Washington Wall Street Watch n°2017-28

Washington Wall Street Watch n°2017-28

Crédit photo : F. Jonkisz

SOMMAIRE

Conjoncture

– L’inflation déçoit à nouveau en juin

– En juin, la production industrielle connaît une reprise plus nette après la très faible progression du mois de mai

Politiques macroéconomiques

– Les marchés s’attendent à ce que la Fed maintienne les taux d’intérêt à leur niveau actuel

– Les Républicains du Sénat peinent à s’accorder sur la réforme Obamacare, mais programment un vote la semaine prochaine

– Les discussions sur le budget de l’année fiscale 2018 avancent difficilement à la Chambre

Régulation financière

– Les banques américaines ont publié des résultats supérieurs aux attentes mais subissent les effets des hausses de taux

– L’interdiction des clauses compromissoires dans les contrats financiers déclenche une vague d’opposition

Brèves


CONJONCTURE

L’inflation déçoit à nouveau en juin

L’inflation IPC totale ne progresse pas en juin (après -0,1 % en mai), la hausse des prix sur 12 mois s’établit à 1,6 % (après 1,9 %). L’inflation sous-jacente est en hausse modérée à +0,1 % (après +0,1 %) et ressort à +1,7 % sur un an. Cités par la Fed comme les facteurs baissiers importants, le prix des forfaits téléphoniques recule de 0,8 %, alors que le prix des médicaments rebondit de 1 %.

En juin, la production industrielle connaît une reprise plus nette après la très faible progression du mois de mai

Pour son cinquième mois consécutif, la production industrielle a progressé en juin (+ 0,4%) selon la Fed après une croissance mensuelle presque nulle observée en mai (+0,06%). Cette reprise a été principalement portée par le dynamisme de la production des biens de consommation durables, notamment l’automobile, l’électroménager et le mobilier.

Le taux d’utilisation des capacités de production est également reparti légèrement à la hausse et atteint 76,6% (+0,2%). Il reste néanmoins inférieur de 3,3 points à sa moyenne de long terme.


POLITIQUES MACROECONOMIQUES         

Les marchés s’attendent à ce que la Fed maintienne les taux d’intérêt à leur niveau actuel

La réunion du comité de politique monétaire de la Fed (FOMC) des 25 et 26 juillet devrait aboutir, selon les marchés, à un maintien de la fourchette cible des taux fed funds. Les marchés accordent une probabilité supérieure à 95 % à cette hypothèse, selon les contrats futures Fed Funds à 30 jours. Selon eux, le recul de l’inflation, qui ’éloigne de la cible de la Fed, devrait inciter le FOMC à attendre la fin d’année avant de procéder à une possible troisième hausse de taux d’intérêt. La Fed devrait toutefois finaliser la préparation de la réduction de son bilan en déterminant le calendrier de l’annonce et du début des opérations.

Les Républicains du Sénat peinent à s’accorder sur la réforme Obamacare, mais programment un vote la semaine prochaine

Après avoir perdu le soutien de sa majorité sur la proposition de réforme du système de santé introduite la semaine dernière au Sénat, le chef de la majorité républicaine M. McConnell a d’abord annoncé lundi soir pivoter sur une nouvelle stratégie, une abrogation simple de la réforme Obamacare, qui ne prendrait effet que dans 2 ans afin de se laisser le temps de parvenir à un accord éventuel sur un projet de remplacement. Le Congressional Budget Office a publié hier son analyse d’une telle option, qui conduirait à 32 millions de personnes non assurées supplémentaires en 2026 par rapport aux trajectoires actuelles à droit constant, et permettrait 473 Mds USD d’économies. McConnell a ensuite introduit aujourd’hui un nouveau projet d’abrogation et de remplacement.

McConnell s’est engagé à procéder à un vote la semaine prochaine, sans préciser à ce stade quel texte serait soumis. Plusieurs sénateurs républicains ont déjà signalé leur désaccord sur les différents projets, faisant planer la possibilité d’une clôture dans l’immédiat des tentatives républicaines de réforme du système de santé. Des tractations sont en cours à la Maison Blanche et au Sénat pour tenter de rallier une majorité. D. Trump, après avoir de nouveau appelé à la modification des règles du Sénat pour pouvoir adopter l’ensemble des projets de loi à la majorité simple, a affirmé qu’il laisserait les marchés Obamacare « s’effondrer d’eux-mêmes », afin, selon lui, de contraindre les Démocrates à collaborer.

Les discussions sur le budget de l’année fiscale 2018 avancent difficilement à la Chambre des Représentants

Faute d’accord sur les lois d’appropriation en cours de discussion à la Chambre, les Républicains ne voteront la semaine prochaine que sur un texte regroupant 4 lois d’appropriation (« minibus »). Au lieu d’un vote sur un paquet regroupant les 12 lois (« omnibus ») de 1 132 Mds USD, la Chambre votera la semaine prochaine sur les budgets du Ministère de la Défense (658,1 Mds USD, soit 10% de plus que sur le budget 2017), du Ministère des anciens combattants (88,8 Mds USD), mais également de la branche législative (3,6 Mds USD) et du Ministère de l’énergie (37,6 Mds USD). Ces projets de loi incluent 1,6 Mds USD de financements pour la construction du mur avec le Mexique. Pour mémoire, une super majorité de 60 votes sera nécessaire lorsque ces propositions seront discutées au Sénat et la collaboration de Démocrates sera requise.

Les discussions autour du document de cadrage budgétaire (résolution), qui fixe les grandes enveloppes de dépenses et les trajectoires des dépenses et recettes publiques à 10 ans, continuent en parallèle. Le projet formellement introduit cette semaine inclut les plus importantes baisses de dépenses obligatoires (203 Mds USD) depuis plus de 20 ans. Ces coupes porteraient notamment sur les subventions retraite et chômage, les aides pour les plus démunis, ou encore sur le programme d’aide au refinancement des dettes étudiantes.

Le projet inclut par ailleurs des instructions pour mener la réforme fiscale, prochaine priorité législative de la majorité républicaine. Il fixe un objectif de neutralité budgétaire sur 10 ans pour la réforme, et retient une méthodologie prudente de comptabilisation des économies qui devront être réalisées pour compenser les baisses d’impôt, ce dont les budgets hawks (partisans d’une consolidation budgétaire) se sont félicités. Les instructions ne précisent en revanche pas les orientations souhaitées de la réforme, au-delà d’objectifs généraux de baisse des taux d’imposition sur les revenus et sur les sociétés ou d’une transition vers un système d’imposition territorial.


REGULATION FINANCIERE

Les banques américaines ont publié des résultats supérieurs aux attentes

Banque Résultat net (Mds USD) Progression par rapport au T2 2016
JP Morgan 7,0 +13  %
Bank of America 5,3 +10 %
Wells Fargo 5,8 +6 %
Citigroup 3,9 -3 %
Goldman Sachs 1,2 + 9,1 %
Morgan Stanley 1,8 +12,5 %

L’ensemble des banques ont publié des résultats supérieurs aux attentes du consensus porté par la croissance de leur volume de crédit et les bons résultats de leur activité de banque d’affaires. Elles compensent ainsi les performances dégradées des divisions Fixed Income Currencies and Commodities par rapport au deuxième trimestre 2016. Cette baisse s’explique par (i) le surcroit de volatilité dont ces activités avaient bénéficié grâce au Brexit en 2016 et (ii) du repli des prix des matières premières.

La plupart des banques subissent en outre les effets de la remontée des taux d’intervention de la Fed à travers la diminution de leur marge nette d’intérêt. L’augmentation de leur coût de financement n’est pas compensée par une amélioration des revenus issus de l’activité fixed income, en raison du repli des taux de long terme des spreads de crédit depuis le début d’année.

L’interdiction des clauses compromissoires dans les contrats financiers déclenche une vague d’opposition

Le 10 juillet, le Bureau de Protection des Consommateurs de Produits Financiers (CFPB) a introduit une règle bannissant les clauses compromissoires des contrats financiers, ces clauses limitant aujourd’hui la possibilité pour les consommateurs d’initier ou de rejoindre des procédures judiciaires collectives (class action lawsuits). Cette proposition a déclenché une vague d’opposition de la part de l’industrie, de certains régulateurs et de la majorité républicaine au Congrès.

Noreika, directeur par intérim de l’Office of the Comptroller of the Currency, superviseur des banques nationales, a dans une lettre du 13 juillet affirmé que la règle mettait en danger la santé du secteur bancaire. La règle pourrait selon lui forcer les banques à accepter des règlements à l’amiable « potentiellement ruineux » sur la base de réclamations infondées, afin d’éviter les risques et coûts associés à des poursuites collectives en justice. Il a ensuite demandé le 17 juillet un report de l’entrée en vigueur de la règle (prévue le 10 septembre). R. Cordray, Directeur du CFPB, a affirmé qu’il n’y avait pas de « base solide » pour les arguments de K. Noreika. Le CFPB estime à 1 Md USD le coût annuel lié à cette règle pour les banques.

Au Congrès, les Républicains ont introduit aujourd’hui au Sénat et à la Chambre une proposition de loi visant à abroger la règle du CFPB. La règle ayant été adoptée dans les 60 derniers jours ouvrés, la loi pourra être adoptée à la majorité simple au Sénat.


BRÈVES

– La Maison Blanche a annoncé que cette semaine était dédiée au thème « America First ». Elle sera suivie par deux autres semaines dédiées aux « American Heroes » et aux « American Dreams ». A l’occasion de la semaine « America First », la Maison Blanche a notamment publié un bilan de l’activité de l’Administration, notamment du point de vue des efforts de dérégulation (800 propositions de règles retirées) ou de la réaffirmation des intérêts américains sur la scène internationale.

– Le Comité bancaire du Sénat auditionnera le 27 juillet Randal Quarles, proposé par D. Trump pour le poste de vice-président de la Fed en charge de la supervision financière, et Joseph Otting, proposé pour diriger l’Office of Comptroller of the Currency (OCC).

– D. Trump a proposé Hester Peirce pour un poste de Commissaire de la Securities and Exchange Commission (SEC). Il s’agit de sa seconde désignation pour le poste, le Sénat ne l’ayant pas confirmée en 2016. H. Peirce est juriste et a notamment occupé des postes à la SEC et auprès du comité des affaires bancaires du Sénat.

– Le Treasury et le United State Trade Representative (USTR) ont annoncé leur intention de signer l’accord bilatéral US/UE en matière d’assurance (covered agreement). Cette signature sera accompagnée d’un document précisant les priorités américaines en matière de mise en œuvre de l’accord. Elle clôturait une période d’incertitude sur un accord qui avait été négocié avec la précédente Administration américaine.

– La Fed a imposé une amende de 246 MUSD à BNP Paribas et certaines de ses filiales américaines, pour des pratiques (unsafe and unsound) sur le marché de change sur la période 2007-2013. La Fed a invoqué des faiblesses dans les systèmes de surveillance et de contrôle internes des traders sur le marché des changes.

– Un projet de loi visant à abroger la règle sur la distribution des produits de retraite (règle fiduciaire) du Department of Labor (DoL) est sorti de comité hier à la Chambre. Il sera débattu à la rentrée en session plénière. Le DoL a par ailleurs ouvert le 5 juillet une période de recueil de commentaires publics de 60 jours, afin d’évaluer la possibilité de reporter l’entrée en vigueur de certains éléments de la règle.

– La Federal Deposit Insurance Corporation (FDIC) a introduit une proposition de règle visant à relever le palier au-delà duquel un prêt pour de l’immobilier commercial doit faire l’objet d’une évaluation par le régulateur, de 250 000 USD à 400 000 USD. La part de transactions exemptées de procédure d’évaluation préalable passerait de 17 à 28%, contribuant à l’allégement du poids réglementaire selon le Directeur de la FDIC, M. Gruenberg.

 

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