Washington Wall Street Watch 2020-06

Washington Wall Street Watch 2020-06

Crédit photo : F. Jonkisz

Sommaire

Conjoncture                                                                            

-L’année 2020 s’est ouverte par de fortes créations d’emplois

-L’inflation a de nouveau accéléré en janvier

Politiques macroéconomiques                                                                       

-Les responsables de la Fed considèrent toujours l’orientation de la politique monétaire appropriée

-Le Sénat a auditionné les deux sélectionnés pour les postes vacants de gouverneurs de la Fed

-Un nouvel accord a été trouvé pour la restructuration d’une grande partie de la dette de Porto Rico

-La Maison-Blanche présente sa proposition de budget pour l’année fiscale 2021

Régulation financière                                                                                       

-Randal Quarles expose ses pistes pour améliorer la circulation de la liquidité du marché interbancaire

Brèves    

 


                                                                                                                                      

Conjoncture

                                                                                      

L’année 2020 s’est ouverte sur de fortes créations d’emplois

Le rapport mensuel sur la situation de l’emploi, publié par le Bureau of Labor Statistics, fait état de 225 000 nouveaux emplois créés au mois de janvier (après +147 000 emplois en décembre 2019), un résultat très supérieur aux attentes (+160 000). Paradoxalement, le taux de chômage est en hausse, à 3,6 % (+0,1 point), mais ce rebond résulte d’une progression encore plus soutenue du taux d’activité, à 63,4 % (+0,2 point), liée au retour sur le marché du travail de personnes auparavant découragées.

Grâce à une progression de 0,2 % en janvier, la croissance des salaires accélère de nouveau et atteint 3,1 % sur douze mois glissants (+0,2 point).

 

L’inflation a de nouveau accéléré en janvier

L’indice des prix à la consommation a progressé de 0,1 % en janvier selon le Bureau of Labor Statistics. L’indice sous-jacent, qui exclut les éléments volatils, ressort en hausse à 0,2 %

Sur douze mois, l’inflation accélère de nouveau et atteint 2,5 % (+0,2 point) et se maintient à 2,3 % pour la composante sous-jacente.

 


 

Politiques macroéconomiques                                                                

 

Les responsables de la Fed considèrent toujours l’orientation de la politique monétaire appropriée

Auditionné par la Chambre des Représentants puis le Sénat les 11 et 12 février, Jerome Powell, président de la Fed, s’est attaché à décrire une situation économique favorable grâce à un taux de croissance légèrement supérieur à son niveau potentiel, un taux de chômage en baisse continue et une productivité qui progresse. Il considère que la politique monétaire actuelle contribue à soutenir l’activité face à l’incertitude liée aux tensions commerciales et a réaffirmé qu’elle n’évoluerait pas en l’absence de changement des perspectives économiques.

Cette appréciation a été partagée par plusieurs autres membres du comité du politique monétaire au cours des derniers jours : Patrick Harker, James Bullard, Mary Daly et Randal Quarles (cf. infra). Ils ont aussi tous souligné les effets positifs d’une expansion prolongée pour faciliter le retour en emploi de populations discriminées sur le marché du travail (minorités ethniques, chômeurs de longue durée, personnes handicapées) et ainsi favoriser une hausse du taux d’emploi.

L’ensemble des responsables de la Fed ont exprimé leur vigilance face aux risques économiques associés à l’épidémie de coronavirus en Chine, expliquant qu’une dégradation de la situation sanitaire et un ralentissement prononcé en Chine pourrait affecter l’économie américaine. Tout en affichant une grande prudence sur la situation sanitaire et l’ampleur des retombées économiques à en attendre, ils se sont dits prêts à accroître le soutien de la politique monétaire à l’économie si la situation économique devait se détériorer.

 

Le Sénat a auditionné les deux sélectionnés pour les postes vacants de gouverneurs de la Fed

La commission du Sénat chargée des affaires bancaires a auditionné Judy Shelton, administratrice américaine à la Banque européenne pour la reconstruction et le développement, et Christopher Waller, vice-président exécutif de la Fed de Saint Louis, nommés par D. Trump pour occuper les deux postes vacants du conseil des gouverneurs de la Fed.

Judy Shelton a fait l’objet de l’essentiel des questions des sénateurs, en raison de ses liens personnels et politiques assumés avec D. Trump, son soutien aux critiques du président à l’encontre de la Fed et sa position controversée en faveur d’un retour à l’étalon-or. En réponse, J. Shelton a défendu la stabilité économique et monétaire apportée par le système d’étalon-or, souligné sa cohérence sur le sujet et vanté les mérites d’une grande « diversité intellectuelle » pour enrichir la qualité des délibérations au sein de la Fed. Elle a aussi montré ses réticences à recourir à un programme de rachats d’actifs en cas de récession, pointant un risque élevé de perte de  confiance dans la monnaie. En outre, J. Shelton trouve « rafraîchissant » (refreshing) que D. Trump critque la Fed en public plutôt qu’en coulisses, mais a toutefois affirmé son attachement à l’indépendance de la Fed.

Christopher Waller a rappelé son expérience au sein des travaux du comité de politique monétaire et apporté son soutien aux récentes décisions de la Fed.

Une majorité de parlementaires ont manifesté leur scepticisme sur la nomination de J. Shelton. Cette dernière a néanmoins reçu le soutien du sénateur Crapo, président de la commission, qui a dénoncé « un effort orchestré et calculé » pour bloquer la candidate de la Maison-Blanche. Il revient désormais à la commission des affaires bancaires de confirmer ou non ces nominations, qui devront ensuite être validées en session plénière à la majorité des parlementaires.

 

Un nouvel accord a été trouvé pour la restructuration d’une grande partie de la dette de Porto Rico

Le comité de supervision financière de Porto Rico, l’organisme chargé d’organiser la procédure de faillite et de contrôler les finances publiques de l’île, a annoncé le 9 février avoir trouvé un nouvel accord avec les créanciers sur la restructuration de 35 Md USD de dette gouvernementale (sur un total estimé à 73 Md USD en 2017, au début la procédure de faillite, et 129 Md USD en comptant les dettes implicites du gouvernement). Ce plan révise celui de juin 2019 avec des modalités plus favorables, grâce à un rétablissement des finances publiques plus rapide que prévu.

Cet accord comprend une décote de 70 % des titres concernés garantis par le gouvernement de l’ile, contre 65 % initialement. Près d’un tiers du montant serait réglé sous forme de paiement à court terme (upfront payment), le reste devant être rémunéré par des obligations adossées aux taxes sur la vente (sales tax) de maturité 20 ans (contre 30 ans dans l’accord initial). L’encours de dette traité par l’accord passerait ainsi de 35 à 10,7 Md USD.

Ce plan de restructuration doit désormais être entériné par le pouvoir législatif portoricain ainsi que par la juge fédérale organisant la procédure de faillite. Des recours semblent peu probables, la Cour Suprême ayant débouté en octobre 2019 l’ensemble des plaignants contestant l’accord initial.

 

La Maison-Blanche présente sa proposition de budget pour l’année fiscale 2021

Publiée le 10 février, la proposition de budget prévoit une quasi-stabilité des dépenses discrétionnaires et se départit de la trajectoire des dépenses actée par l’accord budgétaire bipartisan d’août 2019. La Maison-Blanche sollicite en outre une réallocation des dépenses : celles consacrées aux Anciens combattants, à la NASA et la Sécurité augmenteraient au détriment des crédits consacrés aux Affaires sociales, au Logement et au Commerce.

Dans sa programmation budgétaire décennale, l’administration envisage de nouveau une forte baisse des dépenses sociales et de santé ainsi que des économies réalisées grâce à une rationalisation des dépenses. Ces mesures, qui ne sont pas toujours documentées, doivent théoriquement permettre de réduire les dépenses de 6,5 % à 3,8 % du PIB en 2030, ce qui ramènerait le déficit budgétaire à 0,7 % du PIB, contre 4,6 % en 2020. Le chiffrage de la Maison-Blanche repose toutefois sur des hypothèses contestées par de nombreux économistes, en particulier un taux de croissance de long terme (2,8 %) très supérieur à celui estimé par le Congressional Budget Office (1,7 % par an).

Cette proposition de budget n’est qu’indicative, la compétence budgétaire relevant exclusivement du Congrès. Mitch McConnell, leader de la majorité Républicaine au Sénat, a indiqué à la presse que le Sénat ne suivrait pas le cadre proposé par la Maison-Blanche et respecterait les trajectoires de dépenses décidées dans le cadre de l’accord budgétaire bipartisan de l’été 2019.

 


 

Régulation financière                                                      

 

Randal Quarles expose ses pistes pour améliorer la circulation de la liquidité du marché interbancaire

Dans un discours prononcé le 6 février, Randal Quarles, le vice-président de la Fed chargé de la supervision, a présenté ses propositions d’aménagements de la supervision des banques.

Après avoir salué le renforcement du cadre prudentiel depuis la crise, R. Quarles a indiqué que la supervision des banques pouvait parfois entraver le bon fonctionnement du marché interbancaire. En particulier, il a jugé que les banques privilégiaient la détention de réserves excédentaires à celle de Treasuries dans la gestion de leur ratio de liquidité de court terme (Liquidity Coverage Ratio), malgré un traitement prudentiel théoriquement équivalent. Il a attribué cette préférence aux tests de résistance interne imposés aux banques.

Pour y remédier, R. Quarles propose d’accroître le rôle de la facilité de prêt marginal (discount window) dans la gestion de la liquidité en autorisant les banques à y recourir dans le cadre de leurs tests de résistance du niveau de liquidité (liquidity-planning stress scenarios). Cette solution permettrait selon lui d’améliorer la substituabilité entre les réserves excédentaires et les autres actifs liquides de grande qualité (HQLA de niveau 1), sans pour autant modifier les exigences de liquidité auxquelles sont actuellement soumises les banques. En revanche, il n’estime pas nécessaire de mettre en place une facilité de repo permanente (standing repo facility), jugeant préférable de s’appuyer sur les outils existants de la Fed.

Enfin, R. Quarles a évoqué une possible révision du mode de calcul du « score G-SIB », qui sert à déterminer la surcharge de fonds propres appliquée aux banques systémiques, pour qu’il soit calculé sur une moyenne annuelle et non plus à partir de l’activité de fin d’année de ces banques.

Dans une lettre adressée à R. Quarles, la candidate à l’investiture démocrate Elizabeth Warren s’est émue de ces propositions, estimant qu’elles seraient de nature à affaiblir la supervision des banques.

 


 

Brèves                                                                                                 

 

-Le 6 février, la Fed a publié les deux scénarios que devront retenir les grands établissements bancaires lors du prochain exercice annuel de tests de résistance (stress tests). Le scénario le plus pessimiste (severely adverse) repose sur l’hypothèse d’une augmentation de 6,5 points du taux de chômage, le portant à 10 %, et des conditions de financement dégradées sur les marchés de la dette d’entreprise et de l’immobilier commercial.

 

-Dans un discours le 6 février, Hester Peirce, une des cinq commissaires de la Securities and Exchange Commission (SEC), le régulateur des marchés boursiers, s’est prononcée en faveur d’un régime réglementaire simplifié pour les jetons numériques (tokens). Elle propose notamment d’exempter, sous certaines conditions, les jetons de la plupart des règles appliquées par la SEC aux titres financiers pendant une « période de grâce » de trois ans suivant leur émission.

 

-Le 10 février, la Federal Deposit Insurance Corporation (FDIC) a publié un guide relatif au traitement des demandes d’obtention de la garantie fédérale des dépôts bancaires par les établissements financiers non-bancaires. Le même jour, la fintech Varo Money, qui propose des services bancaires en ligne, a annoncé avoir obtenu cette garantie fédérale pour les dépôts de ses clients.

 

-Le 6 février, la directrice du Consumer Financial Protection Bureau (CFPB), Kathleen Kraninger, a été auditionnée par la commission des services financiers de la Chambre des Représentants. Durant cette élection, des élus démocrates ont fustigé la récente décision du CFPB de ne pas renforcer la supervision des prêts aux étudiants.

 

-Le 5 février, la Federal Housing Finance Agency (FHFA) a annoncé que Fannie Mae et Freddie Mac, deux entreprises parapubliques chargées de la titrisation des crédits immobiliers américains, cesseraient de titriser les crédits à taux variables indexés sur le LIBOR au plus tard le 31 décembre 2020. Pour rappel, Fannie Mae et Freddie Mac sont membres du comité sur les taux de référence alternatifs (Alternative Reference Rates Committe, ARRC) établi pour organiser la transition vers un nouveau taux de référence (le SOFR).

 

-Au cours de son audition devant la commission des finances du Sénat le 12 février, Steven Mnuchin, le secrétaire au Trésor, a indiqué que le Financial Crimes Enforcement Network (FinCEN), l’agence chargée de la lutte contre la criminalité financière, annoncerait prochainement des nouvelles règles relatives aux crypto-actifs afin, notamment, de lutter contre le risque de blanchiment d’argent.

 

-Le 10 février, le département de la Justice a annoncé l’inculpation de quatre membres de l’armée chinoise, qu’il accuse d’avoir piraté les données détenues par l’agence de notation de crédit Equifax. En septembre 2017, Equifax avait révélé avoir subi une attaque informatique ayant visé les données de 145 millions d’Américains.

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