Washington Wall Street Watch n°2017-15

Washington Wall Street Watch n°2017-15

Crédit photo : F. Jonkisz

SOMMAIRE

CONJONCTURE

  • Malgré des créations d’emploi mitigées, le taux de chômage continue de baisser.

POLITIQUES MACROECONOMIQUES

  • D. Trump annonce que la Chine ne sera pas désignée comme manipulatrice de devises
  • Janet Yellen exprime sa confiance dans l’économie américaine et son inquiétude quant à l’indépendance de la Fed.
  • William Dudley souhaite interrompre temporairement les hausses de taux lorsque débutera la réduction du bilan
  • Des réflexions sont engagées à la Maison Blanche sur la suite de l’agenda économique
  • La Maison Blanche préconise aux agences fédérales de réduire leurs effectifs dès l’année prochaine

REGULATION FINANCIERE

  • William Dudley défend des ajustements limités au cadre de la régulation financière
  • Le Department of Labor maintient sa règle sur la distribution des produits de retraite
  • Un projet de loi visant à limiter les pouvoirs des agences fédérales en matière de négociations internationales en assurance a été introduit au Congrès
  • Le ministère de l’éducation assouplit les règles portant sur la distribution de prêts étudiants

BREVES


CONJONCTURE

Malgré des créations d’emploi mitigées, le taux de chômage continue de baisser.

Selon le rapport sur l’emploi, l’économie américaine a créé 98000 emplois au mois de mars, ces créations d’emplois sont constatées dans l’ensemble des secteurs d’activité, à l’exception de la vente au détail. Ce chiffre constitue une performance décevante au regard des 175000 nouveaux emplois anticipés par le consensus et après 238000 nouveaux emplois en février. Cependant le taux de chômage ressort en baisse à 4,5 % (après 4,7 % le mois dernier), son plus bas niveau depuis 2007, alors que le taux de participation reste stable à 63,0 %. Les salaires progressent de 0,2 % (après 0,3 % en février), la hausse sur un an s’établit à 2,7 % et témoigne de l’accélération des salaires liée au plein emploi.

 

POLITIQUES MACROÉCONOMIQUES

Trump annonce que la Chine ne sera pas désignée comme manipulatrice de devises

Dans une interview au Wall Street Journal, D. Trump a affirmé que la Chine ne serait pas désignée comme manipulatrice de devises dans le rapport du Trésor attendu cette semaine. Il a justifié un tel revirement par rapport à ses promesses de campagne par le fait que la Chine « n’avait plus manipulé sa monnaie depuis des mois », et en raison des risques géopolitiques et de la menace Nord-Coréenne.

Il a également affirmé que le dollar devenait trop fort (en partie de sa faute, les « gens ayant confiance en [lui] »), et qu’il préférerait que la Fed garde les taux d’intérêt bas. Il s’est également montré ouvert à la possibilité de maintenir J. Yellen à son poste à l’expiration de son mandat en 2018, alors qu’il s’était auparavant opposé à cette idée.

Janet Yellen exprime sa confiance dans l’économie américaine et son inquiétude quant à l’indépendance de la Fed.

Dans un discours délivré à l’Université du Michigan, la présidente de la Réserve fédérale a affirmé la bonne situation de l’économie américaine, avec 4,5% de chômage et l’inflation au-delà de la cible des 2%. Elle anticipe une hausse de la croissance de la productivité des travailleurs américains, laquelle est aujourd’hui « décevante » (0.5% par an) et expliquerait pourquoi la croissance ne décolle pas davantage. Le spectre de la crise de 2008 s’étant éloigné, J. Yellen s’est exprimée en faveur de la poursuite de la remontée des taux d’intérêt à court-terme après la hausse de mars. Cette dernière doit être entreprise rapidement afin de ne pas avoir à la précipiter plus tard lors d’une surchauffe de l’économie. Le risque d’une hausse brusque des taux d’intérêt serait alors d’induire une nouvelle crise.

Janet Yellen a défendu le Dodd-Frank Act, qui a selon elle assaini le système financier sans étouffer le crédit. Elle s’est également inquiétée de la menace qui plane sur l’indépendance de la Fed, visant notamment le projet de loi qui instituerait son audit par le gouvernement. Revenir sur l’indépendance de la banque centrale, qui est un ingrédient clé — et documenté — de la performance d’une économie, serait selon J. Yellen une grave erreur.

William Dudley souhaite interrompre temporairement les hausses de taux lorsque débutera la réduction du bilan

William Dudley (Fed de New York, votant) suggère le début de la normalisation du bilan de la Fed devrait être l’occasion d’une pause dans le processus de remontée des taux, afin que la Fed puisse s’assurer des conséquences et du fonctionnement opérationnel de l’arrêt des réinvestissements. Une telle réduction nominale du bilan d’une banque centrale reste à ce jour, une opération inédite.

Le président de la Fed de New York, institution qui assure la gestion du portefeuille de la Fed, s’est également exprimé sur la taille du bilan ciblée par la Fed. W. Dudley assure que le montant de réserves excédentaires qui permettrait la conduite de la politique monétaire selon le dispositif d’avant-crise est encore indéterminé mais estime qu’il y a « probablement entre 500 milliards et 1000 milliards de réserves excédentaires dans le système ». Ce montant est à rapporter à l’ensemble des réserves excédentaires des institutions financières, qui s’élèvent à près de 2000 milliards de dollars. W. Dudley a également déclaré qu’à l’issue de la normalisation, le bilan de la Fed serait « plus réduit, mais pas aussi petit qu’avant crise»

Des réflexions sont engagées à la Maison Blanche sur la suite de l’agenda économique

Le Strategic and Policy forum, qui regroupe régulièrement à la Maison Blanche les leaders de l’industrie financière (une vingtaine de PDG) et des membres de l’Administration comme G. Cohn, W. Ross et M. Mulvaney pour discuter des priorités économiques, s’est réuni cette semaine. Les sujets à l’ordre du jour étaient notamment la réforme fiscale, les infrastructures et la régulation financière (réforme du Dodd Frank Act). D. Trump y a réitéré ses promesses de réduire les impôts et d’ « éliminer les régulations horribles du Dodd Frank Act, en en gardant certaines mais en en éliminant beaucoup » afin de « permettre aux banques de prêter de nouveau ». Le reste de la réunion n’était pas publique.

Trump a par ailleurs affirmé dans une interview à Fox qu’il espérait toujours adopter une réforme du système de santé avant la réforme fiscale : « nous allons faire un réforme fiscale phénoménale, mais je fois faire la santé d’abord ». Il n’a pas précisé les modalités pratiques d’un tel agenda, mais a néanmoins reconnu qu’il restait flexible : « si ça n’arrive pas assez vite, je commencerai les taxes, mais la réforme fiscale et les coupes fiscales seront meilleures si je fais la santé avant ». G. Cohn est en parallèle revenu sur l’engagement de S. Mnuchin à adopter la réforme fiscale d’ici la fin de l’été, affirmant qu’adopter une bonne réforme sera plus important qu’une réforme rapide, et que l’objectif était fin 2017. Il s’est également montré ouvert à un « Glass Steagall Act du 21ème siècle », qui pourrait selon lui permettre « d’adapter les régulations à différents aspects des marchés financiers et des différentes institutions ».

Enfin DJ Gribbin, conseiller spécial du Président pour les infrastructures, a d’après des journalistes présents à un forum privé du Wall Street Journal, affirmé que le timing de l’investissement dans les infrastructures était aujourd’hui très incertain. Si l’ambition initiale était de faire les infrastructures après la réforme du système de santé et la réforme fiscale, il est désormais possible que les infrastructures soient utilisées avant, attachées à une autre réforme afin d’ « améliorer sa probabilité d’adoption ». Il a également affirmé que la Maison Blanche aurait une « conception large » de ce que constituaient des infrastructures.

La Maison Blanche préconise aux agences fédérales de réduire leurs effectifs dès l’année prochaine

Mulvaney, directeur de l’Office of Management and Budget (OMB) de la Maison Blanche, a annoncé que cette dernière allait remplacer le gel des embauches imposé aux agences fédérales par un memorandum signé en janvier 2017 par un plan de restructuration des effectifs plus ciblé et de long terme. Le memorandum accordait 90 jours à l’OMB pour parvenir à un plan de révision des effectifs plus précis. Ce plan, transmis aux agences fédérales sous forme de recommandations, devrait prendre la forme d’une réduction conséquente des effectifs dans certaines agences et s’inscrit dans la volonté de la nouvelle Administration de réduire ses coûts de fonctionnement. Il se fonde sur la proposition de budget pour l’année fiscale 2018 publiée le mois dernier par la Maison Blanche, qui prévoit de réduire les dépenses non-militaires, notamment en matière environnementale

REGULATION FINANCIERE

William Dudley défend des ajustements limités au cadre de la régulation financière

Dudley a affirmé que les Etats-Unis devraient envisager des « ajustements limités » au cadre de régulation financière érigé depuis la crise, suffisamment de temps ayant passé pour pouvoir analyser l’efficacité des règles adoptées. Il a notamment cité la règle Volcker, les stress tests imposés aux institutions de taille importante, et les « fardeaux superflus » imposés aux petites banques. Il a également évoqué la possibilité d’une remontée « significative » du palier des 50 Mds USD au-delà duquel des règles plus contraignantes s’appliquent pour les banques. Enfin, il a regretté les attaques des Républicains vis-à-vis de la participation des Etats-Unis et de la Fed aux négociations et à la coopération internationale sur les sujets financiers, notamment dans le cadre du comité de Bâle.

Le Department of Labor maintient sa règle sur la distribution des produits de retraite

La règle du Department of Labor (DoL) sur la distribution des produits de retraite (règle fiduciaire) entrera en vigueur le 9 juin, malgré l’executive order du 3 février qui demandait au DoL de (i) retarder la mise en œuvre et (ii) proposer une révision de la règle. Le DoL a bien annoncé une entrée en vigueur repoussée de 60 jours, mais n’a pas choisi d’en réviser le contenu.

Un projet de loi visant à limiter les pouvoirs des agences fédérales en matière de négociations internationales en assurance a été introduit au Congrès

Les congressmen S. Duffy (R, Wisconsin) et D. Heck (D, Washington) ont introduit un projet de loi bipartisan à la Chambre visant à donner l’autorité au Congrès de stopper les accords internationaux en assurance. La loi limiterait l’autorité des agences fédérales (Fed, FIO) en matière de négociations, au bénéfice des Etats fédérés (obligation de respecter les lois locales actuelles, plus grande intégration des Etats et du Congrès au processus). Elle donnerait également au Congrès la possibilité d’annuler dans les 90 jours un accord conclu par des agences fédérales, notamment un covered agreement. Le projet de loi n’est qu’à un stade de consultation et ne s’appliquera pas à l’accord en passe d’être signé entre les Etats-Unis et l’Union Européenne, mais ces auteurs ont évoqué son utilité dans le cadre d’un accord similaire que les Etats-Unis pourraient chercher à conclure avec le Royaume-Uni.

Le ministère de l’éducation assouplit les règles portant sur la distribution de prêts étudiants

La ministre de l’éducation, B. DeVos, a retiré une série de directives émises par l’administration Obama, qui visaient à faciliter le remboursement de prêts étudiants. Les règles imposaient des critères de qualité aux entreprises chargées de la collecte des prêts, et permettaient un étalage des remboursements via une plateforme informatique centralisée. Une règle obligeant le Ministère de l’éducation à prendre en compte les performances passées d’une entreprise avant de lui confier un contrat de gestion des prêts est également supprimée. B. DeVos a justifié sa décision par la « myriade de deadlines et d’obligations fluctuantes et le manque de cohérence des objectifs » pour les entreprises.

BREVES      

  • Le Congrès est en vacances parlementaires jusqu’au 24 avril. Il aura ensuite jusqu’au 28 pour s’accorder sur une prolongation du budget de l’année fiscale 2017, avant l’expiration du budget temporaire actuel.
  • Les Républicains continuent leurs attaques sur le Financial Stability Oversight Council (FSOC), et notamment son autorité à désigner des acteurs systémiques non bancaires. Une lettre signée par 31 Républicains s’appuie sur un récent rapport du comité des services financiers de la Chambre pour demander une révision d’un processus, qui selon les élus signataires encourage le « too big to fail » et met en danger les contribuables américains.
  • D. Trump va désigner Neomi Rao, professeure de droit public à la George Mason University, pour diriger l’équipe en charge des affaires réglementaires au sein du bureau du budget à la Maison Blanche (Office of Management and Budget, OMB). Son équipe sera notamment en charge des analyses des régulations émises par l’Administration. Sa nomination devra être confirmée par le Sénat.
  • CME Group, plus grand marché de produits dérivés au monde, va fermer d’ici fin 2017 sa plate-forme de dérivés ainsi que sa chambre de compensation localisée à Londres, après des difficultés à attirer de nouveaux clients en Europe. Le leader mondial devrait poursuivre ses autres activités en Europe. Cette décision n’est pas liée à la décision du Royaume-Uni de déclencher son Brexit.
  • La Securities and Exchange Commission (SEC) a confirmé suspendre l’application de sa conflict mineral rule suite à la décision finale rendue par la Cour de district de D.C. le 3 avril 2017, qui juge cette règle inconstitutionnelle.

 

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