Washington Wall Street Watch n°2017-3

Washington Wall Street Watch n°2017-3

Cette semaine au sommaire du Washington Wall Street Watch

 

  • Le Beige Book décrit une croissance modeste de l’activité. Janet Yellen s’est exprimée sur les hausses de taux à venir et Lael Brainard sur les risques associés à une budgétaire expansionniste.
  • L’Union Européenne et le gouvernement fédéral américain ont conclu les négociations portant sur la conclusion d’un accord bilatéral en matière d’assurance (covered agreement).
  • Le Bureau de Protection des Consommateurs de Produits Financiers (CFPB) a initié un procès contre le principal distributeur de prêts étudiants pour pratiques abusives.
  • La Chambre des représentants a adopté deux projets de loi visant à limiter l’autorité des principaux régulateurs des marchés financiers américains, la SEC et la CFTC.
  • Les principales banques américaines ont publié des résultats 2016 marqués par la forte croissance des revenus liés au courtage.

 

Politique monétaire – Beige Book et discours de rentrée

D’après le dernier Beige Book de la Fed, l’activité économique continue de croître à un rythme jugé modeste et le marché du travail reste dynamique. La Federal Reserve a publié son Beige Book basé sur les données d’activité de la fin d’année 2016 en vue du prochain comité de politique monétaire qui aura lieu le 1er février 2017. Les ventes hors automobiles sont en progression, le secteur manufacturier affiche une augmentation de ses ventes sur un an et les entreprises se disent confiantes pour l’année à venir. En revanche, les commerçants font part de résultats mitigés au cours de la période des fêtes. Le marché du travail donne parallèlement des signes de tension croissante. Les entreprises rencontrent des difficultés à recruter des profils qualifiés, mais aussi, et c’est inédit, certains profils peu qualifiés. Plusieurs circonscriptions signalent des pressions salariales accrues, alors plusieurs Etats viennent d’augmenter leur salaire minimum. Les pressions inflationnistes se sont intensifiées dans différents districts, en raison notamment d’une augmentation des coûts de production (gaz, charbon et consommation intermédiaires).

Cette semaine a également été l’occasion pour deux membres du comité de politique monétaire (FOMC) de s’exprimer, dans un sens qui a été perçu comme hawkish (favorable à la remontée des taux) par les observateurs, et qui insistait sur l’influence de la politique budgétaire sur la trajectoire des taux d’intérêt aux Etats-Unis.

Dans un discours prononcé à San Francisco, la Présidente de la Fed, Janet Yellen, a estimé la situation économique tout à fait appropriée pour un resserrement monétaire, mettant en garde contre les mauvaises surprises potentielles si la Fed faisait preuve d’attentisme. La présidente de la Fed a exprimé sa satisfaction de voir l’économie américaine « proche des objetifs de la banque centrale ». Un taux de chômage inférieur à son niveau d’avant-crise et l’inflation qui converge vers la cible de 2 % confortent les membres du FOMC dans leur volonté de poursuivre leur processus de resserrement graduel de la politique monétaire. A ce titre, J. Yellen s’attend à plusieurs remontées de taux par an pour les années à venir, jusqu’à atteindre 3 % en 2019, le taux d’équilibre estimé par la Fed.

De son côté, Lael Brainard, membre du conseil des Gouverneurs, a alerté sur les risques associés à une politique budgétaire expansionniste dans le contexte de quasi plein emploi. Dans un contexte de quasi-plein emploi, alors que l’économie américaine a effacé presque la totalité de l’écart de production hérité de la crise d’après les estimations de la Fed, L. Brainard estime qu’une politique de relance budgétaire pourrait produire de l’inflation et générer une surchauffe qui contraindrait la Fed à un resserrement monétaire plus rapide qu’escompté et risquant de compenser les effets positifs de la relance. L. Brainard appelle néanmoins à des mesures favorables à l’investissement, de manière à renforcer le potentiel de croissance de l’économie de moyen et long terme.

Assurances – Conclusion du covered agreement entre l’UE et les Etats-Unis

La Commission Européenne et le Gouvernement fédéral américain sont parvenus à un accord bilatéral (covered agreeement) en matière d’assurance. L’accord porte sur (i) la supervision de groupe – les groupes d’assurance américains présents en Europe resteront supervisés au niveau du groupe par les autorités américaines et n’appliqueront les règles européennes (Solvabilité2) que pour ce qui concerne les activités de leurs filiales en Europe, (ii) l’élimination progressive des exigences supplémentaires demandées aux réassureurs européens présents aux Etats-Unis (collatéraux de réassurance) et réciproquement pour les réassureurs américains présents en Europe et (iii) une coopération renforcée entre régulateurs, notamment en matière de partage d’informations.

L’accord a été signé par le Secrétaire au Trésor et le Représentant commercial (USTR) côté américain, et devrait prendre effet à l’issue d’une période de 90 jours de consultation du Congrès (non contraignante). Les principaux groupes représentant l’industrie aux Etats-Unis se sont félicités de la conclusion des négociations, par la voix notamment de l’American Insurance Association, l’American Council of Life Insurers et la Reinsurance Association of America. La future administration américaine ne s’est à ce stade pas prononcée sur cet accord, qui a été négocié et signé par l’administration sortante.

Dette étudiante – le CFPB poursuit la principale agence de service de prêts

Le Bureau de Protection des consommateurs de Services Financiers (CFPB) intente un procès contre la principale agence de service de prêts étudiants, Navient, qui distribue, fournit des conseils, et gère les remboursements de 25 % des prêts étudiants aux Etats-Unis, qui représentent plus de 300 Mds USD et concernent plus de 12 millions d’Américains. L’agence est accusée d’avoir « failli systématiquement et de manière illégale dans sa mission d’aide au remboursement ». Le CFPB affirme notamment que Navient a créé des obstacles aux remboursements en fournissant des fausses informations, en faisant des erreurs dans le traitement des paiements, et ne répondant pas aux plaintes reçues. Le CFPB évoque également le recours à des « techniques de duperies » qui ont amené de nombreux emprunteurs à payer davantage que les remboursements auxquels ils pouvaient prétendre (depuis 2009, les emprunteurs ont droit à un plan de remboursement basé sur leur niveau de revenu). Les procureurs généraux des Etats de l’Illinois et de Washington ont engagé des procédures parallèles portant sur les mêmes griefs auprès des tribunaux fédérés, Navient ayant selon eux également violé les lois de protection des consommateurs de leurs états respectifs.

Navient a rejeté les accusations, affirmant qu’elles n’étaient pas fondées et qu’elles seront fortement contestées – mettant en avant le timing du CFPB et le recours à une action de dernière minute (midnight action) à la veille de l’arrivée de la nouvelle administration. L’avenir du CFPB et de son directeur R.Cordray, régulièrement mis en cause par les Républicains, est en effet incertain et suspendu notamment à (i) un procès en appel portant sur la conformité de sa gouvernance à la Constitution, (ii) une incertitude autour de la volonté de D.Trump à remplacer R. Cordray, (iii) des initiatives législatives introduites par les Républicains du Congrès visant à réduire les pouvoirs du CFPB.

Marchés – Projets de loi limitant l’autorité des régulateurs financiers

La Chambre des représentants américaine a adopté deux projets de loi qui limitent les pouvoirs et l’autorité des principaux régulateurs des marchés financiers, la Securities and Exchange Commission (SEC) pour le marché des actions et la Commodity Futures Trading Commission (CFTC) pour le marché des dérivés. Les projets de loi imposent notamment à la SEC et à la CFTC de procéder à une analyse des coûts et bénéfices plus approfondie pour justifier les normes qu’elles édictent. La SEC devra en outre réexaminer ses normes tous les cinq ans et évaluer leur impact économique. Le contrôle de la CFTC sur les transactions transfrontalières de certains swaps – produits dérivés financiers qui permettent à deux parties d’échanger une valeur contre une autre – se verrait limité, ainsi que sur les opérations de dérivés entre les grandes banques et leurs filiales. Le financement annuel qui lui est accordé serait plafonné à 250 MUSD. Ces projets de loi, actuellement en cours de révision au Sénat, constituent les premières mesures portées par les Républicains en matière de dérégulation financière. Ils devront néanmoins recueillir 60 votes au Sénat, donc la coopération de certains Démocrates, pour entrer en vigueur.

Banques – Résultats 2016

Les six plus grandes banques américaines ont publié des résultats annuels supérieurs aux attentes du marché, en raison notamment de l’évolution favorable de leurs activités de courtage, liée à l’augmentation des volumes d’échange sur les marchés financiers au 4ème trimestre 2016. Les cours de bourse des banques américaines ont fortement progressé depuis l’élection de Donald Trump à la présidence des Etats-Unis, les investisseurs anticipant notamment un affaiblissement de la régulation et des baisses d’impôts massives pour les entreprises. Cette perception a été renforcée par la nomination dans l’administration Trump de nombreux financiers et anciens de la banque Goldman Sachs.

Dans le détail :

-Goldman Sachs a réalisé sur le 4ème trimestre 2016 un bénéfice net de 2,1 Mds USD, contre 574 MUSD un an plus tôt (les résultats du 4ème trimestre 2015 incluaient une charge exceptionnelle liée à un règlement de litige). Les revenus liés aux activités de taux fixes, devises et matières premières (FICC) ont progressé de 78,3% sur un an à 2,0 Mds USD. Sur l’année 2016, le résultat net est en hausse de 27,3 % à 7,1 Mds USD.

– Le résultat net annuel de Morgan Stanley a enregistré un recul de 2,9% à 5,5 Mds USD, mais a plus que doublé sur les trois derniers mois de l’année comparé à un an plus tôt, à 1,5 Mds USD. Les revenus générés par le courtage ont augmenté de 39% à 3,2 Mds USD lors des trois derniers mois de l’année.

– Le résultat net 2016 de Bank of America est en hausse de 13% sur un an à 16,2 Mds USD, porté par une forte progression de 46,8% à 4,34 Mds USD au quatrième trimestre.

– Le bénéfice net de JP Morgan a atteint 6,7 Mds USD sur les trois derniers mois de 2016, contre 5,4 Mds USD sur la période correspondante en 2015. Les revenus tirés du marché obligataire ont progressé de 31% sur le trimestre à 3,4 Mds USD, ceux des marché actions de 8% à 1,2 Mds USD. Sur l’année 2016, le résultat annuel progresse légèrement (+1,2%).

– Le bénéfice net annuel de Citigroup a certes reculé de 13,5%, à 14,9Mds USD, mais il a augmenté de 7,1%, à 3,6 Mds USD lors des trois derniers mois de l’année.

– Wells Fargo, numéro un du crédit immobilier aux Etats-Unis, a publié pour sa part un bénéfice trimestriel en baisse, le cinquième d’affilée. La banque, fragilisée depuis plusieurs mois par l’affaire des comptes fictifs, fait face à de multiples poursuites en justice et une forte baisse de ses ouvertures de compte. Le bénéfice net 2016 a baissé de 4,2%, à 21,9 Mds USD, dont un recul de 5,4%, à 5,3 Mds USD au seul 4ème trimestre.

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