Washington Wall Street Watch n°2017-4

Washington Wall Street Watch n°2017-4

Cette semaine au sommaire du Washington Wall Street Watch

 

  • D. Trump a dès ses premiers jours à la Maison Blanche signé des décrets (executive orders) visant à mettre en œuvre rapidement plusieurs promesses emblématiques de sa campagne.
  • Le CBO prévoit un repli du déficit public en 2017 mais une hausse de la dette publique fédérale à législation constante.
  • Steven Mnuchin pour le poste de Treasury Secretary et de M. Mulvaney pour le poste de directeur de l’Office of Management and Budget ont été auditionnés par le Sénat.
  • Les nominations et candidatures pour des postes clés de l’Administration Trump se poursuivent.
  • C. Giancarlo et de M. Piwowar ont été nommés respectivement présidents par intérim de la CFTC et de la Securities and Exchange Commission (SEC).
  • AIG a conclu un accord d’un montant de 10 Mds USD pour se réassurer auprès d’une filiale de Berkshire Hathaway, holding de Warren Buffet.

 

 

Administration Trump – Premières mesures adoptées dans le domaine économique

D.Trump a dès ses premiers jours à la Maison Blanche signé des décrets (executive orders) visant à mettre en œuvre rapidement plusieurs mesures emblématiques de sa campagne.

Le jour-même de son investiture, D. Trump a signé un « executive order » instruisant aux agences fédérales de faire tout ce qui est de leur prérogative pour « minimiser le fardeau économique et réglementaire  » de l’Obamacare. Cette mesure est à ce stade surtout symbolique, et les Républicains du Congrès et l’administration Trump sont en train de réfléchir aux modalités de l’abrogation et du remplacement éventuels du système Obamacare. En l’absence de consensus au sein du parti sur ces questions, les Républicains espèrent profiter d’un séminaire regroupant les chefs de file du parti à Philadelphie de mercredi à samedi, auquel devrait participer D. Trump, pour tenter de faire émerger une ligne commune sur ces questions. Le séminaire devrait également être l’occasion d’une discussion sur les prochaines priorités et l’agenda du Congrès et de l’Administration dans les prochains mois.

Par ailleurs, D. Trump a signé lundi d’autres décrets, afin notamment de retirer les Etats-Unis du Partenariat transpacifique (TPP) et de geler les embauches de l’administration fédérale (hors personnels militaires). Il a également imposé un moratoire sur toute nouvelle régulation qui n’aurait pas été approuvée par une personne nommée par D. Trump (y compris sur les régulations initiées par l’Administration Obama qui ne sont pas encore entrées en vigueur). Ce moratoire ne s’applique pas aux agences indépendantes (SEC, Fed, etc.), mais ces dernières pourraient néanmoins respecter l’esprit de la décision du nouveau Président et réduire leur activité réglementaire dans les prochaines semaines. M. Piwowar, acting Chairman de la SEC, avait ainsi annoncé début janvier que l’agence ne prendrait plus de mesures d’application du Dodd Frank Act avant de nouveaux signaux de la nouvelle Administration.

Enfin, P. Ryan, chef de file des Républicains de la Chambre des Représentants, a annoncé que le Congrès serait en mesure de proposer une solution pour avancer le financement de la construction du mur avec le Mexique, promesse de campagne concrétisée par la signature mercredi d’un décret ordonnant le début des travaux. P. Ryan a rappelé, comme D. Trump, que ce financement ne constituait qu’une avance et que des mécanismes seraient mis en place par la suite afin d’obtenir un remboursement par le Mexique. Le Président mexicain a annoncé dans la foulée qu’il annulait sa visite officielle prévue à Washington fin janvier, D. Trump lui répondant qu’il était préférable qu’il annule sa visite s’il continuait à refuser de payer pour la construction et précisant que la mise en place d’une taxe sur les importations en provenance du Mexique pourrait être mise en place pour financer le mur.

 

Budget – Projections du Congressional Budget Office

Le Congressional Budget Office (CBO) a publié mardi ses projections économiques et budgétaires pour la période 2017-2027. Il prévoit un léger repli du déficit public en 2017 par rapport à 2016 mais une hausse de la dette publique fédérale. Ces projections sont effectuées à législation constante et ne tiennent pas compte des potentielles réformes qui seront votées par le Congrès. Le déficit public fédéral (qui exclut les agences et collectivités locales) s’établirait à 2,9 % du PIB en 2017 après 3,2 % en 2016 (en légère baisse par rapport aux projections de l’année dernière). Ce repli provient essentiellement d’un effet de calendrier, le 1er octobre 2016 (début de l’année fiscale 2017) tombant pendant un week-end, l’essentiel des paiements ont été effectués lors de l’année fiscale 2016 au lieu de 2017. A législation constante, le CBO anticipe qu’à la fois dépenses et revenus augmenteront d’environ 4 % cette année. Les projections de déficits augmentent ensuite graduellement pour dépasser 3% du PIB en 2020 principalement sous l’effet de hausses dans les dépenses de retraites et de santé pour les personnes âgées (Social Security et Medicare) et du paiement des intérêts sur la dette publique. La dette fédérale détenue par le public s’établirait à 77,5 % du PIB en 2017 après 77 % du PIB en 2016, et augmenterait ensuite pour dépasser 80 % du PIB en 2022.

Les projections économiques sous-jacentes à ces prévisions budgétaires font état d’une croissance du PIB à 2,3 % en 2017 après 1,6 % en 2016 et d’un taux d’inflation à 1,9 % en 2017 après 1,1 % en moyenne en 2016 (selon le déflateur de la consommation). Le taux de chômage continuerait à se replier en-dessous de son niveau naturel, en moyenne à 4,6 % en 2017 puis atteignant 4,4 % en 2018. Le CBO prévoit que les ressources inutilisées sur le marché du travail (slack) se résorberont d’ici la fin de 2018. A plus long terme cependant, le CBO envisage une croissance potentielle plus faible que prévue initialement, autour de 1,8 % en moyenne sur l’horizon de prévision.

 

Administration Trump – Auditions de confirmation de S. Mnuchin et M. Mulavaney

L’audition de confirmation de Steven Mnuchin pour le poste de Treasury Secretary, a révélé que les positions du candidat divergeaient sur certains sujets clés du discours de D. Trump et de la ligne du parti républicain. A rebours du président, S. Mnuchin s’est fait le défenseur d’un dollar fort, y voyant le reflet de l’attractivité des Etats-Unis. S. Mnuchin s’est dit prêt à dénoncer les pays qui manipuleraient leur devise. Sur la régulation financière, le candidat n’a pas particulièrement insisté sur l’agenda de dérégulation qui pouvait être attendu (hormis en ce qui concerne les banques les plus petites), défendant même certaines règles traditionnellement dénoncées par les Républicains, comme la règle Volcker, et a affirmé envisager le retour d’un Glass Steagall Act modernisé. S. Mnuchin a également exprimé sa volonté de se dégager au plus vite de la contrainte budgétaire en relevant le plafond de la dette. Il en a profité pour rassurer sur la volonté de la nouvelle administration d’éviter tout risque de défaut sur la dette des Etats-Unis.

Au cours de son audition, Mick Mulvaney candidat pour la direction de l’Office of Management and Budget, s’est montré offensif au sujet du financement de programmes sociaux et a assumé ses différences avec le Président Trump. Attendu sur le thème des coupes budgétaires, M. Mulvaney a martelé sa philosophie budgétaire : supprimer le déficit qui, selon lui, étouffe l’économie américaine. Le candidat fait de Medicare, Medicaid et la Sécurité sociale ses priorités : il estime ces programmes financièrement insoutenables à terme et tranche avec les déclarations de campagne de D. Trump, qui avait promis de ne pas toucher aux dépenses des différents programmes sociaux.

 

Administration Trump – Nouvelles nominations à des postes économiques

Trump a nommé Kenneth Juster au poste de conseiller pour les affaires économiques internationales (Deputy Assistant to the President for International Economic Affairs) et représentant du Présidents aux G7/G20. Ancien sous-secrétaire au commerce pour l’industrie et la sécurité sous l’administration de G.W. Bush, ce spécialiste de l’Asie était associé du fonds d’investissement Warburg Pincus à sa nomination. Il sera le sherpa du Président Trump pour les sommets internationaux G7 et G20.

 Trump a annoncé la formation d’un conseil qui rassemblera “des constructeurs et des ingénieurs” pour suivre la mise en œuvre de son plan d’investissement en infrastructures annoncé durant la campagne présidentielle. Le conseil devrait être composé de 15 à 20 personnes issues des milieux du bâtiment et de l’immobilier. Il sera dirigé par Richard LeFrak et Steven Roth. Si la mission exacte du conseil n’est pas encore connue, il devrait vraisemblablement s’occuper à la fois de définir les besoins de dépenses et d’en suivre l’exécution.

Le comité sénatorial pour le commerce, la science et les transports, à majorité républicaine, a  approuvé mardi 24 la candidature de Wilbur Ross au poste de secrétaire au commerce, ouvrant la possibilité d’une confirmation par le Sénat en assemblée plénière. La confirmation par un vote à majorité simple par un Sénat à dominante républicaine ne devrait pas poser de difficultés. La date de ce vote n’a néanmoins pas encore été communiquée.

 

Marchés – Nomination de Présidents par intérim à la SEC et la CFTC

Suite à la démission du démocrate Timothy Massad, nommé par B. Obama et dont le mandat de président devait s’acheter en avril 2017, le républicain C. Giancarlo a été nommé provisoirement à la tête de la Commodity Futures Trading Commission (CFTC). Il reste favori pour en assurer la présidence effective, bien que le Président Trump n’ait pas encore annoncé de nomination définitive. Il est à noter que sur les 5 postes de Commissaires de la CFTC, 3 sont vacants. C. Giancarlo s’est récemment prononcé pour la finalisation des règles sur les produits dérivés liés au secteur de l’énergie. Il s’est aussi déclaré opposé à l’adoption de règles visant à mieux contrôle le trading haute fréquence, qu’il juge non constitutionnelles. Il souhaite enfin encourager l’innovation technologique en instaurant un cadre réglementaire propice, et une collaboration entre la CFTC et les entreprises de la sphère Fintech.

Trump a parallèlement nommé le républicain M. Piwowar en tant que Président par intérim de la Securities and Exchange Commission (SEC). Il en assurera la fonction provisoirement, un candidat pour le poste, l’ancien avocat d’affaires J. Clayton, ayant déjà été officiellement proposé par D. Trump et attendant ses auditions de confirmation au Sénat.

 

Assurance – Accord entre AIG et Berkshire Hathaway

AIG a annoncé avoir conclu un accord de réassurance d’un montant, rare pour un tel accord, de 10 Mds USD avec une filiale de Berkshire Hathaway, holding de l’homme d’affaires Warren Buffet. National Indemnity Company, filiale du groupe Berkshire Hathaway, va réassurer une partie des risques de long terme encourus sur des assurances professionnelles souscrites par AIG aux Etats-Unis et qui portent sur des sinistres survenus avant 2015. P. Hancock, PDG d’AIG, a évoqué une « étape décisive dans le transformation de l’entreprise » que constitue un accord qui « s’inscrit dans une stratégie plus globale d’augmenter les retours vers les actionnaires ». AIG s’est en effet engagé récemment dans une stratégie d’optimisation de ses activités et de sa gestion du capital, en réponse notamment à des pressions récentes reçues de la part d’un groupe d’actionnaires activistes (mené par C. Icahn, nommé depuis Conseiller Spécial à la Maison Blanche par D. Trump) et dans un contexte d’attention croissante au niveau international et par l’ancienne administration porté sur le rôle systémique éventuel des assureurs.

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