Washington Wall Street Watch n°2017-10

Washington Wall Street Watch n°2017-10

Crédit photo : F. Jonkisz

SOMMAIRE

 

POLITIQUES MACROECONOMIQUES

-Les observateurs anticipent massivement une hausse des taux dès la prochaine réunion du comité de politique monétaire de la Fed suite aux déclarations récentes de ses membres.

-Les Républicains de la Chambre des Représentants ont introduit leur proposition de loi en matière d’assurance santé, en vue de remplacer l’Affordable Care Act (Obamacare).

-Le directeur du Congressional Budget Office (CBO) a présenté son Budget and Economic Outlook pour 2017

 

REGULATION FINANCIERE

-Le président de l’OCC, Thomas Curry, a répondu aux critiques à l’égard de son projet de licence fédérale pour les entreprises innovantes Fintech.

-AIG annonce ses plans de réorganisation en Europe dans le contexte post-Brexit.

-La SEC renforce les exigences applicables aux fonds indiciels (ETF)

 

BREVES


POLITIQUES MACROECONOMIQUES

Les observateurs anticipent massivement une hausse des taux dès le prochain comité de politique monétaire de la Fed.

Les marchés et les analystes s’attendent très largement à ce que la réunion du comité de politique monétaire (FOMC) des 14 et 15 mars aboutisse à une augmentation de la fourchette cible des taux fed funds de 25 points de base à [0,75 % – 1 %]. A la veille de la publication du rapport sur l’emploi de février 2017 qui donnera de nouvelles indications, les marchés accordent une probabilité supérieure à 90% à cette hypothèse. Les membres du FOMC estiment les conditions économiques favorables pour engager une remontée des taux plus rapide qu’anticipée en début d’année. Ils ont communiqué activement afin d’ancrer les anticipations des marchés qui n’anticipaient pas une hausse si précoce il y a encore quelques semaines.

Lors de sa dernière intervention avant la réunion des ides de mars, la présidente Janet Yellen a signalé l’imminence d’une hausse des taux en déclarant qu’une action en mars était « probablement justifiée ». Cette communication explicite de la part d’une présidente traditionnellement prudente a achevé de convaincre les marchés de l’imminence d’une hausse de taux. Elle a également mentionné pour la première fois qu’il semblait « approprié pour le FOMC de se diriger vers une politique monétaire neutre », et donc de quitter progressivement le territoire des politiques monétaires accommodantes.

Stanley Fischer s’est exprimé dans le même sens que Janet Yellen et s’est dit aussi favorable à une hausse de taux dès mars. Selon lui, les changements positifs de l’activité économique observés depuis décembre justifient la poursuite du processus de resserrement de la politique monétaire. Le discours du vice-président traitait également de l’opportunité de suivre des règles pour la conduite de la politique monétaire. Le vice-président a défendu le mode de fonctionnement actuel de la Fed alors que certains membres Congrès étudient des réformes encadrant l’action de la banque centrale. Stanley Fischer juge que les règles sont des indicateurs de politique monétaire pertinents mais qu’elles doivent uniquement servir de référence. Un comité de politique monétaire lui semble plus efficace car il permet de prendre ses décisions sur la base d’informations plus diverses que les seules statistiques.

 

Les Républicains de la Chambre des Représentants ont introduit leur proposition de remplacement d’Obamacare

Les leaders républicains de la Chambre des Représentants ont formellement introduit lundi une proposition de loi en matière d’assurance santé pour remplacer certains aspects d’Obamacare. Les débats ont commencé dès cette semaine au sein des comités.

Cette proposition (American Health Care Act) conserve la structure générale du système Obamacare (organisation de la concurrence entre assureurs privés au sein de bourses et marchés dans chaque Etat, subventions pour aider les plus pauvres et les malades à s’assurer) ainsi que certaines des mesures les plus populaires (obligation pour les assureurs de couvrir les maladies chroniques, possibilité de rester assuré auprès de ses parents jusqu’à 26 ans, etc.). Elle en modifie cependant certains mécanismes clés, en mettant fin à l’obligation de s’assurer (mandat individuel) ou en rendant les subventions dépendantes de l’âge des assurés plutôt que de leurs revenus. L’expansion de l’assurance fédérale Medicaid destinée aux plus pauvres serait gelée à partir de 2020.

L’étude d’impact de cette proposition par le Congressional Budget Office n’a pas encore pu être réalisée et les Républicains ont souhaité néanmoins engager les débats sans attendre. Elle devrait être publiée dans les prochains jours et sera très suivie, notamment afin de disposer d’indications sur (i) les conséquences budgétaires de cette réforme, (ii) l’impact des modifications prévues en matière fiscale, qui est attendu au bénéfice des plus aisés, (iii) les effets en matière de couverture (notamment sur les plus pauvres ayant accédé récemment à l’assurance santé) et (iv) la manière dont elle affectera les marchés Obamacare, et la capacité des assureurs à rester sur ces marchés alors qu’ils ont fait récemment état de leurs difficultés.

Trump a soutenu publiquement la proposition de la Chambre, tout en annonçant que la proposition de la Maison Blanche, attendue dans les prochains jours, couvrirait des points non inclus dans celle de la Chambre, comme les moyens d’accroître la concurrence sur le marché des médicaments afin de faire baisser les prix. Par ailleurs, si P. Ryan, leader des Républicains de la Chambre, a assuré qu’il disposerait des votes nécessaires pour une adoption d’ici le mois d’avril à la Chambre (malgré l’opposition de certains des membres les plus conservateurs qui s’inquiètent des effets de la réforme sur le budget), plusieurs sénateurs républicains ont d’ores et déjà annoncé leur opposition au plan en son état actuel.

 

Keith Hall, directeur du Congressional Budget Office (CBO), a présenté son Budget and Economic Outlook pour 2017.

Le directeur du CBO a présenté mardi 7 mars 2017 ses projections pour les comptes publics fédéraux et la croissance américaine (sous l’hypothèse de droit inchangé, c’est-à-dire sans prendre en compte les réformes annoncées par la nouvelle Administration).

Il estime que le déficit public pour 2017 sera plus faible que dans sa dernière estimation d’août 2016 en raison d’une anticipation de dépenses obligatoires plus faibles que prévue. Mais, si le droit fédéral restait inchangé sur les dix années à venir, le déficit devrait augmenter progressivement pour atteindre 5% du PIB en 2027. Cette dégradation des comptes publics s’expliquerait par une forte hausse des dépenses de santé, de retraite et de la charge de la dette, non compensées par la faible augmentation des revenus publics.

La croissance de l’économie américaine sur les deux années à venir devrait rester proche de son niveau observé depuis 2009 selon le CBO, soit 2,3 % en 2017 et 1,9 % en 2018. Elle devrait ainsi être supérieure ou proche de son niveau potentiel, ce qui permettrait de réduire les ressources inutilisées dans l’économie, entrainant une diminution du chômage, mais également des tensions inflationnistes. Le CBO anticipe que la croissance sur la fin des dix années à venir sera contrainte par la faible augmentation de l’offre de travail.

REGULATION FINANCIERE

Le président de l’OCC T. Curry répond aux critiques à l’égard de son projet de licence fédérale FinTech.

Le président de l’Office of the Comptroller of the Currency (OCC) T. Curry a défendu, à l’occasion de la conférence annuelle LendIt sur le crédit en ligne, son projet de licence fédérale dédiée aux FinTech (federal FinTech charter) publié en décembre 2016. Cette licence bancaire partielle, octroyée aux sociétés FinTech qui en feraient la demande, serait la première délivrée au niveau fédéral. Les objectifs de l’OCC dans ce cadre sont de favoriser l’intégration du secteur bancaire et d’offrir un cadre réglementaire propice à l’innovation.

Curry a notamment insisté sur le fait qu’une telle licence n’abaisserait pas les exigences réglementaires pour les FinTech et le secteur bancaire, et s’est montré confiant sur la capacité de la licence à assurer la protection des consommateurs. Il a aussi réaffirmé l’autorité de l’OCC pour délivrer des licences à toutes entreprises engagées dans des activités bancaires, qui ne nécessitent pas forcément selon lui d’accepter des dépôts.

 

AIG annonce ses plans de réorganisation en Europe dans le contexte post-Brexit.

AIG a annoncé ses plans de réorganisation pour ses opérations en Europe dans le contexte post-Brexit, afin notamment d’ « assurer la continuité des opérations européennes lorsque le Royaume-Uni aura quitté l’UE ». AIG prévoit de disposer de deux filiales à partir de 2019 en Europe : l’assureur conservera sa structure au Royaume-Uni pour ses activités au Royaume-Uni et des fonctions de soutien aux activités en Europe (investissements, recherche, etc.), et en créera une au Luxembourg pour ses activités européennes et suisses, qui aura des succursales à travers le territoire. Aujourd’hui la seule filiale d’AIG en Europe est celle au Royaume-Uni, AIG Europe Limited, qui dispose de diverses succursales sur le territoire. L’assureur a justifié le choix du Luxembourg en évoquant un « membre fondateur de l’UE, qui offre une localisation sûre dans une économie stable disposant d’un régulateur expérimenté et respecté, au cœur de l’Europe continentale et proche des principaux marchés d’AIG ».

Le PDG d’AIG, Peter Hancock, a par ailleurs annoncé sa démission, citant notamment les risques que peut causer « l’absence de soutien inconditionnel des actionnaires sur les progrès réalisés ». Les résultats d’AIG (4 trimestres sur les 6 derniers s’étaient conclus par des pertes) avaient été jugés décevants par les actionnaires, notamment les plus activistes parmi eux J. Paulson et C. Icahn, désormais conseiller économique de D. Trump à la Maison Blanche et qui s’est félicité de la décision sur Twitter. P. Hancock restera à son poste tant que son successeur n’aura pas été nommé.

 

La SEC renforce les exigences applicables aux fonds indiciels (ETF).

La Securities and Exchange Commission (SEC) a approuvé mercredi 7 mars une nouvelle règle relative aux fonds indiciels (Exchange Traded Funds, ETF), qui prévoit que les fonds ETF devront respecter de nouveaux critères de liquidité, ou à défaut être clôturés. Cette règle est la deuxième approuvée par la SEC sur un total de 3 propositions rédigées par les 3 principales plateformes d’échange des ETF. Un fonds indiciel actions devra par exemple suivre un indice disposant d’un minimum d’actions avec des seuils minimums de volume d’échanges et de capitalisation.

Ces règles visent notamment à éviter les abus de marché pour les ETF dont les actifs sous-jacents sont peu liquides. Elles ont été critiquées par certains gestionnaires d’actifs, mais aussi par certaines plateformes d’échange : un représentant du NYSE a ainsi indiqué que les nouvelles exigences impliquaient des coûts indus pour les gestionnaires d’actifs et auraient un impact négatif sur les investisseurs, sans leurs apporter de protections supplémentaires.

 

 

BREVES

*D. Nason, PDG de GE Energy et un des favoris pour le poste de Vice Chairman de la Fed en charge de la supervision, a retiré sa candidature. Il avait été très critiqué par les Républicains les plus conservateurs pour son rôle pendant la crise (il avait contribué au renflouement – bail out – des institutions en difficulté en 2008 en tant que Secrétaire au Trésor adjoint sous G.W Bush).

*L’audition au Sénat de J. Clayton, candidat pour succéder à M.J. White à la tête de la Securities and Exchanges Commission (SEC), a été annoncée pour le 23 mars.

*M. Mulvaney, directeur de l’Office of Management and Budget (OMB) de la Maison Blanche, a annoncé que la première version du budget du Président pour l’année fiscale 2018 sera rendue publique le mercredi 15 mars. Ce budget ne devrait concerner à ce stade que les grandes lignes et initier les débats devant aboutir d’ici le 30 septembre 2017 – il a été surnommé « skinny budget » par l’Administration

*La Chambre des Représentants a adopté une proposition de budget pour la défense sur l’année fiscale 2017. Cette proposition, qui prévoit 584 Mds USD de dépenses est la première des 12 lois budgétaires (appropriations) qui devront être adoptées avant le 28 avril. Si les 12 lois d’appropriation pour 2017 ne sont pas adoptées au 28 avril, le budget 2017 devra être prolongé en l’état par une Continuing Resolution.

*Selon une enquête de l’association Americans for Financial Reform, les banques et institutions financières ont dépensé plus de 2 Mds USD en lobbying (898 MUSD) et contributions aux campagnes (1,1 Md USD) au cours du dernier cycle électoral américain (années 2015-2016), soit une hausse d’environ 1/3 par rapport au précédent. Ces montants n’incluent pas les contributions aux organismes contribuant aux campagnes sans coordination formelle avec les candidats, qualifiées de « dark money » car l’identité des donateurs n’est généralement pas dévoilée.

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