Washington Wall Street Watch n°2017-18

Washington Wall Street Watch n°2017-18

Crédit photo : F. Jonkisz

SOMMAIRE

CONJONCTURE

  • Le taux de croissance annualisé du premier trimestre n’atteint que 0,7 %.

POLITIQUES MACROECONOMIQUES

  • A l’issue de sa réunion des 2 et 3 mai, la Fed a décidé de laisser ses taux d’intérêt inchangés.
  • Le Congrès adopte un budget final pour l’année budgétaire 2017.
  • La Chambre des Représentants adopte la loi d’abrogation et de remplacement d’Obamacare.
  • Le Treasury étudie l’opportunité d’émettre de la dette à très long terme.

REGULATION FINANCIERE

  • L’administration Trump se dit favorable à un retour du Glass-Steagall Act.
  • K. Noreika est nommé Directeur par intérim de l’Office of the Comptroller of the Currency (OCC).

BREVE


CONJONCTURE

La croissance du PIB ressort à 0,7 % au premier trimestre (rythme annualisé).

La première estimation du PIB, réalisée par le US Bureau of Economic Analysis, fait état d’une croissance de +0,7 % en rythme annualisé au 1er trimestre 2017 (après +2,1 % au T4 2016). La consommation se révèle atone à +0,3 % (contre 3,5 % au T4 2016), dans le sillage d’un hiver particulièrement doux. A l’inverse, les exportations et l’investissement contribuent positivement à la croissance. Cette performance modeste, la plus faible depuis le 1er trimestre 2014, était attendue mais se situe dans la fourchette basse du consensus.

POLITIQUES MACROECONOMIQUES

A l’issue de sa réunion de politique monétaire des 2 et 3 mai, la Fed a décidé de laisser ses taux d’intérêt inchangés.

La réunion du Comité de Politique Monétaire de la Fed (FOMC) des 2 et 3 mai s’est conclue sur un maintien du taux-cible fed funds entre 0,75 et 1 %. La décision a été prise à l’unanimité.

Le communiqué a très peu évolué depuis mars. Le FOMC prend note des dernières données d’activité décevantes mais n’y voit qu’un ralentissement transitoire et souligne la solidité de la dynamique de fond de la consommation, du marché du travail et de l’inflation. Le comité s’attend que l’économie continue de croître à un rythme modéré et anticipe une stabilisation de l’inflation autour de 2 %. La balance des risques à court terme est toujours perçue comme équilibrée. La Fed se satisfait également de la hausse de l’investissement des entreprises.

L’orientation du communiqué de la Fed ouvre la voie à une nouvelle hausse des taux en juin. La probabilité attribuée à l’hypothèse d’une hausse des taux en juin (telle que reflétée par les contrats futures Fed Funds) a nettement progressé et s’établit désormais autour de 95 %.

Le Congrès adopte un budget final pour l’année budgétaire 2017.

L’adoption le 4 mai 2017 d’une loi de finances définitive (omnibus) clôture les débats sur l’année budgétaire 2017 et permet d’autoriser toutes les dépenses fédérales budgétées jusqu’au 30 septembre, date de la fin de l’année fiscale 2017. Le texte a été adopté mercredi à la Chambre des Représentants (309-118, 103 Républicains et 15 Démocrates ayant voté contre). Il a été voté jeudi par le Sénat, avec une marge importante (79-18) et a été envoyé à D. Trump, qui devrait signer avant expiration du budget temporaire actuel vendredi soir, permettant ainsi d’éviter la fermeture de certains services publics (shutdown). Le budget adopté porte sur une enveloppe globale de 1 100 Mds USD.

L’accord bi partisan trouvé sur le budget est assez éloigné de l’esquisse présentée par D. Trump en mars 2017 (skinny budget), et renvoie à l’année fiscale 2018 les décisions les plus difficiles. Dans le détail, le budget de la défense augmente de 15 Mds USD, contre les 30 Mds USD qui avaient été demandés par la Maison Blanche dans son skinny budget. A l’inverse, les coupes budgétaires annoncées dans des enveloppes non militaires (Environmental Protection Agency, National Institute of Health, Department of Energy, etc.) n’ont pas été retenues (+2 Mds USD pour le National Institute of Health, seulement -1 % pour l’EPA). Le financement du mur ne figure pas non plus dans la loi finale (1,5 Mds USD sont prévus pour le renforcement de la sécurité aux frontières, avec une interdiction explicite de les utiliser pour le mur). Les amendements qui avaient circulé dans les projets de loi initiaux sur l’avortement (réduction des budgets pour les cliniques de planning familial – planned parenthood), ou visant l’abrogation de certaines règles de régulation financière ou de protection de l’environnement ont également été abandonnés.

Les négociations budgétaires pour l’année fiscale 2018, qui commencera le 1er octobre 2017, devraient s’ouvrir dans les prochaines semaines et se structurer autour des mêmes lignes d’opposition. D. Trump a déjà brandi la menace d’un « shutdown » en septembre, déplorant un « désordre » (« mess ») actuel lié aux règles de vote au Sénat, qui nécessitent aujourd’hui de recueillir des votes de sénateurs démocrates.

La Chambre des Représentants adopte la loi d’abrogation et de remplacement d’Obamacare.

Le nouveau projet de loi visant à abroger et remplacer Obamacare a été adopté de justesse jeudi 4 mai à la Chambre des Représentants. Il n’a recueilli aucun vote démocrate favorable et 20 Républicains ont voté contre, pour un vote final de 217 à 213.

Il reprend le nom et les principaux mécanismes du projet de loi avorté en mars (American Health Care Act). L’AHCA prévoit de préserver la structure générale du système Obamacare (organisation de la concurrence entre assureurs privés au sein de bourses et marchés dans chaque Etat, subventions pour aider les plus pauvres et les malades à s’assurer), mais d’en modifier certains mécanismes clés, en mettant fin à l’obligation de s’assurer (mandat individuel) ou en rendant les subventions dépendantes de l’âge des assurés plutôt que de leurs revenus. Deux modifications récentes ont été apportées afin de convaincre le Freedom Caucus (caucus conservateur qui avait contribué à l’échec du premier projet), notamment la possibilité pour les Etats d’autoriser les assureurs à (i) s’affranchir d’un panier de soin minimum (obligations de couvrir certains types de maladie) et (ii) faire payer davantage les personnes souffrant de maladies chroniques (pre-existing conditions). Des bourses d’assurance réservées aux profils les plus risqués (high-risk pools) devront être créées dans les Etats qui optent pour cette dernière option, même si certains observateurs se sont inquiétés du financement de ces bourses (malgré l’ajout de 8 Mds USD de subventions pour tenter de convaincre certains Républicains modérés).

Le Congressional Budget Office (CBO) n’a pas encore produit d’étude d’impact du projet de loi amendé sur le niveau de couverture et les coûts d’assurance santé, alors même que son rapport avait été un des facteurs de l’échec du premier projet de loi.

Le projet devra désormais être discuté au Sénat, avec des perspectives d’adoption incertaines d’après la plupart des observateurs, notamment compte tenu de la faible majorité républicaine.

Le Trésor étudie l’opportunité d’émettre de la dette à très long terme.

Le Treasury Borrowing Advisory Committee (TBAC), comité consultatif auprès du Treasury de l’association professionnelle du secteur financier américain SIFMA, a fait part de son avis défavorable au Secrétaire au Trésor Steven Mnuchin sur l’éventualité d’émissions de dette à très long terme dans le cadre de sa réunion trimestrielle. Le comité estime que ces titres ne font pas l’objet d’une « demande importante ou soutenue » de la part des investisseurs, mais que de telles opérations pourraient se justifier si le Trésor souhaitait augmenter sa capacité d’emprunt. L’étude d’impact va toutefois se poursuivre dans le cadre d’un groupe de travail constitué par S. Mnuchin.

Dans la perspective de la réduction du bilan de la Federal Reserve, le TBAC avertit également que la capacité d’emprunt du Trésor sur les marchés devrait être affectée. En effet, les marchés devront absorber les titres de dette qui ne seront plus achetés par la Fed, en raison de l’arrêt des réinvestissements des actifs arrivés à maturité. Afin de limiter l’impact sur le coût de financement de l’Etat fédéral, le comité propose de lisser au maximum les nouvelles émissions sur l’ensemble des maturités, notamment sur des titres de maturité courte.

REGULATION FINANCIERE

L’administration Trump est favorable à une régulation financière à deux vitesses et à un retour du Glass-Steagall Act.

Dans une conférence réunissant de nombreux représentants de banques locales, plusieurs membres de l’administration Trump se sont montrés favorables à un système de régulation à deux vitesses, en accordant un statut particulier aux banques locales de petite taille (community banks). Le Président D. Trump a d’abord rappelé l’importance dans le tissu économique américain des banques locales. Le Vice-président M. Pence et le directeur du National Economic Council G. Cohn se sont ensuite prononcés en faveur d’une réduction du nombre de règles, M. Pence ayant souligné les efforts engagés par l’Administration pour revoir les règles prises dans le Dodd-Frank Act. G. Cohn a ensuite abordé le projet de l’Administration de réinstaurer une forme de Glass-Steagall Act moderne. Le projet actuellement étudié viserait plutôt à créer un corpus de règles propres aux grosses banques, et surtout aux banques d’importance systémique, et un autre dédié aux banques locales.

Ces déclarations interviennent alors que l’American Bankers Association, représentant les intérêts des banques américaines a appelé le Secrétaire au Trésor S. Mnuchin à abroger la Volcker Rule, qui interdit aux banques toute activité de trading pour comptes propres.

Noreika est nommé Directeur par intérim de l’OCC.

Le Treasury Department a désigné mercredi K. Noreika comme directeur par intérim de l’Office of the Comptroller of the Currency (OCC). Sa nomination sera effective à partir du 5 mai et durera jusqu’à la confirmation par le Sénat d’un nouveau Directeur permanent. D’après la presse, le candidat pressenti pour prendre la tête de l’agence est J. Otting, un proche de S. Mnuchin et ancien PDG de la banque OneWest, et sa nomination prend du temps en raison d’un « profil financier complexe ». La nomination d’un directeur par intérim par le Treasury Secretary ne nécessite pas de confirmation par le Sénat. Keith Noreika est actuellement avocat spécialisé dans le conseil de banques sur la structuration de leurs opérations aux Etats-Unis.

BREVES

– Une audition parlementaire s’est tenue le 2 mai sur l’accord bilatéral entre les Etats-Unis et l’Union Européenne sur les sujets assurance (covered agreement). L’ancien directeur du Federal Insurance Office, qui a négocié l’accord sous l’Administration Obama, M. McRaith, a défendu l’accord alors que l’association des régulateurs des Etats fédérés (NAIC) a demandé des clarifications sur le contenu de l’accord et sa mise en œuvre, plutôt qu’une réouverture directe des négociations comme lors de la précédente audition. La nouvelle Administration ne s’est pas encore exprimée sur cet accord.

–  Le Sénat a confirmé mardi la nomination de J. Clayton au poste de Chairman de la Securities and Exchange Commission (SEC). Il a recueilli 61 voix favorables (et 37 contre), malgré l’opposition de certains sénateurs démocrates, qui déclaraient s’inquiéter des liens de J. Clayton avec certaines firmes financières compte tenu de ses activités passées d’avocat d’affaires.

– Le Sénat a également confirmé la nomination d’A. Acosta au poste de Secretary of Labor, dans un vote de 60 contre 38. A. Acosta était le dernier membre du Cabinet du président D. Trump à être confirmé.

– La Commodities and Futures Trade Commission (CFTC) a adopté une résolution qui lance un appel au public dans le but de simplifier et de moderniser ses règles. L’Acting Chairman de l’agence, J. C. Giancarlo avait annoncé dans son projet KISS une grande révision des règles de l’agence. Il se place dans le cadre de l’Executive Order signé en février par le président Trump, demandant aux agences fédérales de revoir et de simplifier leur réglementation.

– Porto Rico s’est déclaré en cessation de paiements ce mercredi, ne pouvant plus rembourser sa dette de 73 Mds USD. L’ile se met sous la protection de l’article III de la loi Promesa, votée par le Congrès en 2016, afin que le comité fédéral de supervision prenne en charge la renégociation de sa dette.

– Une réunion du Financial Stability Oversight Council (FSOC) est prévue le 8 mai. L’agenda prévoit des discussions sur les avancées dans la mise en œuvre des décrets présidentiels portant sur la désignation d’acteurs systémiques non bancaires par le FSOC (décret du 21 avril) et sur une réévaluation du cadre de régulation financière (décret du 9 février). Figurent également à l’ordre du jour un « update » sur les plans de résolution (living wills) des banques, ainsi qu’une réévaluation d’un des acteurs non bancaires systémiques (sans précision, mais seuls AIG et Prudential entrent dans cette catégorie aujourd’hui).

 

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