Washington Wall Street Watch n°2017-14

Washington Wall Street Watch n°2017-14

Crédit photo : F. Jonkisz

SOMMAIRE

Conjoncture

  • La Fed de New York s’inquiète de la croissance de la dette étudiante.
  • L’inflation PCE ressort au-dessus de 2 % pour la première fois depuis cinq ans.

Politiques macroéconomiques

  • Les minutes de sa réunion de mars confirment que le comité de politique monétaire de la Fed envisage de débuter la réduction du bilan dès cette année.
  • Jeffrey Lacker, président de la Fed de Richmond, a démissionné et a reconnu être à l’origine d’une fuite au sein de la Fed.
  • Trump a évoqué la suite de son agenda économique dans une interview au New York Times

Régulation financière

  • Daniel Tarullo, gouverneur sortant de la Fed, défend son bilan tout en appelant à un assouplissement de certaines exigences réglementaires.
  • Le Bureau de Protection des Consommateurs de Produits Financiers (CFPB) fait face à des critiques de plus en plus ouvertes de la part du Congrès.

Brèves

 


Conjoncture

La Fed de New York s’inquiète de la croissance de la dette étudiante.

La Fed de New York a publié un rapport sur l’endettement des ménages aux Etats-Unis. La dette des ménages, en constante hausse depuis 2013 a atteint 12 600 Mds USD fin 2016. C’est le plus haut niveau (en valeur) depuis 2008. Si ce niveau est proche du pic atteint au troisième trimestre de 2008, la composition des dettes a évolué : les prêts étudiants représentent 10,4 % de ce montant contre 5 ,0 % en 2008. A l’inverse les prêts immobiliers reculent (71,2 % en 2016 contre 78,6 % en 2008). La Fed de NY souligne que les critères d’octroi de crédit se sont renforcés dans l’ensemble et les taux de défaillance sont actuellement faibles, les emprunteurs disposant de scores de crédit plus élevés que par le passé. Ainsi, la part des séniors dans la dette totale s’est accrue. Le président de la Fed de New York, William Dudley, s’est montré inquiet de la croissance très marquée de la dette étudiante, et dont les taux de défaut s’accroissent. La Fed de NY a également montré l’impact de cet endettement sur la réduction de l’accès à la propriété immobilière (à parcours universitaire égal).

L’inflation PCE ressort au-dessus de 2% pour la première fois depuis cinq ans.

L’inflation PCE, indicateur préférentiel de la Federal Reserve, a progressé de 0,1 % en février, ce qui porte la hausse des prix à 2,1 % sur un an. Pour la première fois depuis avril 2012, l’inflation PCE ressort à un niveau supérieur à la cible d’inflation de 2 % de la Fed. La composante sous-jacente progresse de 0,2 % sur un mois et de 1,8 % en variation annuelle.

Politiques macroéconomiques

Les minutes de sa réunion de mars indiquent que le comité de politique monétaire de la Fed envisage de débuter la réduction du bilan dès cette année.

Les minutes de la réunion de politique monétaire des 14 et 15 mars ont rappelé que la décision de remonter les taux d’intérêt est fondée sur les données d’activité positives du début d’année. Malgré leur détermination, les membres de la Fed restent très attentifs à l’évolution de l’inflation

Le principal élément nouveau concerne le bilan de la Fed, le FOMC explicitant pour la première fois qu’elle envisage de débuter sa réduction « plus tard cette année » à condition que l’économie évolue conformément aux attentes. Plusieurs gouverneurs avaient cependant déjà évoqué cette échéance (dont W. Dudley, président de la Fed de NY). Les discussions sur le calendrier et sur les modalités de la réduction du bilan continueront d’occuper les prochaines réunions.

Dans leurs débats sur les perspectives économiques, les membres du FOMC estiment désormais que le stimulus budgétaire souhaité par l’Administration Trump n’interviendra pas avant 2018, tout en soulignant que le degré d’incertitude politique demeure élevé. Par ailleurs les minutes révèlent les inquiétudes de la Fed au sujet des prix élevés des actifs financiers, le comité juge notamment que la valorisation élevée des marchés actions est « au-dessus des niveaux de standards historiques ».

Jeffrey Lacker, président de la Fed de Richmond, a démissionné et a reconnu être à l’origine d’une fuite au sein de la Fed.

Jeffrey Lacker a annoncé sa démission à effet immédiat, reconnaissant avoir violé la règle de confidentialité à laquelle il est astreint en tant que membre du comité de politique monétaire. En octobre 2012, il aurait dévoilé à une analyste de Wall Street des détails sur le nouveau programme de rachats d’actifs de la banque centrale. L’information a ensuite été transmise par une note aux clients. Cette fuite a déclenché des enquêtes séparées, en interne de la Fed et une enquête fédérale par le FBI et la CFTC.

Si son départ était prévu pour le 1er octobre, la démission de J. Lacker accélère le renouvellement actuellement en cours au sein du FOMC. L’intérim sera assuré par le vice-président de la Fed de Richmond Mark Mullinix.

D. Trump a évoqué la suite de son agenda économique dans une interview au New York Times

D.Trump est revenu sur son agenda économique des prochains mois avec deux journalistes du New York Times. Le principal message de D. Trump en matière économique dans cet entretien est le rappel de son ambition sur les infrastructures (ses conseillers présents ont régulièrement remis le sujet sur la table). Il a rappelé l’état dégradé des routes et des aéroports et confirmé le montant de 1 000 Mds USD. D. Trump n’a apporté aucune précision sur la nature publique ou privée de ce financement. Il souhaite accélérer le calendrier du plan d’infrastructures, et s’attend à la coopération des Démocrates qui selon lui en font une priorité. Il n’écarte d’ailleurs pas la possibilité de lier ce plan à d’autres éléments de son agenda économique, comme la réforme fiscale, pour en renforcer les chances de succès.

Par ailleurs, il a affirmé ne pas avoir abandonné le souhait de réformer le système de santé, et n’être qu’au départ des négociations sur ce sujet. Il estime que le système actuel n’est pas tenable et devrait s’écrouler d’ici 6 mois à un an (« it’s over »).

Régulation financière

Daniel Tarullo, gouverneur sortant de la Fed, défend son bilan tout en appelant à un assouplissement de certaines exigences réglementaires.

Daniel Tarullo, qui a quitté ses fonctions de gouverneur de la Réserve fédérale américaine le 5 avril, a prononcé son dernier discours officiel à l’université de Princeton. Celui qui a été pendant 8 ans en charge de la régulation bancaire à la Fed a défendu son bilan, tout en décrivant des améliorations qui pourraient être apportées à certaines exigences réglementaires. Il a ainsi jugé que le volet qualitatif des stress tests Comprehensive Capital Analysis and Review (CCAR) mériterait d’être progressivement abrogé, y compris pour les plus grandes banques américaines. La Fed a pris une décision en ce sens pour les banques disposants d’actifs inférieurs à 250 Mds USD. Il a également critiqué la mise en œuvre de la règle Volcker, qu’il considère comme « trop compliquée ». Il a notamment mis en avant trois problèmes avec la règle Volcker : (i) l’implication de 5 agences différentes ; (ii) une approche qui nécessite de connaître l’intention des banquiers qui réalisent des opérations ; (iii) un périmètre d’application beaucoup plus vaste que nécessaire, en termes de nombre de banques concernées. Enfin, Daniel Tarullo a suggéré de modifier le ratio de levier applicable aux grandes banques (enhanced supplementary leverage ratio) afin de prendre en compte la diversité des opérations des banques systémiques, en particulier celles ayant d’importantes activités de custody (Bank of New York Mellon et State Street).

Il a conclu son discours en rappelant l’importance du renforcement des exigences prudentielles depuis la crise, et en particulier celles relatives au capital des banques. Selon Daniel Tarullo, il serait  « tragique que les leçons de la crise financière soient si vite oubliées », et il est donc « crucial que le régime strict sur le capital soit maintenu, y compris pour les banques systémiques ». Le remplaçant de Daniel Tarullo à la Fed n’a pas encore été désigné.

Le Bureau de Protection des Consommateurs de Produits Financiers (CFPB) fait face à des critiques de plus en plus ouvertes de la part du Congrès.

Le Directeur du CFPB, R. Cordray, a dû affronter des élus républicains particulièrement virulents lors d’une audition parlementaire lors de laquelle le CFPB a notamment été accusé de s’être « endormi au volant » lors de l’affaire Wells Fargo (la banque avait ouvert des comptes générant des frais à l’insu des clients), ou encore de mener des campagnes de presse contre les entreprises visées par ses enquêtes. J. Hensarling, qui dirige le comité des Services Financiers de la Chambre des Représentants, a en parallèle émis des assignations visant à obliger le CFPB à fournir d’ici le 2 mai des documents justifiant les bases juridiques et les montants négociés lors des règlements à l’amiable (settlements) négociés par le CFPB – qu’Hensarling accuse d’être « abusifs et défectueux ». En parallèle, un projet de loi visant à annuler une règle du CFPB sur les cartes de paiement prépayées (protections en cas de perte ou de vol, obligations d’information, etc.) a été adopté par le comité bancaire du Sénat et devrait faire l’objet d’un vote en session plénière rapidement.

Ces critiques arrivent dans un contexte particulier pour le CFPB, dont la structure (agence indépendante avec à sa tête un Directeur ne pouvant être renvoyé sans justification par le Président) a été jugée inconstitutionnelle dans un jugement en première instance, et alors que la Cour d’appel entendra les arguments des deux parties le 24 mai prochain. Les annonces récentes des Républicains sont perçues par certains observateurs comme un effort de recherche de « justification » visant à donner à D. Trump une base juridique pour renvoyer R. Cordray, nomme par B. Obama, sans même attendre l’issue de l’appel. Le CFPB affiche malgré tout une volonté de continuer ses activités, R. Cordray ayant annoncé que le Bureau avait lancé des « activités de supervision » autour des enjeux d’accès au crédit pour les PME – et notamment les risques de discriminations.

En outre, le Comité des Services Financiers de la Chambre des Représentants a ouvert une enquête pour délits d’initiés suite à des transactions financières suspectes autour du gestionnaire de prêts étudiants Navient. Des « activités boursières anormales » auraient été détectées dans les heures précédant l’annonce en janvier par le CFPB d’une action en justice contre l’entreprise, pour pratiques trompeuses et abusives envers les emprunteurs. Le Congressman P. McHenry avait questionné le directeur du CFPB, R. Cordray, à ce sujet plus tôt dans la journée. R. Cordray avait reconnu la gravité des accusations et la nécessité de les creuser, tout en affirmant qu’il ne savait rien du sujet.

Brèves           

  • Le Banking Committee du Sénat a confirmé la désignation de Jay Clayton à la tête de la Securities and Exchange Commission (SEC), avec le soutien de 3 Démocrates du comité. Il devra désormais être confirmé en session plénière, où il ne devrait pas rencontrer d’opposition significative. Le Congrès étant en vacances parlementaires pour deux semaines à partir de vendredi, il ne devrait cependant être confirmé qu’à la fin du mois.
  • Le leader des Républicains du Sénat, M. McConnell, a activé l’ « option nucléaire » afin de modifier les règles de confirmation d’un juge à la Cour Suprême. 50 votes seront désormais nécessaires, et non plus 60. Les Républicains disposent de 52 sièges et devraient être en mesure de confirmer leur candidat, N. Gorsuch, dans les prochaines heures – après qu’un premier vote a échoué, à 55 votes contre 45 (premier « filibuster » d’un juge à la Cour Suprême depuis plus de 50 ans). Un tel changement de règle, difficilement réversible, est perçu comme radical au sein d’un Sénat basé sur la tradition et le consensus. Le changement ne porte que pour les confirmations de juges à la Cour Suprême, M. McConnell ayant réitéré qu’il n’avait pas l’intention d’effectuer un tel changement pour l’ensemble des lois. 50 votes sont nécessaires pour changer une telle règle au Sénat.
  • La Securities and Exchange Commission (SEC) a annoncé le 5 avril qu’elle avait adopté des amendements aux règles mettant en œuvre le JOBS Act, permettant notamment d’augmenter les fonds que les entreprises peuvent lever par crowdfunding, en indexant les plafonds sur l’inflation. Cette décision illustre la volonté de la SEC de favoriser la création d’emplois et les opportunités d’investissement pour le grand public.

COMMENTS

WORDPRESS: 0
DISQUS: 0