Washington Wall Street Watch n°2017-13

Washington Wall Street Watch n°2017-13

Crédit photo : F. Jonkisz

SOMMAIRE

Conjoncture

  • Le crédit aux entreprises ralentit nettement en début d’année.

Politiques macroéconomiques

  • Pour C. Evans, président le Fed de Chicago, un resserrement de politique monétaire au-delà de trois hausses de taux en 2017 reste possible si l’environnement économique le justifie.
  • Janet Yellen appelle à un renforcement des efforts d’éducation pour renforcer le marché du travail.
  • Les débats budgétaires ont repris en anticipation de l’expiration du budget temporaire le 28 avril.

Régulation financière

  • La Fed et la Federal Deposit Insurance Corporation (FDIC) ont évalué les plans de résolution de plusieurs banques domestiques et étrangères.
  • La désignation par le Financial Stability Oversight Council (FSOC) d’entités non bancaires systémiques fait l’objet d’une attention renforcée par les Républicains.
  • L’administration Trump maintient son souhait de réformer le système de financement du marché immobilier américain.

Brèves


CONJONCTURE

Le crédit montre des signes de ralentissement.

Le volume des crédits industriels et commerciaux aux entreprises a stagné en février (-0,1 %). Dans un environnement de remontée des taux d’intérêt, la croissance du crédit aux entreprises est à l’arrêt pour le troisième mois consécutif. Sur un an, les crédits industriels et commerciaux ont progressé de 5,3 %, la moins forte croissance depuis juillet 2011. La stagnation du crédit en début d’année s’explique en particulier par une demande plus faible de la part des entreprises du secteur pétrolier gazier, qui ont retrouvé des marges grâce au rebond des prix du pétrole. Souvent considéré comme un indicateur avancé du cycle économique, le ralentissement du crédit doit être relativisé dans un contexte où la plupart des enquêtes demeurent bien orientées.

POLITIQUES MACROÉCONOMIQUES

Pour le président de la Fed de Chicago, aller au-delà de trois hausses de taux en 2017 reste possible.

Charles Evans (Fed de Chicago, votant), plutôt perçu comme « dovish » (« colombe »), a déclaré que la Fed pourrait augmenter ses taux d’intérêt à quatre reprises si l’environnement économique le justifie. Il a précisé que seules les données dures permettront de confirmer la vigueur de l’activité. Pour C. Evans, rien ne permet d’envisager un tel scénario à l’heure actuelle et le scénario de trois hausses de taux reste privilégié pour l’année 2017.

Janet Yellen appelle à un renforcement des efforts d’éducation et de formation pour renforcer le marché du travail.

S’écartant, une fois n’est pas coutume, des considérations de politique monétaire au sens strict, pour un discours sur l’emploi des travailleurs non qualifiés, Janet Yellen a appelé à un renforcement des efforts d’éducation et de formation afin d’améliorer la résilience du marché du travail. Alors que la Fed estime que le taux de chômage est proche de son niveau structurel, J. Yellen plaide en faveur d’une meilleure formation qui permettrait aux personnes les moins qualifiées et/ou issues d’une minorité d’améliorer leur employabilité. La présidente de la Fed estime que face aux évolutions technologiques et à la mondialisation qui bouleversent en profondeur le marché du travail, une amélioration de la formation des individus permettrait une amélioration du taux d’emploi.

Les négociations budgétaires ont repris en anticipation de l’expiration du budget temporaire le 28 avril.

Après l’échec du projet de remplacement d’Obamacare, les parlementaires se penchent à présent sur la première échéance qui nécessite de légiférer : l’expiration du budget temporaire (Continuing Resolution) le 28 avril, sachant que le mois d’avril comportera peu de jours de travail pour le Congrès (celui-ci sera en recess durant deux semaines du 10 au 21). Les législateurs évoquent la possibilité d’un budget simplifié (omnibus) qui regrouperait les principales lois budgétaires relatives à l’année fiscale 2017. Les principaux points de désaccords à l’heure actuelle portent sur : (i) l’inclusion ou non du projet de dépense « supplémentaire » (supplemental appropriation) évoqué par D. Trump qui inclurait un financement additionnel pour le secteur de la défense ainsi que des fonds pour la construction du mur entre le Mexique et les Etats-Unis, compensés par des coupes dans les dépenses non-militaires, (ii) un amendement pour supprimer le financement des cliniques de planning familial (Planned Parenthood), car celles-ci pratiquent des avortements. Aucun consensus sur ces deux points n’apparaît pour l’instant, même au sein du camp républicain, et alors que certains leaders démocrates ont déjà évoqué la possibilité d’un shutdown (fermeture de l’ensemble des fonctions fédérales non essentielles faute de financement) en cas de désaccord sur un texte pour lequel il faudra 60 voix (donc au moins 8 démocrates) au Sénat.

REGULATION FINANCIERE

La Fed et la FDIC ont évalué les plans de résolution de plusieurs banques domestiques et étrangères.

La Fed et la Federal Deposit Insurance Corporation (FDIC) ont annoncé avoir revu les plans de résolution de 2015, ou « living wills » de 16 banques domestiques et avoir émis des recommandations pour les plans de 4 banques étrangères. Les plans de résolution sont depuis le Dodd-Frank Act une obligation pour les banques domestiques ou étrangères ayant plus de 50 Mds USD d’actifs consolidés. Les deux agences n’ont trouvé aucune défaillance dans 15 des 16 plans domestiques évalués, jugés crédibles, mais ont indiqué attendre des plans de résolution pour 2017 qu’ils reflètent davantage la taille et la complexité des sociétés. Des recommandations (guidances) ont été publiées à l’attention de 4 banques étrangères (Barclays PLC, Credit Suisse, Deutsche Bank AG et UBS AG) afin de les aider à améliorer leurs plans de résolution et, en particulier, à refléter au mieux la restructuration qu’elles ont initiée pour former leurs Intermediate Holding Companies sur le territoire américain. Les régulateurs américains ont surtout insisté sur le fait qu’une société devait avoir suffisamment de liquidités pour mettre en exécution son plan de résolution aux Etats-Unis. Afin d’aider ces quatre banques à adapter leurs plans en conséquence, la date de publication de leurs prochains plans de résolution a été retardée d’un an au 1er juillet 2018.

La désignation par le FSOC d’entités non bancaires systémiques fait l’objet d’une attention renforcée par les Républicains.

Des sénateurs républicains ont, dans une lettre envoyée à S. Mnuchin, demandé une révision du processus de désignation des entités systémiques non bancaires (Prudential et AIG à ce jour) par le Financial Stability Oversight Council (FSOC). Les sénateurs, parmi lesquels le Chairman du comité bancaire M. Crapo, critiquent le « manque de transparence et de responsabilité, l’insuffisance du recueil de données, et l’absence de méthodologie cohérente » du processus de désignation. Ils affirment qu’un tel processus a « limité la compétitivité des entreprises américaines vis-à-vis des entreprises étrangères, et entravé la croissance ». Le groupe de signataires encourage S. Mnuchin à utiliser la révision plus générale du cadre de la régulation financière amorcée par l’executive order de D. Trump, qui doit aboutir à un rapport début juin, pour revoir le rôle du FSOC. Un des signataires, le Sénateur T. Cotton, a également par l’intermédiaire de sa porte-parole encouragé l’Administration à annuler l’appel en cours sur la désignation de MetLife, « qui aurait pour effet une dé-désignation effective rapide ». Une audition parlementaire sur ce sujet s’est également tenue cette semaine à la Chambre des Représentants, lors de laquelle les échanges entre des élus républicains et des membres de think tanks conservateurs ont abouti à des conclusions similaires à celles exprimées dans la lettre des sénateurs (caractère arbitraire de la méthode du FSOC, codification du « too big to fail », etc.).

Fannie Mae et Freddie Mac poursuivent leur programme de transfert des risques vers le secteur privé.

L’autorité de tutelle de Fannie Mae et Freddie Mac, la Federal Housing Finance Agency (FHFA) a publié le 27 mars un point d’étape sur le programme de transfert du risque lié aux crédits immobiliers résidentiels vers le secteur privé (credit risk transfer). Ce programme permet aux deux Government Sponsored Enterprises (GSEs) de céder, à travers plusieurs types de transactions, une partie de leur risque de crédit à des investisseurs privés (hedge funds notamment). D’après la FHFA, les GSEs ont transféré 18 Mds USD de risque de crédit sur un volume de 548 Mds USD de crédits immobiliers en 2016. Au total, depuis le début du programme en 2013, 49 Mds USD de risque de crédit a été transféré au secteur privé, sur un volume total de 1 400 Mds USD de prêts. La FHFA a par ailleurs annoncé que Fannie Mae et Freddie Mac verseraient 10 Mds USD au Trésor américain cette semaine, en dépit d’une controverse politique sur ce transfert. Ce paiement était prévu dans le cadre d’un accord de 2012 qui contraint les GSEs à transférer leurs profits au Trésor américain, en échange de leur sauvetage par le gouvernement américain pendant la crise et de leur tutelle publique.

L’administration Trump maintient son souhait de réformer le système de financement du marché immobilier américain

L’administration Trump a signalé qu’elle réfléchissait à un plan visant à renforcer le capital des GSEs, et plus généralement à réformer le système américain du financement immobilier (Housing Finance). Les Républicains au Congrès sont nombreux à être en faveur d’une telle stratégie, notamment Mike Crapo, Président du Comité des affaires bancaires du Sénat.

BREVES

  • Le vote à la Chambre des Représentants du projet de loi American Health Care Act (AHCA), qui avait vocation à abroger et remplacer Obamacare, a été annulé par le chef de la majorité républicaine P. Ryan, qui ne disposait pas des votes nécessaires.

 

  • Le Banking Committee du Sénat tiendra le vote de confirmation de J. Clayton à la tête de la Securities and Exchange Commission (SEC) mardi 4 avril. Ce vote est en général suivi par un vote final en plénière, mais le Congrès étant en recess du 10 au 21 avril, les délais pourraient être contraints pour une confirmation avant fin avril.

 

  • Le Trésor a répondu à la lettre des Congressmen Duffy et Ross demandant des précisions sur les modalités d’application du covered agreement entre les Etats-Unis et l’Union Européenne sur les questions assurance. Sans exprimer son avis, très attendu, sur cet accord, le Trésor dit être dans une phase de recueil d’information avant de prendre une décision finale. La lettre encourage les parties prenantes ayant des questions ou commentaires à contacter le Trésor.

 

  • Le Comité des services financiers de la Chambre des représentants a tenu une audition sur l’impact de la règle Volcker sur les marchés, les investisseurs, la création d’entreprises et d’emplois. La question d’une modification voire abrogation de la règle demeure en suspens. Parallèlement, le comité bancaire du Sénat a tenu une audition sur le rôle du secteur financier dans la croissance économique. L’accent a été mis sur le rôle essentiel que doivent jouer les petites banques, qui se sont moins bien redressées après la crise, dans la croissance.

 

  • Le CEO de BlackRock, L. Fink, a annoncé vouloir confier la gestion active de certains fonds, comme les mutual funds, à un système informatique automatisé fondé sur des algorithmes, et non plus sur des analystes. Quelques 30 Mds USD d’actifs seraient concernés, soit 11 % de l’activité de la société sur les fonds d’actions. Il espère ainsi baisser les coûts de gestion et réduire les effectifs dédiés à cette gestion active, tout en dopant la performance de ces fonds.

 

  • La Securities and Exchange Commission (SEC) a raccourci d’un jour ouvré le cycle de traitement et de règlement de la plupart des transactions de titres effectuées par les broker-dealer. Ce cycle, qui était habituellement de 3 jours ouvrés, est donc réduit à 2 jours. La décision a pour but de réduire les risques et d’améliorer la coordination entre ces acteurs des marchés.

 

  • La SEC a rejeté le projet d’un fond indiciel (ETF) fondé sur la monnaie bitcoin, projet porté par la société SolidX Management et qui prévoyait de coter ce fonds sur la plateforme NYSE Arca. L’agence invoque le manque de transparence qui entoure cette monnaie non institutionnelle et non règlementée.

 

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