Washington Wall Street Watch n°2017-23

Washington Wall Street Watch n°2017-23

Crédit photo : F. Jonkisz

SOMMAIRE

Conjoncture

-Le marché du travail poursuit son amélioration

-Les entreprises rencontrent des difficultés croissantes pour recruter des profils adaptés à leur activité

Politiques macroéconomiques

-Une nouvelle augmentation de taux est attendue au prochain comité de politique monétaire de la Fed

-Le relèvement du plafond de la dette s’ajoute à un calendrier législatif déjà chargé

-La Maison Blanche lance une « Semaine de l’infrastructure »

Régulation financière

-La Chambre des Représentants adopte le Financial Choice Act (FCA)

-D. Trump propose J. Otting à la tête de l’Office of the Comptroller of the Currency (OCC)

-La Cour Suprême a rendu une décision qui limite le pouvoir de sanction de la SEC

Brèves


CONJONCTURE

Le marché du travail poursuit son amélioration

Le rapport sur l’emploi du Bureau of Labor Statistics (BLS) indique que l’économie américaine a créé 138 000 nouveaux emplois en mai (après 174 000 en avril, révisé à la baisse de 37 000), cette performance est jugée décevante car le consensus anticipait 185 000 créations d’emplois. Le taux de chômage poursuit son repli et ressort à 4,3 % (-0,2 point), son plus bas niveau depuis mai 2001. Ce recul du chômage est toutefois associé à deux replis consécutifs du taux de participation à 62,7 % (-0,3 point depuis mars) qui indique que la dynamique du marché du travail reste insuffisante pour convaincre les travailleurs découragés de revenir vers l’emploi. En outre, les salaires progressent modérément de 0,2 % en mai et de +2,5 % en glissement annuel en mars (stable dans les deux cas).

Les entreprises rencontrent des difficultés croissantes pour recruter des profils adaptés à leur activité

La Job Openings and Labor Turnover Survey (JOLTS), enquête du BLS qui s’inscrit comme le complément des rapports sur l’emploi, expose le décalage croissant entre les offres d’emploi et la capacité des entreprises à trouver des profils adaptés. Le taux d’ouverture d’emplois (nombre d’offres d’emplois rapporté à la somme des emplois occupés et des offres à pourvoir) s’établit à 4,0 % en juin (+0,2pt) tandis que le taux de recrutement (embauches rapportées aux emplois occupés) diminue à 3,5 % (-0,1 pt).

Ce décalage s’explique, selon le BLS, par l’inadéquation des compétences des candidats à la demande des entreprises et fait écho au rapport de National Federation of Independent Business indiquant que 33 % des petites entreprises sont confrontées à des difficultés dans leur recherche de nouveau personnel. En revanche, cette divergence entre offre et demande de travail ne se traduit pas par une hausse de la mobilité des salariés puisque le taux de démission est quasi-stable (2,1 %) depuis plusieurs mois. Pour les observateurs, cette situation contribue à la modération de l’inflation salariale.


POLITIQUES MACROECONOMIQUES

Une nouvelle augmentation des taux est attendue lors du prochain comité de politique monétaire de la Fed (FOMC)

La réunion de politique monétaire des 13 et 14 juin devrait donner lieu, selon les observateurs, à une nouvelle hausse de la fourchette cible des taux fed funds de 25pb, la 4ème depuis décembre 2015. Les déclarations récentes des membres du FOMC ont montré qu’ils semblent majoritairement considérer que les mauvaises surprises récentes dans les données économiques ne sont que transitoires, et anticiper un rebond de la croissance grâce à l’amélioration observée sur le marché du travail. Néanmoins, plusieurs ont émis un message de prudence compte tenu de la faiblesse persistante de l’inflation.

Cette réunion sera accompagnée d’une révision des projections économiques, qui pourraient confirmer la volonté de la Fed de procéder à une troisième hausse de taux en 2017. Le FOMC devrait également aborder de manière plus approfondie la préparation de la réduction de son bilan.

Le relèvement du plafond de la dette s’ajoute à un calendrier législatif déjà chargé

Cohn, directeur du National Economic Council, a annoncé dans une interview à CNBC que le projet de réforme fiscale de l’Administration sera présenté fin août, lors de la reprise des travaux au Congrès. La Maison Blanche a défendu ce calendrier, par la voix de son porte-parole S. Spicer.

Le Congrès fait face à un agenda déjà chargé, puisqu’en plus de l’examen de la loi Obamacare actuellement en cours au Sénat et des procédures de confirmation aux différents postes de l’Administration, le Congrès poursuit la préparation du budget pour l’année fiscale 2018, qui devra être adopté d’ici le 30 septembre. Le relèvement du plafond de la dette, prévu initialement pour cet automne, pourrait avoir à être conclu dès cet été pour éviter un blocage sur le financement de l’Etat fédéral. Sur ce sujet, coupant court au débat naissant à Washington, D. Trump a pris position en soutenant S. Mnuchin (Secrétaire au Trésor), qui souhaite que le relèvement du plafond de la dette ne soit pas associé à d’autres éléments législatifs comme l’envisageaient M. Mulvaney (directeur de l’Office of Management and Budget de la Maison Blanche) et Gary Cohn.

L’accumulation des échéances fait craindre que le Congrès ne puisse mener de front tous ces travaux. En particulier, la préparation du budget a d’ores et déjà pris un retard important en raison de la publication tardive de la proposition de budget de la Maison Blanche. Le Sénateur républicain J. McCain a même déclaré s’attendre à un « accident ferroviaire » en septembre (source Politico).

La Maison Blanche lance une « Semaine de l’infrastructure »

La Maison Blanche a lancé cette semaine une « Infrastructure Week », structurée autour de diverses annonces et réunions autour du Président. Lundi, la Maison Blanche a proposé un plan visant à privatiser la gestion des infrastructures de contrôle aérien (l’adoption d’une loi au Congrès sera nécessaire). Mercredi, un communiqué de presse et un discours de D. Trump ont mis l’accent sur la situation des voies navigables domestiques et appelé à leur réforme. Jeudi, le Président a rencontré des gouverneurs et maires afin de coordonner les efforts entre collectivités et l’Etat fédéral. Enfin, un décret présidentiel doit être signé vendredi afin d’« améliorer l’efficacité et l’intemporalité des projets d’infrastructures aux Etats-Unis ». Le décret visera notamment une réduction du temps nécessaire à la réception de permis pour lancer des projets.

Cette semaine dédiée aux infrastructures fait suite à la publication d’un mémo attaché à la proposition de budget de la Maison Blanche pour l’année fiscale 2018, détaillant les orientations souhaitées du projet, qui devrait s’articuler autour de l’accroissement du rôle des collectivités territoriales (villes et Etats fédérés) ainsi que de celui des investisseurs privés, et sur l’allégement des régulations. L’Administration souhaite générer 1 000 Mds USD de dépenses à partir des 200 Mds USD d’argent fédéral qu’elle promet d’engager sur 10 ans. A ce jour, les modalités de financement ou de partage des risques restent incertaines, et certains critiques, notamment chez les Démocrates ont pointé la faiblesse de l’engagement sur 2018 dans la proposition de budget de la Maison Blanche (5 Mds USD).


REGULATION FINANCIERE

Le Financial Choice Act (FCA) a été adopté à la Chambre des Représentant aujourd’hui

Le projet de loi de 600 pages, qui vise à remplacer le Dodd Frank Act comme cadre de la régulation financière, a été voté sur des lignes partisanes (233 pour, 186 contre). Pour mémoire, le FCA prévoit entre autres la suspension de la désignation d’institutions financières non bancaires systémiques, l’allégement des contraintes réglementaires sur les petites banques, l’abrogation de la règle Volcker (qui limite les activités d’investissement des banques de détail), ou la réorganisation du Bureau de Protection des Consommateurs de Produits financiers (CFPB).

L’ensemble des acteurs et experts s’accordent sur le fait que la probabilité d’adoption du texte voté aujourd’hui au Sénat, en l’absence de super majorité pour les Républicains, est faible. La Maison Blanche a déclaré soutenir ce projet, et a affirmé dans un communiqué être prête à travailler avec le Congrès pour « démanteler davantage de provisions du Dodd Frank Act ».

Le projet de loi s’inscrit selon la Maison Blanche dans la réflexion sur le cadre de régulation financière initiée par D. Trump par décret présidentiel du 3 février. Ce décret demandait également au Secrétaire au Trésor, S. Mnuchin, de préparer avec les principales agences de régulation un rapport, dont la publication reste attendue dans les prochains jours

Trump propose l’ancien banquier J. Otting pour diriger l’Office of the Comptroller of the Currency (OCC)

Joseph Otting n’a à ce jour aucune expérience politique ou administrative : il était auparavant banquier chez Bank of America et US Bancorp, avant de prendre la direction de OneWest en 2010, la banque cofondée par l’actuel Secrétaire au Trésor S. Mnuchin.

L’Office of the Comptroller of the Currency (OCC) est un bureau indépendant du Département du Trésor dont le directeur est choisi par le Président pour un mandat de cinq ans. Il s’agit du troisième régulateur bancaire américain après la Fed et la Federal Deposit Insurance Corporation (FDIC). La proximité de J. Otting avec S. Mnuchin pourrait signaler une inflexion à la tête de l’OCC qui pourrait s’inscrire davantage dans l’agenda de dérégulation de la nouvelle Administration. J. Otting doit maintenant être confirmé par le Sénat à la majorité simple.

La Cour Suprême a rendu une décision qui limite le pouvoir de sanction de la SEC

La décision, rendue à l’unanimité (9-0) lundi 5 juin, condamne la SEC à rembourser l’homme d’affaires C. Kokesh des sommes que l’agence a perçues au titre d’un recouvrement de gains illégaux (disgorgement) imposé en 2009 pour un montant de 34,9 MUSD. Ce redressement concernait des faits d’escroquerie et de détournement de fonds qui s’étaient déroulés entre 1995 et 2009. L’affaire portée à la Cour Suprême s’était concentrée sur la question de savoir si ce recouvrement pouvait être qualifié d’amende ou sanction punitive (penalty), auquel cas s’appliquerait la prescription de 5 ans qui concerne normalement ce type de sanction. La Cour Suprême a décidé qu’un recouvrement de gains illégaux, qui comporte un aspect punitif, constitue bien une sanction susceptible d’être prescrite au bout de 5 ans. Cette décision a été saluée par les acteurs du secteur, qui se considéraient particulièrement vulnérables aux décisions arbitraires du régulateur en matière d’enforcement et de sanctions.

L’impact de cette décision est significatif, le recouvrement de gains illégaux par la SEC étant particulièrement élevé (2,8 Mds USD perçus en 2016 au titre de ce type de sanction). Elle considérablement le pouvoir de la SEC dans le temps. D’autres agences fédérales qui ont le pouvoir d’imposer de telles sanctions pourraient également être concernées par la décision (par exemple CFPB, FTC etc.).


BREVES

– Le responsable des règles du Sénat (Parliamentarian) a validé l’envoi du projet de loi d’abolition et de réforme du système de santé Obamacare adopté à la Chambre vers le Sénat. Cette décision va permettre au Sénat d’étudier le texte sous une procédure accélérée et simplifiée (adoption à la majorité simple) dite de réconciliation.

– La Fed publiera les résultats des stress-tests prévus par le Dodd-Frank Act le 22 juin, et les résultats de la procédure de validation des plans de distribution du capital (Comprehensive Capital Analysis Review, CCAR) le 28 juin. Les premiers testent la résilience et la capacité des grandes banques à surmonter un scénario de crise financière. Le CCAR est une revue individualisée des projets de distribution et d’immobilisation de capital et ne s’applique qu’à 13 des grandes banques supervisées par la Fed.

– La Fed a approuvé l’extension de la période de transition relative à l’application de certaines dispositions de la règle Volcker. Cette extension concerne les banques Deutsche Bank, SVG Financial et USB. Ces dernières auront 5 ans pour rendre conformes leurs investissements dans certains « fonds illiquides » aux exigences de la Volcker rule, qui interdit aux banques toute activité de trading pour compte propre et de détenir des participations dans des hedge funds et des funds de private equity.

– Lors de son audition du 6 juin au Sénat en vue de sa nomination à la tête du Council of Economic Advisers, K. Hassett a affiché son intention de recruter un panel d’économistes chargés de conseiller le Président. Il s’est par ailleurs déclaré favorable à l’ouverture migratoire, considérant l’immigration comme une source importante de croissance et de productivité. Il a enfin défendu la proposition de budget introduite par la Maison Blanche pour l’année fiscale 2018, et notamment les prévisions de croissance supplémentaires de 3% que génèreraient les réformes.

– Le conservateur D. Malpass a également été entendu au Sénat pour obtenir confirmation de sa nomination en tant que Sous-Secrétaire au Trésor pour les Affaires internationales. Il a affirmé vouloir s’engager en faveur des entreprises américaines afin de leur assurer croissance et compétitivité, et a insisté sur sa priorité de faire des Etats-Unis une économie globale plus forte, par la création de nouveaux emplois et la hausse des revenus réels médians. Interrogé sur la politique de l’Administration Trump sur la valeur cible du dollar, il a répondu vouloir protéger la fiabilité de la monnaie américaine, sans donner davantage de précisions. Connu aussi pour ses propos très critiques sur les institutions financières internationales et sur les accords commerciaux avec l’Europe, D. Malpass a fait face à très peu de questions des sénateurs sur ce sujet.

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