Washington Wall Street Watch 2020-10

Washington Wall Street Watch 2020-10

Crédit photo : F. Jonkisz

Sommaire                                                     

Conjoncture
         Les marchés financiers sont fortement affectés par les inquiétudes liées à l’épidémie de COVID-19
Politiques macroéconomiques                                                                       
         La Fed augmente très fortement ses interventions sur le marché interbancaire
         La Fed pourrait également baisser ses taux d’intérêt à l’issue de sa réunion des 17 et 18 mars
         L’administration et le Congrès restent partagés sur la nature du soutien budgétaire à déployer
Régulation financière                                                                                       
         Le Congrès et l’exécutif appellent les établissements financiers à la solidarité face au coronavirus
         Les régulateurs demandent au secteur financier de se préparer à une aggravation de l’épidémie
Brèves

 

Conjoncture

 
Les marchés financiers sont fortement affectés par les inquiétudes liées à l’épidémie de COVID-19
Les principaux indices boursiers américains ont lourdement reculé ces derniers jours (-16,5 % pour le S&P 500 entre le 6 et le 12 mars, -18 % pour le Dow Jones et – 16 % pour le Nasdaq) dans le sillage de la diffusion de l’épidémie de COVID-19 et de la baisse des prix du pétrole. Le creusement des pertes des marchés actions porte leur recul depuis mi-février, point haut de l’année 2020, à environ 30 %. Ce marché baissier s’accompagne d’une nouvelle  progression de la volatilité : à 75,47 %, l’indice VIX atteint son plus haut niveau depuis l’acmé de la crise financière en 2008.
Évolution des marchés actions depuis le 1er janvier
Source : Thomson Reuters
L’aversion au risque exacerbée se traduit en outre par un repli vers les obligations d’État et une baisse des taux d’intérêt : le taux à 10 ans s’établit 0,82 % le 12 mars (-138 points de base depuis le 1er janvier) et a atteint le 9 mars un point bas historique de 0,54 %.
À l’inverse, les primes de risque des obligations d’entreprises essuient une augmentation brutale (+102 points de base pour le segment investment grade, +260 points de base pour la catégorie spéculative high yield). De nombreux observateurs ont constaté également une détérioration rapide et significative de la liquidité sur tous les compartiments du marché obligataire.
Évolution de la courbe des taux d’intérêt
Source : Thomson Reuters

 


 

Politiques macroéconomiques   

 
La Fed augmente très fortement ses interventions sur le marché interbancaire
La volatilité des marchés financiers et les incertitudes opérationnelles associées à la diffusion de l’épidémie de COVID-19 ont généré un surcroît de demande de liquidité sur le marché interbancaire de la part des établissements financiers. Ce déséquilibre s’est traduit par une augmentation de l’écart entre le taux des opérations de repo et le taux effectif des fed funds comme de celui entre le taux interbancaire à trois mois (Libor) et le swap de même maturité indexé sur les taux au jour le jour (overnight indexed swap), deux indicateurs reflétant la santé du marché interbancaire.
Primes de risque du marché interbancaire (exprimées en points de base)
Source : Thomson Reuters
Afin d’éviter un blocage du financement de l’économie, la Fed a intensifié ses interventions sur le marché interbancaire.
En premier lieu, leur volume a été augmenté à deux reprises (lundi 9 et mercredi 11 mars) pour le porter de 100 à 175 Md USD pour les opérations quotidiennes de refinancement au jour le jour et 20 à 45 Md USD pour celles de maturité 15 jours, organisées trois fois par semaine. La Fed a complété son dispositif par trois nouvelles opérations à terme par semaine, assorties d’une maturité d’un mois et pour un montant de 50 Md USD.
Dans un second temps, constatant que ses opérations de refinancement restaient largement sursouscrites, la Fed a mis en place deux nouvelles opérations de 500 Md USD de maturité 1 et 3 mois, pour un montant total de 1000 Md USD. Ces opérations seront renouvelées au moins jusqu’à la fin du mois de mars.
 
La Fed pourrait également baisser ses taux d’intérêt à l’issue de sa réunion des 17 et 18 mars
La réunion du comité de politique monétaire de la Fed (FOMC) des 17 et 18 mars devrait se conclure sur une nouvelle baisse des taux d’intérêt, après celle actée en urgence le 3 mars.
Au cours de la conférence de presse suivant cette décision, J. Powell avait indiqué que la Fed se tenait prête à soutenir l’économie face à l’évolution de l’épidémie et à la dégradation qu’elle induit pour les perspectives économiques. Cette position a ensuite été relayée par les autres responsables de la Fed (notamment J. Williams, J. Bullard et R. Kaplan) entre le 3 mars et le début la période de silence (blackout period), le 10 mars.
Si les marchés sont certains de l’assouplissement de la politique monétaire, ils restent partagés sur son ampleur : selon les contrats futures fed funds, environ 65 % des investisseurs privilégient une baisse de 100 points de base, qui ramènerait les taux directeurs à [0 % ; 0,25 %], tandis que 35 % envisagent un ajustement limité à 75 points de base.
 
L’administration et le Congrès restent partagés sur la nature du soutien budgétaire à déployer
Dans le cadre d’une allocution télévisée, D. Trump a annoncé une série de mesures pour soutenir l’activité au cours du pic de l’épidémie : (i) le report de l’acquittement du paiement de l’impôt sur les ménages et les sociétés, prévu pour le 15 avril, ce qui libérera environ 60 Md USD (0,25 % du PIB) de trésorerie pour les entreprises et 315 Md USD (1,5 % du PIB) pour les ménages ; (ii) des prêts aux petites et moyennes entreprises au travers de la Small Business Administration (SBA), sans que les modalités de cette mesure ne soit détaillées ; et (iii) la mise en place de congés maladie indemnisés, même si le degré de liberté de l’exécutif en la matière est hautement incertain. Il a également enjoint le Congrès à appuyer cet effort au moyen d’une augmentation de 50 Md USD des crédits de la SBA et en adoptant une baisse temporaire des cotisations sociales, sans en préciser davantage les contours.
Les leaders Démocrates du Congrès ont repoussé cette proposition, la considérant insuffisante, et ont présenté leur propre projet. Celui-ci comprend : (i) un renforcement des programmes d’assistance alimentaire, en particulier pour les enfants et les personnes âgées ; (ii) environ 1 Md USD de crédits supplémentaires à destination des États fédérés pour compléter le financement de l’assurance chômage ; (iii) l’instauration de congés maladie indemnisés à hauteur de deux tiers du salaire pour les personnes affectées par l’épidémie, en quarantaine ou accaparées par des personnes à charge, (iv) la prise en charge du coût des tests de dépistages par Medicare (assurance santé publique des plus de 65 ans) et les assureurs privés.
Cette contre-proposition n’a pas trouvé d’écho parmi les Républiques et les différentes parties ne parviennent pas encore à s’entendre sur les mesures à adopter. Nancy Pelosi, Speaker de la Chambre des Représentants, et Steven Mnuchin, secrétaire au Trésor, mènent les négociations. Pour favoriser l’adoption rapide d’un texte, le Congrès a annulé ses vacances parlementaires prévues à l’occasion des célébrations de la Saint Patrick. 
 

 

Régulation financière                                                     

Le Congrès et l’exécutif appellent les établissements financiers à la solidarité face au coronavirus

Le 9 mars, à l’initiative du sénateur démocrate Mark Warner, plusieurs membres de la commission bancaire du Sénat ont demandé aux agences de régulation financière et aux organismes représentant les intérêts du secteur financier d’ériger en priorité de leurs plans de continuité d’activité la santé, la sécurité et la sauvegarde des intérêts économiques de leurs clients et de leurs employés. En particulier, les sénateurs pressent les établissements financiers de renoncer provisoirement à toute forme de sanctions financières (agios) à l’égard de leurs clients affectés par l’épidémie.
Le Président et le Vice-Président américains ont réuni les représentants des plus grandes sociétés d’assurance-santé le 10 mars et ceux du secteur bancaire le 11. Les assureurs se sont engagés à ne pas facturer à leurs assurés (copayment) les tests de dépistage du coronavirus et à étendre la couverture du traitement. Ils ont également promis de couvrir les frais de consultation à distance (télémédecine) des assurés. Les banques ont quant à elles souligné la solidité de leurs fonds propres et promis de soutenir l’économie, notamment par le financement des entreprises. L’administratrice de la Small Business Administration (SBA), un organisme fédéral qui octroie des prêts aux petites et moyennes entreprises, a mentionné sa force de frappe financière (18 Md USD) pour soutenir les PME.
 

Les agences de régulation demandent au secteur financier de se préparer à une aggravation de l’épidémie

Le 6 mars, le Federal Financial Institutions Examination Council (FFIEC), qui réunit les cinq agences fédérales de régulation bancaire, dont la Fed, a adressé aux banques des recommandations pour assurer la continuité des services financiers face à l’épidémie de coronavirus. Le document souligne notamment l’importance que les plans de continuité de l’activité de chaque banque contiennent un volet préventif et un plan d’action évolutif et adapté à sa taille et à la nature de ses activités financières.
Le 9 mars, plusieurs régulateurs du secteur financier, dont la Fed, ont publié un communiqué appelant les établissements de crédit à soutenir leurs clients atteints du coronavirus. Prenant également note des conséquences opérationnelles de l’épidémie sur ces établissements, les régulateurs leur promettent un accompagnement réglementaire adapté à la situation (appropriate regulatory assistance).
Enfin, le 9 mars, la Financial Industry Regulatory Authority (FINRA), l’organisme d’autorégulation des courtiers en produits financiers, a encouragé ses membres à recourir au télétravail.
 

Brèves                                                                                                 

Ø Le 12 mars, les principales agences de régulation financière ont publié un communiqué qui appelle les établissements de crédit à accompagner les besoins financiers des victimes des tornades qui ont frappé l’État du Tennessee début mars. Les agences s’engagent par ailleurs à traiter avec bienveillance les difficultés que rencontreraient les établissements eux-mêmes affectés par ces tornades pour respecter leurs obligations règlementaires. 
 
Ø Le 6 mars, la Fed et la Federal Deposit Insurance Corporation (FDIC) ont publié le cahier des charges des prochains plans de résolution (living wills) que les plus grandes banques non-américaines devront leur soumettre. Par rapport à l’exercice précédent, les principaux changements portent sur la documentation de leurs activités de marché et de règlement-livraison. Les établissements concernés sont les filiales américaines de Barclays, Crédit Suisse et Deutsche Bank, les régulateurs ayant décidé le même jour de retirer UBS de cette catégorie.
 
Ø Le 11 mars, la Securities and Exchange Commission (SEC), le régulateur des marchés boursiers, a adopté une règle qui modifie les exigences d’informations publiques relatives aux produits d’assurance-vie. La SEC dit vouloir ainsi rendre plus intelligibles les informations fournies aux investisseurs.
 
Ø Le 24 février 2020, un élu républicain de la Chambre des Représentants, Paul Gosar, a déposé une proposition de loi qui vise à clarifier le statut des crypto-actifs. Il propose de définir trois catégories de crypto-actifs : (i) les crypto-commodities, qui serait régulées par la CFTC, le régulateurs des marchés de dérivés, (ii) les crypto-monnaies, régulées par le FinCEN, qui serait par ailleurs chargé d’auditer les stablecoins adossées au dollar, et l’Office of the Comptroller of the Currency (OCC), et (iii) les titres financiers digitaux (cryptosecurities), régulés par la SEC.
 
Ø Le 6 mars, le CFPB a soumis au Congrès une proposition de texte de loi pour permettre à l’agence de rémunérer ses informateurs (whistleblowers), sur le modèle des pratiques existantes à la SEC et à la CFTC.
 
Ø Le 6 mars, des associations bancaires ont adressé un courrier à la commission bancaire du Sénat pour soutenir la proposition de loi dite SAFE Banking Act qui autoriserait les banques à financer l’économie du cannabis dans les 33 États où sa consommation est aujourd’hui légale.
 
Ø Le 9 mars, la banque Wells Fargo a annoncé la démission de la présidente de son conseil d’administration. Elizabeth Duke avait été nommée en 2017 après le scandale des faux comptes bancaires ouverts par la banque à l’insu de ses clients. 
 
Ø Le 9 mars, le Consumer Financial Protection Bureau (CFPB) a déposé une plainte contre la banque régionale Fifth Third Bank, qu’elle soupçonne d’avoir ouvert de faux comptes depuis au moins trois ans.
 

COMMENTS

WORDPRESS: 0
DISQUS: 0