe de l’être

BREVES

 

CONJONCTURE

Le rapport sur l’emploi du mois de janvier continue de souligner la bonne dynamique du marché du travail.

Les créations d’emploi se poursuivent à un rythme soutenu et le taux de participation est en progression. Sur le marché du travail, l’année 2017 commence comme l’année précédente s’était achevée.

L’économie américaine a créé 227 000 emplois en janvier (après 157 000 en décembre), ce chiffre est nettement supérieur aux attentes du consensus (+175 000 emplois) et se situe au-dessus de la moyenne de l’année 2016. (187 000 emplois par mois).

Le taux de chômage progresse à 4,8% (+ 0,1 point), mais cette hausse s’explique par l’arrivée de nouveaux entrants sur le marché du travail car le taux de participation rebondit à 62,9% (+0,2 point), signe que le sous-emploi se résorbe peu à peu.

La croissance des salaires s’établit à 2,5% pour le mois de janvier en glissement annuel, contre une progression de 2,9% en décembre. Ce chiffre est nettement inférieur à la hausse de 2,9% attendue par le consensus, et rompt avec la dynamique de la fin d’année 2016.

Le salaire minimum a augmenté dans plusieurs Etats américains au début de l’année, ce qui aurait dû soutenir la progression des salaires.

POLITIQUES MACROECONOMIQUES

-Les membres du comité de politique monétaire affichent des divergences de points de vue significatives sur le calendrier des prochaines hausses de taux.

James Bullard, (Fed de Saint-Louis, non-votant), s’est exprimé en faveur d’une seule hausse de taux en 2017, écartant de fait toute possibilité d’une action en mars. J.Bullard souligne que les pressions sur les prix restent faibles et rien ne permet d’envisager un véritable changement de régime. De plus l’incertitude politique, qui ne devrait pas être levée avant plusieurs mois, justifie selon lui une position d’attente. Cette déclaration a d’autant plus surpris que J.Bullard est généralement rangé parmi les membres les plus favorables aux hausses de taux du FOMC (hawk). A l’inverse, Patrick Harker (Fed de Philadelphie, votant) s’est dit ouvert à une action rapide de la Fed, déclarant qu’une hausse de taux dès le mois de mars était « sur la table ». P. Harker estime qu’une poursuite de la dynamique de l’emploi justifierait une accélération du calendrier.

 

-Plusieurs déclarations de D. Trump et des leaders républicains du Congrès donnent des indications sur le calendrier budgétaire.

Trump a annoncé la présentation d’un plan de réforme fiscale « phénoménale » dans les trois prochaines semaines. Son porte-parole, S. Spicer, a précisé que le plan concernerait à la fois la fiscalité des particuliers et celle des entreprises. Sur cette dernière, un point de tension potentielle entre la Maison Blanche et les Républicains du Congrès existe sur l’inclusion ou non d’un mécanisme d’ajustement aux frontières (border adjustment tax), présent dans le projet de réforme des Républicains de la Chambre, mais sur lequel des Sénateurs républicains et le Président Trump ont émis des réserves. Par ailleurs, P. Ryan a récemment affirmé viser une adoption de la loi d’abrogation et de remplacement d’Obamacare avant la fin de l’année 2017. Beaucoup (P. Roe, M. Meadows notamment) ont affirmé attendre la proposition des leaders du parti et de la Maison Blanche.

 

REGULATION FINANCIERE

-D. Trump a signé vendredi 3 février deux décrets (executive order) dans le domaine de la régulation financière.

Un premier décret amorce une refonte du cadre de la régulation financière. Il contient essentiellement des orientations générales, mais pourrait avoir des conséquences concrètes importantes : il demande au prochain Secrétaire au Trésor de rencontrer les régulateurs financiers (réunis au sein du FSOC – Financial Stability Oversight Council) et de présenter au Président, dans un délai de 120 jours, les actions possibles et outils à disposition de l’Administration afin de réorienter la régulation financière selon les « Core Principles » suivants : éviter les renflouements (bail-outs) financés par les contribuables, encourager la croissance à travers une analyse rigoureuse des risques systémiques, aider les Américains à rivaliser avec les entreprises étrangères, favoriser les intérêts américains dans les négociations internationales, rendre la régulation efficace et efficiente.

En signant ce décret, D. Trump lance la réflexion sur la refonte du Dodd Frank Act et de la régulation financière post-crise. D. Trump avait affirmé avant la signature du décret que le Dodd Frank Act était « un désastre » et a indiqué lors de la signature que les gains à attendre d’une simplification du DFA seraient élevés (“we expect to be cutting a lot out of Dodd-Frank because frankly I have so many people, friends of mine that have nice businesses and they can’t borrow money”). Le décret s’inscrit dans un mouvement plus général visant une réforme du cadre de régulation financière, qui est également portée par les Républicains au Congrès (J. Hensarling, Président du Comité des services financiers de la Chambre des Représentants, va introduire une nouvelle version de son projet de refonte du Dodd Frank Act, le CHOICE Act, dans les prochaines semaines) et qui sera conduite en grande partie par les nouveaux directeurs des agences de régulation financière.

Trump a signé le même jour un second décret visant à retarder l’entrée en vigueur et à réévaluer la règle qui impose un devoir fiduciaire aux conseillers en investissement dans les plans de retraite. Cette règle fiduciaire devait contraindre les conseillers en investissement dans les plans de retraite à mettre les intérêts de leurs clients en priorité. Jusqu’à présent, les conseillers n’étaient soumis qu’à un devoir de « suitability », et tant qu’ils proposaient des produits correspondant effectivement aux besoins de l’investisseur. Cette règle, adoptée en juin 2016 par le Department of Labor (DoL) de l’Administration Obama, devait entrer en vigueur au 10 avril 2017, mais D. Trump demande au DoL (i) de retarder cette mise en application et (ii) d’effectuer une réévaluation complète de la règle, ouvrant la porte à son annulation. Cette règle était fortement contestée par l’industrie, qui critiquait les coûts associés ainsi que la réduction de la diversité de l’offre pour les consommateurs.

 

La Réserve fédérale américaine a publié le 3 février les scénarios pour les stress tests bancaires en 2017. Les scénarios seront utilisés par les banques et les superviseurs dans le cadre de l’exercice 2017 des stress tests prévus par le Dodd-Frank Act ainsi que pour leurs plans de distribution de capital, dit CCAR (Comprehensive Capital Analysis and Review). Se fondant sur les plans de distribution en capital envisagés par les établissements bancaires, les CCAR évaluent l’impact de cette distribution de capital sur les ratios prudentiels dans un scénario de stress (quantitatif) en jugeant également la qualité du processus de planification des fonds propres (qualitatif). Les stress tests prévus par le Dodd-Frank Act visent à s’assurer que les banques détiennent suffisamment de capital pour absorber des pertes, y compris en cas de récession marquée.

Cette année, 13 banques seront soumises à un examen complet (quantitatif et qualitatif) de leurs plans. Conformément aux annonces de la Fed le 30 janvier 2017, 21 banques ne seront désormais plus soumises au volet qualitatif du CCAR. Pour l’exercice 2017, le scénario « severely adverse » prévoit une récession mondiale marquée, avec un taux de chômage aux Etats-Unis qui progresse de 5,25 points pour atteindre 10 %, accompagné par une période de stress sur les prêts aux entreprises et l’immobilier commercial. Les banques devront soumettre leurs analyses d’ici le 5 avril 2017 à la Fed, qui rendra ses résultats d’ici le 30 juin.

Sur le même thème, une étude publiée par l’Office of Financial Research (OFR) indique que si les banques américaines se voyaient obligées de maintenir leurs coussins en capital en cas de stress, elles devraient alors, toutes choses égales par ailleurs, détenir davantage de capital. En septembre 2016, le gouverneur de la Fed Daniel Tarullo avait déjà appelé de ses vœux l’inclusion des coussins en capital dans les stress tests pour les 8 banques globales d’importance systémique.

 

Le Congrès a voté l’abrogation d’une règle issue du Dodd-Frank Act, qui imposait des contraintes de reporting aux acteurs des industries extractives.

Cette règlementation mise en place par la Securities and Exchange Commission (SEC) imposait aux industriels du secteur des industries extractives de déclarer tout paiement versé à un gouvernement étranger en relation avec leurs activités d’extraction et d’exploitation de matières premières. La règle a pu être abrogée rapidement grâce à la procédure de Congressional Review Act, qui permet au Congrès de renverser à la majorité simple les règlementations adoptées depuis juin 2016. R. Tillerson, nouveau Secrétaire d’Etat et ancien PDG d’Exxon Mobil, avait affirmé qu’elle ferait courir un « désavantage compétitif » aux industries pétrolières américaines en les contraignant à révéler leurs secrets industriels.

Une autre règlementation de la SEC, cette fois sur l’exploitation des minerais issus de zones de conflit, également issue du Dodd-Frank Act, a fait l’objet de critiques de la part du Président par intérim de la SEC M. Piwowar. Cette règlementation, qui devait entrer en vigueur en mars 2017, oblige les industries américaines, et en particulier les opérateurs miniers, à déclarer toute utilisation de minerais produits dans une zone de conflits. La règle était vivement critiquée dans les milieux industriels, qui l’accusaient d’engendrer des coûts supplémentaires de mise en conformité, sans effets sur les conflits visés.

 

BREVES

-Daniel Tarullo, gouverneur de la Fed qui était informellement en charge de la régulation financière, a annoncé sa démission. Elle sera effective vers le 5 avril.

-Le vote de confirmation au Sénat de Steven Mnuchin au poste de Secretary of Treasury est prévu lundi 13 février.

-Janet Yellen, présidente de la Fed, sera auditionnée au Congres mardi 14 février pour le premier compte-rendu semi-annuel sur la politique monétaire.

-Une audition parlementaire sur l’accord bilatéral entre les Etats-Unis et l’Union Européenne en matière d’assurance (covered agreement) est prévue jeudi 16 à la Chambre des Représentants.

-D. Trump a publié la liste des 24 membres de son « cabinet » (équivalent du gouvernement et des postes de niveau ministériel). Pour la première fois depuis 70 ans, cette liste n’inclut pas le Président du Council of Economic Advisors (CEA), poste qui n’a par ailleurs toujours pas été pourvu.

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