Washington Wall Street Watch n°2017-19

Washington Wall Street Watch n°2017-19

Crédit photo : F. Jonkisz

SOMMAIRE

Conjoncture

– Après un mois de mars décevant, le bon rapport sur l’emploi d’avril conforte l’optimisme de la Fed.

Politiques macroéconomiques

– La faillite de Porto Rico laisse envisager une restructuration longue et complexe de la dette.

– Plus de 100 jours après la prise de fonction du Président Trump, de nombreux postes clés de l’administration demeurent vacants.

Régulation financière

– La simplification du cadre réglementaire et les désignations d’acteurs systémiques non bancaires sont discutées par les régulateurs.

– Axa se prépare à introduire en bourse certaines de ses activités aux Etats-Unis.

Brèves


CONJONCTURE

Après un mois de mars décevant, le bon rapport sur l’emploi d’avril conforte l’optimisme de la Fed.

L’économie américaine a créé 211000 nouveaux emplois non agricoles en avril (après 79000 en mars, révisé à la baisse de 19000), ce chiffre est supérieur aux attentes du consensus (185000). Le taux de chômage poursuit sa baisse et s’établit à 4,4 % (-0,1 pt), son plus bas niveau depuis mai 2001. En outre, le taux de chômage élargi (U6), qui tient compte de l’emploi à temps partiel subi, recul à 8,6 %, un niveau qui n’avait plus été observé depuis novembre 2007. L’environnement de plein emploi soutient la croissance des salaires qui ressort à +0,3 % sur le mois (après +0,4 %), en hausse de +2,5% sur un an (après +2,6 %). Le taux de participation affiche un léger repli à 62,9 % (-0,1pt).

Après une vague de données d’activité décevantes, ce rapport positif conforte l’évaluation économique du dernier communiqué de la Fed. Le taux de chômage s’inscrit désormais bien en-deçà de son niveau d’équilibre, estimé à 4,7% par la Fed, et renforce les arguments en faveur d’une hausse de taux lors de la prochaine réunion de politique monétaire.

POLITIQUES MACROECONOMIQUES

La faillite de Porto Rico laisse envisager une restructuration longue et complexe de la dette.

Le 3 mai, Porto Rico s’est déclaré en cessation des paiements de sa dette. Cette annonce intervient à l’issue du moratoire sur les remboursements aux créanciers, qui a expiré le 1er mai. L’accumulation d’actions en recouvrement a contraint le gouvernement Portoricain à demander la mise sous protection du Titre III de la loi PROMESA (qui crée un régime pour Porto Rico proche de celui des faillites de municipalités américaines – chapter 9 – dont Porto Rico ne pouvait bénéficier).

Le comité de supervision (Financial Oversight and Management Board) basé à Washington sera chargé de négocier la restructuration de la dette avec les créanciers, principalement des « fonds vautours », dans le cadre d’une procédure judiciaire. Le détail de la dette portoricaine révèle des différences de statut parmi les créanciers, dont certains détiennent des titres spéciaux accordant une meilleure séniorité ou un droit de ponctionner les recettes fiscales en cas de défaut. La complexité des clauses et l’absence de précédent devrait ralentir la procédure judicaire.

La situation financière oblige le gouvernement portoricain à poursuivre des mesures d’économies significatives (hausse d’impôts, privatisations, baisse de retraite pour les fonctionnaires, réduction du budget de la santé, fermetures d’écoles) afin de pouvoir assurer un service public minimum. Ces efforts s’ajoutent au plan d’économies budgétaires de 10 % du PNB sur trois ans imposé par le comité de supervision. Les marges de manœuvre sont limitées en raison des tensions politiques et sociales suscitées par la situation économique.

Plus de 100 jours après la prise de fonction du Président Trump, de nombreux postes clés de l’administration demeurent vacants.

A l’issue de 100 premiers jours de présidence de D. Trump, seuls 68 titulaires des 557 postes essentiels de l’Administration (membres du cabinet, positions ministérielles, directeurs d’agences, ambassadeurs, etc.) qui nécessitent confirmation par le Sénat ont été nommés par le Président. 27 ont été confirmés par le Sénat et 41 attendent encore leur confirmation. Le processus a pris du retard par rapport aux Administrations précédentes (187 nominations et 69 confirmations pour l’Administration Obama à l’issue des 100 jours) et la nouvelle équipe affiche un retard encore plus conséquent que l’Administration Bush après l’élection présidentielle de 2000.

Certaines positions cruciales au sein de l’appareil d’Etat restent non pourvues : le Deputy Secretary du Département du Trésor a été qu’annoncé sans que le processus de confirmation ne soit lancé et les équivalents aux Départements du Commerce, de la Défense, du Travail n’ont toujours pas été annoncés. Ce retard s’explique par les difficultés à trouver des candidats favorables au président car de nombreuses personnalités du parti Républicain, qui avaient fait part de leur opposition au candidat Trump.

REGULATION FINANCIERE

La simplification du cadre réglementaire et les désignations d’acteurs systémiques non bancaires sont discutées par les régulateurs

Une réunion du Financial Stability Oversight Council (FSOC) s’est tenue cette semaine. Suite aux renouvellements récents à la tête de la SEC et de l’OCC, la majorité des participants étaient pour la première fois républicains. Les efforts de simplification demandés par D. Trump dans ses décrets présidentiels (executive orders) étaient à l’ordre du jour – un premier rapport sur la révision du cadre général de la régulation financière est attendu le 2 juin, et d’autres suivront à l’automne sur le cadre fiscal et sur le processus de désignation des acteurs systémiques non bancaires. L’efficacité de la règle Volcker a été particulièrement discutée, et des représentants de la Fed et de la FDIC ont briefé le panel sur les processus de living wills.

Des interventions en parallèle ont confirmé les orientations souhaitées par la nouvelle Administration. K. Noreika, président par intérim de l’OCC, a affirmé que les priorités de son agence devaient être d’éliminer les fardeaux imposés aux émetteurs de crédit et de promouvoir la santé du système bancaire fédéral. C. Giancarlo, Président par intérim de la CFTC, a affirmé que des efforts similaires à ceux menés par la nouvelle Administration américaine afin d’éliminer les règles coûteuses pour les marchés financiers devraient être menés à l’échelle globale. Il a précisé que les organes internationaux devraient faire d’une revue des règles et de leur impact sur les marchés leur priorité, citant en exemple le ratio de levier supplémentaire imposé aux banques, dont la disparition réduirait selon lui les coûts du capital de 70% tout en n’en réduisant le niveau que de 1%.

La réévaluation annuelle d’une des entités systémiques non bancaires (Prudential et AIG – voire MetLife dont la désignation fait l’objet d’une procédure judiciaire) était également à l’ordre du jour de la réunion du FSOC. Une modification de la liste des systémiques nécessite une super majorité des deux tiers au FSOC, dont les Républicains ne disposent pas encore.

AXA se prépare à introduire en bourse certaines de ses activités aux Etats-Unis.

L’assureur français a dévoilé un projet d’introduction en bourse de ses activités américaines. L’opération est prévue pour le premier trimestre 2018. Le projet prévoit notamment de se séparer de sa participation de 64% dans le gestionnaire d’actifs Alliance Bernstein, qui gérait 498 Mds USD d’actifs fin mars, et de ses activités d’assurance vie, épargne et retraite (Life & Savings). Il devrait permettre au groupe de réinvestir le produit de l’introduction dans des acquisitions dans le cadre du plan stratégique Ambition 2020, notamment dans des activités d’assurance santé et d’assurance-dommages. Le groupe AXA a ainsi confirmé vouloir tenir les objectifs financiers pour la période 2015-2020 d’une croissance du résultat opérationnel par action de 3% à 7% par an et d’une rentabilité des capitaux propres entre 12% et 14%.

L’assureur devrait convertir, à l’occasion de l’opération, la dette détenue par AXA auprès de la branche américaine nouvellement crée en capitaux propres, à hauteur d’1 Md USD. T. Buberl, le directeur général d’AXA a aussi souligné que l’entité créée devrait bénéficier de « plus fortes perspectives de croissance en tant que société cotée » et devrait figurer parmi les dix premières sociétés cotées d’assurance-vie aux Etats-Unis.

BREVES

– Le Ways and Means Comittee de la Chambre des Représentants a annoncé la tenue d’une audition parlementaire sur la réforme fiscale le 18 mai à 10h.

– Le Congressional Budget Office (CBO) a annoncé qu’il rendrait publique son étude d’impact de la réforme Obamacare récemment adoptée à la Chambre des Représentants la semaine du 22 mai. Le projet est actuellement en discussion au Sénat.

– D. Trump a nommé D. Kautter au poste de Secrétaire Adjoint du Trésor pour la politique fiscale. Après plus de trente ans chez Ernst and Young, et un passage dans le monde académique à l’American University, il avait récemment rejoint le cabinet d’audit et de conseil RSM US LLP. Il a également été assistant législatif pour les questions fiscales auprès de l’ex-sénateur J. Danforth (R- Mo.). Sa nomination devra être confirmée par le Sénat.

– Huit sénateurs démocrates ont appelé les régulateurs financiers américains (SEC et CFTC) à initier une enquête fédérale sur l’homme d’affaires et conseiller spécial de D. Trump à la Maison Blanche, Carl Icahn. L’enquête porterait sur les activités de C. Icahn sur les marchés de crédits de carburants renouvelables, et en particulier sur sa participation dans la société CVR Energy (il avait parié à la baisse sur le prix des crédits d’énergie renouvelable dont bénéficiait la société). C. Icahn se voit soupçonné de plusieurs délits, dont le délit d’initié (certains faits étant postérieurs à sa nomination à la Maison Blanche), de manipulation de marché, et de violation des lois de marché portant sur les crédits d’énergie renouvelable.

– La Fed et la FDIC (Federal Deposit Insurance Corporation) ont publié conjointement une série de questions-réponses complétant les recommandations (guidance) qu’elles ont émises en avril 2016 au sujet des plans de liquidation des institutions financières d’importance systémique (plus de 50 Mds USD d’actifs).

– Le Bureau de Protection des Consommateurs de produits financiers (CFPB) a annoncé lancer un processus de recueil d’information sur l’accès au crédit par les PMEs. Le CFPB a publié un papier blanc sur les conditions actuelles d’accès au crédit, et souhaite à terme mettre en place des règles afin notamment d’assurer un accès non discriminatoire au crédit pour les PMEs tenues par les minorités et les femmes.

– Trois Républicains de la Chambre des Représentants (dont J. Hensarling, Président du Comité des services financiers) ont, dans une lettre envoyée au nouveau Secrétaire au Travail A. Acosta, demandé la publication de documents éclairant la décision du Department of Labor de repousser l’entrée en vigueur de sa règle sur la distribution des produits de retraite (règle fiduciaire). Le 7 avril, le DoL a annoncé repousser l’entrée en vigueur de la règle au 9 juin, comme instruit par D. Trump dans un executive order du 3 février – mais le DoL n’a pas choisi de modifier le contenu d’une règle, alors que l’executive order lui demandait d’en étudier le bien-fondé. Les Républicains citent dans la lettre des inquiétudes liées à « des signaux selon lesquels des employés du DoL auraient choisi cette approche dans un effort calculé visant à affaiblir la directive du Président ».

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