Washington Wall Street Watch n°2017-11

Washington Wall Street Watch n°2017-11

Crédit photo : F. Jonkisz

SOMMAIRE

Conjoncture

  • Le rapport sur l’emploi de février confirme le dynamisme du marché du travail
  • L’inflation CPI continue de progresser et s’établit à son plus haut niveau depuis cinq ans

Politiques macroéconomiques

  • La Federal Reserve a relevé la fourchette cible des Fed Funds de 25 points de base à [0,75 %-1 %]
  • La Maison Blanche a introduit sa proposition de budget pour l’année fiscale 2018
  • Le plafond de la dette publique fédérale est redevenu actif le jeudi 16 mars
  • La proposition républicaine pour remplacer Obamacare fait face à des difficultés croissantes

Régulation financière

  • L’Office of the Comptroller of the Currency précise les conditions de sa future licence FinTech
  • Les régulateurs des Etats fédérés demandent des clarifications sur l’application du covered agreement
  • Le Ministère du logement, s’inquiète de la progression des institutions non bancaires dans les activités de titrisation immobilière

Brèves

    


                    

Conjoncture

Le rapport sur l’emploi du mois février décrit un marché du travail très dynamique.

Les créations d’emplois se poursuivent aux Etats-Unis avec 235 000 nouveaux emplois au mois de février (contre 200 000 anticipés par le consensus) après les 238 000 nouveaux emplois de janvier. Le rythme des créations d’emplois du début d’année est nettement supérieur à la moyenne 2016 de 187 000 par mois. Le taux de chômage est en repli à 4,7 % (-0,1 point) et le taux d’activité remonte à 63,0 % (+0,1 point). Les salaires ont progressé de +2,5 % en glissement annuel en février (+0,2 point).

L’inflation CPI continue de progresser et s’établit à son plus haut niveau depuis 5 ans.

L’indice IPC (indice des prix à la consommation) a progressé de +0,1 % en février (après +0,6 % en janvier) et affiche une hausse de 2,7 % en glissement annuel. La hausse générale des prix reste très largement affectée par l’augmentation des prix de l’énergie (+15,2 %). La composante sous-jacente de l’inflation IPC est stable à +0,2 % sur un mois, tandis que la progression sur un an s’établit à +2,2 % sur un an, comme au mois de décembre.

Politiques macroéconomiques

Le Comité de Politique Monétaire de la Fed (FOMC) a relevé la fourchette cible des Fed Funds à [0,75 %-1 %].

La décision ne faisait plus aucun doute ces derniers jours : la Fed a augmenté ses taux directeurs de 25 points de base à l’issue de sa réunion de politique monétaire. Le communiqué a très peu évolué depuis février mais souligne l’augmentation de l’inflation ces derniers mois. Il est également indiqué que la Fed surveillera désormais l’inflation au regard d’un objectif « symétrique ». Malgré cette première hausse plus précoce qu’attendu, les projections économiques de la Fed sont globalement inchangées et ne signalent pas d’évolution dans le rythme de hausse de taux.

Lors de sa conférence de presse, Janet Yellen a délivré un discours positif sur l’état de l’économie américaine en arguant de l’amélioration de la confiance des ménages et des entreprises et de la bonne dynamique de l’inflation. La présidente de la Fed s’est félicitée des progrès du marché du travail car les créations d’emplois solides s’accompagnent d’une hausse du taux d’activité.

Pour la première fois, la réduction du bilan de la Fed a fait l’objet d’une discussion au sein du FOMC. Les débats devraient se poursuivre lors des prochaines réunions de politique monétaire. J. Yellen a indiqué que la réduction du bilan serait menée « de façon graduelle et prévisible lorsque la normalisation des taux Fed Funds sera bien engagée ». Elle a rappelé que l’utilisation du bilan ne constituait pas une politique conventionnelle et a affiché sa préférence en faveur de la politique de taux dont les effets sont mieux connus et plus prévisibles.

La Maison Blanche a introduit sa proposition de budget pour l’année fiscale 2018.

La Maison Blanche a présenté jeudi sa proposition de budget pour l’année fiscale 2018 (FY 2018) ainsi qu’une proposition de complément pour le budget 2017 (supplemental appropriation). Il s’agit essentiellement d’un document d’orientation budgétaire, à portée politique, qui permet d’amorcer les discussions au Congrès. Comme annoncé, la proposition introduite est minimaliste (« skinny-budget »), ne contenant aucune mention des recettes (pas d’indication sur les réformes fiscales par exemple), ni des dépenses dites obligatoires (« mandatory »), notamment sociales qui représentent pourtant quasiment 2/3 du budget.

Le Président confirme son souhait de procéder à des réallocations au profit de la défense et de la sécurité. Il propose d’augmenter les dépenses militaires de 54 Mds USD sur FY2018 (+10%), les dépenses pour les anciens combattants et la sécurité intérieure. En parallèle, D. Trump envisage de réduire d’autant certaines dépenses non-militaires, notamment à travers des coupes dans le budget des ministères des affaires étrangères (State Department, -29%), de la santé (-16%), de l’éducation (-13,5%) et de l’Agence de Protection de l’Environnement (-32%). Même si ces propositions n’augmentent pas la dépense publique totale par rapport à la trajectoire fixée par l’accord bipartisan de 2015, elles nécessiteront de relever le plafond fixé par la loi pour la défense (« budget cap ») pour éviter des coupes automatiques (mécanisme dit du « sequester » ou verrou budgétaire).

Le plafond de la dette publique fédérale est redevenu actif jeudi 16 mars.

Ce plafond correspond au montant maximum que le Trésor est autorisé à emprunter sur les marchés financiers. Cette limite, fixée par la loi, a été temporairement suspendue par le Bipartisan Budget Act de 2015 jusqu’au 15 mars 2017. A partir du 16 mars, le plafond est réactivé, et son niveau mis à jour pour tenir compte des émissions ayant eu lieu depuis sa suspension et jusqu’au 15 mars.

Aucune conséquence opérationnelle significative n’est attendue à très court terme, le Trésor pouvant a priori financer ses obligations jusqu’à l’automne 2017. Pour financer les obligations à venir de l’Etat, le Trésor dispose des recettes fiscales attendues dans les prochains mois, d’un stock de trésorerie, et de « mesures extraordinaires » afin de libérer des capacités d’emprunt. Le Congressional Budget Office (CBO) estime que ces mesures extraordinaires s’épuiseront autour de l’automne 2017, même si l’incertitude demeure élevée sur cette échéance.

La proposition des Républicains de la Chambre pour remplacer Obamacare fait face à des difficultés croissantes.

Le Congressional Budget Office (CBO), bureau non partisan du Congrès dont le rôle est d’évaluer l’impact des projets de loi, a rendu public lundi son analyse sur le plan des Républicains de la Chambre. Les principales conclusions de l’analyse du CBO indiquent que (i) 24 millions d’américains perdraient leur assurance sur 10 ans, 14 millions dès 2018 ; (ii) le projet de loi réduirait la dette publique de 337 Mds USD en 10 ans, les économies réalisées via le gel de l’expansion de Medicaid et la diminution des subventions (1 200 Mds USD d’économies) pouvant suffire d’après le CBO à compenser les pertes occasionnées notamment par les crédits d’impôt proposés (900 Mds USD) ; (iii) les Américains à faible revenu entre 50 et 64 ans seraient les principaux perdants de la réforme.

Cette publication par le CBO arrive alors que de plus en plus d’élus républicains, au Sénat comme à la Chambre, se sont officiellement exprimés contre le projet (accusé d’être soit trop conservateur, soit trop centriste). Alors que le projet avait déjà été validé au sein des Comités Ways and Means et Energy and Commerce, il est sorti aujourd’hui du House Budget Committee malgré 3 défections républicaines, et avec une marge très réduire (19 votes contre 17). Tout amendement au texte en comité engendrerait (i) une nouvelle étude d’impact par le CBO et (ii) un ré-examen par l’ensemble des comités.

Régulation financière

L’Office of the Comptroller of the Currency précise les futures conditions d’obtention de sa licence dédiée aux fintechs.

L’Office of the Comptroller of the Currency (OCC) a publié une guidance précisant les conditions d’obtention de sa licence de banque partielle (« limited purpose bank charter ») aux acteurs fintechs. L’OCC continue donc d’avancer vers la mise en place d’une licence fédérale pour les acteurs fintechs, malgré l’opposition de la plupart des régulateurs des Etats fédérés, qui ont rappelé dans la foulée par le biais de la Conference of State Bank Supervisers que « l’OCC dépassait les limites de son autorité légale et créait des nouveaux risques pour les consommateurs et marchés ». Il est également à noter que certains élus républicains de la Chambre des Représentants avaient menacé d’annuler une telle initiative de l’OCC (lettre des Républicains du Comité des Services Financiers de la Chambre des Représentants à l’OCC la semaine dernière).

La guidance de l’OCC vise notamment à préciser (i) le type d’informations et de documents qui seront requis, (ii) les types d’’activités qui pourront faire l’objet d’une licence, et (iii) les critères qui seront vérifiés par l’OCC pour prendre sa décision finale. L’OCC pourrait par exemple imposer aux fintechs de prouver qu’elles sont capables de maintenir un niveau de liquidité suffisant même en période de stress, ou encore d’établir des plans de financement d’urgence exhaustifs. L’OCC vérifiera également qu’aucune proposition contenue dans les business plans ne pourra conduire à des pratiques injustes ou trompeuses à l’égard des consommateurs. L’OCC prévoit de recueillir des commentaires publics sur son projet d’ici le 14 avril. Le mandat de T. Curry, Président de l’OCC, prend fin le 9 avril.

Les régulateurs des Etats demandent des clarifications à S. Mnuchin sur l’application du covered agreement US/UE en assurance

L’association regroupant les régulateurs assurance des Etats fédérés (la NAIC) a envoyé une lettre à S. Mnuchin, lui demandant des précisions sur l’accord bilatéral finalisé entre l’Union Européenne et la précédente Administration américaine (J. Lew) sur les questions d’assurance (covered agreement). Le Congrès est actuellement consulté sur cet accord, avant la signature finale. La lettre, très proche de celle envoyée par les Congressmen Duffy et Ross sur le même sujet, demande notamment des clarifications sur le respect des travaux en cours au niveau des Etats sur les collatéraux et la supervision de groupe. La NAIC demandera une réouverture des négociations si les réponses à ses questions ne sont pas satisfaisantes. Les Etats fédérés sont des acteurs importants dans la mise en œuvre de l’accord en droit américain. Dans une autre lettre, l’association regroupant les assureurs mutualistes (NAMIC) demande à S. Mnuchin de ne pas signer l’accord et de ré-ouvrir les négociations. S. Mnuchin et l’Administration ne se sont pas encore exprimées au sujet de cet accord.

Le Ministère du logement, s’inquiète de la progression des institutions non bancaires dans les activités de titrisation immobilière.

Les institutions financières non bancaires, telles que Quicken Loans, qui se sont associées à Ginnie Mae pour financer des prêts immobiliers, sont devenues si importantes qu’elles remettent en question la capacité de l’agence à les surveiller, selon un nouveau rapport publié par le Ministère américain du logement (Department of Housing and Urban Development, HUD). Ginnie Mae, qui est une société détenue par le HUD, est le deuxième acteur du marché de la titrisation immobilière, derrière Fannie Mae. L’agence contribue à financer 34 % des nouveaux prêts immobiliers aux Etats-Unis. Elle regroupe, vend et assure notamment les prêts émis par la Federal Housing Administration (FHA). Sur l’année 2016, ces institutions représentaient 73 % des prêts immobiliers résidentiels vendus par Ginnie Mae, contre 51% en 2014. Fin 2016, huit des partenaires non bancaires de l’agence avaient des portefeuilles hypothécaires de 26 Mds$ ou plus. Deux détenaient des portefeuilles de plus de 100 Mds$. Le HUD recommande à Ginnie Mae de s’assurer de manière proactive de la solidité des institutions financières non bancaires.

Brèves           

  • C. Giancarlo a été désigné par D. Trump pour être le prochain Président de la Commodities and Futures Trading Commission (CFTC). Il en assurait déjà l’intérim depuis janvier. Il a présenté ses priorités pour la CFTC lors de sa première intervention publique après sa désignation, s’inscrivant explicitement dans le cadre des principes énoncés par D. Trump dans son executive order sur la régulation financière. Il a notamment insisté sur la défense des intérêts américains dans le cadre des négociations financières internationales. Il a aussi indiqué que sur le plan intérieur, la CFTC se concentrerait sur l’application des règles existantes.
  • Dans une rencontre avec des dirigeants de petites banques (community banks), D. Trump a promis d’alléger les règles qui s’imposent à l’industrie, qui selon lui ont limité sa croissance. Il s’est ainsi engager à favoriser leur accès au capital et leur capacité à prêter – sans pour autant préciser les modalités par lesquelles il espère faire adopter de telles réformes.
  • S. Verma a été confirmée par le Sénat pour diriger le Center for Medicare and Medicaid Services (CMS), les agences fédérales qui administrent les assurances publiques fédérales Medicaid et Medicare. Elle pourrait jouer un rôle important dans la phase « administrative » de la réforme Obamacare.
  • D. Trump a complété mardi 14 mars son équipe au Trésor en nommant James Donovan au poste de Deputy Secretary of the Treasury, David Malpass pour le poste de Under Secretary of the Treasury pour les affaires internationales et Sigal Mandelker au poste de Under Secretary of the Treasury pour la lutte contre le financement du terrorisme et le renseignement financier. Ces trois nominations nécessiteront une confirmation au Sénat avant d’être effectives, mais aucune date de confirmation n’a été communiquée pour le moment. L’équipe au Trésor est maintenant quasi-complète puisque seul le poste de Under Secretary of the Treasury pour la finance domestique reste à pourvoir.

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