Washington Wall Street Watch 2020-12

Washington Wall Street Watch 2020-12

Crédit photo : F. Jonkisz

Sommaire

Conjoncture                                                                            
         Les inscriptions au chômage sont multipliées par 11 en une semaine, un flux encore sous-estimé
Politique monétaire                                                                                           
         La Fed annonce de nouvelles mesures de grande ampleur pour soutenir le financement de l’économie
Politique budgétaire                                                                                         
         Le Congrès adopte un plan de relance budgétaire
         Le plan de relance budgétaire tente de maintenir une continuité du revenu des ménages
         De multiples mesures sont aussi prévues afin de soutenir les entreprises de toutes tailles
         Le Congrès augmente en outre les dépenses discrétionnaires et apporte un soutien aux États fédérés
Régulation financière                                                                                       
         La Fed fait de la lutte contre l’épidémie la priorité de son action de supervision et accentue, aux côtés des autres agences de régulation bancaire, son soutien à l’activité de crédit des banques
         La Federal  Housing Finance Agency accorde des moratoires sur le paiement des loyers et crédits immobiliers
Brèves   

                                                                                                                                                          

Conjoncture         

                                                                                   

Les inscriptions au chômage sont multipliées par 11 en une semaine, un flux encore sous-estimé

Le département du Travail a recensé 3,28 millions nouvelles demandes d’allocations chômage, pour la semaine du 16 au 21 mars, contre 281 000 pour la semaine précédente. Sur la base des premiers constats communiqués par les États fédérés, le département du Travail indique que la restauration, l’hôtellerie et l’industrie sont les secteurs les plus affectés.
Cette augmentation, très nettement supérieure au consensus des analystes (1 million), est sans commune mesure dans la création de cette série statistique puisque le précédent pic, atteint en 1982, était de 695 000. Elle reste pourtant sous-estimée : de nombreux témoignages relayés par la presse font état de la saturation des différents canaux d’inscription (internet, téléphone) et une partie des agences publiques chargées de la gestion de l’assurance chômage sont fermées. Enfin, certaines pertes d’activité (indépendants, temps partiel) n’ouvrent pas le droit à la perception d’allocations chômage et ne sont donc pas comptabilisées.
 

 

Politique monétaire     

                                                               

La Fed annonce de nouvelles mesures de grande ampleur pour soutenir le financement de l’économie

Dans le cadre d’une nouvelle réunion d’urgence le lundi 23 mars, la Federal Reserve a annoncé une série de mesures visant à renforcer son appui au financement de l’économie.
La Fed va poursuivre son programme de rachats d’actifs sans limite de montant, s’affranchissant de l’enveloppe de 700 Md USD annoncée le 15 mars pour ses achats de Treasuries et de créances immobilières titrisées (morgage-backed securitites – MBS). De plus, l’univers des achats d’actifs est étendu aux commercial morgage-backed securitites (créances titrisées portant sur l’immobilier commercial, d’entreprise et les complexes immobiliers).
La Fed déploie par ailleurs trois nouveaux instruments pour faciliter l’accès au crédit des entreprises et des ménages, pour un montant total de 300 Md USD divisés à parts égales.
·         La Fed pourra acheter de la dette sur le marché primaire dans le cadre de prêts-relais (Primary Market Corporate Credit Facility). Ce dispositif est ouvert aux entreprises notées au minimum BBB- (investment grade), pour des émissions et des prêts et d’une maturité d’au maximum 4 ans.
·         La Fed pourra également acquérir de la dette obligataire d’entreprises sur le marché secondaire, sous forme de titres individuels ou de parts de fonds indiciels (ETF – exchange traded funds) investis sur ces titres (Secondary Market Corporate Credit Facility). Ce programme sera également réservé aux émetteurs de la catégorie investment grade.
·         La Fed réactive aussi un mécanisme de soutien au marché des créances titrisées (Term Asset-Backed Securities Loan Facility), hérité de la crise de 2008, qui lui permet de prêter aux institutions financières qui acquerront des créances non immobilières titrisées (asset-backed securities­ – ABS) sur le marché primaire. Le programme admet un vaste ensemble de collatéraux (prêts automobiles, dette étudiante, prêts usuels liés aux cartes de crédit, etc.).
Ces dispositifs, comme ceux annoncés par la Fed ces derniers jours, sont autorisés par les pouvoirs accordés à la Fed en cas d’urgence et bénéficient d’un appui financier du Trésor, qui abonde chaque fonds commun de créances à hauteur de 10 Md USD issus de l’Exchange Stabilization Fund.
Enfin, la Fed aménage ses programmes d’achat de billets de trésorerie sur le marché primaire (Commercial Paper Funding Facility) et de soutien au marché monétaire (Money Market Mutual Fund Liquidity Facility) afin qu’ils couvrent le marché des obligations de court terme émises par les collectivités territoriales (municipal bonds).
 

 

Politique budgétaire                                                         

 

Le Congrès est sur le point d’adopter un plan de relance de plus de 2 200 Md USD

Le Sénat, la Chambre des Représentants et l’administration sont parvenus à un accord portant sur un troisième paquet législatif (cf. infra) actant un stimulus budgétaire de 2 200 Md USD, doit 10 % du PIB des États-Unis. Le Sénat a déjà adopté le texte à l’unanimité le 25 mars et la chambre basse a prévu de l’imiter le  27 mars ; Donald Trump a annoncé qu’il promulguerait la loi dans la foulée.
Les travaux du Congrès seront suspendus jusqu’au 20 avril une fois le texte adopté. Le débat parlementaire se focalise désormais sur la nécessité d’une quatrième loi en réponse à la crise sanitaire et économique.
 

Le plan de relance budgétaire tente de maintenir une continuité du revenu des ménages

L’État fédéral va soutenir financièrement les ménages par un transfert monétaire direct d’un montant de 1 200 $ par contribuable (2 400 $ pour les couples mariés) et augmenté de 500 $ par enfant. Le montant de cette aide sera progressivement réduite pour les revenus bruts excédant 75 000 $ (150 000 $ pour les couples) et devient nul au-delà de 99 000 $ (198 000 $ pour les couples). Certains observateurs doutent toutefois de la capacité de l’administration fiscale à verser les fonds dans de brefs délais, en raison notamment des difficultés opérationnelles induites par le confinement de nombreux agents et les retours d’expérience mitigés d’une mesure similaire en 2008.
Le plan de relance complète, pour quatre mois, le système d’assurance chômage, dont le financement, la gestion et les modalités relèvent normalement des États fédérés. L’État fédéral va accorder 600 $ d’allocation chômage en plus du montant de base hebdomadaire versé par les États fédérés, chaque collectivité ayant un taux de remplacement et un plafond différents. Toujours à la charge de l’État fédéral, l’assurance chômage est étendue aux travailleurs indépendants et à l’ensemble des travailleurs à temps partiel jusqu’à la fin de l’année 2020, à hauteur de la moitié du pilier pris en charge par les États additionnée du complément de 600 $.
Le plan de relance inclut enfin d’autres mesures devant soulager les finances des ménages : (i) le report de l’acquittement de l’impôt sur le revenu au 15 juillet (au lieu du 15 avril), (ii) la facilitation des retraits  de plans d’épargne retraite, soumis à une pénalité en temps normal, et (iii) la suspension du remboursement des prêts étudiants pour une période de six mois.
 

De multiples mesures sont aussi prévues afin de soutenir les entreprises de toutes tailles

L’État fédéral va prêter 46 Md USD au secteur du transport aérien, pour une durée maximale de 5 ans. Ce total sera ventilé entre le transport de passagers (25 Md USD), celui de marchandises (4 Md USD) et des entreprises jugées « critiques pour le maintien de la sécurité nationale ». Des restrictions sont associées à ces prêts (interdiction des rachats d’actions, limitation des hausses de salaire des cadres, garantie de maintien de l’emploi). De surcroît, l’État fédéral va verser 32 Md USD de subventions aux compagnies aériennes afin de maintenir les salaires et prestations sociales (en particulier l’assurance santé) de leurs salariés le temps de la crise.
La Small Business Administration, l’agence chargée de promouvoir et soutenir les petites entreprises, va quant à elle pouvoir apporter des garanties d’emprunt aux entreprises de moins de 500 salariés, à hauteur 300 Md USD. Les conditions d’éligibilité aux prêts seront assouplies (taille maximale, procédure simplifiée, frais réduits). Cette mesure doit servir à couvrir les dépenses courantes de ces entreprises, en particulier le maintien en emploi des salariés.
Des allègements fiscaux seront également mis en œuvre pour soulager les trésoreries des entreprises : (i) l’acquittement des cotisations sociales patronales pourra être repoussé jusqu’au 31 décembre 2022, (ii) le plafond du crédit d’impôt au titre des intérêts d’emprunt sera relevé de 30 % à 50 % de l’EBITDA, (iii) la déductibilité des pertes sur les exercices fiscaux précédents (net operating losses carryback) sera rétablie.
Enfin, l’État fédéral apportera 425 Md USD de garanties à la Fed pour constituer un véhicule de prêt à l’économie géré par elle, le Main Street Business Lending Program, à l’image des mécanismes de soutien au système financier déjà mis en œuvre par la Fed (cf. supra). Grâce à l’effet de levier, la Fed pourrait ainsi prêter jusqu’à 4 000 Md USD (18 % du PIB américain).
 

Le Congrès augmente en outre les dépenses discrétionnaires et apporte un soutien aux États fédérés

Une loi de finances rectificative augmente les dépenses discrétionnaires de 339 Md USD (1,5 % du PIB). Le système de santé bénéficie sans surprise d’une part importante des crédits débloqués (140,4 Md USD), avec trois postes importants : les hôpitaux (100 Md USD), le stock stratégique de matériel médical (16 Md USD) et la recherche contre le COVID-19 (11 Md). L’agence traitant les situations d’urgence (45 Md USD), les infrastructures de transports (36 Md USD) et les coupons alimentaires (25 Md USD) sont les trois principaux autres postes de nouvelles dépenses.
Une dotation de 150 Md USD est enfin accordée aux États fédérés et aux collectivités territoriales. Leurs finances publiques sont en effet sous tension en raison de la hausse des dépenses de santé, dont elles ont pour partie la charge, concomitante à une baisse de leurs ressources propres (taxe sur les ventes, taxe hôtelière, complément d’impôt sur le revenu ou de cotisations sociales, etc.) liée à l’arrêt de l’activité. La contrainte d’équilibre budgétaire qui leur est imposée les aurait, sans cela, conduites à réduire drastiquement leurs dépenses en période de récession.
 

 

Régulation financière                                                     

 

La Fed fait de la lutte contre l’épidémie la priorité de son action de supervision…

Dans un communiqué publié le 24 mars, la Fed a détaillé plusieurs ajustements qu’elle juge nécessaires pour permettre aux institutions bancaires et financières de poursuivre leur capacité de financement de l’économie.
Les cinq priorités d’actions présentées sont (i) la simplification des opérations de restructuration de dette, telles que les rééchelonnements de remboursement ou l’annulation de frais (« waivers ») pour les emprunteurs touchés par la crise, (ii) un suivi (« monitoring ») renforcé des conséquences de la crise sur la stabilité du système financier, (iii) la réduction et l’allègement temporaires des procédures de contrôle, (iv) un prolongement de 90 jours du délai pour répondre à une alerte du superviseur (« supervisory finding »), et (v) un effort de communication et de transparence accru pendant toute la durée de la crise.
 

… et accentue, aux côtés des autres agences de régulation bancaire, son soutien à l’activité de crédit des banques

Au cours des derniers jours, les agences de régulation bancaire ont déployé une série de dispositifs provisoires de soutien aux établissements bancaires et financiers afin de permettre à ces derniers de préserver leurs activités de crédit.
Le 23 mars, les agences de régulation bancaire ont annoncé que la définition allégée de l’Eligible retained income (ERI), introduite le 17 mars pour encourager les banques d’utiliser leurs coussins de fonds propres et de liquidité pour prêter à l’économie, serait également appliquée pour la Total Loss Absorbing Capacity (TLAC). Pour mémoire, le montant maximal qu’une banque peut distribuer sous forme de dividendes est fonction de l’ERI si ses ratios réglementaires descendent en deçà de certains seuils.
Le 26 mars, la Fed a indiqué qu’elle accordait aux plus petits établissements bancaires (de taille de bilan inférieure à 5 Md USD) un délai supplémentaire de 30 jours pour transmettre leurs comptes consolidés, théoriquement dus le 31 mars 2020.
Le 26 mars, les régulateurs bancaires ont par ailleurs enjoint aux établissements de crédit de proposer des crédits à la consommation de faibles montants (« small-dollar loans ») afin d’aider les PME et les particuliers touchés par la crise.
Ces différentes annonces ont préfiguré des mesures plus substantielles incluses dans le projet de troisième plan de relance de l’économie américaine (CARES Act, voir supra), qui comporte notamment une disposition (section 4014) repoussant au 31 décembre 2020 l’obligation pour les banques d’appliquer la nouvelle norme comptable de comptabilisation des pertes, la Current Expected Credit Losses (CECL) et un abaissement à 8 % (au lieu de 9 %) de l’exigence de ratio de levier pour les petites banques (community banks). 
 

La Federal  Housing Finance Agency accorde des moratoires sur le paiement des loyers et crédits immobiliers

Entre les 18 et 24 mars, la Federal Housing Finance Agency (FHFA), a annoncé une série de mesures destinées à soulager les foyers incapables de payer leurs loyers et crédits immobiliers en raison de la pandémie.
Des moratoires ont ainsi été accordés sur les crédits hypothécaires titrisés par les entreprises parapubliques (government-sponsored entreprises, GSE) Fannie Mae et Freddie Mac. Ces crédits ne pourront faire l’objet d’une procédure de saisie (foreclosure) pour une période de 60 jours à compter du 18 mars et bénéficieront d’une période de grâce (forebearance) pouvant aller jusqu’à 360 jours (ou jusqu’à 90 jours dans le cas des logements collectifs). En sus, les propriétaires de logements financés par ces crédits ne pourront, pour une durée de 120 jours à partir de l’entrée en vigueur du texte, engager de poursuite judiciaire pour expulser ou pénaliser un locataire manquant au paiement de son loyer.
Un moratoire plus large, ciblant pour 90 jours tous types de crédits immobiliers, a en parallèle été décidé le 24 mars par l’État de New York.
Enfin, la  FHFA a annoncé qu’elle  autoriserait les GSE à mener des opérations de pension livrée (dollar roll transactions) avec les investisseurs en crédits hypothécaires afin de soutenir la liquidité sur le marché secondaire du crédit immobilier. 

 


 

Brèves                                                                                                 

 

Ø  Le comité de stabilité financière (Financial Stability Oversight Council, FSOC) s’est réuni le 26 mars pour une réunion consacrée aux répercussions économiques et financières de la pandémie. Le secrétaire au Trésor, S. Mnuchin, a annoncé à l’issue de la réunion la création d’un groupe de travail (task force) pour surveiller la liquidité du marché des crédits immobiliers et en particulier les acteurs non bancaires de ce marché. Le FSOC aurait par ailleurs écarté une fermeture des marchés boursiers américains, n’envisageant au plus qu’une modification des horaires des séances.
 
Ø  Le 25 mars, la Securities and Exchange Commission (SEC), le régulateur des marchés boursiers, a annoncé de nouvelles exemptions temporaires à certaines de ses règles, prolongeant en particulier le délai de 45 jours accordé aux sociétés cotées pour remplir leurs exigences de reporting. Le 20 mars, la Commodity Futures Trading Commission (CFTC), le régulateur des marchés dérivés, a quant à elle annoncé un allègement de son cadre règlementaire pour plusieurs établissements (dont une grande banque américaine, non citée) ayant un rôle clé dans le financement du secteur énergétique (pétrole et gaz) américain.
 
Ø  Le 24 mars, la Fed a annoncé qu’elle repoussait de 6 mois l’entrée en vigueur, initialement prévue le 1er avril 2020, d’une règle relative à l’accès des banques non-américaines (foreign banking organizations, FBO) à sa liquidité journalière (intraday credit). Cette règle doit notamment supprimer certains critères qu’utilise la Fed pour déterminer les autorisations de crédit pour chaque FBO.

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