Washington Wall Street Watch n°2017-21

Washington Wall Street Watch n°2017-21

Crédit photo : F. Jonkisz

SOMMAIRE

Conjoncture

– Le dollar a effacé ses gains observés depuis l’élection présidentielle.

Politiques macroéconomiques

– Les minutes de la Fed renforcent la probabilité d’une hausse des taux en juin.

– La Maison Blanche présente sa proposition de budget pour l’année fiscale 2018.

– Le Congressional Budget Office a publié son estimation de la loi visant à remplacer Obamacare.

Régulation financière

– Le budget 2018 envisage de restructurer les agences fédérales de régulation financière.

– Le Department of Labor publie ses recommandations relatives à l’application de la règle fiduciaire sur les plans de retraite.

– La croissance du volume de prêts ralentit mais les profits des banques américaines progressent significativement.

Brèves


CONJONCTURE

Le dollar a effacé ses gains observés depuis l’élection présidentielle.

La devise américaine s’était fortement appréciée suite à l’élection présidentielle, portée par les anticipations d’une politique économique favorable à la croissance et l’inflation. Ces gains avaient ensuite été amplifiés par la trajectoire de taux d’intérêt optimiste annoncée par la Federal Reserve pour l’année 2017, portant la hausse du taux de change effectif à plus de 4 % à la veille de l’investiture de D. Trump.

Près de huit mois après l’élection présidentielle, le taux de change effectif du dollar a désormais retrouvé les niveaux affichés début novembre. Ce mouvement baissier se décompose en trois phases : (1) les critiques répétées de membres de l’Administration (dont le Président) contre le taux de change trop fort du dollar et qui ont contribué à l’affaiblir, (2) l’échec du vote du projet de loi visant à remplacer Obamacare, qui a instillé le doute quant à la capacité politique de l’Administration à mettre en œuvre son programme, (3) l’intensification des controverses politiques au sujet de la campagne de D. Trump.

POLITIQUES MACROECONOMIQUES

Les minutes de la Fed renforcent la probabilité d’une hausse des taux en juin.

Les minutes de la réunion de politique monétaire des 2 et 3 mai rapportent que la sérénité des membres du FOMC quant aux récentes données décevantes, qui sont perçues comme un ralentissement transitoire. La Fed reste confiante sur l’évolution positive du marché du travail et de l’inflation. Sur la base de cet contexte favorable, ils estiment qu’une hausse des taux serait appropriée « rapidement », ouvrant ainsi la voie à une décision en ce sens lors de la réunion de juin.

Le FOMC a également progressé dans l’élaboration de la stratégie de réduction de son bilan et signale qu’il plafonnera dans un premier les montants non réinvestis. Cette limite augmentera progressivement cette limite pour permettre que la rythme de réduction des actifs s’accélère. A ce stade, la Fed envisage de réviser cette limite tous les trois mois.

La Maison Blanche présente sa proposition de budget pour l’année fiscale 2018.

Trump propose d’augmenter en 2018 les dépenses militaires de 54 Mds USD (+10% par rapport au budget 2017) ainsi que les budgets des anciens combattants (+6%) et de la sécurité intérieure (+7%). Ces augmentations de crédits sont compensées par une réduction équivalente des dépenses non-militaires à travers des coupes très importantes dans les dépenses discrétionnaires, ciblées sur les dépenses de fonctionnement (- 31 % pour l’Agence de Protection de l’Environnement) et les programmes sociaux (-25 % pour les coupons alimentaires). Les propositions les plus controversées sont également maintenues avec le financement du mur à la frontière avec le Mexique et la suppression des financements fédéraux du planning familial (Planned Parenthood).

Trump souhaite réduire les dépenses obligatoires de 1700 Mds USD sur 10 ans grâce à des économies réalisées principalement par (i) les baisses de dépenses intégrées dans la loi visant à remplacer Obamacare (250 Mds USD cumulés sur 10 ans), (ii) une réforme du système de santé Medicaid (610 Mds USD sur 10 ans), (iv) la réforme des subventions aux prêts étudiants (143 Mds USD) et (v) la lutte contre la fraude sociale et les inefficacités du système de versement des prestations sociales (143 Mds USD). Un financement de 200 Mds USD sur 10 ans est prévu dans le cadre du plan d’infrastructures dont 80 % serait alloués sur la période 2018-2022, mais seulement 5 Mds USD en 2018 et 25 Md USD en 2019.

Le Congressional Budget Office a publié sonb estimation de la loi visant à remplacer Obamacare.

Le CBO estime que l’Affordable Health Care Act (AHCA) permettrait de réduire le déficit de 119 Mds USD sur la période 2017-2026, générant une économie en dépense de 1111 Mds USD, dont 834 Mds pour Medicaid, contre une baisse des recettes de 999 Mds USD. Le gain net pour les finances fédérales est toutefois inférieur de 32 Mds à celui qu’aurait permis la première version de la loi AHCA.

La mise en œuvre de ce projet priverait 23 millions de personnes de couverture maladie (contre 24 millions dans la première version de la loi) et porterait à 51 millions le nombre de personnes non assurées. Le CBO estime que l’AHCA entrainerait une baisse des primes de 10 % à horizon de 2026. La publication de ces estimations était nécessaire pour permettre la poursuite du processus législatif, le Sénat va ainsi lancer l’examen du projet de loi .

REGULATION FINANCIERE

Le budget 2018 envisage de restructurer les agences fédérales de régulation financière.

Le nouveau budget 2018 présenté mardi au Congrès prévoit plusieurs réformes sur les agences de régulation financière. Les deux principaux régulateurs de Wall Street, le Bureau financier en charge de la protection des consommateurs (Consumer Financial Protection Bureau) et la Commission responsable de la réglementation et du contrôle des marchés financiers (Securities and Exchange Commission) sont en effet susceptibles de connaître de profondes restructurations et coupes budgétaires d’ici la fin de l’année prochaine.

Créé en 2011 à la suite de la législation Dodd-Frank, le CFPB est une agence fédérale autonome, dotée d’un budget annuel proche de 600 millions de dollars (596 millions en 2016), chargée de protéger les consommateurs contre les pratiques financières malhonnêtes des banques et des institutions de crédit. Depuis sa création, il a ainsi restitué un total de 12 milliards de dollars à 29 millions d’Américains. Or, la proposition de budget 2018 pourrait grandement affecter ses marges de manœuvre puisque les mesures qu’elle présente incarnent la volonté forte du parti Républicain de limiter les pouvoirs de cet organe de surveillance dont le budget échappe à l’heure actuelle au Congrès (également en cours de vote, le Choice Act soutenu par les Républicains a pour même objectif de renforcer le contrôle du Congrès sur le Bureau en proposant de remplacer l’actuel directeur par une commission bipartisane sur laquelle les membres du Congrès auraient un droit de regard). Le nouveau budget prévoit ainsi, dès 2018, une profonde restructuration du CFPB, une limitation de ses fonds obligatoires, et une réduction de son indépendance financière. La Maison Blanche motive l’ensemble de ces mesures par les 6,8 milliards d’économies qui seraient réalisées sur dix ans (145 millions pour l’année prochaine).

L’autorité américaine des marchés financiers, la SEC, est également en voie de subir de transformations notables si les propositions de la Maison Blanche sont retenues. Cette agence indépendante, mise en place en 1934, verra en effet son budget annuel plafonné à seulement 1,6 milliards pour l’année 2018, soit une hausse minime par rapport aux financements qui avaient été accordés en 2017 (1.56 milliards). Par ailleurs, le fonds propre dont elle dispose, qui est indépendant du budget fédéral et est alimenté chaque année jusqu’à 50 millions de dollars exclusivement grâce aux frais prélevés sur les clients, sera de même affecté par les réformes budgétaires, puisque l’administration de Donald Trump prévoit de recourir à ce fonds en vue de réduire le déficit public.

Le Department of Labor publie ses recommandations relatives à l’application de la règle fiduciaire sur les plans de retraite.

La règle du Department of Labor (DoL) sur la distribution des produits de retraite (règle fiduciaire) entrera en vigueur le 9 juin pour les conseillers en investissements dans les plans de retraite (à l’exception des brokers et agents d’assurance, concernés qu’à partir de janvier 2018). Le DoL a publié à cette occasion une série de recommandations (guidance). La règle fiduciaire doit contraindre les conseillers en investissement dans les plans de retraite à mettre les intérêts de leurs clients en priorité. Jusqu’à présent, les conseillers n’étaient soumis qu’à un devoir de « suitability », et tant qu’ils proposaient des produits correspondant effectivement aux besoins de l’investisseur.

L’entrée en vigueur de la règle avait été repoussée par l’executive order du 3 février qui demandait au DoL de retarder la mise en œuvre de la règle et d’en proposer une révision. Le Secrétaire au Travail A. Acosta a indiqué rester ouvert à une potentielle révision voire abrogation de la règle une fois l’examen par le DoL des conséquences économiques de la règle achevée, en soulignant qu’en l’état, la règle fiduciaire n’était peut-être pas alignée par les objectifs de dérégulation fixés par le président D. Trump.

La règle était fortement contestée par l’industrie, qui critiquait les coûts associés ainsi que la réduction de la diversité de l’offre pour les consommateurs.

La croissance du volume de prêts ralentit mais les profits des banques américaines progressent significativement.

Les banques assurées par la Federal Deposit Insurance Corporation (FDIC) ont publié un résultat net cumulé de 44Mds USD au premier trimestre 2017, en hausse de 12,7% sur un an. L’augmentation des profits est principalement attribuable à une augmentation de 8,8Mds USD des revenus nets d’intérêt. Le volume de prêts a continué sa progression (+ 358Mds USD, soit +4%) sur les 12 derniers mois mais a ralenti par rapport à la même période l’an passé (+5,3%). Ce déclin de la demande de prêt pourrait signaler une faiblesse dans l’économie, mais selon Martin Gruenberg, président de la FDIC, il est trop tôt pour se prononcer.

La proportion des banques non profitables a baissé à 4,1% au premier trimestre, contre 5,1% un an plus tôt. Parallèlement le nombre de banques en difficulté a reculé à nouveau, à 112 contre 123 un an plus tôt, soit le point le plus bas depuis mars 2008.

BREVES

– R3, la startup spécialisée dans la technologie « Blockchain », accompagnée d’un consortium d’institutions financières et du fonds d’investissement d’Intel, a levé plus de 107 MUSD de fonds pour développer sa plateforme Blockchain. Il s’agit de la plus grosse levée de fonds pour la nouvelle technologie. De nombreuses banques ont participé à l’opération, parmi lesquelles Bank of America, Wells Fargo, ou encore BNP Paribas.

– BNP Paribas a accepté de payer une amende de 350 MUSD au régulateur financière de l’Etat de New York (NY DFS), qui enquêtait sur les comportements frauduleux de traders de la banque sur le marché des changes entre 2007 et 2013. Ces traders, basés à New York, Londres et Tokyo, sont accusés de s’être entendu sur des forums de discussion afin de gonfler artificiellement les prix de certaines devises, et d’en avoir de fait manipulé les taux de change. Ce montant est couvert par les provisions existantes, a indiqué la banque. D’autres banques actives sur le marché des changes avaient dû payer des amendes comparables au NY DFS pour des faits similaires, comme Barclays en 2015 (150 MUSD).

– Mick Mulvaney a déclaré que les recettes fiscales perçues sont inférieures aux anticipations et accroit la contrainte de trésorerie de l’Etat. Cette situation accroit la pression sur le Congrès en vue du relèvement du plafond de la dette réactivé depuis le 15 mars et qui limite la capacité d’emprunt du Trésor.

– Nommé en mars dernier numéro deux du Trésor américain au côté de Steven Mnuchin, Jim Donovan a annoncé cette semaine renoncer au poste pour des raisons familiales. Cadre chez Goldman Sachs, il était attendu comme une figure importante au sein de l’administration de Donald Trump, notamment dans la préparation et la conduite de la réforme fiscale auprès du Congrès.

– La proposition de loi H.R. 10, introduite en avril dernier dans le Choice Act, se présente comme la réponse du parti Républicain aux insuffisances de la loi Dodd-Frank. Elle vise en effet à faire à imposer des pénalités plus fortes aux institutions financières en cas de fraudes, à limiter les financements publics dans le renflouement des banques en faillite, à renforcer les contrôles sur les agences de régulation financière (cf. « régulation financière » plus haut) et à permettre aux banques les mieux capitalisées d’échapper aux réglementations qui pourraient entraver leur efficacité. Selon les estimations du CBO, cette nouvelle législation permettrait de réduire le déficit fédéral de 24,1 milliards sur la période 2017-2027, contre un coût de 1,8 milliards.

 

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