Washington Wall Street Watch n°2017-24

Washington Wall Street Watch n°2017-24

Crédit photo : F. Jonkisz

SOMMAIRE

Conjoncture

– Les chiffres d’’inflation de mai surprennent à la baisse

Politiques macroéconomiques

– La Fed augmente ses taux d’intérêt, qui se situent désormais dans la fourchette [1 %-1,25 %]

– Des économistes interpellent la Fed sur la fixation de sa cible d’inflation

– Porto Rico se positionne sur son statut dans un referendum largement symbolique

– Les débats budgétaires à fort enjeu se poursuivent au Congrès

Régulation financière

– Le Trésor américain a publié son premier rapport sur la régulation financière

– Le Congrès travaille à la reconduction du programme d’assurance fédérale sur les risques inondations

Brèves


CONJONCTURE

Les chiffres d’’inflation de mai surprennent à la baisse

En mai, l’indice des prix à la consommation (IPC) a diminué de 0,1% après avoir connu une légère augmentation au cours du dernier mois (+0,2%). L’inflation s’établit désormais à 1,9 % (après 2,2 %) sur un an. L’indice sous-jacent enregistre une progression stable de 0,1% sur un mois, mais inférieure aux prévisions espérées (+0,2%), et connaît un ralentissement sur l’année (1,7 %, après 1,9%).


POLITIQUES MACROECONOMIQUES

La Fed augmente une nouvelle fois ses taux d’intérêt

La réunion du Comité de Politique Monétaire de la Fed (FOMC) des 13 et 14 juin s’est conclue sur une hausse de la fourchette cible des taux fed funds pour l’amener à [1 %-1,25 %].

La Fed justifie sa décision par la situation favorable du marché du travail et le dynamisme de la consommation qui laissent envisager, selon elle, une hausse de l’inflation à court terme. Le FOMC juge toujours la politique monétaire accommodante, même si la présidente de la Fed, J. Yellen, a indiqué s’approcher d’une politique monétaire neutre. La trajectoire des taux fed funds anticipée par les membres a peu évolué et continue d’indiquer un scénario de 3 hausses de taux au total en 2017.

La Fed a publié des nouveaux éléments précisant la stratégie de réduction de son bilan, qui devrait débuter cette année si le scénario économique de la Fed se confirme. Elle a notamment précisé les montants mensuels maximum de Treasuries et de titres hypothécaires qui arriveront à échéance et ne seront plus réinvestis à compter du début de la réduction du bilan.

Des économistes interpellent la Fed sur la fixation de sa cible d’inflation

Divers économistes, dont Joseph Stiglitz, Heather Boushey, Bradford de Long ou encore Jared Bernstein, ont écrit une lettre ouverte à la Fed lui demandant de réviser sa cible d’inflation, aujourd’hui fixée à 2%. Ils estiment que la Fed devrait relever cette cible d’inflation de manière à améliorer l’efficacité de sa politique monétaire en évitant davantage d’être contraints par la borne du taux zéro (zero lower bound).

Cette lettre relance le débat de longue date (cf réflexions d’O. Blanchard alors chef économiste du FMI en 2010) sur la fixation de cette cible. De nombreux paramètres entrent en jeu entre d’un côté les enjeux de crédibilité de la Fed pour ancrer les anticipations d’inflation à un niveau beaucoup plus élevé qu’observé actuellement et de l’autre le souhait indiqué par les auteurs de la lettre d’accroître l’efficacité de la politique monétaire, dans un contexte où les risques associés à une inflation plus élevée mériteraient d’être réévalués. Lors de sa conférence de presse du 14 juin 2017, J. Yellen a indiqué que cette question sera étudiée dans le futur « It’s one [question] that we will be reconsidering at some future time. »

Porto Rico se positionne sur son statut dans un referendum largement symbolique

Les habitants de Porto Rico se sont prononcés par referendum sur l’accession au statut d’Etat fédéré de leur territoire qui est actuellement un « Etat libre associé aux Etats-Unis ». Plus de 97 % des suffrages exprimés l’ont été en faveur de la procédure d’adhésion à l’Union américaine, dans un contexte de faible participation (23,7 %).

Cette consultation n’a toutefois qu’une valeur symbolique. La demande d’adhésion à l’Union américaine constitue la première étape vers l’intégration dans les Etats-Unis, mais la procédure doit être validée par le Congrès, qui n’a ces dernières années pas souhaité donner suite à la procédure (c’est le 5ème referendum de ce type depuis 1967).

Les débats budgétaires à fort enjeu se poursuivent au Congrès

Mnuchin a affirmé au Sénat que le Trésor prévoit actuellement de pouvoir financer la dette du gouvernement fédéral jusqu’à la fin septembre 2017. Il a réitéré son appel au Congrès à remonter le plafond de dette avant les vacances parlementaires du mois d’août, afin d’éviter de faire coïncider les débats sur le plafond de dette avec ceux sur le budget de l’année fiscale 2018, qui devra être adopté avant le 30 septembre. S. Mnuchin veut éviter ce que certains élus, dont P. Ryan, commencent à évoquer : un regroupement des votes sur le plafond de dette et sur le budget dans un vote unique. S. Mnuchin a évoqué comme D. Trump la possibilité d’un déclenchement d’un shutdown sur le budget en septembre pour forcer des concessions démocrates : « there is such a thing as a good shutdown ».

Le Sénat continue en parallèle à travailler sur sa proposition de loi sur le système de santé Obamacare. Le texte est d’après la plupart des sources presse en passe d’être finalisé, mais n’a pas été rendu public par les leaders républicains. D. Trump s’est récemment engagé sur le dossier auprès des sénateurs républicains encore hésitants.


REGULATION FINANCIERE

Le Trésor américain a publié son premier rapport sur la régulation financière

Le Trésor a publié un rapport, commandé par un décret présidentiel du 3 février, intitulé « A financial system that creates economic opportunities – Banks and Credit Unions », qui formalise les priorités et orientations souhaitées par l’Administration en matière de régulation des institutions de dépôt. En raison des spécificités de chaque régime de régulation, le Trésor a choisi de dédier ce 1er rapport aux institutions de dépôt et a annoncé la publication ultérieure d’autres rapports thématiques sur les marchés des capitaux et produits dérivés, les industries de l’assurance et de la gestion d’actif, les institutions financières non bancaires, la fintech et l’innovation financière.

Le rapport opte pour une approche jugée réaliste par les observateurs et plus modérée que le Choice Act adopté à la Chambre des Représentants. Il privilégie des recommandations ciblées à une refonte complète du cadre (pas d’abrogation du Dodd Frank Act par exemple). Parmi les points spécifiques avancés figurent (i) une simplification du cadre réglementaire jugé trop peu lisible et le souhait de désigner une agence responsable en cas de conflits de compétence entre les différents superviseurs, (ii) un recalibrage de nombreuses règles prudentielles s’appliquant aux institutions de dépôt (capital, liquidité, résolution), (iii) un recalibrage de de la règle Volcker avec notamment une exemption pour les petites banques, (iv) un allègement réglementaire pesant sur les petites banques locales (community banks), ou (v) une limitation des pouvoirs du Bureau de Protection des Consommateurs de Produits Financiers. Le rapport aborde aussi la question des standards internationaux, affichant à la fois une position volontariste sur la finalisation de la négociation de Bâle III, un souhait de limiter la surtransposition et une prudence sur certaines normes (certains standards déjà finalisés seraient repoussés).

Le rapport a reçu un accueil favorable de la plupart des observateurs (banques, presse, experts), même s’il a été sans surprise critiqué par les élus démocrates et certains groupes de consommateurs. Il identifie les sujets prioritaires ainsi que les responsables (Congrès ou régulateurs), mais ne précise pas les modalités par lesquelles ces différents leviers pourront être actionnés et la mise en œuvre des recommandations pourrait être très progressive. En effet, une part importante des recommandations nécessitera une action du Congrès ou d’agences indépendantes, sur lesquels le Trésor n’a pas d’autorité directe, même si les renouvellements progressifs à la tête des agences pourraient permettre une mise en œuvre de certaines recommandations dès 2018.

Le Congrès travaille à la reconduction du programme d’assurance fédérale sur les risques inondations

Alors que l’autorisation budgétaire du National Flood Insurance Program (NFIP) expire le 30 septembre 2017, des discussions sont en cours au Congrès d’une part pour renouveler cette autorisation pour permettre au programme de continuer à fonctionner et d’autre part pour réformer ce dispositif de couverture contre les risques d’inondation. Ces risques sont couverts aux Etats-Unis par un programme d’assurance fédérale, le NFIP, qui prend en charge et fixe les prix d’assurances distribuées par des assureurs privés, et impose des standards de construction et de prévention aux villes participant au programme.

Les Républicains de la Chambre des Représentants ont fait circuler une série de propositions de lois, portant notamment sur l’accessibilité financière du programme, le recours accru à des assureurs privés, la protection des contribuables, et divers enjeux techniques liés à ces couvertures. Les Démocrates ont critiqué ces propositions, notamment l’absence de financement additionnel pour les mesures de prévention des risques et l’effet potentiellement négatif sur l’offre d’assurance.

Au Sénat, deux projets de loi bipartisans prévoyant une autorisation du programme et des réformes structurelles ont été introduits. Le premier, introduit par B. Cassidy (R) et K. Gillibrand (D), prévoit une autorisation budgétaire sur 10 ans et le second, porté notamment par B. Menendez, E. Warren, C. Booker (D) et M. Rubio et T. Cochran (R), autoriserait le programme sur 6 ans. Les deux comprennent des réformes liées à l’accessibilité financière, aux niveaux de couverture, à l’encouragement de mesures de prévention ainsi qu’à l’augmentation du rôle du secteur privé.


BREVES

*Le comité bancaire du Sénat a approuvé la nomination K. Hassett à la tête du Council of Economic Advisers, et le comité des finances celle de D. Malpass comme Sous-Secrétaire au Trésor pour les Affaires internationales. Ils devraient être confirmés par le Sénat en session plénière dans les jours à venir.

*Le Comité bancaire du Sénat a annoncé la tenue le 22 juin d’une audition sur la régulation financière : « Encourager la croissance économique : perspectives des régulateurs ». Devraient notamment participer J. Powell de la Fed, M. Gruenberg de la FDIC, K. Noreika de l’OCC, M. McWatters de la NCUA et C. Cooper du régulateur bancaire de l’Etat du Texas.

*L’ancienne lobbyiste D. Stump a été proposée par D. Trump pour remplacer M. Wetjen en tant que commissaire de la Commodity Futures Trade Commission (CFTC). Elle avait fondé son propre cabinet de conseil en 2016 et a exercé la fonction d’executive director au comité consultatif de la Futures Industry Association. Elle a également été vice-présidente du groupe NYSE Euronext.

*E. Eissenstat a été nommé par D. Trump au poste d’assistant adjoint au Président pour les affaires économiques internationales et de directeur adjoint du National Economic Council (NEC). Il remplace K. Juster, qui a quitté son poste fin mai. Il exercera notamment les fonctions de sherpa en charge du G7 et du G20. E. Eissenstat est actuellement le conseiller commercial pour les Républicains du Comité des finances du Sénat. Il est connu pour son expertise dans les échanges entre le Congrès et l’Administration lors des négociations commerciales.

*La Financial Industry Regulatory Authority (FINRA), organisme d’autorégulation des marchés financiers américains, envisage de renforcer sa supervision à l’égard des brokers et des sociétés aux antécédents douteux (dubious track record), le but étant à terme d’éliminer les acteurs avec des antécédents entachant leur honorabilité du secteur du courtage et de l’intermédiation financière. A ces fins, la FINRA souhaite inclure plus de critères fondés sur les risques dans ses nouvelles exigences réglementaires, afin de dissuader certains comportements négatifs et d’identifier les pratiques qui posent le plus grand risque.

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