Washington Wall Street Watch 2020-15

Washington Wall Street Watch 2020-15

Crédit photo : F. Jonkisz

Sommaire           

Conjoncture                                                                            
  • Environ 22 millions de personnes se sont inscrites au chômage en quatre semaines
  • Le Beige Book témoigne de l’impact de l’épidémie de Covid-19 sur l’activité économique
  • La production industrielle a connu en mars sa plus forte baisse depuis 1946
  • L’inflation a fléchi de manière prononcée en mars
  • Les ventes au détail enregistrent un recul de grande ampleur, notamment sur les biens d’équipement
Politiques macroéconomiques                                                                        
          L’exécution du plan de relance se poursuit, mais le programme de prêt aux petites entreprises est épuisé
         Les négociations sur un renforcement du programme de prêts aux petites entreprises achoppent
Régulation financière                                                                                        
  • Les résultats des banques sont en fort repli au premier trimestre 2020
  • L’association Libra publie une version moins ambitieuse de son projet de monnaie virtuelle
  • Les régulateurs bancaires simplifient l’origination de prêts immobiliers
  • Le Treasury et les régulateurs bancaires maintiennent les règles de lutte contre la criminalité financière
  • La SEC renforce le régime des chambres de compensation
  • La CFTC finalise deux règles et adopte trois propositions de règles
Brèves 

                                                                                                                                                            

Conjoncture                                                                                            

 

Environ 22 millions de personnes se sont inscrites au chômage en quatre semaines

Pour la semaine du 6 au 11 avril, le département du Travail annonce avoir recueilli 5,25 millions de nouvelles demandes d’allocations chômage, après 6,61 millions la semaine précédente et contre une moyenne hebdomadaire de 219 000 en 2019. En quatre semaines, près de 22 millions de personnes ont ainsi fait valoir leurs droits aux allocations chômage, soit 14,5 % de la population active qui occupait un emploi à la fin du mois de février.
Cette statistique reste, comme les précédentes, probablement sous-estimée, les agences chargées de l’assurance chômage dans chaque État fédéré continuant de faire face à un afflux de demandes très supérieur à leurs capacités.
 

Le Beige Book témoigne de l’impact de l’épidémie de Covid-19 sur l’activité économique

Le Beige Book de la Fed, publié le 15 avril et qui décrit l’évolution de l’activité économique dans les 12 districts des Fed régionales, indique que l’activité économique a connu une baisse « abrupte » en raison de l’épidémie de Covid-19 sur le territoire américain. L’ensemble des secteurs déplorent, sinon un arrêt total, au moins une forte baisse de leur activité, à l’exception de l’alimentation et de la production de biens médicaux. Les banques ont en outre été largement sollicitées par des demandes de prêts de la part des ménages (refinancement des prêts immobiliers) et des entreprises.
Les suspensions de contrats de travail, quelle que soit leur forme (licenciement, congé sans solde, etc.) sont généralisées. Dans ce contexte, les pressions sur les salaires et les prix sont nulles (cf. infra). Seul le secteur de l’alimentation signale de nouvelles embauches ainsi que des hausses de salaires à la faveur du surcroît d’activité.
 

La production industrielle a connu en mars sa plus forte baisse depuis 1946

L’indice de production industrielle américaine a reculé de 5,4 % en mars selon les données publiées par la Fed, soit la plus forte contraction mensuelle constatée depuis 1946. L’ensemble des catégories sont concernées par ce repli imputable à l’arrêt de l’activité consécutif à l’épidémie de Covid-19. La production de biens durables est de loin la plus affectée (-18,9 %), dans le sillage de la chute de la production automobile (-27,2 %).
Le taux d’utilisation des capacités recule de 77 % à 72,7 %, son plus faible niveau depuis avril 2010. 
 
 

L’inflation a fléchi de manière prononcée en mars

 
L’indice des prix à la consommation a reculé de 0,4 % en mars selon le Bureau of Labor Statistics, tiré vers le bas par l’effondrement des prix de l’énergie (-5,8 %), mais soutenu par la hausse des prix de l’alimentation (+0,3 %). Hors éléments volatils, l’inflation sous-jacente ressort à – 0,1 %, affectée notamment par la baisse des prix de l’habillement (-2 %, cf. infra).
Sur douze mois, l’inflation globale s’affaisse à 1,5 % (-0,8 point) et l’inflation sous-jacente marque le pas, à 2,1 % (-0,3 point).
 
 

Les ventes au détail enregistrent un recul de grande ampleur, notamment sur les biens d’équipement

Les ventes au détail ont baissé de 8,7 % en valeur au mois de mars, selon l’estimation préliminaire du département du Commerce, leur plus forte baisse depuis le début de la publication de la série statistique en 1992. Le résultat agrégé masque d’importantes disparités sectorielles, qui font apparaître un recul concentré sur un nombre limité de catégories : les ventes automobiles (- 25,6 %), l’ameublement (-26,8 %), la restauration (-26,5 %) et, surtout, l’habillement (-50,5 %), défavorisé de surcroît par une saison relativement douce. À l’inverse, les ventes alimentaires ont fortement progressé (+26%).

 


 

Politiques macroéconomiques       

 

L’exécution du plan de relance se poursuit, mais le programme de prêt aux petites entreprises est épuisé 

 
Au cours de la semaine du 13 avril, l’Internal Revenue Service (l’administration fiscale américaine) a entamé le versement du crédit d’impôt de 1200 $ par adulte et 500 $ par enfant prévu par le CARES Act pour les ménages éligibles.
 
Le 14 avril, le département du Trésor a par ailleurs annoncé avoir trouvé un accord avec les principales compagnies aériennes sur les modalités du soutien financier prévu par le plan de relance. Pour chaque compagnie, l’aide publique se partage entre 70 % de subventions et 30 % de prêts à long terme, qui ne seront pas effaçables par l’État fédéral. L’opération est conditionnée à un maintien de l’emploi et des salaires ainsi qu’à des exigences en matière de gouvernance d’entreprises (encadrement de la rémunération des cadres supérieurs, interdiction des rachats d’action, etc.). Certaines compagnies aériennes ont aussi fait part de leur intention de solliciter un soutien financier supplémentaire dans le cadre d’autres programmes du CARES Act.
 
Enfin, l’attribution de prêts aux petites entreprises dans le cadre du Paycheck Protection Program (PPP) s’est faite à un rythme élevé puisque la Small Business Administration (SBA) a annoncé le 16 avril avoir alloué la totalité des 350 Md USD prévus dans le plan de relance. Des données préliminaires publiées par la SBA montrent que les demandes de prêts s’élevaient en moyenne à 239 000 USD  par entreprise. La répartition géographique illustre la relative prévalence des États à forte densité industrielle tels que l’Illinois (5,2 % des prêts, 4,2 % du PIB), l’Ohio (4,2 %, contre 3,3 % du PIB) ou encore le Minnesota (3,1 %, contre 1,8 % du PIB).
L’épuisement imminent des fonds du PPP conduit de nombreux acteurs à demander des crédits supplémentaires pour le programme (cf. infra). Par ailleurs, la Fed a annoncé le 16 avril la finalisation de son mécanisme de soutien à la liquidité des établissements prenant part au PPP (Paycheck Protection Program Liquidity Facility). 
 
 
Les négociations sur un renforcement du programme de prêts aux petites entreprises achoppent
 
La perspective de l’épuisement des fonds dévolus au Paycheck Protection Program (cf. supra) avait conduit dès la semaine dernière l’administration à demander au Congrès des crédits supplémentaires pour répondre à la demande.
 
Cette requête continue toutefois de se heurter au refus des Démocrates, qui conditionnent leur accord à un nouveau soutien aux États fédérés. L’appui des Démocrates est d’autant plus nécessaire que le Congrès a repoussé la reprise des travaux parlementaires au 4 mai, ce qui laisse comme seule possibilité de procéder à des votes pro forma, lors desquels un texte ne peut être adopté qu’à l’unanimité.
 
Les parties espèrent parvenir à un accord au cours de la semaine du 20 avril, le PPP étant devenu inopérant, faute de fonds.
 

 

Régulation financière         

 

Les résultats des banques sont en fort repli au premier trimestre 2020

Les six plus grandes banques américaines par la taille du bilan (JP Morgan Chase, Bank of America, Wells Fargo, Citigroup, Goldman Sachs et Morgan Stanley) ont publié cette semaine leurs résultats du premier trimestre 2020.
En Md USD
JP Morgan
Bank of America
Wells Fargo
Produit net bancaire
29
(-0,4 %)
22,8
(-0,9 %)
17,7
(-18 %)
Résultat net
2,9
(-68 %)
4
(-45 %)
0,7
(-88 %)
 
En Md USD
Citi
Goldman Sachs
Morgan Stanley
Produit net bancaire
20,7
(-11 %)
8,8
(-)
9,5
(-8 %)
Résultat net
2,5
(-47 %)
1,2
(-45 %)
1,7
(-29 %)
 
 
 
 
 
 
Les pourcentages entre parenthèses représentent les variations enregistrées par rapport au T1 2019
Source : états financiers des banques américaines au T1 2020
Si les produits nets des banques se sont maintenus à des niveaux proches du T1 2019 grâce, entre autres, au dynamisme des activités de trading depuis le début de la crise, la forte baisse de leurs profits reflète les provisions pour pertes qu’elles ont passées (6,8 Md USD de provisions supplémentaires pour JPMorgan).

Les régulateurs bancaires simplifient l’origination de prêts immobiliers

Le 14 avril, les agences de régulation bancaire et financière – la Fed, la Federal Deposit Insurance Corporation (FDIC), l’Office of the Comptroller of the Currency (OCC), le Consumer Financial Protection Bureau (CFPB) et la National Credit Union Administration (NCUA) – ont annoncé un assouplissement temporaire des procédures d’octroi de prêts immobiliers afin de préserver l’accès à la propriété pour les particuliers et petites entreprises. La règle adoptée cible en particulier les formalités liées à l’évaluation (appraisal) des biens faisant l’objet d’un contrat de crédit, en accordant aux prêteurs un délai de 120 jours après la transaction pour effectuer ces vérifications.
Cette annonce intervient dans un contexte de fortes incertitudes sur le marché immobilier américain, marqué par le choc de liquidité subi par les entreprises spécialisées dans la collecte des prêts hypothécaires (servicers) en raison de reports massifs de paiements de mensualités. Plusieurs entreprises ont ainsi appelé à une intervention des agences fédérales, ce que Mark Calabria, le directeur de la Federal Housing Finance Association (FHFA), rejette pour l’heure, estimant que la crainte d’une déflagration sur le marché immobilier est infondée à ce stade.

L’association Libra publie une version moins ambitieuse de son projet de monnaie virtuelle

Le 16 avril, l’association Libra, qui supervise la mise en œuvre du projet éponyme de stablecoin lancé par Facebook en juin 2019, a publié une version modifiée de son livre blanc, six mois après les défections de plusieurs de ses partenaires clés (dont Visa, PayPal et Mastercard). L’association y insiste en particulier sur quatre aspects, qui entendent chacun répondre à des griefs exprimés par les régulateurs internationaux.
Premièrement, l’association renonce à la création d’une monnaie Libra adossée à un panier de plusieurs devises, telle que le prévoyait le projet initial, et annonce la création de plusieurs Libra adossés chacun à une devise unique (EUR, USD, GBP et SGD dans un premier temps). Un Libra « global » composite sera néanmoins créé à partir de ces Libra nationaux pour permettre aux utilisateurs d’effectuer des paiements entre différentes devises.
La deuxième nouveauté concerne les mesures mises en place pour lutter contre le risque d’utilisation du Libra à des fins criminelles. Le texte prévoit en particulier que des limites de transactions seront imposées aux entités non régulées (« unhosted wallets ») et qu’une unité d’intelligence financière dédiée (« Financial Intelligence Function ») sera constituée.
Troisièmement, l’association confirme que le Libra reposera à terme sur un réseau blockchain ouvert (« permissionless »), tout en précisant que l’association gardera une forme de contrôle sur la gouvernance du réseau grâce, entre autres, à la possibilité d’exclure un membre ayant porté atteinte à l’intégrité du système.
Enfin, le texte précise que chaque Libra en circulation sera adossé à une réserve d’actifs liquides au moins égale à sa valeur courante, et indique en sus qu’un coussin de fonds propres sera mis en place pour se prémunir en cas de choc.

Le Treasury et les agences de régulation bancaire maintiennent les règles de lutte contre la criminalité financière

Le 13 avril, le FinCEN, l’agence fédérale rattachée au Treasury chargée de la lutte contre la criminalité financière, a publié un document (guidance) précisant les règles de gouvernance appliquées aux prêts octroyés dans le cadre du Paycheck Protection Program (cf. supra). Cette guidance, qui n’exempte pas le PPP des règles de la FinCEN, clarifie notamment que les prêts accordés dans le cadre du programme par un établissement de crédit à des clients existants ne requièrent pas d’examen (Know Your Customer – KYC) supplémentaire.
Dans un autre document publié le 15 avril, les agences de régulation bancaire ont par ailleurs apporté certaines précisions visant à faciliter l’effort de conformité aux règles de lutte contre la criminalité financière pour les établissements de crédit.
Ces annonces font suite aux griefs exprimés par certaines banques américaines, qui jugent que les règles de lutte contre le blanchiment d’argent et le financement du terrorisme obèrent leur capacité à octroyer autant de prêts qu’elles le pourraient dans le cadre du PPP.

La SEC renforce le régime des chambres de compensation

Le 9 avril, la Securities and Exchange Commission (SEC), le régulateur des marchés boursiers, a annoncé l’élargissement du périmètre des chambres de compensation soumises à son cadre règlementaire renforcé qui, depuis son entrée en vigueur en 2016, ne s’appliquait qu’aux entités considérées comme les plus risquées.
La nouvelle définition adoptée par la SEC pour les agences concernées (« covered clearing agency ») inclut désormais toute agence enregistrée en tant que chambre de compensation (central counterparty – CCP) ou agence dépositaire (central securities depository – CSD).
La SEC estime que ces amendements devraient avoir pour effet d’inclure l’Intercontinental Exchange (ICE) dans liste des entités auxquelles s’applique ce cadre renforcé qui impose, entre autres, la constitution de réserves de capital et de liquidités supplémentaires et la préparation de plans de récupération (recovery plans).

La CFTC finalise deux règles et adopte trois propositions de règles

La Commodity Futures Trading Commission (CFTC), le régulateur des marchés dérivés, a annoncé le 14 avril l’adoption à l’unanimité de trois propositions de règles, qui feront l’objet de périodes de commentaires publics de 60 à 90 jours, et la finalisation de deux règles.
La première proposition met à jour le traitement règlementaire des procédures de faillites de brokers en matières premières. Elle encourage, entre autres, le transfert vers des brokers solvables des positions ouvertes au moment de la faillite et facilite l’intervention des liquidateurs judiciaires (bankruptcytrustees).
La deuxième proposition précise la liste des institutions financières de petite taille et des entités souveraines (telles que les banques centrales) exemptées des exigences de compensation de swaps, pour en exclure notamment les gouvernements locaux étrangers (États, régions, provinces et municipalités).
La troisième proposition de règle allège plusieurs aspects du formulaire CPO-PQR, un mécanisme de collecte des données des fonds spécialisés en matières premières (Commodity Pool Operator – CPO) introduit en 2012.
L’une des deux règles finalisées confirme l’exemption des exigences de marge pour les contrats de swaps passés avec le Mécanisme européen de stabilité (MES) qui ne sont pas compensés par une contrepartie centrale, et la seconde rétablit une définition relative à la protection des consommateurs supprimée par erreur en 2011.

 

Brèves

 

Ø  Le 13 avril, la Fed de New York a annoncé qu’elle réduisait le rythme de ses opérations de refinancement sur le marché interbancaire. Elle ne conduira désormais qu’une unique opération quotidienne de refinancement au jour le jour et deux opérations à terme par semaine, de maturités 1 et 3 mois.  Cette décision est motivée par la résorption progressive des tensions apparues mi-mars sur le marché interbancaire.
 
Ø  Le Congressional Budget Office et le Joint Committee on Taxation (organes d’évaluation des lois rattachés au Congrès) évaluent le coût du récent plan de relance budgétaire (CARES Act) à 1 800 Md USD (environ 8,1 % du PIB) sur une période de dix ans. Ils estiment que le coût final sera inférieur au total des fonds mobilisés (environ 2 200 Md USD), notamment parce que les prêts alloués par l’État fédéral ou via la Fed seront in fine remboursés. Les deux organismes soulignent toutefois la très forte incertitude de ces estimations, eu égard à une situation économique inédite.
 
Ø  Le 9 avril, Elizabeth Warren, Sherrod Brown et Brian Schatz, trois élus démocrates membres de la commission bancaire du Sénat, ont enjoint Jay Powell, le président de la Fed, à interdire temporairement les distributions de dividendes et les rachats d’actions pour les grandes banques américaines. J. Powell avait déclaré la veille qu’il n’était pas favorable à une suspension des versements de dividendes, estimant que les banques étaient pour l’heure suffisamment capitalisées. Le 16 avril, Neel Kashkari, le président de la Fed de Minneapolis, qui avait participé en 2008 à l’élaboration du plan de soutien au secteur financier (Troubled Asset Relief Program – TARP), a à son tour appelé dans une tribune à la cessation de la distribution de capital par les grandes banques américaines.
 
Ø  À l’occasion d’une conférence en ligne organisée le 10 avril par l’université de l’Utah, Randal Quarles, le vice-président de la Fed chargé de la supervision, a indiqué que la Fed évaluerait la résilience des banques au choc actuel de la pandémie dans le cadre des tests de résistance (stress tests) annuels.
 
Ø  Le 14 avril, Maxine Waters, Carolyn Maloney et Raja Krishnamoorthi, trois élus démocrates de la Chambre des représentants, ont enjoint  Jelena McWilliams, la présidente de la FDIC, à leur rendre compte de la préparation de l’agence à un scénario de crise affectant les banques dont elle assure la supervision. Leur courrier fait en particulier référence à un rapport publié la semaine dernière par l’inspecteur général de la FDIC et faisant état de plusieurs faiblesses identifiées avant le début de la crise.
 

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