Washington Wall Street Watch n°2017-16

Washington Wall Street Watch n°2017-16

Crédit photo : F. Jonkisz

SOMMAIRE

CONJONCTURE

  • L’inflation (indice IPC) se replie légèrement en mars mais reste au-dessus de 2 %.
  • Le Beige Book de la Fed signale une poursuite de l’amélioration de l’activité en mars.

POLITIQUES MACROECONOMIQUES

  • Le rapport du Trésor sur les changes ne désigne aucun pays comme manipulateur de devise.
  • S. Mnuchin et D. Trump s’expriment sur la suite de l’agenda économique.

REGULATION FINANCIERE

  • Les banques américaines ont publié de bons résultats pour le 1er trimestre 2017, portés par leurs activités de banque d’investissement.
  • L’OCC reconnaît avoir été au courant dès 2010 des pratiques abusives de Wells Fargo sur l’ouverture de comptes bancaires falsifiés.
  • P. Volcker s’exprime sur le cadre de régulation financière.

BREVES


CONJONCTURE

L’inflation se replie légèrement en mars mais reste au-dessus de 2 %.

Sur un mois, l’indice des prix à la consommation (IPC) a reculé de 0,3 % en mars (après une hausse de 0,1 % en février). En glissement annuel, l’inflation s’établit à 2,4 % (après 2,7 %).

Cette évolution s’explique en partie par le recul des prix de l’énergie de 3,2 %.

L’inflation sous-jacente, c’est-à-dire hors composantes volatiles, s’établit également en baisse, sur un mois (-0,1 % après +0,2 %) comme sur un an (2,0 % après 2,2 % en février).

Le Beige Book de la Fed signale une amélioration de l’activité, qui continue de croitre à un rythme modeste.

Le Beige Book indique que l’environnement économique s’est amélioré entre mi-février et fin mars. L’activité a continué de croitre à un rythme jugé modeste. La construction immobilière montre cependant des signes d’accélération.

La situation sur le marché de travail s’est à nouveau améliorée, plusieurs districts signalent désormais des tensions sur le marché des emplois peu qualifiés. Ces pénuries conduisent à une accélération des salaires. Les entreprises font également part de leur difficulté à retenir leurs salariés et doivent gérer des rotations d’effectifs (turnover) importantes.

Les districts ne signalent qu’une très légère augmentation des prix au cours de la période. Les entreprises signalent une augmentation de leurs coûts intermédiaires, dans un contexte de stabilité des prix de l’énergie.

POLITIQUES MACROÉCONOMIQUES

Le rapport du Trésor sur les changes ne désigne aucun pays comme manipulateur de devise.

Aucun pays ne remplit l’ensemble des critères définissant une manipulation de devise dans le rapport publié en fin de semaine dernière. Les six pays identifiés comme méritant un suivi sont inchangés (Chine, Japon, Corée du Sud, Taiwan, Suisse et Allemagne). Le Trésor n’a pas fait évoluer sa méthodologie même si le langage utilisé est plus sévère que par le passé. Le Trésor indique qu’il maintiendra son degré de vigilance et qu’il luttera contre les politiques de changes injustes.

Au centre des attentions en raison de son excédent commercial important vis-à-vis des Etats-Unis, la Chine fait l’objet d’observations spécifiques : le Trésor se dit soucieux de l’excédent bilatéral persistant et pointe les restrictions qui perdurent en termes d’accès au marché et d’investissements. L’Allemagne est également visée en raison de son excédent bilatéral significatif et de son excédent courant important.

Dans une interview au Wall Street Journal la semaine dernière, D. Trump avait déjà dévoilé la conclusion en affirmant que la Chine ne serait pas désignée comme manipulatrice de devises dans le rapport du Trésor, arguant que la Chine « n’avait plus manipulé sa monnaie depuis des mois ». Le Secrétaire au Trésor Steven Mnuchin a précisé les propos du président en déclarant que « la manipulation de devises se caractérise en ce qu’elle se fait au détriment des Etats-Unis, un pays qui soutient sa devise au bénéfice des Etats-Unis n’est donc pas un manipulateur de devise », faisant référence aux opérations de change chinoises visant à soutenir le renminbi.

Mnuchin et D. Trump s’expriment sur la poursuite de l’agenda économique

Mnuchin a affirmé dans une interview au Financial Times que la réforme fiscale pourrait prendre plus de temps que prévu (il avait initialement promis une adoption avant la fin de l’été, calendrier qu’il a qualifié de « particulièrement agressif »), notamment en raison de l’échec sur la réforme de la santé. Il a indiqué que l’Administration était en train d’étudier également d’autres mécanismes que la taxe d’ajustement aux frontières (Border Adjustement Tax) pour financer des objectifs de crédits d’impôt estimés à environ 1 000 Mds USD, sans écarter la mise en place d’une telle taxe.

Trump continue lui d’affirmer que l’adoption d’une réforme de la santé est imminente et précédera celle d’une réforme fiscale, qui est selon lui très proche d’être finalisée. Adopter la réforme de la santé avant la réforme fiscale rendra selon lui cette dernière « bigger and better ». Il a également réitéré la promesse d’une adoption rapide d’un « gros plan d’infrastructures », qui pourra être couplé avec une autre réforme.

REGULATION FINANCIERE

Les banques américaines ont publié dans l’ensemble de bons résultats pour le 1er trimestre 2017.

JP Morgan a publié un résultat net en progression de 17 % par rapport à la même période l’année passée, à 6,5 Mds USD, soit bien mieux que ce qu’anticipaient les analystes. La tendance est identique chez Citigroup, qui affiche une hausse de ses résultats de 17 %, à 4,1 Mds USD. Citigroup a notamment fait état d’un doublement de ses profits en zone Europe, Afrique et Moyen-Orient.

Morgan Stanley a vu son bénéfice net part du groupe progresser de 74 % sur un an à 1,8 Mds USD au premier trimestre. Cette performance s’explique surtout par la bonne tenue du trading, notamment sur le marché obligataire. Le résultat net de Bank of America est quant à lui ressorti en hausse de 44% à 4,4 Mds USD.

Les résultats de Wells Fargo, peu exposé aux activités de marché, sont restés stables au premier trimestre. Le bénéfice net est ressorti à 5,5 Mds USD.

Enfin, Goldman Sachs a annoncé des résultats trimestriels inférieurs aux attentes, marqués par une baisse inattendue des recettes générées par le trading. Le résultat net trimestriel a certes progressé de 80% sur un an à 2,2 Mds USD, mais le premier trimestre 2016 avait été le plus mauvais en douze ans pour la banque.

L’OCC reconnaît avoir été au courant dès 2010 des pratiques abusives de Wells Fargo sur l’ouverture de comptes bancaires falsifiés.

L’Office of the Comptroller of the Currency (OCC) reconnaît dans un rapport interne (du bureau de la gouvernance de l’agence et de l’ombudsman) avoir été mis au courant dès 2010 des pratiques abusives de Wells Fargo ayant conduit au scandale des comptes falsifiés ayant éclaté en septembre 2016, et n’avoir pas agi en conséquence. Le régulateur avait à l’époque interrogé les dirigeants de la banque au sujet des quelques 700 plaintes reçues de la part d’employés et de clients portant sur l’agressivité des programmes d’intéressement de la banque et sur l’ouverture de comptes sans l’accord des clients, mais n’avait pas jugé utile d’accroître sa surveillance.

Le rapport identifie en conséquence 9 domaines d’amélioration pour le régulateur, parmi lesquels la nécessité d’une analyse périodique et exhaustive des plaintes, ou encore d’une mesure approfondie des causes du risque d’atteinte à la réputation.

Ce rapport intervient alors que la multiplicité de superviseurs, au niveau fédéral comme des Etats fédérés, est critiquée par les acteurs du secteur pour son manque de lisibilité, notamment sur les enjeux de protection du consommateur. Le Bureau fédéral de Protection des Consommateurs de Produits Financiers (CFPB) fait l’objet d’une attention particulière du Congrès pour son rôle dans cette même affaire Wells Fargo.

Volcker s’exprime sur le cadre de régulation financière.

L’ancien Président de la Fed P. Volcker s’est exprimé sur la régulation financière dans une intervention auprès du Bretton Woods Committee. Il y a défendu les orientations générales de la régulation post-crise, et a prévenu les dirigeants actuels des dangers d’un repli sur soi : « il faut résister contre le relâchement du cadre réglementaire et contre la tentation d’une retraite sur soi, vers des approches domestiques idiosyncratiques ».

Il a particulièrement défendu le cadre de résolution des grandes banques mis en place par le Dodd Frank Act, l’activité du Bureau de Protection des Consommateurs de Produits Financiers (CFPB), ainsi que la règle qui porte son nom visant à limiter les activités de trading propre des banques – tout en reconnaissant la nécessité d’en clarifier certaines applications pratiques.

BREVES

*Le Congrès rentrera de deux semaines de vacances parlementaires lundi 24 avril. Il aura ensuite jusqu’au vendredi 28 pour s’accorder sur une prolongation du budget de l’année fiscale 2017, avant l’expiration du budget temporaire actuel. Sans accord à minuit le 29 avril, les fonctions non essentielles du gouvernement fédéral arrêteront de fonctionner faute de financement (shutdown).

*Le Comité des Services financiers de la Chambre des Représentants tiendra le 26 avril une audition parlementaire sur le projet de refonte du cadre de la régulation financière. Le projet (Choice Act 2) a été introduit par le Chairman du comité, J. Hensarling, qui a également présenté les différences avec la première version du projet, introduite sous l’Administration Obama.

*Le gouverneur de la Fed J. Powell s’est exprimé dans un discours au Global Finance Forum sur la régulation financière. Il remplace temporairement D. Tarullo comme gouverneur en charge de la supervision, en attendant la nomination d’un prochain Vice-Président en charge de ces sujets, attendue dans les prochaines semaines. J. Powell a ouvert quelques portes sur des allégements possibles de la régulation (simplification de la règle Volker, étalement des living wills tous les 2 ans), tout en maintenant son soutien aux procédures de résolution prévues dans le Dodd Frank Act, qui sont une priorité de réforme pour les Républicains.

*Le Government Accountability Office (GAO) a publié un premier rapport à la demande du Congrès, portant sur l’émergence des startups fintech et dressant un état des lieux des lois et régulations mises en place sur leurs produits et services. Le GAO identifie 4 secteurs particulièrement mis en avant : les plateformes de prêt, le paiement mobile, la gestion de patrimoine en ligne et la technologie blockchain. Le GAO détermine pour chacun de ces secteurs les bénéfices et les risques qui leur sont associés, mais n’émet aucune recommandation.

*Maureen Ohlhausen, acting Chairman de la Federal Trade Commission, a annoncé que l’agence allait revoir un certain nombre de recommandations, notamment celles portant sur la protection des informations que détiennent les institutions financières sur leurs clients contre les risques de cyberattaques (les  « Safeguard Rules »). De nombreuses institutions s’étaient plaintes de l’imprécision entourant les critères définis par ces directives, notamment ceux relatifs à la définition d’ « institution financière ».

*Dans une lettre envoyée à l’OCC, l’Independent Community Bankers of America appelle le régulateur à retirer son projet de règle portant sur la licence fédérale accordée aux Fintech (Fintech charter). Selon elle, le Congrès doit également clarifier la définition de ce qui constitue une activité bancaire et mieux délimiter le champ de l’autorité de régulateurs bancaires comme l’OCC vis-à-vis d’acteurs fintech.

*L’Institute of International Bankers (IIB), qui représente les intérêts des banques étrangères aux Etats-Unis, a adressé au Comité des affaires bancaires du Sénat une lettre détaillant des propositions pour promouvoir la croissance économique, en particulier en matière de projets d’infrastructures. L’IIB propose notamment de revoir le seuil de USD 50 Mds d’actifs au-delà duquel une banque est considérée comme systémique, et suggère également de rendre les exigences applicables aux banques systémiques davantage proportionnelles aux risques pour la stabilité financière des activités menées sur le territoire américain.

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