Washington Wall Street Watch 2020-09

Washington Wall Street Watch 2020-09

Crédit photo : F. Jonkisz

Sommaire

Conjoncture                                                                            

-Le Treasury renonce à lancer un programme d’émission de dette d’une maturité de 50 ans

-Le Beige Book relate les premiers effets de l’épidémie de coronavirus sur l’activité économique

Politiques macroéconomiques                                                                       

-La Fed baisse ses taux d’intérêt en urgence pour soutenir l’activité face à l’épidémie de coronavirus

-Le Congrès débloque des crédits budgétaires pour faire face à l’épidémie de coronavirus

-La Cour suprême va examiner la procédure en inconstitutionnalité contre Obamacare

-Deux études de la Fed tentent d’identifier l’origine des tensions sur le marché interbancaire

Régulation financière                                                                                       

-La Fed instaure un nouveau coussin de fonds propres bancaires, le stress capital buffer (SCB)

Brèves    

 


                                                                                                                                                         

Conjoncture                                                                                           

 

Le Treasury renonce à lancer un programme d’émission de dette d’une maturité de 50 ans

Interrogé le 3 mars sur la politique d’émission de dette de l’État fédéral dans le cadre des auditions au Congrès relatives à la préparation du budget de l’exercice fiscal 2021, le secrétaire au Trésor, Steven Mnuchin, a indiqué avoir renoncé à lancer un programme d’émission à 50 ans. Il a expliqué ce choix par une demande insuffisante de la part des investisseurs.

Le secrétaire au Trésor a toutefois expliqué que l’exécutif pourrait reconsidérer l’opportunité de programmes d’émission à 50 ans, voire à 100 ans, en cas d’intérêt de la part des investisseurs.

 

Le Beige Book relate les premiers effets de l’épidémie de coronavirus sur l’activité

Le nouveau Beige Book de la Federal Reserve, publié le 4 mars et qui décrit l’évolution de l’activité économique dans les 12 districts des Fed régionales, indique que l’économie américaine a continué de croître à un rythme modeste entre mi-janvier et fin février grâce à une consommation en hausse. Cependant, le secteur du tourisme a été pénalisé par l’épidémie de coronavirus tandis qu’une partie des entreprises déplorent des difficultés d’approvisionnement en Chine qui freinent leur activité. L’épidémie renforce également les incertitudes quant aux perspectives d’activité.

L’emploi a progressé à un rythme modéré. Des goulots d’étranglement, conséquence des difficultés de recrutement, contribuent à des reports d’activité. Cet environnement, ainsi que les hausses de salaires minimums dans certains États, soutiennent la progression des salaires.

Les pressions sur les prix sont toujours jugées modestes, grâce à la baisse des prix de l’énergie.

 


 

Politiques macroéconomiques                                                

 

La Fed baisse ses taux d’intérêt de 50 points de base pour soutenir l’activité face à l’épidémie de coronavirus

À l’issue d’une réunion de politique monétaire exceptionnelle, la Fed a annoncé, le 3 mars, une baisse de ses taux d’intérêt directeurs de 50 points de base, portant ainsi la fourchette de taux d’intérêt à [1 %-1,25 %]. Cette baisse des taux d’intérêt est d’une ampleur et d’un format inédits depuis l’acmé de la crise financière, en 2008.

Au cours d’une conférence de presse tenue après l’annonce, le président de la Fed, Jerome Powell, a motivé cette décision par les risques que poserait l’épidémie de coronavirus sur l’activité économique aux États-Unis, expliquant que la perturbation des chaînes d’approvisionnement induite par l’épidémie constitue une dégradation « notable » (« material ») des perspectives économiques. Dans ce contexte, l’assouplissement de la politique monétaire vise notamment à éviter une détérioration rapide des conditions financières et à soutenir la confiance des entreprises et des ménages.

Alors qu’il avait plusieurs fois appelé, au cours des jours précédents, la Fed à baisser ses taux d’intérêt, D. Trump a critiqué cette décision au motif qu’elle ne rétablirait pas une équité concurrentielle entre les États-Unis et les autres pays.

Une nouvelle réunion de politique monétaire se tiendra, en format ordinaire, les 17 et 18 mars.

 

Le Congrès débloque des crédits budgétaires pour faire face à l’épidémie de coronavirus

Dans une démarche bipartisane, le Congrès a adopté, le 5 mars, une loi de finances rectificative (supplemental appropriation bill) de 8,3 Md USD (environ 0,04 % du PIB) comprenant une série de mesures visant à améliorer la prise en charge de l’épidémie de coronavirus.

Le texte prévoit notamment (i) une augmentation du budget consacré au développement d’un vaccin (3 Md USD), (ii) des crédits supplémentaires en faveur des systèmes de santé des collectivités territoriales (2,2 Md USD), (iii) des achats de matériel médical et de médicaments (environ 1 Md USD), et (iv) une hausse du soutien apporté à d’autres pays au titre de l’aide internationale et humanitaire (1,3 Md USD). Par ailleurs, sont mis en place des prêts en faveur de petites et moyennes entreprises à taux d’intérêt faibles, à hauteur de 7 Md USD.

Les parlementaires ont également sécurisé l’usage des fonds, s’assurant qu’ils ne puissent être utilisés à d’autres fins que sanitaires.

 

La Cour suprême va examiner la procédure en inconstitutionnalité contre Obamacare

Le 2 mars, la Cour suprême a accepté d’examiner l’appel interjeté par 19 États fédérés, soutenus par la Chambre des Représentants à majorité démocrate, qui contestent la décision de tribunaux fédéraux d’invalider l’Affordable Care Act (« Obamacare »).

Pour mémoire, à l’initiative du Texas, une action en inconstitutionnalité avait été formée à l’encontre d’Obamacare par des États fédérés soutenus par l’administration Trump, au motif que l’obligation individuelle de s’assurer (individual mandate), une des dispositions majeures de la loi, ne serait plus effective depuis que les pénalités prévues ont été supprimées par la réforme fiscale de 2017. En décembre 2018, un juge fédéral texan avait jugé la loi inconstitutionnelle, une décision en partie confirmée en décembre 2019 par une cour d’appel fédérale, qui avait toutefois chargé la juridiction de première instance de déterminer si certains volets du texte pouvaient être conservés malgré l’absence d’obligation individuelle.

La Cour suprême a néanmoins refusé la demande d’une procédure accélérée formulée par la Californie et à laquelle s’opposait l’administration Trump afin que la décision de justice n’interfère pas avec la campagne présidentielle.

 

Deux études de la Fed tentent d’identifier l’origine des tensions sur le marché interbancaire

Un rapport préliminaire (staff report) publié par six chercheurs de la Fed de New York ainsi qu’une analyse publiée par trois économistes de la Fed étudient la conjonction de facteurs ayant conduit à la hausse rapide des taux du marché interbancaire, les 16 et 17 septembre 2019.

Sur le marché des fed funds, les deux travaux mettent en évidence que la diminution des réserves excédentaires détenues par les établissements bancaires à la Fed a accentué la sensibilité du taux d’intérêt aux évolutions de la liquidité. Dans ce contexte, la baisse de la liquidité liée au paiement de l’impôt fédéral sur les sociétés et le règlement d’émissions d’obligations d’État auraient accentué le besoin de liquidité. Pour certaines banques spécialistes en valeur du Trésor (primary dealers), ce besoin était d’autant plus prononcé que leurs bilans étaient encombrés par un stock de Treasuries historiquement élevé.

Alors que la demande de liquidités était forte, les acteurs traditionnellement pourvoyeurs de liquidités auraient été contraints de réduire leurs prêts. En particulier, les Federal Home Loan Banks, des établissements parapublics spécialisés dans le financement immobilier, auraient réduit leurs prêts à la fois sur le marché des fed funds et de la pension livrée (repo) afin de répondre à un besoin accru de liquidité dans le cadre de leurs opérations courantes. Cette perte n’aurait pas été compensée.

En outre, les fonds monétaires (money market funds, MMF) ont réduit leur exposition au marché du repo en raison d’importants retraits de fonds liés aux échéances des 16 et 17 septembre. Ce désengagement a été compensé par des acteurs qui, contrairement aux MMF, ont souhaité prêter hors du cadre des opérations de repo centralisées (sponsored repo), qui font l’objet d’un traitement réglementaire plus favorable. Cette hausse du coût d’intermédiation aurait amplifié les effets des tensions survenues sur les marchés.

 


 

Régulation financière                                                      

 

La Fed instaure un nouveau coussin de fonds propres bancaires, le stress capital buffer (SCB)

Le 4 mars, la Fed a adopté une règle qui instaure un nouveau « coussin de fonds propres de sécurité » (stress capital buffer, SCB) pour les établissements bancaires dont les actifs consolidés sont supérieurs à 100 Md USD. Le texte voté est proche de la proposition publiée en avril 2018.

Présenté comme une mesure de simplification des exigences de fonds propres bancaires, dont le nombre passera de 13 à 8,  le SCB sera déterminé, banque par banque, à partir des tests de résistance annuels (stress tests) menés par la Fed dans le cadre de la Comprehensive Capital Analysis and Review (CCAR). Son niveau ne pourra être inférieur à 2,5% des actifs pondérés (risk-weighted assets) de la banque. De plus, le SCB ne remplacera pas certaines exigences de fonds propres qui ne dépendent pas de ces stress tests, telles que le coussin contra-cyclique (CCyB) et la surcharge en capital (capital surcharge) appliquée aux banques d’importance systémique mondiale (GSIB).

La Fed a par ailleurs renoncé à instaurer le « coussin de levier de sécurité » (stress leverage buffer, SLB) qu’elle avait proposé en avril 2018, laissant ainsi inchangées les exigences de levier pour ces banques.

Cette règle a été adoptée à une majorité de 4 voix contre 1, la gouverneure Lael Brainard ayant voté contre, au motif qu’elle constituerait un « feu vert donné aux grandes banques pour réduire sensiblement leurs coussins de fonds propres ». Le vice-président de la Fed chargé de la supervision, Randal Quarles, a réfuté cette analyse, citant l’étude d’impact réalisée par la Fed selon laquelle l’instauration du SCB conduira à une augmentation de 11 Md USD du niveau agrégé de fonds propres CET1 détenus par ces banques (+ 1 %), et de 46 Md USD pour les huit GSIB américaines (+ 7 %).

Enfin, la Fed a publié le même jour ses instructions pour l’exercice 2020 du CCAR, dont les résultats seront publiés le 30 juin prochain. Parmi les changements adoptés, la Fed a réduit de 9 à 4 le nombre de trimestres que les banques doivent provisionner pour le paiement de leurs dividendes.

 


 

Brèves                                                                                                 

 

-Le 3 mars, 19 États contrôlés par les Démocrates ont intenté une action en justice contre l’administration Trump afin de faire annuler de la réallocation de 3,8 Md USD de crédits budgétaires du département de la Défense au profit de la construction d’un mur à la frontière avec le Mexique.

 

-Le 4 mars, la Securities and Exchange Commission (SEC), le régulateur des marchés boursiers, a annoncé qu’elle accordait aux entreprises cotées un délai supplémentaire de 45 jours pour le dépôt de certaines informations financières initialement dues entre le 1er mars et le 30 avril 2020, jugeant que l’épidémie de coronavirus est de nature à perturber la conformité aux règles de transparence (disclosure). Les entreprises sollicitant cette procédure d’exemption provisoire, qui est susceptible d’être prolongée en fonction de l’évolution de l’épidémie, devront indiquer les facteurs les ayant empêchées de diffuser leurs comptes et devront préciser une date de dépôt alternative.

 

-Le 4 mars, la CFTC a annoncé avoir adopté une règle visant à clarifier le régime d’exemption dont peuvent bénéficier les courtiers en dérivés et les autres entités non-américaines actives sur le marché des dérivés qui sont soumis, dans leur pays d’origine, à un régime comparable. Conformément à sa proposition publiée en juin 2019, la CFTC précise les circonstances pouvant la conduire à mettre fin à ces exemptions, notamment tout manquement aux exigences d’enregistrement auprès du régulateur américain ou la modification du cadre réglementaire dans le pays d’origine qui remettrait en cause son caractère « comparable ». La règle prévoit en outre que la suspension de l’exemption sera accompagnée d’un droit de réponse pour le régulateur concerné et de la possibilité de soumettre une nouvelle demande d’exemption après un délai de 360 jours.

 

-Dans une lettre adressée le 26 février au vice-président de la Fed chargé de la supervision, Randal Quarles, dix banques américaines de taille moyenne (représentant chacune de 8 à 60 Md USD en taille de bilan) ont exprimé leurs inquiétudes vis-à-vis de la transition vers le SOFR comme unique taux de référence alternatif au LIBOR. Si elles se disent favorables à la disparition du LIBOR, ces banques demandent à pouvoir utiliser d’autres taux de référence comme l’AMERIBOR plutôt que le SOFR, qu’elles jugent peu adapté aux banques de taille moyenne.

 

-Le 4 mars, la SEC a adopté une proposition de règle visant à faciliter les levées de fonds pour les entreprises de taille intermédiaire. Cette proposition, qui intègre les conclusions d’une consultation de place menée depuis juin 2019, élargit les exemptions accordées aux émetteurs d’actions en relevant les seuils d’enregistrement préalable auprès de la SEC. Ces derniers passent ainsi de 50 à 75 MUSD pour les levées de fonds publiques, de 5 à 10 MUSD pour les placements privés et de 1,07 à 5 MUSD pour les levées de fonds via « crowdfunding».

 

-Le 2 mars, la SEC a adopté une règle pour permettre aux sociétés proposant des services de conseil en investissement à des entreprises en zone rurale (rural business) d’être exemptées des exigences d’enregistrement auprès de l’agence.

COMMENTS

WORDPRESS: 0
DISQUS: 0