Washington Wall Street Watch n°2017-25

Washington Wall Street Watch n°2017-25

Crédit photo : F. Jonkisz

SOMMAIRE

Conjoncture

– La confiance des consommateurs recule en juin

Politiques macroéconomiques

– Les gouverneurs de la Fed restent partagés sur la nécessité d’une nouvelle hausse de taux

– Le Trésor étudie la possibilité d’émettre de la dette à très long terme

– La réforme de la santé entre dans la dernière ligne droite, dans un contexte budgétaire toujours tendu

– Les budgets des Etats fédérés souffrent de recettes inférieures aux prévisions

Régulation financière

– Les régulateurs bancaires précisent leurs vues en matière de régulation bancaire, suivant une ligne proche de celle proposée récemment par le Trésor

– Les sujets de coopération US/UE en matière de marchés financiers interpellent les officiels américains

Brèves


CONJONCTURE

La confiance des consommateurs recule en juin

L’indice de confiance des consommateurs, enquête réalisée par l’université du Michigan, est en repli à 94,5 en juin (contre 97,1 en mai). La confiance du consommateur reste cependant à des niveaux élevés depuis l’élection présidentielle et progresse d’un point sur un an.

La situation favorable du marché du travail et les hausses des salaires sont des facteurs de confiance pour les ménages.

Les auteurs notent cependant une inflexion significative dans les réponses des ménages interrogés à partir du 8 juin dernier, date de l’audition de James Comey (ex-directeur du FBI) au Sénat, l’enquête étant menée au long du mois. L’indice estimé avant le 8 juin progressait à 97,7, tandis que la mesure calculée sur les derniers jours de l’enquête s’élevait à 86,7. Cette baisse de la confiance s’observe sur des bases partisanes, la baisse ayant été plus marquée chez les Républicains que chez les Démocrates.


POLITIQUES MACROECONOMIQUES

Les membres de la Fed restent partagés sur la nécessité d’une nouvelle hausse de taux

Charles Evans (Fed de Chicago, votant) et Robert Kaplan (Fed de Dallas, votant) ont émis des doutes sur la nécessité d’un resserrement supplémentaire de la politique monétaire, évoquant la faiblesse de l’inflation. Cette prise de position s’ajoute au billet de Neel Kashkari (Fed de Minneapolis, votant) expliquant son vote dissident lors de la dernière réunion, avec des arguments similaires.

A l’inverse, William Dudley (Fed de New York, votant) s’est dit « confiant sur la poursuite du cycle d’expansion en cours » et rappelle que le marché du travail est proche du plein emploi, l’un des deux objectifs du mandat de la Fed. Eric Rosengren (Fed de Boston, non-votant) estime également « la période actuelle de taux bas crée des risques pour la stabilité financière » et souhaite que ce risque soit pris en compte par les banquiers centraux.

Le Trésor poursuit l’étude d’émissions de dette à très long terme

Le secrétaire au Trésor Steven Mnuchin a déclaré dans une interview à Bloomberg que la décision d’émettre de la dette à très long terme (maturité supérieure à 30 ans) est toujours étudiée, mais qu’elle dépendra de la demande des investisseurs pour des adjudications régulières. L’étude d’opportunité est en cours par le Treasury Borrowing Advisory Committee, mais S. Mnuchin estime que l’introduction de ce type de dette ne peut pas se limiter à une émission ponctuelle et doit s’inscrire dans une gestion globale de la trésorerie de l’Etat fédéral.

La réforme Obamacare entre dans la dernière ligne droite, dans un contexte budgétaire toujours tendu

Le projet des Républicains du Sénat pour remplacer et abroger Obamacare, longtemps tenu secret, a été rendu public aujourd’hui. Il reprend les grandes lignes du plan adopté début mai par la Chambre des Représentants (réduction (i) des subventions pour l’assurance publique Medicaid, (ii) des impôts utilisés pour financer le système Obamacare, (iii) des contraintes de qualité et prix imposés aux assureurs dans le système Obamacare) mais décale l’entrée en vigueur de certaines des mesures les plus controversées (notamment pour Medicaid). Le chef de la majorité M. McConnell souhaiterait d’après la presse procéder au vote la semaine prochaine. La sortie attendue en début de semaine prochaine de l’analyse d’impact du projet par le Congressional Budget Office (CBO), les critiques émises même par certains Républicains et la faible réserve de voix des Républicains au Sénat (52 sur les 50 nécessaires) rendent aujourd’hui l’issue du vote incertaine. En cas d’issue favorable, il faudra que la Chambre des Représentants adopte le texte en termes identiques pour que D. Trump puisse le signer.

Les Républicains de la Chambre avancent en parallèle sur le projet de réforme fiscale. Le chef de la majorité P. Ryan a affirmé dans un discours dédié à la réforme qu’elle pourrait être votée par le Congrès « avant l’ouverture de la saison de la chasse aux cerfs », soit le 18 novembre. Il a réaffirmé sa volonté d’adopter une réforme permanente, donc neutre pour le déficit et n’a plus mentionné le projet de taxe d’ajustement aux frontières (Border Adjustment Tax).

Les budgets des Etats fédérés souffrent de recettes inférieures aux prévisions

Les Etats fédérés prévoient une augmentation de seulement 1 % de leurs recettes sur l’année fiscale 2018, augmentation la plus faible depuis 2010, d’après un rapport de la National Association of State Budget Officers. Des recettes fiscales décevantes (dues à la faiblesse des prix de l’énergie, au développement des ventes en ligne, etc.) et des blocages politiques contribuent à cette tendance observée ces dernières années.

Le rapport souligne également les incertitudes entourant certaines décisions attendues au niveau fédéral, notamment les changements possibles sur les systèmes de santé Medicare et Medicaid, sur le code des impôts ou sur certaines dépenses de fonctionnement, comme autant d’inconnues pouvant affecter les recettes des Etats. Ces transferts de l’Etat fédéral représentent entre 20 et 40 % de leurs recettes.

En 2017, les recettes ont déjà été inférieures aux prévisions, contribuant à l’apparition de déficits dans 22 Etats, d’après le bilan annuel de la National Conference of State Legislatures.

Ces annonces interviennent dans un climat déjà tendu sur les finances locales, contraintes par ailleurs par la situation de certains fonds de pension publics. L’agence de notation Standard & Poor’s a dégradé les notations de 15 Etats depuis 2016 (contre 2 augmentations).


REGULATION FINANCIERE

Les régulateurs bancaires précisent leurs vues en matière de régulation bancaire, suivant une ligne proche de celle proposée récemment par le Trésor

Auditionnés par le Comité bancaire du Sénat, les régulateurs bancaires ont signalé une volonté collective d’allégement et de simplification du cadre réglementaire. Tout en reconnaissant le rôle du cadre érigé suite à la crise financière dans la construction d’un système bancaire plus résilient et sans appeler à son abrogation, ils ont reconnu que le coût et l’inefficacité de certains dispositifs actuels. Ils s’inscrivent à ce titre dans la continuité du rapport du Trésor publié la semaine dernière, en reprenant la plupart des objectifs (simplification, allégement) et priorités (allégement des contraintes sur les petites banques, recalibrage de la règle Volcker et des procédures de stress tests, réflexions sur les seuils d’application des règles renforcées).

Certains éléments pourraient se concrétiser prochainement. J. Powell de la Fed et M. Gruenberg de la FDIC ont soutenu la proposition du Trésor de laisser les banques soumettre des plans de résolution (living wills) tous les deux ans, plutôt que le rythme annuel actuel. J. Powell a également affirmé que la Fed était en train d’étudier les modifications à la règle Volcker qui étaient de son ressort (définitions, calibrage en fonction de la taille des banques et de la nature des bilans notamment).

Par ailleurs, K. Noreika (OCC, régulateur bancaire fédéral) a proposé de donner aux superviseurs bancaires, et non plus au Bureau de Protection des Consommateurs de Produits Financiers (CFPB), l’autorité de superviser les banques en matière de protection des consommateurs.

Powell a néanmoins affirmé que le rapport était un « mixed-bag », et que la Fed ne soutenait pas l’ensemble des recommandations du Trésor. Il a rappelé que la Fed n’était pas en faveur d’une réduction des exigences de capital et il a défendu l’application d’une surcharge en capital dans les tests de résistance (stress tests) pour les banques systémiques, que le Trésor souhaite modifier. M. Gruenberg (FDIC) a affirmé être défavorable à l’allégement (soutenu par J. Powell) du ratio de levier (SLR – supplementary leverage ratio). M. Gruenberg a rappelé l’utilité de ces ratios pendant la crise, davantage crédibles selon lui que les ratios de capital basés sur les risques dans des périodes de stress financier.

Enfin, J. Powell et M. Gruenberg ont tous les deux défendu le Titre 2 du Dodd Frank Act, qui fixe un cadre de résolution pour les institutions financières dont la faillite pourrait avoir un impact systémique, régulièrement mis en cause par les Républicains et qui fera l’objet d’un rapport dédié du Trésor à l’automne.

Les témoignages écrits des participants ont été accompagnés d’annexes détaillées des différentes agences, qui listent plus précisément les priorités dans les mois à venir et les recommandations des agences sur les sujets requérant des actions du Congrès (1/3 des recommandations selon une estimation du Sénateur Cotton).

Les sujets de coopération US/UE en matière de marchés financiers interpellent les officiels américains

Le Directeur de la Commodity Futures Trading Commission (CFTC), C. Giancarlo, a réaffirmé l’engagement américain à honorer les termes de l’accord signé en février 2016 avec l’UE sur la collaboration dans la régulation des chambres de compensation. Il a notamment affirmé que le Brexit ne remettrait pas en cause l’accord.

Par ailleurs, dans une lettre envoyée au Directeur de la SEC J. Clayton, le Sénateur T. Tillis (R-N.C) s’inquiète de l’impact sur les entreprises financières américaines de l’entrée en vigueur de la directive sur les marchés d’instruments financiers (MiFiD II), prévue en janvier 2018. Il demande à la SEC d’évaluer l’impact de la directive sur les entreprises américaines, et de déterminer si la directive ne représente pas un avantage compétitif indu pour les entreprises européennes.


BRÈVES

– James Clinger a été désigné par D. Trump pour succéder à M. Gruenberg à la tête de la Federal Deposit Insurance Corporation (FDIC), l’agence fédérale indépendante chargée notamment de la garantie des dépôts bancaires. Favorable aux mouvements de dérégulation, il est depuis 2007 conseiller juridique senior au sein du Comité des finances de la Chambre des représentants où il a notamment travaillé auprès de J. Hensarling pour revoir le Dodd Frank Act. Si elle est confirmée par le Sénat, la nomination de J. Clinger prendra effet au départ de M. Gruenberg en novembre 2017.

– La démocrate Sharon Bowen a annoncé mardi sa démission prochaine de la Commodity Futures Trading Commission (CFTC), estimant que ses missions ne pouvaient être menées à bien étant donnés les moyens insuffisants accordés à l’agence (en outre, trois postes de commissaires toujours vacants sur les cinq).

– La secrétaire à l’Education, Betsy DeVos, a annoncé mardi la prochaine nomination de A. Wayne Johnson à la tête du Federal Student Aid office, qui supervise l’octroi et la distribution de 1 300 Mds USD de prêts étudiants fédéraux. Titulaire d’un doctorat sur la dette étudiante, A. Wayne Johnson a travaillé pendant plusieurs années dans l’industrie des prêts étudiants.

– La Fed a publié aujourd’hui les résultats des stress tests annuels qu’elle conduit depuis le Dodd Frank Act sur les 34 banques détenant au moins 50 Mds USD d’actifs. Les résultats sont positifs, puisque d’après une déclaration du Gouverneur J. Powell, « les grandes banques resteraient suffisamment capitalisées et pourraient continuer à prêter même en cas de récession sévère ». La deuxième partie des résultats sur ces stress tests, la Comprehensive Capital Analysis and Review (CCAR), plus exhaustive, est attendue la semaine prochaine. Elle déterminera notamment la possibilité pour les banques de distribuer des dividendes ou d’effectuer des rachats d’actions.

– Les assureurs avaient jusqu’à mercredi pour décider de leur participation aux marchés Obamacare sur l’année 2018. Au vu de l’incertitude qui pèse sur les financements et les modalités de fonctionnement de ces marchés, de nombreux assureurs ont décidé de réduire leur présence (Anthem et Humana notamment). L’insurtech Oscar a lui décidé de procéder à une expansion ciblée à certains comtés et villes du Tennessee, Ohio, Texas, Californie et New Jersey. Le PDG M. Schlosser a justifié cette décision par la conviction que « une fois le brouillard politique éclairci, les marchés seront stables à temps en 2018 – il y a trop de vies en jeu pour que nos représentants à Washington DC ne prennent pas les bonnes décisions ».

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