Washington Wall Street Watch n°2017-27

Washington Wall Street Watch n°2017-27

Crédit photo : F. Jonkisz

SOMMAIRE

CONJONCTURE

-Les créations d’emplois se poursuivent à un rythme dynamique

-Le Beige Book décrit des tensions sur l’emploi et les salaires

POLITIQUES MACROECONOMIQUES

-Janet Yellen adopte un discours prudent sur la politique monétaire lors de son audition au Congrès

-Les débats progressent sur le budget 2018 à la Chambre des Représentants

-Les Républicains ont présenté une nouvelle proposition de réforme du système de santé (Obamacare)

REGULATION FINANCIERE

-Janet Yellen se dit ouverte à des ajustements en matière de régulation financière

-R. Quarles est proposé pour le poste de Vice-Président de la Fed en charge de la supervision financière

– L’OCC publie son rapport semestriel sur les risques du secteur bancaire

-J. Powell énonce une série de principes pour la réforme du marché du financement immobilier

BREVES

CONJONCTURE

Les créations d’emplois se poursuivent à un rythme dynamique

L’économie américaine a créé 220 000 emplois en juin (après 152 000 en mai, révisé de +14 000). Le taux de chômage progresse à 4,4 % (+0,1 point), mais cette hausse s’explique surtout par la progression du taux de participation à 62,8 % (+0,1 point), indiquant que certains chômeurs ont repris une recherche d’emploi active. La progression des salaires se maintient à 0,2 % sur un mois et s’établit à 2,5 % sur douze mois (+0,1pt).

Le Beige Book décrit des tensions sur l’emploi et sur les salaires

Ce rapport, qui résume l’évolution des conditions économiques au sein de chaque Fed régionale en vue de la préparation du comité de politique monétaire (FOMC), fait état d’une croissance modeste de l’activité au cours du dernier mois, avec des progrès notables de l’activité industrielle. Le marché du travail poursuit son amélioration, alimentant ainsi la hausse des salaires. La construction et de l’informatique font face à des pénuries de main d’œuvre.

Depuis mai, la majorité des prix a augmenté à un rythme faible, bien que certains districts notent de légères pressions à la baisse liées au repli des prix de l’énergie et des matières premières.

POLITIQUES MACROECONOMIQUES

Janet Yellen adopte un discours prudent sur la politique monétaire lors de ses auditions au Congrès

Au cours de ses auditions à la Chambre des Représentants et au Sénat, Janet Yellen a estimé que l’économie américaine est suffisamment robuste pour absorber de nouvelles hausses graduelles de taux d’intérêt. La Fed anticipe un rebond de la croissance au 2ème trimestre, soutenu par la consommation des ménages dans un contexte de confiance élevée.

La présidente de la Fed a développé une position prudente au sujet de l’inflation. Le récent ralentissement est attribué à des facteurs ponctuels, J. Yellen rappelant que l’inflation était supérieure à 2% en début d’année. Le contexte de plein emploi permet toutefois selon elle d’envisager une convergence de l’inflation vers l’objectif de la Fed, même si elle reconnaît la difficulté d’estimer la réponse de l’inflation à l’amélioration de l’activité. Pour elle, le lien entre emploi et salaire d’une part, et salaire et prix d’autre part s’est affaibli et accroit l’incertitude des prévisions d’inflation. La Fed est prête à ralentir le rythme de son resserrement monétaire si l’inflation restait faible.

Cette position rejoint celle de Lael Brainard (gouverneure) qui souhaite observer l’évolution de l’inflation avant de poursuivre le resserrement. La gouverneure considère en outre que les taux d’intérêt sont proche de leur niveau d’équilibre, dont elle pense qu’il restera faible à moyen terme. Un nombre limité de hausses de taux serait suffisant selon elle pour que la politique monétaire cesse d’être accommodante et redevienne neutre.

Les débats progressent sur le budget 2018 à la Chambre des Représentants

Les 12 projets de loi d’appropriation (lois de finance) pour l’année fiscale 2018 ont été introduits à la Chambre des Représentants. Ils devront être adoptés avant le 30 septembre pour éviter un shutdown (arrêt de fonctionnement des fonctions non essentielles). Les enveloppes globales s’établissent à 621,5 Mds USD de dépenses militaires (+1,4% par rapport à l’année fiscale 2017) et 511 Mds USD de dépenses non militaires (-4,5%). Le montant des dépenses militaires dépasserait le plafond fixé par le Budget Control Act de 2011 (549 Mds USD) si les lois étaient adoptées en l’état. Un vote à la majorité des 60 votes au Sénat est requis pour remonter ce plafond.

Le Congressional Budget Office (CBO) a publié aujourd’hui son analyse de la proposition de budget 2018 de la Maison Blanche introduite en mai. Selon le CBO, la proposition de la Maison Blanche réduirait le déficit d’un tiers d’ici 2027 par rapport aux trajectoires actuelles (à 720 Mds USD, ou 2,6% du PIB), divergeant des projections de la Maison Blanche, qui anticipait un surplus de 16 Mds USD en 2027. La dette atteindrait 80% du PIB en 2027 contre 91% dans les trajectoires actuelles, grâce aux baisses de dépenses, notamment sociales et de santé. La différence se situe principalement dans l’estimation des recettes (3 600 Mds USD ou 8% de revenus en moins sur 10 ans prévus par le CBO par rapport à la Maison Blanche) et s’explique par l’exclusion par le CBO des effets dynamiques de réformes que la Maison Blanche intègre. Le CBO a néanmoins repris certaines des hypothèses budgétaires de la Maison Blanche notamment sur les réformes du système de santé, de la fiscalité et des investissements dans les infrastructures, affirmant manquer de détails pour produire sa propre analyse.

Les Républicains ont présenté une nouvelle proposition de réforme du système de santé (Obamacare)

Au Sénat, les chefs de la majorité républicaine ont introduit leur projet amendé de révision du système de santé (Obamacare). Il prévoit des baisses d’impôts et de subventions plus modérées que celles de la version initialement introduite au Sénat il y a 2 semaines, et introduit la possibilité pour les assureurs participant aux marchés Obamacare de proposer des plans minimalistes plus abordables et non soumis aux critères de qualité de la loi. Une étude d’impact du Congressional Budget Office (CBO) est attendue en début de semaine prochaine, après laquelle les leaders espèrent procéder à un vote. Des tractations intenses sont à attendre dans les prochains jours, les Républicains ne disposant actuellement pas de la majorité des 50 votes nécessaire à l’adoption du texte.

REGULATION FINANCIERE

Janet Yellen se dit ouverte à des ajustements en matière de régulation financière

Lors de ses auditions au Congrès (cf. supra), Janet Yellen a suggéré que la mise en œuvre de la Volcker Rule puisse être menée par une agence de régulation leader (contre cinq aujourd’hui). Selon l’hypothèse avancée aux élus, cette responsabilité pourrait échoir à « l’agence disposant du rôle régulateur le plus important » pour le secteur bancaire.

De plus, elle a exprimé son soutien à certaines pistes de réforme proposées par le Treasury dans son récent rapport, notamment la révision des modalités de calcul du ratio de levier pour exclure de la base les Treasuries ou la marge initiale pour les dérivés compensés.

Trump propose R. Quarles pour le poste de Vice-Président de la Fed en charge de la supervision financière

Trump a proposé Randal Quarles pour le poste de Vice-Président de la Fed en charge de la supervision financière. Il devra être confirmé par le Sénat, dans des délais encore inconnus. Il s’agit du premier gouverneur de la Fed formellement désigné pour ce poste créé par le Dodd Frank Act, qui était occupé de facto par J. Powell jusqu’ici (et par D. Tarullo avant lui). Deux autres postes de gouverneur sont vacants.

Quarles, 59 ans, est un avocat et financier américain disposant d’une longue expérience dans l’administration, notamment au Trésor, où il a occupé de nombreux postes sous les deux administrations Bush (père et fils). Il est aujourd’hui Président fondateur du Groupe Cynosure, un fonds de private equity basé dans l’Utah.

L’OCC publie son rapport semestriel sur les risques du secteur bancaire

L’Office of the Comptroller of the Currency (OCC) a publié son rapport semestriel sur l’évaluation des risques pesant sur le secteur bancaire américain (Semiannual Risk Perspective for Spring 2017). Le régulateur bancaire y met en avant plusieurs types de risques, sur lesquels il compte concentrer ses efforts :

  • les risques stratégiques liés aux décisions des banques en matière d’offre de produits et de services, de distribution, ou de fusions et acquisitions. Le rapport note que ces décisions sont parfois dictées par la concurrence d’entreprises non bancaires, notamment les FinTechs ;
  • les risques de crédit liés aux standards et pratiques de souscription de prêts, l’OCC notant un relâchement des pratiques sur les deux dernières années ;
  • les risques opérationnels liés aux menaces cybernétiques, à la dépendance envers des fournisseurs de services tiers et à la nécessité de développer des modèles de gouvernance solides sur la conception et la distribution de produits ;
  • les risques de conformité notamment en matière de lutte anti-blanchiment et de protection des consommateurs de crédits immobiliers.

Powell propose des éléments de réforme pour le marché du financement immobilier

Dans un discours auprès de l’American Enterprise Institute, le gouverneur de la Fed J. Powell a insisté sur la nécessité de réformer le marché du financement immobilier (housing finance), estimant le moment opportun, le marché étant solide et le souvenir de la crise financière encore présent.

Il a énoncé une série de principes qu’il souhaite voir guider la réforme, qui devra être sur la plupart des points menée par le Congrès. (i) L’objectif principal du cadre de régulation devra être de garantir le fonctionnement du système en cas de baisses importantes des prix ou de conditions économiques difficiles afin d’éviter un bail-out par les contribuables. Attirer davantage de capital privé serait selon J. Powell un élément déterminant dans cette direction. (ii) Les garanties publiques (backstops) ne doivent porter que sur les produits et titres hypothécaires, et non sur les institutions elles-mêmes. (iii) Le nouveau cadre devra promouvoir la concurrence, la situation actuelle étant assimilée à un duopole dans lequel les Government Sponsored Entreprises (GSE) Fannie Mae et Freddie Mac sont les deux seules entités disposant de la garantie publique. (iv) Le nouveau cadre devra s’appuyer sur l’architecture existante et devra s’appuyer sur un soutien bipartisan, plutôt que de chercher à ériger un nouveau système.

BRÈVES

*Le chef des Républicains du Sénat, M. McConnell, a annoncé qu’il repoussait les vacances parlementaires initialement prévues le 28 juillet au 11 août. Il a cité les retards accumulés sur les nominations, la réforme fiscale et la réforme Obamacare pour justifier cette décision. Il a par ailleurs évoqué sa volonté de voter pour la remontée du plafond de dette avant le départ en vacances du Sénat.

*J. Clinger, désigné par D. Trump en juin pour diriger la Federal Deposit Insurance Corporation (FDIC), a annoncé qu’il renonçait au poste en citant des raisons familiales.

*Le Treasury a identifié les premières règles fiscales qui pourraient être revues voire supprimées dans le cadre de la révision et simplification du cadre fiscal commandé par l’executive order du 21 avril 2017. Ces règles, qui ont été adoptées par l’Internal Revenue Service ou le Treasury depuis le 1er janvier 2016, portent notamment sur la lutte contre les inversions fiscales ou la taxation du transfert de propriété vers des entreprises étrangères. Un rapport définitif sur le sujet sera publié d’ici le 18 septembre par le Treasury.

*Le Department of Justice (DoJ) a demandé au tribunal fédéral en charge de l’appel sur la désignation de MetLife comme assureur systémique de suspendre sa décision pendant 30 jours. L’Administration justifie sa demande par la nécessité de laisser du temps au Financial Stability Oversight Council (FSOC) d’échanger sur le sujet, une réunion du Conseil étant prévue fin juillet, d’après le DoJ. Une précédente demande pour 60 jours avait déjà été acceptée par le tribunal, période qui a pris fin ce mercredi.

*Le Bureau de Protection des Consommateurs de Produits Financiers (CFPB) a publié une règle finale interdisant les clauses compromissoires (arbitration clauses) dans les contrats émis par les institutions financières qu’il supervise. Ces clauses restreignaient les possibilités de recours juridiques par les consommateurs.

*La SEC a annoncé qu’à partir du 10 juillet l’ensemble des entreprises pourraient engager des contacts privés avec des investisseurs, de manière préalable à une introduction en bourse publique. Il s’agit d’une extension d’une provision du JOBS Act de 2012, qui était jusque-là réservée aux plus petites entreprises.

*La CFTC a annoncé lancer une révision complète des règles sur le reporting des contrats d’échange (swaps) par les entités qu’elle régule (acteurs sur les marchés d’échange de produits dérivés et marchés à terme). Le CFTC a énoncé des grands principes et objectifs pour cette réforme et les a soumis à une période de recueil de commentaires publics de 40 jours. Elle espère finaliser ces règles d’ici décembre 2019

*La Fed et la FDIC ont annoncé qu’elles laissaient à AIG et Prudential une année supplémentaire (jusqu’au 31 décembre 2018) pour soumettre leurs plans de résolution (living-wills), afin de laisser le temps aux deux assureurs d’incorporer d’éventuelles nouvelles guidances émises par les agences sur ce sujet.

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